Monnaies anciennes 40

Crise du IIIe siècle (3): L’Empire des Gaules (1) 

Postumus (260-269 EC)

En plein coeur de l’anarchie militaire qui a plongé l’Empire Romain dans la crise du IIIe siècle, on retrouve un territoire autonome qui s’est scindé du reste de l’Empire. Il s’agit de l’Empire des Gaules qui a été créé par l’un des nombreux usurpateurs du pouvoir romain, surnommés les “Trente Tyrans” par l’Histoiria Augusta : Marcus Cassianus Latinius Postumus. 

Nous ne savons pas grand-chose sur Postumus et ce que nous savons provient principalement de sources peu fiables comme l’Historia Augusta. On croit qu’il était d’une origine provinciale modeste et, comme il a émis des monnaies dédiées à une divinité locale (Hercules Deusoniensis), serait né à Deusone (Diessen en Hollande) près de la frontière Batave. Il aurait donc des origines gauloises ou bataves. Très doué, il aurait rapidement gravi les échelons militaires jusqu’à devenir gouverneur de Germanie Inférieure sous le règne de Valerianus. Lors d’une invasion germanique en 259 (Alamans, Francs et Juthunges), Gallienus — qui est en charge de l’occident alors que son père Valerianus est en charge de l’orient — confit à son fils Saloninus (à peine âgé de dix-sept ans) la défense de la frontière du Rhin et Postumus y commandait l’une des armées.

À l’été 260, son armée écrase une colonne de Juthunges qui revenait d’Italie chargée de prisonniers et du fruit de leurs pillages. En septembre, suite à une dispute sur la distribution du butin (l’armée n’appréciant pas la décision du jeune Saloninus et de son préfet du prétoire Silvanus de s’accaparer le trésor; et la nouvelle de la capture de Valerianus par les Perses a sans doute aussi été un facteur), les soldats proclament leur général empereur et entreprennent de faire le siège de Colonia Agrippinensium (Cologne). Ils prennent la ville rapidement, puis assassinent Saloninus et Silvanus (quoi que plus tard ils blâmeront les gaulois pour le meurtre). Le pouvoir “Impérial” de Postumus est immédiatement reconnu par les troupes de Gaule, de Germanie et de Rhétie. L’année suivante, il contrôle également la Bretagne, la Gaule Narbonaise et l’Hispanie. Étrangement, plutôt que de marcher sur l’Italie pour devenir l’Empereur de Rome, il établit plutôt son propre fief dans le coin nord-ouest, l’Empire des Gaules, et choisit pour capitale soit Colonia Agrippinensium (Cologne), soit Augusta Treverorum (Trèves). Postumus structure l’administration de son “empire” en prenant exemple sur Rome: il est nommé consul et Pontifex Maximus, reçoit la puissance tribunicienne, établit un sénat et une garde prétorienne, frappe de nombreuses monnaies (principalement avec des types de victoires ou une série importante dédiée aux Travaux d’Hercules), et il défend avec succès son territoire contre les invasions germaniques et les tentatives de Gallienus de le reconquérir (ce dernier réussi bien à faire le siège de Augusta Treverorum, mais il doit abandonner après avoir été blessé d’une flèche).

Toutefois, si Postumus réussit à maintenir la paix et la prospérité dans son empire pendant plus d’une demi-douzaine d’années, les troubles présents dans le reste du monde Romain finissent par le rattraper. Grâce aux apports d’argent provenant du front du Rhin et des mines d’Hispanie, il a réussi à maintenir une monnaie forte jusqu’en 265 mais, par la suite, la quantité d’argent dans la monnaie chute à des niveaux comparable au reste de l’Empire causant une crise économique. Il n’était pas non plus exempt à voir son pouvoir contesté  par un usurpateur puisqu’en janvier 269, Laelianus, le gouverneur de Germanie Supérieur, se révolte et est nommé empereur par ses troupes (Legio XXII Primigenia et Legio VIII Augusta). Postumus recapture la ville de Mogontiacum (Mayence) et fait tuer Laelianus, mais durant l’été 269 il est assassiné à son tour par ses propres troupes qu’il tentait d’empêcher de piller la ville! Il semble que ceux-ci lui reprochait aussi son manque d’ambition… Les légions acclament un certain Marius, un simple soldat, pour le remplacer mais celui-ci ne jouira du pouvoir que quelques mois puisqu’il est assassiné à l’automne 269 et remplacé par le préfet du prétoire Victorinus

IMG_9197-9203Je n’ai qu’une seule pièce de Postumus et c’est un très beau antoninianus (VF [Very Fine] / VG [Very Good], AR (Billon ou flan de bronze saucé), 21 mm, 3.504 g, payé 95 FF, caractérisé par un très très bel avers mais un revers un peu plus usé et un peu flou, die-axis: ↑↑). L’avers présente une buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] POSTVMVS P[IVS] F[ELIX] (pieux et heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire ailée avançant à gauche, une couronne de laurier dans la main droite et une palme dans la gauche, un prisonnier à ses pieds, avec l’inscription latine VICT-OR-IA AVG[VSTI] (“Victoire de l’Empereur”).

Selon le RIC  (Webb, Percy H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. The Roman Imperial Coinage Vol. 5, Part II (From Probus to Maximian). London: Spink & Son, 1972, pp. 310-368.) ce type n’a été frappé qu’à Lugdunum (Lyon) mais il n’offre aucune datation précise (260-268). Toutefois, les sources en ligne (sans justificatif apparent, possiblement en se basant sur des données archéologiques) mentionnent que ce type aurait pu être frappé aussi à Augusta Trevorum (Trèves) ou à Colonia Agrippinensium (Cologne), et avance comme date le début du règne (260-261). Le motif de victoire peut faire référence soit aux victoires de Postumus contre les envahisseurs Germains (peut être sur les Juthunges), soit au fait qu’il ait résisté à toute les tentatives de Gallienus pour reconquérir son territoire.

Sources: Wikipedia (Postumus [FR/EN], Empire des Gaule [FR/EN]), Google, FAC (Postumus, VICTORIA AVG, laurel wreath, victory, palm), ERIC (Postumus), GallicEmpire; RIC 5.2: 89, Sear RCV (1983): 3032; CoinArchives, acsearch, arc, WildWinds (text, image), numista, numismatics, vcoins, CoinTalk, FAC, YorkCoins, ACG, WorthPoint, CoinProject.  Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous nous attardons sur le règne de Victorinus dont j’ai quatre pièces de monnaie.

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