Images du mer-fleuri [002.021.258]

Linaria vulgaris 

[ iPhone 11 Pro, Parc Frédéric-Back, 2021/09/10 ]

J’ai déjà illustré cette fleur il y a quelques année, mais j’aimerais en reparler puisque je vous ai présenté la semaine dernière le Lotus corniculatus (a.k.a. “eggs and bacon”) et qu’ensemble ces deux fleurs constituent ce que j’appel le “petit-déjeuner floral”. Elles sont d’ailleurs très similaire et il faut prendre garde à ne pas les confondre.

La Linaire commune  (appelé en anglais “common toadflax ou “butter-and-eggs“) est une plante herbacée vivace qui appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae, i.e. les plante à fleurs), à la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), à la sous-classe des Asteridae, à l’ordre des Scrophulariales (ou Lamiales selon la classification phylogénétique APG), à la famille des Scrophulariaceae (ou Plantaginaceae selon APG III, qui regroupe près de deux milles espèces réparties en une soixantaine de genres) et au genre Linaria (qui regroupe environ cent-cinquante espèces). Il existe principalement une vingtaine d’espèces de linaires.

La linaire commune atteint entre quinze et quatre-vingt-dix centimètre de hauteur et est caractérisé par de nombreuses tiges non ramifiées et des feuilles alternes très fine (deux à six cm de long par un à cinq mm de large), d’une couleur bleu-vert glauque, et qui ressemblent à celles du lin (d’où le nom). Les fleurs, qui poussent en grappes au sommet des tiges, sont deux à trois cm de long et sont constituées de deux lèvres closes jaunes avec une tache orange et d’un long éperon. Elle fleurit entre juin et octobre. Elle sert de nourriture à de nombreux insectes (surtout des papillons de nuit) et n’est pollinisée que par de grosses abeilles et des bourdons, car sa corolle fermée n’est accessible qu’avec une certaine force.

C’est une plante rudérale et une mauvaise herbe mais qui peut être utilisée comme fleurs décoratives. Malgré une légère toxicité pour l’humain et le bétail (due à la présence de glycoside cyanogénétique), elle est utilisée en médecine traditionnelle (par l’infusion des feuilles) entre autres pour ses propriétés diurétiques et antipyrétiques. (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles)

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Monnaies anciennes 55

Les tétrarchies (6)

Licinius II (317-324 EC) 

Valerius Licinianus Licinius Junior (dit Licinius II) est né en juillet ou août 315 possiblement à Nicomédie. Son père est l’empereur romain Licinius et sa mère est Flavia Julia Constantia, la demi-soeur de Constantinus (elle est né du second mariage de Constantius Chlorus avec Flavia Maximiana Theodora). À peine âgé de deux ans, il est nommé césar, en même temps que ses cousins Crispus (âgé de dix-sept ans) et Constantinus II (âgé de sept mois!), le 1er mars 317. Il est nommé Consul une première fois avec son oncle Constantinus en 319, puis une seconde fois avec son père en 321. En mars, il célèbre également ses quinqennalia (cinq ans de règne en tant que césar). Toutefois, la même année, Constantinus nomme ses deux fils (Crispus et Constantinus II) comme co-consuls pour l’Occident ce qui fait que l’Empire aura exceptionnellement quatre consuls au lieu de deux — ce qui contribue à exacerber les tensions en les co-empereurs. Ceux-ci s’étaient déjà affronté dans une première guerre civile en 316 (période que Licinius II passe en sureté auprès de sa mère à Sirmium) mais 321 marque la rupture définitive entre Licinius et Constantinus. 

Après une série d’affrontements, Licinius est vaincu par Constantinus le 18 septembre 324. Constantia intercède auprès de son frère pour que son époux et son fils soient épargnés. Licinius II perd alors son titre de césar et Licinius se retire à Thessalonique. Cependant, craignant sans doute qu’il ne devienne l’inspiration d’une rébellion, Constantinus fait exécuter Licinius au printemps 325. Il a probablement hésité à faire assassiner son neveux mais il fait tout de même exécuter Licinius II l’année suivante à Pola (en 326). Ce n’est pas clair si les deux événements sont liés mais, la même année à Pola, Constantinus fait également exécuter son propre fils, Crispus (né de sa première épouse, Minervina) car il aurait été accusé d’adultère avec sa belle-mère (Fausta, seconde épouse de Constantinus). C’est du moins ce qui disent Zosimus et Zonaras, mais il est bien possible que Crispus ait comploté contre son père ou que Constantinus ait simplement été jaloux de la popularité de son fils… Cela démontre bien le peu de scrupule que Constantinus avait de se débarrasser de la compétition. Il n’a pas pris le risque d’attendre que Licinius II prenne la toge virile et devienne une menace potentielle. Licinius II n’avait que onze ans lors de son décès mais aura tout de même été césar pendant sept ans.

