Hitler de Shigeru Mizuki

“Mizuki pose une question aujourd’hui encore sans réponse : qui était Hitler ? Pour résoudre cet effrayant mystère, document.write(“”); il convoque les avatars du Führer : l’étudiant famélique, le caporal bavarois, l’agitateur politique, le chancelier du Reich, le chef de guerre. De la synthèse de ces images multiples et contradictoires naît un personnage rusé et naïf, cabotin et cruel, inquiétant et ridicule, silhouette dérisoire qui rit, sifflote, enrage, pleure et répète : «Mon empire durera mille ans.»”
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“Son expression se concentre dans ses moustaches et surtout un regard, tour à tour hypnotique comme celui de Mabuse ou mouillé comme celui d’un chien battu. Pour décor, le mangaka use de photos d’archives, qui soulignent la froide réalité de la tragédie mais aussi créent l’ambiance expressionniste et angoissante d’une Allemagne hantée, où rôde la Mort montée sur son cheval pâle.”

“Claire et didactique, cette biographie déroule les étapes d’une catastrophe implacable, rythmée par le bruit des bottes. Si elle reproduit parfois la légende hitlérienne, noire ou dorée, elle évite de diaboliser son sujet, qui demeure humain, trop humain. Terré dans son bunker, l’artiste frustré meurt dans l’écroulement de son oeuvre, le Reich de mille ans. Il n’est plus qu’un cadavre anonyme parmi des millions d’autres. Le charnier de l’Histoire engloutit les victimes et leurs bourreaux. Et les ruines de Berlin évoquent celles de Hiroshima ou Nagasaki. La folie de Hitler est celle d’un homme, de tous les hommes”. [ Texte du rabat intérieur de couverture ]

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Shigeru Mizuki est un de ces mangaka de la vieille génération (comme les Shôtarô Ishimori, Sampei Shirato, Yoshihiro Tatsumi, Osamu Tezuka, Kazuo Umezu) qui racontent des histoires relativement simple dans un style plutôt grossier et parfois caricatural. Né en 1922, il démontra tôt un talent artistique prometteur mais la 2e guerre mondiale ne lui donna pas la chance de faire carrière. Conscrit en 1943, il se retrouve en Papouasie-Nouvelle-Guinée où il vit l’horreur (malade, il survit de peu au massacre de son unité) et est grièvement blessé lors d’un bombardement allié à Rabaul en 1944. Amputé du bras gauche, il réapprend à dessiné de la main droite et, entre autres petits boulots variés, travaille comme artiste et conteur de kami-shibai (récit agrémenté de cartons illustrés qui est présenté par un conteur de rue). Il en vient aux manga sur le tard, avec la publication de Rocket Man en 1957. Il publie d’abord surtout pour le marché du Kashibonya (livres en locations à bas prix) puis joint le magazine Garo à ses débuts en 1964. Mizuki est “avant tout un créateur d’histoires de fantômes” (Frederik Schodt, Manga! Manga!, p. 15) et est surtout connu pour sa série d’histoire de Kitaro (Hakaba Kitaro [Kitaro du cimetière] et Ge ge ge no Kitaro [Kitaro le repoussant] sérialisés dans la magazine hebdomadaire Shônen de 1965 à 1969) ainsi que de nombreux autres récits d’horreur et d’épouvante inspirés des yokai (monstres) du folklore traditionnel japonais. Écrivait-il ce genre d’histoires parce qu’il était hanté par toutes ces morts dont il fut le témoins durant la guerre?

Avec les années ’70 il est finalement prêt à aborder directement un autre genre d’horreur: celle qu’il a vécut durant la guerre. En 1971, il prépublie Gekiga Hitler (??????? / Hitler: une biographie) dans le magazine hebdomadaire seinen Manga Sunday des éditions Jitsugyô no Nihonsha (qui le compilera ensuite en un seul volume en 1972). Cet ouvrage est pour lui une sorte de “projet pédagogique qui vise à lutter contre la propagande [c’est à dire la vision révisionniste des nationalistes japonais, nostalgiques du militarisme impérial] et l’ignorance” (Hitler, introduction, p. 8). C’est à la fois une introspection personnelle, où il cherche à comprendre ce qui lui est arrivé pendant la guerre, et une façon d’offrir à ses lecteurs des éléments de réflexion sur un sujet que la plupart des gens préfèreraient garder sous silence. En 1973, il poursuit cette recherche avec la publication de Sôin Gyokusai Seyo (Onward Towards Our Noble Deaths / Opération Mort), un “récit antimilitariste qui dénonce le sacrifice aveugle et vain” (Thierry Groensteen, L’Univers des mangas, p. 109) des soldats et directement basé sur sa propre expérience en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Opération Mort lui ayant donné un goût pour l’autobiographie, il publie donc Nonnonb? to ore (lit. “Mémé et moi” / NonNonBâ) en 1977. Il y fait un retour sur son enfance et explique comment il a découvert, à travers les récits d’une vieille femme, tout le “bestiaire” surnaturel traditionnel des japonais. Il poursuit en 1988 avec Comic Showa-Shi, une histoire du Japon en manga traitant de l’ère Showa (1926-1989) en huit volumes. Finalement, en 2006, il débute une nouvelle série où il s’attaque à une véritable autobiographie: Mizuki Shigeru Den (La vie de Mizuki). Son style et ses récits humains, exprimant un profond respect pour toute forme de vie, font de lui “l’un des précurseur du mouvement gekiga des années ’60, qui visait à introduire un dessin plus réaliste” (Jason Thompson, Manga: The complete guide, p. 123). Sur le mouvement gekiga, je vous réfère à mon commentaire sur A Drifting Life par Yoshihiro Tatsumi (en anglais; pour d’autres références en anglais vous pouvez consulter la notice d’ANN sur Mizuki ainsi que l’épisode CVI de “Jason Thompson’s House of 1000 Manga” consacré à Mizuki).


