Monnaies anciennes 52

Les tétrarchies (4)

Maximinus (310-313 EC)

Daza (ou Daïa selon Lactantius) est né le 20 novembre c. 270 près de Felix Romuliana dans une famille de paysans d’origine Thrace mais il prendra par la suite le nom de Maximinus (par convention il est généralement appelé Maximinus II ou Maximinus Daza pour le distinguer de Maximinus Thrax). Comme il était le fils de la soeur de Galerius et s’était probablement distingué comme officier militaire, ce dernier l’a adopté et nommé son César (son second) lorsqu’il est devenu Auguste en mai 305 lors de l’abdication de Diocletianus et Maximianus. Il prend alors le nom de Gaius Valerius Galerius Maximinus. En tant que César jovien il était en charge de la Syrie et de l’Égypte (il a d’ailleurs été le dernier monarque à détenir le titre de Pharaon d’Égypte). Il se retrouve rapidement impliqué dans la guerre civile qui divise les tétrarques. Après la conférence de Carnuntum en novembre 308, lorsque Licinius est devenu Auguste avec Galerius, les deux Césars (Maximinus et Constantinus) sont nommé filii Augustorum (“fils des Augustes”). Il fait une campagne militaire contre les Perses Sassanides en 310 puis, après la mort de Galerius en mai 311, se partage l’Orient avec Licinius. Toutefois lorsque Licinius fait cause commune avec Constantinus, Maximinus s’allie avec l’usurpateur Maxentius. L’affrontement direct avec Licinius devient inévitable mais ce dernier le défait à la bataille de Tzirallum le 30 avril 313. Il meurt de maladie plusieurs mois lus tard, en août, après avoir fuit à Nicomédie puis à Tarse. Étant très dévoué à la religion romaine, il aurait ignoré l’Édit de tolérance de Galerius et commis de nombreuses persécutions contre les Chrétiens. Toutefois, il aurait éventuellement adoucie sa position pour accepter l’Édit de Galerius et même émettre son propre édit de tolérance peu de temps avant sa mort.

J’ai trois pièces de monnaie de Maximinus, que je vous présente (comme à mon habitude) dans l’ordre (croissant cette fois) de qualité.

IMG_0459-0465La première pièce est un follis plutôt passable (Fair, AE [Bronze], 22 mm, 5 g, patine verte avec beaucoup de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers présente la tête du césar laurée à droite, avec l’inscription latine (partiellement lisible, à peine) GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche près d’un autel, avec un modius sur la tête, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche, de laquelle coule un liquide, et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO CA-ESARIS [*?] (“le génie [esprit protecteur] du prince”). Malheureusement, aucune marque d’atelier ou d’officine n’est visible… (mais il s’agit probablement de ANT / E).

Toutefois, selon le RIC (Sutherland, C.H.V.; Ed. By Sutherland C.H.V. & Carson, R.A.G. The Roman Imperial Coinage, vol. VI: From Diocletian Reform (294) to the death of Maximinus (313). London: Spink & Son, 1967 — voir index) cette titulature et ce type de revers a été frappé à Alexandrie (ALE) en 308 (#64, 71, 78) ou 308-310 (#99/100), à Antioche (ANT, mais l’inscription du revers comporterait une étoile à la fin: GENIO CA-ESARIS*, ce qui pourrait être le cas ici) en 308 (#81, 87a, 94), 308-309 (#103), 309 (#110), 309-10 (#118a), 310 (#132a) et 310-11 (#146), à Cyzique (MK) en 308 (#34) ou encore à Héraclée en 306-307 (#32), 308-309 (#36) et 309-10 (#40). 

Cette pièce a donc définitivement été frappée en Orient et, comme la plupart de mes pièces de cet empereur proviennent d’Antioche il est fort probable que celle-ci a été frappé à la même place. D’autant plus que seules les pièces d’Antioche semblent comporter l’étoile à la fin de l’inscription du revers et l’autel devant lequel le Genius sacrifie. Elle date aussi définitivement de 305-310 EC (dates où Maximinus a été césar), et la seule référence que j’ai trouvé à la présence d’un autel (WildWinds) est pour une pièce qui date de 310-11 EC (RIC op. cit.: 146, pp. 607 & 638).