IMG_0593-0597J’ai deux pièces de monnaie de Licinius II. La première est un assez beau follis réduit (AE3, G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 2.503 g, payé environ $7, patine verdâtre avec traces de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste du (très) jeune césar lauré et drapé à gauche, portant un globe et un sceptre dans la main gauche et une mappa dans la main droite, avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] VAL[ERIVS] LICIN[IANVS] LICINIVS NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Notre Seigneur Valerius Licinianus Licinius Très Noble César”). Le revers illustre Jupiter debout à gauche, nu sauf une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant une petite victoire dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, avec l’inscription latine IOVI CONSER-VATORI CAESS[ARVM] (“À Jupiter Protecteur des Césars” — le double “S” dénote un pluriel), un SMK en exergue (Sacra Moneta Kyzici, marque presqu’illisible de l’atelier de Cyzique) ainsi qu’une couronne et une lettre grecque (marque d’officine illisible, possiblement un “A” [alpha] ou un “𝞒” [gamma] mais cela pourrait en fait être n’importe laquelle des huit officines) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 644), cette pièce aurait été frappée à Cyzique (dans une officine indéterminée) vers 317-320 EC. Elle ne fait que reprendre un type fréquent chez son père (voir mon entrée précédente).

Sources: Wikipedia (Licinius II [FR/EN], mappa), Google, FAC (Licinius II, Iovi Conservatori, Jupiter, mappa, Victory), ERIC (Licinius II); RIC v. 7: 11; CoinArchives, CoinProject, Numista, WildWinds (text, images A, B, 𝞒, 𝞓, E, S, Z, H). Voir aussi ma fiche.

IMG_0610-0618La deuxième pièce est un beau follis réduit (AE3, VG [Very Good], AE [Bronze], 18 x 19 mm, 2.916 g, payé environ $6 le 1985/04/14, caractérisé par une patine brune et une important rognure à 135º qui donne une forme plutôt ovale à la pièce; die-axis: ↑↓). L’avers présente une tête du jeune césar laurée à droite, avec l’inscription latine LICINIVSNOB[ILISSIMVS] CAES[AR] (“Licinius Très Noble César”). Le revers illustre un VOT[A] • V (Vota quinquennalibus) sur deux ligne dans une couronne, avec l’inscription latine CAESARVM NOSTRORVM (“Voeux pour le cinquième [anniversaire de règne] de nos césars”) et un QA en exergue (marque de la quatrième officine [Q = Quartus] de l’atelier de Arelate [A]).

Selon le RIC (op. cit., pp. 230, 259), cette pièce aurait été frappée par la quatrième officine de l’atelier de Arelate (Arles) en 321 EC. Elle correspond à la série de type “VOT XX” de son père (que j’ai déjà expliqué dans une entrée précédente). Toutefois, après la frappe de ce type, plusieurs ateliers Occidentaux comme Arelate, sous le contrôle de Constantinus, cesseront d’émettre des pièces au noms de Licinius et de son fils, démontrant bien la fracture entre les deux co-empereurs en 321.

Sources: Wikipedia (Licinius II [FR/EN]), Google, FAC (Licinius II), ERIC (Licinius II); RIC v. 7: 231; Sear RCV (1983): 3714; acsearch, CGB, CoinArchives, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Les pièces de monnaie de Licinius II ne nous apprennent pas grand chose sur son bref règne car elles ne font que reprendre des types de pièces de Licinius. Elle sont toutefois utiles pour confirmer la chronologie des événements du règne de son père.

La semaine prochaine nous abordons la dynastie des Constantiniens, qui marque une époque fondamentale de l’histoire de l’Empire Romain avec le début de l’Empire Byzantin. Je vous présenterai donc un premier groupe de pièces de monnaie de Constantinus, dont j’ai une douzaine de pièces.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.251]

Lotus corniculatus 

[ iPhone 11 Pro, Parc Frédéric-Back, 2021/07/16 ]

