Souvenirs d’Emanon

Souvenirs_Emanon-cov“1967, dans le sud du Japon. Loin des événements qui agitent le monde, un étudiant prend le chemin du retour après un voyage d’errance. Une longue nuit en ferry s’annonce. Alors qu’il cherche à oublier une énième déception amoureuse en se plongeant dans ses romans de SF, une intrigante jeune femme s’installe à ses côtés.

 Fumant cigarette sur cigarette, elle a pour unique bagage un sac à dos marqué des initiales “E. N.” Son nom ? Emanon, ou “no name” lu à l’envers… Elle aussi voyage seule et sans but apparent. D’abord peu bavarde, les yeux dans le vague, elle se rapproche du jeune homme, car il lui rappelle un ancien amour… datant de plusieurs siècles !

 Au fil de la conversation, elle lui dévoile son secret : sous ses airs d’étudiante, elle cache une âme vieille de trois milliards d’années ! Ses souvenirs remontent au plus profond des âges, avant même l’apparition de l’humanité. Son récit dépasse toutes les histoires de SF. Cette nuit en compagnie d’Emanon va bouleverser à jamais la vision du monde du jeune voyageur…

 Emanon est un des personnages les plus fascinants de la science-fiction contemporaine japonaise. Le dessinateur Kenji Tsuruta, tombé amoureux du concept imaginé par l’écrivain Shinji Kajio, donne un visage aussi vivant que mélancolique à cette incarnation féminine du passé, du présent et du futur de l’humanité. Que l’on croie ou non à son histoire, impossible d’oublier Emanon. Et elle non plus ne vous oubliera jamais…”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

Souvenirs d’Emanon (おもいでエマノン / Omoide Emanon) est un manga seinen qui a été prépublié dans le magazine Comic Ryu et compilé en volumes chez Tokuma Shoten à partir de 2008. La série comporte trois autre manga publié en 2012, 2013 et 2018. Le premier volume à été traduit en français chez Ki-oon (dans leur collection grand format, Latitudes) en janvier 2018 et la version française du deuxième volume, Errances d’Emanon (ISBN : 979-10-327-0315-1), y est déjà disponible en Europe depuis le début septembre 2018. L’histoire est basée sur une série de romans de science-fiction par Shinji KAJIO (aussi publiés par Tokuma Shoten), débutée avec une nouvelle en 1983, qui met en scène le personnage de “Emanon”, une mystérieuse jeune femme dont la mémoire remonte au début de la vie sur Terre, il y a trois millions d’année (et dont le nom, en anglais, signifie “no name” [sans nom] épelé à l’envers).

Le dessin de Kenji Tsuruta (Spirit of Wonder, Forget-me-Not) est plutôt classique et est à la fois clair, précis et détaillé. Le récit de Shinji Kajio, quant à lui, est plutôt simple (l’histoire se déroule principalement durant l’après-midi et la soirée du 24 février 1967) et est essentiellement narratif (sans vraiment d’action). 

Souvenirs_Emanon-p038Un jeune étudiant bohème rentre chez lui après un voyage et, durant le périple de dix-sept heure du traversier qui l’amène sur l’île de Kyushu, il fait le rencontre d’une jeune fille mystérieuse. Elle dit s’appeler “Emanon” et, voyant qu’il est grand amateur de science-fiction, elle lui confesse qu’elle a l’étrange pouvoir de se souvenir des vies des tous les individus de sa ligne ancestrale directe depuis l’apparition du premier organisme unicellulaire! Toute cette mémoire lui pèse lourd et elle se demande pourquoi elle a ce pouvoir et dans quel but? Autour de quelques bières, à la cantine du traversier, ils discutent et spéculent sur les implications d’un tel pouvoir. Puis elle rit et avoue lui avoir raconté une histoire pour savoir ce qu’il en pensait, puisqu’il est fervent de SF. Ils discutent toute la soirée et, au matin, lorsque le traversier accoste au port, elle a disparu. Il la cherche partout mais en vain. Treize ans plus tard, il l’aperçoit sur le quai d’une gare accompagnée d’une enfant. Il l’approche mais elle ne se souvient pas de lui. Toutefois, la fillette lui dit: “C’est moi, Emanon. C’est gentil de te souvenir de moi!” Le pouvoir ne peut résider que dans un seul individu par génération, et lorsqu’un enfant nait, le parent oubli tout des vies précédentes! Il la revoit encore plus tard, alors qu’il est un vieillard…

Souvenirs d’Emanon nous offre donc une intriguante histoire agréablement illustrée par Tsuruta. Un bon moment de lecture que je recommande sans hésitation.