Shigeru Mizuki fait partie de ces auteurs dont l’étrange style mi-réaliste, mi-caricatural et les récits plus propices à la réflexion qu’au divertissement rendent plutôt impopulaire en occident. Ces auteurs (dont Shin’ichi Abe, Seiichi Hayashi, Susumu Katsumata, Shôhei Kusunoki, Imiri Sakabashira, Oji Suzuki, Yoshihiro Tatsumi — plusieurs sont d’ailleurs passé par le magazine Garo) seraient probablement restés de parfait inconnus si ce n’est du travail de quelques éditeurs qui n’hésitent pas à prendre des risques pour nous les faire connaître. Du côté anglophone on peut citer Drawn & Quarterly, un éditeur montréalais qui a publié plusieurs titres de Mizuki et de Tatsumi. Du côté français, il y a l’incontournable Éditions Cornélius (leur site étant en flash il n’y a malheureusement pas de lien direct vers leur catalogue, mais ils ont publié une dizaine de titres de Mizuki: NonNonBâ (2006), 3, rue des Mystères vol. 1-2 (2006-09), Kitaro vol. 1-10 (2007-11), Opération Mort (2008), Micmac aux enfers (2010), Mon copain le kappa (2010), Kappa et compagnie (2010), La mort, kappa et moi (2011), Hitler (2011) et Vie de Mizuki vol. 1 (2012)).

Sur Hitler de Shigeru Mizuki, il est difficile d’en rajouter sur ce que dit le texte du rabat intérieur de couverture (cité en début d’article). Une biographie d’Adolf Hitler demeure encore aujourd’hui un sujet très sensible, rarement abordé en bande-dessinée (cela nous rappel bien sûr le Maus d’Art Spiegelman ou L’Histoire des 3 Adolf d’Osamu Tezuka; il existe également une adaptation de Mein Kampf en manga, que je n’ai pas encore lu mais que j’aimerais bien éventuellement commenter). Mizuki nous présente le personnage d’une façon très objective mais désamorce la possible controverse en lui donnant une apparence caricatural. Le style de Mizuki offre d’ailleurs un “contraste entre des personnages sommaires et des décors minutieux” (Thierry Groensteen, L’Univers des mangas, p. 47), contraste frappant qu’il accentue en reproduisant des photos d’époque pour illustrer ses arrières-plans (contraste que Paul Gravett note comme étant l’une des caractéristiques du gekiga; Manga: Sixty Years of Japanese Comics, ch. 04, p. 49).

Le récit d’Hitler est intéressant, facile à lire. Ce n’est certes pas une biographie exhaustive et il ne résous pas tout à fait le débat sur qui était vraiment Hitler (un monstre? un fou? un homme ordinaire qui a fait ce qu’il croyait nécessaire? C’est au lecteur d’en juger). Toutefois, ce que nous offre ici Mizuki (un auteur maintes fois récompensé — entre autres à Angoulème pour NonNonBâ en 2007 et pour Opération Mort en 2009), c’est une leçon d’histoire excellente et toujours pertinente qu’un manga a plus de chance de transmettre à la jeune génération (tout au moins celle des années ’70, à qui ce manga était destiné) qu’un cours magistral. À lire certainement.

Hitler, par Shigeru MIZUKI. Paris, Éditions Cornélius (Coll. Pierre), 2011. 17 x 24 x 3 cm, 296 pg., 25,50 € / $47.50 Can. Sens de lecture japonais. ISBN: 978-2-36081-022-2. Recommandé pour jeune adulte (16+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Hitler © Shigeru Mizuki / Mizuki Productions. All rights reserved. Édition française © Cornélius 2011.

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