Le Lotier corniculé (aussi appelé “pied de poule” ou “bird’s-foot trefoil” et “eggs and bacon” en anglais) est une plante herbacée vivace qui appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae, i.e. les plante à fleurs), à la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), à la sous-classe des Rosidae, à l’ordre des Fabales, à la famille des Fabaceae (ou légumineuses, une famille qui compte plus de sept cent genres et près de vingt-mille espèces comme le soja, les haricots, les pois, les fèves, ou les trèfles) et au genre Lotus (qui comprend une centaine d’espèces). C’est une plante basse (5 à 20 cm) caractérisé par une longue racine pivotante, des feuilles alternes “composées de trois folioles obovales”, des fleurs jaunes vif (devenant parfois orangé marqué de rouge) et ses fruits qui forment des gousses oblongues de deux ou trois centimètres pouvant contenir jusqu’à une vingtaine de graines. Les fleurs, longues d’environ un centimètre, poussent sur de longs pédoncules disposées en ombelle par groupe de quatre à huit. Elles sont composées d’un pétale supérieur droit et large et de deux pétales latéraux plus petits qui cachent le pistil et les étamines. Le nom du genre provient du grec (λωτός / lōtos / désignant de nombreuses espèces de plantes) et celui de l’espèce provient du latin (Corniculatus = “Corniculé, cornu” en référence à la forme des gousses)

Le lotier corniculé est considéré comme une plante envahissante mais qui trouve tout de même de très nombreuses utilisations. C’est d’abord une plante ornementale car ses fleurs sont assez attrayantes et offrent une floraison prolongée (de mai à septembre). Elle est appréciée par plusieurs espèces de papillons (dont les chenilles se nourrissent des feuilles) ainsi que par les abeilles et bourdons (car ses fleurs sont mellifères). C’est aussi surtout une plante fourragère qui est également utilisé pour son pouvoir structurant sur le sol et sa biomasse (engrais vert). Malgré le fait qu’elle soit toxique à forte dose (due au cyanure d’hydrogène qu’elle contient) ses fleurs séchées en tisanes peuvent avoir une utilisation médicinale grâce à des effets calmant ou somnifère. (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles)

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Monnaies anciennes 54

Les tétrarchies (5)

Avant de poursuivre avec la seconde partie de la vie de Licinius, je tiens à souligner que je me consacre à cette chronique sur la vie des empereurs romains à travers les pièces de monnaie de ma collection depuis maintenant une année ! J’ai débuté en vous présentant une belle pièce de Lucius Verus (un denarius datant de 167-168) le 3 septembre 2020 et j’ai poursuivi (avec un superbe tétradrachme athénien) dans un ordre plus ou moins chronologique, avec quelques apartés sur les femmes romaines, les royaumes environnants, puis un retour sur les Julio-Claudiens, jusqu’à la fin de la crise du IIIe siècle et l’avénement des tétrarchies. La riche dynastie des Constantiniens, mes horribles pièces byzantines et diverses autres monnaies m’offriront probablement assez de matériel pour continuer une autre année… Peu m’importe qu’on me lise tant que je me garde l’esprit actif et que je m’amuse à approfondir (et à partager) mon savoir — cet immense puits de connaissances largement inutiles qu’est mon esprit ! Alors beatus natalis omnibus amatoribus antiquis denarios !

Licinius (308-324 EC)  (2)

Après que Caius Valerius Licinianus Licinius ait vaincu Maximinus et purgé toute trace de son entourage en 313, la tétrarchie n’est plus qu’un souvenir. L’empire est maintenant dirigé par seulement deux empereurs: Licinius en Orient et Constantinus en Occident. Pendant une brève période où se maintient l’équilibre des pouvoirs, Licinius (qui s’est établit à Nicomédie) fait campagne contre les Perses Sassanides et les Goths et, à l’été 315, son épouse Constantia lui donne un fils, Valerius Licinianus Licinius Iunior. Toutefois, la méfiance de l’un envers l’autre étant croissante, l’inévitable conflit fini par éclater: Constantinus, accusant Licinius d’héberger l’auteur d’un complot, marche contre son co-empereur en 316, prends Siscia (capitale de la Pannonie) puis le défait à la bataille de Cibalae. Licinius doit fuir à Sardique (en Thrace) où il nomme Valens, l’un de ses généraux, co-empereur. Après des négociations infructueuses, les deux armées s’affrontent à nouveau en décembre 316 à la bataille de Mardia. Faute d’une victoire décisive, les négociations reprennent en janvier 317 et, après un accord en mars, Licinius doit concéder une partie de son territoire et faire exécuter Valens. En échange, il est nommé co-consul avec Constantinus et son fils, Licinius II, est nommé Nobilissimus Caesar avec les fils de Constantinus, Crispus et Constantinus II. 