Souvenirs d’Emanon, par Shinji KAJIO (scénario) et Kenji TSURUTA (dessin). Paris: Ki-oon (Coll. Latitudes), janvier 2018. 180 pages, 17 x 24 cm, 15,00 € / $28.95 Can. ISBN 979-10-327-0226-0. Pour un lectorat adolescent (14 ans et plus). Un trailer et un extrait de 28 pages sont disponibles sur le site de l’éditeurstars-3-0

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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OMOIDE EMANON © Shinji Kajio, Kenji Tsuruta / TOKUMA SHOTEN PUBLISHING CO., LTD

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Souvenirs Emanon-Logo

Mary and the Witch’s Flower

Mary_and_the_Witchs_Flower-covThis smooth and beautiful animation was produced by the Studio Ponoc, staffed with people who worked at the famous Studio Ghibli. The movie is directed by Hiromasa Yonebayashi (who was a key animator at Studio Ghibli and director of The Secret World of Arrietty [2010] and When Marnie Was There [2014]), with a screenplay by Hiromasa Yonebayashi & Riko Sakaguchi and character designs by Akihiko Yamashita. It is based on Mary Stewart‘s 1971 children’s novel The Little Broomstick (although it is never mentioned in the staff interview included with the Dvd).

Mary and The Witch’s Flower (メアリと魔女の花 / Meari to Majo no Hana) offers a good storytelling and quite a cute story but it doesn’t really look original at all. It rather feels like it is a mishmash of every Ghibli designs: the witch part is vaguely reminiscent of Kiki’s Delivery Service, the witch school in the sky reminds me a little of Laputa: Castle in the Sky, a herd of animal fleeing seems similar to a scene in Princess Mononoke, a costume design evokes Nausicaä of the Valley of the Wind, the girl being away from home with some distant family members is similar to When Marnie was There, etc. This could be explained by the fact that most animators learned their skills while working at Ghibli. However, the influences are not limited to this source: Doctor Dee’s design makes me think of Dragonball’s Master Roshi and even Harry Potter makes a cameo appearance in one of the school classroom! I guess it was all intended as hommage or humour.

If I found this a little odd, I was not really annoyed by it. The movie is good entertainment (critical rating of 87% on Rotten Tomatoes) and, if you don’t feel the same depth as in Ghibli’s productions,  I was still quite glad that another major studio (even if this is their first real movie) would continue to produce traditional full length anime. Indeed, with the closing of Studio Ghibli after Hayao Miyazaki’s retirement, I really hope that Studio Ponoc will become its rightful heir… So, all in all, it is definitely worth watching. It is available on Netflix and on Dvd. stars-3-0

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Capsules

Ex-Libris: The New York Public Library

Ex-libris-dvd“Frederick Wiseman’s film, Ex Libris – The New York Public Library, goes behind the scenes of one of the greatest knowledge institutions in the world and reveals it as a place of welcome, cultural exchange and learning. With 92 branches throughout Manhattan, the Bronx and Staten Island, the library is a resource for all the inhabitants of this multifaceted and cosmopolitan city, and beyond. The New York Public Library exemplifies the deeply rooted American belief in the individual’s right to know and be informed. It is one of the most democratic institutions in America – everyone is welcome. The Library strives to inspire learning, advance knowledge and strengthen communities.”

Earlier this week I stumble upon this enormous documentary on PBS. If you are into books and libraries, you’ll just love this movie that gives us an extensive tour of the New York Library and demonstrates how dedicated and welcoming the staff of its 92 branches are, what are the challenges they face in order to keep up with the demands and needs of their patrons, and particularly how important libraries can be to foster the diffusion of culture & knowledge as well as artistic creativity. It’s certainly one of the best examples of what an ideal library should be (as I recently discussed).