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, Genio Caesaris, modius), ERIC (Maximinus); RIC vol. 6: 146; coinarchives, FAC, nobleromancoins, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0477-0491La seconde pièce est un beau follis (VG [Very Good], AE [Bronze], 27 mm, 7.814 g, payé environ $5 le 1985/01/06, patine brune; die-axis:  ↑↓). L’avers présente une tête du césar laurée à droite avec l’inscription latine GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO POPV-LI ROMANI (“le génie du peuple romain”), un ANT (marque de l’atelier d’Antioche) suivi d’un point en exergue et un Z (Zeta, marque de la sixième officine) dans le champs droit.

Selon le RIC (op. cit., p. 624) il s’agit donc d’une pièce frappée à Antioche en 305 EC.

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, Genio Populi Romani), ERIC (Maximinus); RIC v. 6: 71c; BeastCoins (image), CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0469-0472La troisième pièce est un très beau follis (F [Fine], AE [Bronze], 24 mm, 6.002 g, payé environ $7-10, patine brunâtre avec quelques dépôts vert et rouge; die-axis:  ↑↓). L’avers présente une tête de l’empereur laurée à droite (les lacets de la couronne de laurier ne sont pas parallèles mais divergents, et la troncation est arrondie), avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AIVS] GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche, avec un modius sur la tête, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche, de laquelle coule un liquide, et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO IMP-ERATORIS (“le Génie des empereurs”), un ALE en exergue (marque de l’atelier d’Alexandrie), un K et un P dans le champs inférieur de part et d’autre, ainsi qu’un croissant et un 𝞒 (gamma, marque de la troisième officine) dans le champs supérieur de part et d’autre.

IMG_0469tiesSelon le RIC (op. cit., pp. 657, 682) cette pièce aurait été frappé à Alexandrie en 311 EC. Toutefois ma pièce (qui comporte des lacets divergents mais avec une troncature arrondie) n’est pas décrite exactement dans le RIC qui ne présente que l’option parallèle/arrondie pour le Groupe V i. Il n’est pas exceptionnel de voir des variantes de type qui échappent aux répertoires.

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, modius), ERIC (Maximinus); RIC v. 6: 139b; acsearch, acsearch, BeastCoins, CoinArchives, CoinTalk, WildWinds. Voir aussi ma fiche.

CORRECTION (oups!)

Pour la première fois depuis le début de cette chronique je me retrouve avec une pièce mal identifiée. J’avais erronément noté sur ma fiche qu’il s’agissait d’une pièce de Maximinus alors qu’il s’agit en fait d’une pièce de Galerius!

IMG_0454-0457Cette pièce est un assez beau radiate post-réforme (G [Good], AE/BI [Bronze argenturé / Billon], 20 mm, 1.899 g, payé environ $7, patine verdâtre, die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste du césar radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine (dont la première partie est illisible) GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMIANVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre le césar debout à droite (sur la gauche), recevant une petite Victoire sur un globe de Jupiter à droite (tourné vers la gauche), qui tient un long sceptre, avec l’inscription latine CONCORDIA MIL-ITVM (“[Dédié] à l’harmonie avec les soldats”), un ANT en exergue (marque de l’atelier d’Antioche) et un Z (Zeta, marque de la sixième officine) surmonté d’un croissant dans le champs centre (sous la Victoire).

Selon le RIC (Sutherland, C.H.V.; Ed. By Sutherland C.H.V. & Carson, R.A.G. The Roman Imperial Coinage, vol. VI: From Diocletian Reform (294) to the death of Maximinus (313). London: Spink & Son, 1967, p. 622), ce type de Concordia Militum n’a été frappé à Antioche (avec un croissant au-dessus de la marque d’officine) qu’en 297 EC. Cette pièce représente un élément important de la propagande impériale qui exprime la stabilité de l’empire, celle-ci étant impossible sans une armée satisfaite qui ne se révolte pas à tout bout de champs. Il est donc important de maintenir et de promouvoir la bonne entente avec les troupes…

Sources: Wikipedia (Galerius [FR/EN]), Google, FAC (Galerius, Concordia Militum), ERIC (Galerius); RIC v. 6: 63b; Augustuscoins, FAC, vcoins. Voir aussi ma fiche.

Les nombreux types de pièces avec des Genio romains expriment probablement la dévotion de Maximinus envers la religion traditionnelle.

De fois, l’identification des pièces de monnaie romaine est vraiment pénible et chronophage. Il semble qu’avec le Bas-Empire c’est de plus en plus difficile… J’ai passé tout mon week-end sur cette entrée !!

La semaine prochaine nous aborderons le règne de Licinius !

Voir l’index des articles de cette chronique.

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