La forêt millénaire

L’ultime album de Taniguchi l’enchanteur. Dernière création de Jirô Taniguchi, cette bande dessinée en couleurs occupe une place à part dans l’œuvre du maître. 

Suite au divorce de ses parents et à la maladie de sa mère, Wataru est accueilli par ses grands-parents. Pour le jeune garçon tokyoïte, cette nouvelle vie à la campagne est un bouleversement. Il découvre sa nouvelle école, son nouvel environnement. La forêt en particulier l’impressionne et semble lui communiquer une force presque surnaturelle, venue du fonds des âges. Lorsqu’il devra faire ses preuves face au groupe d’enfants qui le mettent au défi, c’est d’elle que lui viendra un courage intérieur qui lui était inconnu.

Les pages en couleurs et à l’italienne de Jirô Taniguchi nous invitent à la contemplation de cette nature séculaire. Elles sont complétées par un entretien poussé avec l’éditeur japonais de Jirô Taniguchi et du matériel inédit provenant des carnets personnels de l’auteur .” (Texte du site de l’éditeur)

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J’ai découvert ce manga le mois dernier en feuilletant Animeland et je suis assez content d’avoir mis la main sur un exemplaire au Salon du Livre. Toutefois je l’ai trouvé plutôt décevant.

L’ouvrage fait soixante-seize pages mais ne contient en fait que quarante-deux pages de bande-dessinée comme telle. Le reste est composé de pages liminaires, d’un texte qui explique “Les racines du projet” (14 pages) au travers d’un interview avec Motoyuki Oda (l’éditeur Japonais), des “carnets de l’auteur” (6 pages) montrant des dessins et des croquis préparatoires, et d’une notice biographique. C’est beaucoup plus court que ce à quoi je m’attendais (surtout pour le prix).

ForetMillenaire_storyboardt2Jirō Taniguchi préparait ce projet en collaboration avec l’éditeur français, Rue de Sèvre, en vue d’une publication simultanée en France et au Japon. Il devait comporter à peu près cinq volumes et s’adressait surtout à un public de jeunes lecteurs (comme il l’avait fait pour La Montagne Magique). Au moment de son décès, en février 2017, Taniguchi n’avait complété que le premier volume et le découpage (storyboard) du second. Malgré cela, l’éditeur a décidé d’aller de l’avant avec la publication du volume complété, en y ajoutant un dossier éditorial en hommage à l’auteur. J’avais compris (ou espéré) que cela inclurait le storyboard du reste de l’histoire mais malheureusement on y retrouve qu’une demi-douzaine de planches dont seulement deux du second volume (voir ci-contre). L’éditeur a probablement jugé que le découpage des planche de Taniguchi (qui ne comporte que le texte des bulles et des croquis plutôt rudimentaires) n’était pas publiable. De plus, la galerie de dessins n’offre que de petits dessins, empilés les uns sur les autres, sans doute pour en montrer un maximum en seulement quelques pages. Dommage. Toutefois, serait-ce un sacrilège d’avoir un autre dessinateur compléter le récit? Ce serait à considérer…

la-foret-millenaire-sampleL’ouvrage est tout de même très beau. C’est un album tout en couleur, présenté dans un format “à l’italienne” (plus large que haut: 28.7 x 22.8 cm). Le dessin de Taniguchi est superbe et comporte beaucoup de grandes cases, avec très peu (ou pas) de texte. Comme à son habitude, Taniguchi produit une oeuvre très contemplative, cette fois sur un thème écologique. (Voir l’image en plus grand)

À la fin des années cinquante, le jeune Wataru Yamanobe doit aller vivre avec ses grands-parents car sa mère, suite au divorce, souffre d’épuisement moral et physique et doit être hospitalisée. Il déménage donc de la ville à la campagne, dans la préfecture de Tottori, où il se sent seul. Le village est entouré par la montagne et la forêt. Wataru découvre qu’il a un don particulier pour communier avec la nature, d’entendre la voix des créatures qui la peuplent. Il ressent tout particulièrement l’appel d’une forêt ancienne qui aurait surgit du sol lors d’un séisme important…

Dans la suite de l’histoire, malheureusement incomplète, Wataru et une jeune muette vont tenter de lutter contre le développement d’un projet minier qui mettrait en péril cette nature à laquelle Wataru est particulièrement sensible. Taniguchi a certainement voulu faire un récit didactique afin de transmettre à la jeune génération nipponne un dernier message environnementaliste.

Toutefois, le récit comporte énormément de similarité (un peu trop peut-être) avec La Montagne Magique, le tout premier manga que Taniguchi avait produit dans un format et un style plus Européen que Japonais et que Casterman avait publié en 2007. Dans ce cas-ci, Ken’ichi — le jeune protagoniste — fait un séjour dans les régions montagneuses de Tottori suite à l’hospitalisation de sa mère et communiquera avec une salamandre qui lui promet d’exaucer un voeux si il la libère du vivarium où elle est captive. Cela me rappel un peu l’animateur Hayao Miyazaki qui, dans ses “dernier” films (Princesse Mononoke, Spirited Away, Ponyo), radotait un peu la thématique écologiste de ses premiers succès (Nausicaa, Castle in the Sky, My Neighbor Totoro).

En résumé, c’est un ouvrage beau mais un peu décevant car le récit est incomplet et pas tout à fait original. Mais, bon, c’est le dernier Taniguchi et donc c’est un incontournable (quoi qu’il aurait laissé une autre oeuvre inachevée au moment de son décès…) ! À lire.

La forêt millénaire par Jiro Taniguchi (traduit par Corinne Quentin). Paris: Rue de Sèvres, 2017. 76 pg, 18€ / $32.95 Can. ISBN 978-2-369-81532-7. Extraits disponible sur le site de l’éditeur. Voir aussi la couverture arrièrestars-3-0

© 2017 Jirô Taniguchi / PAPIER • Rue de Sèvres.

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