It is amazing how our local libraries look insignificant and puny in comparison of the behemoth collection and the huge diversity of services offered by the New York Public Library… With 53 millions documents, it is the second largest public library in the U.S. (third largest in the world after the British Library and the Library of Congress). Surprisingly, despite its name, it is a private, non-profit library, but it’s using public/private partnership (and funding) to work in collaboration with local governments (city, state, federal) in providing a large array of services… It is quite interesting (and serendipitous) that, with our imminent provincial elections, a librarian and teacher at the U de M Library Science School has been very recently questioning the commitment of the government in regards of libraries. Will the government create a strategic plan for the development of libraries (like the PLA recently did) ? It is direly needed at a time when the usefulness of libraries (and even our society’s fundamental concepts of knowledge and truth) are being challenged  (NYT, The Guardian) !

Of course, for such an enormous documentary, the reception has been rather mixed (with a critical response at 97%, but with only a 61% audience score, on Rotten Tomatoes) with reviews going from bad (Globe & Mail), to good (Variety) to excellent (The Guardian).

For me it was very interesting to watch and compare (seeing the similarities and differences) our library work here, in relatively small municipal library branches, to what’s done in NYC. However, even with the mastery of legendary documentarist Frederick Wiseman, I do think that 3h17 is really too long for any documentary to keep the attention of the viewers (at least in one sitting)! Many sequences are unnecessarily long. Also someone can get easily annoyed by Wiseman’s “no-comment” documentary style where he just show the scene as it happens without much editing or information (like not telling us who is talking!). In the end, despite those faults, this documentary is definitely worth watching for anyone (with spare time) who’s interested in the realm of books and libraries.

Ex Libris – The New York Public Library : USA, 2017, 197 mins; Dir./Ed./Sound/Prod.: Frederick Wiseman; Phot.: John Davey; Exec. Prod.: Karen Konicek; Cast: Ta-Nehisi Coates, Elvis Costello, Richard Dawkins and the very dedicated staff of all NYL branches. The DVD will be available soon from the producing company, PBS or Amazon (UK / FR). It can also be streamed online (legally?)… stars-3-0

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Capsules

Un dimanche au musée

IMG_3412J’ai encore visité une exposition au Musée des beaux-Arts de Montréal in-extremis: en effet, l’exposition D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui se terminait aujourd’hui. Comme toujours, cela en valait la peine (malgré la foule).

Je n’ai jamais beaucoup aimé Picasso (et l’art abstrait en général) mais, comme il se situe aux limites du figuratif et que j’ai toujours été fasciné par la vision du monde qu’il exprime dans son art, il m’intéresse tout de même. J’ai toujours interprété son oeuvre avec l’entendement que, la photographie ayant rendu le besoin de représenter la réalité caduque, les artistes modernes ont délaissé le figuratif pour l’impressionisme, d’abord, puis pour l’expressionnisme et même carrément l’abstrait (cubisme, surréalisme, etc.). On déforme la réalité pour exprimer et inspirer des sentiments. Picasso a commencé à peindre durant une période troublée du XXe siècle, alors ce n’est pas surprenant qu’il exprime des sentiments perturbés, dérangés ou dérangeants. Je me suis toujours demandé comment il pouvait réussir à déformer la réalité d’une telle façon ou s’il voyait vraiment le monde comme cela. Quoiqu’il en soit, j’ai toujours trouvé son art plutôt laid. Mais bon, comme je dis souvent à mon épouse, pas besoin d’aimer ça pour l’apprécier! Pour apprendre, il faut aller au-delà de ses goûts et de sa zone de confort.

Toutefois, ce n’est vraiment qu’en visitant cette exposition, qui met en parallèle des oeuvres de Picasso et de l’art Africain (dans ses très multiples déclinaisons), que j’ai finalement compris son inspiration. À cette époque-là, les artistes tribaux africains tentaient de représenter les esprits de la nature, le divin, la terreur de leur démons. Et c’est dans ces formes là que Picasso a trouvé sa muse.

Étrangement, l’art africain m’a aussi toujours fasciné. J’y trouve quelques chose de surréel, et, là où l’artiste tentait de représenter le surnaturel (esprit, démon), j’y vois une vision d’outre-monde, tantôt lovecraftienne, tantôt l’expression d’une science-fiction accidentelle (extra-terrestre, créature “star trekienne” ou “alienesque”, robot, arme klingonne, etc.). 

Et c’est sous le prisme de ces deux considérations que j’ai visité, et apprécié, cette exposition…

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