Cette trêve précaire dure environ six ans, période durant laquelle Licinius est occupé à défendre ses frontières (notamment contre un invasion de Sarmates en 318). Dès 320, la tension monte alors que Constantinus accuse Licinius de renouer avec la religion traditionnelle (dont le culte jupitérien) et la persécution des chrétiens. Le conflit éclate à nouveau en 323 lorsque des troupes de Constantinus, à la poursuite de pillards Goths, pénètrent en Mésie supérieure, un territoire sous le contrôle de Licinius. Constantinus marche à nouveau contre Licinius qu’il affronte en une série de batailles. Après avoir été défait à Andrinople en juillet 324, Licinius se réfugie à Byzance. Il nomme Martinianus, l’un de ses hauts fonctionnaires, son co-empereur et l’envoi à Lampsaque pour tenter, sans succès, d’intercepter Constantinus. Pendant que son père fait le siège de la ville, Crispus attaque la flotte largement supérieure de Licinius, sous le commandement de l’Amiral Abantus, et l’anéantit en deux batailles navales qui se déroulèrent dans l’Hellespont (Dardanelles). Voyant le vent tourner, Licinius abandonne Byzance pour traverser en Bythinie, à Chalcédoine, où il rejoint les troupes de Martinianus et des auxiliaires wisigoths, et affronte l’armée de Constantinus le 18 septembre 324 lors de la bataille de Chrysopolis. L’armée de Constantinus, menée par son étendard chrétien, le labarum, amorce un assaut frontal massif et massacre les troupes de Licinius. Celui-ci s’enfuit à Nicomédie mais il concède la défaite dès le lendemain, après que Constantia ait négocié pour que les vies de son époux et de son fils soient épargnées. Ils seront exilés à Thessalonique mais, dès le printemps suivant (325), Constantinus les fera exécuter et leur imposera une damnatio memoriae. Licinius n’aura régné sur l’Empire Romain qu’une quinzaine d’année. Avec lui, la guerre civile de la tétrarchie prends fin et Constantinus règne alors seul sur l’Empire.

Je vous présente ici trois autres pièces de monnaie de Licinius.

IMG_0549-0561La première de ces pièces est une belle petite dénomination (Half-centenionalis, Follis Réduit ou AE3, VG [Very Good], AE [bronze], 18 x 18.5 mm, 2.295 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brun foncé avec quelques traces vert foncé; die-axis: ↑↓). L’avers présente une tête de l’empereur laurée à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LICI-NIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un VOT[IS] •  XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]…”) sur deux ligne au centre d’une couronne de laurier, avec l’inscription latine D[OMINI] N[OSTRI] LICINI INVICT[I] AVG[VSTI] (“…de Notre Seigneur Licinius invincible Auguste”) et un TT (marque de la troisième officine [T = Tertius] de Ticinium [T]) en exergue.

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 380), cette pièce a été frappé par la troisième officine de l’atelier de Ticinium (Pavie) en 320-321 EC.

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Dominus, laurel wreath, Ticinium, vota, VOT XX), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 146; acsearch, coinproject, numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0566-0571La deuxième pièce est une très belle petite dénomination très similaire à la pièce précédente (Half-centenionalis, Follis Réduit ou AE3, F [Fine], AE [Bronze], 17.5 x 18 mm, 2.154 g, payé environ $6 le 1985/04/14, caractérisé par une patine brune et une légère fêlure à 30° sur l’avers; die-axis: ↑↑). L’avers offre une tête de l’empereur laurée à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LICI-NIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un VOT[IS] •  XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]…”) sur deux ligne au centre d’une couronne de laurier, avec l’inscription latine DOMINI • N[OSTRI] • LICINI AVG[VSTI] (“…de Notre Seigneur Licinius Auguste”) et un • AQ S • (marque de la seconde officine [S = Secundus] de l’atelier de Aquileia [AQ]) en exergue.

D’après le RIC (op. cit., p. 404), cette pièce a été frappé par la seconde officine de l’atelier de Aquileia en 321. 

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Aquilea, denomination, Dominus, laurel wreath, vota, VOT XX), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 86; acsearch, augustuscoins, coinproject, coinscalkinsc, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0577-0587La troisième et dernière pièce est une assez belle petite dénomination (AE3, G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 2 g, caractérisé par un dépôt jaunâtre sur l’avers; die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AIVS] VAL[ERIVS] LICIN[IANVS] LICINIVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Jupiter debout de face, la tête tournée à gauche, nu sauf une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant une petite victoire sur un globe dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, un aigle avec une couronne dans le bec et un captif attaché à ses pieds de part de d’autre, avec l’inscription latine (illisible) IOVI CONS-ERVATORI (“[Dédié] à Jupiter le Protecteur”), un SMANT? (marque de l’atelier d’Antioche [SMANT = Sacra Moneta ANTiochia] avec une marque d’officine illisible) en exergue et un X / II 𝛍  (marque de valeur nominale) sur deux lignes dans le champs droit.

D’après le RIC (op. cit., p. 682), cette pièce a été frappé à l’atelier d’Antioche en 321-23. Malheureusement la marque de l’officine est illisible (cela pourrait donc être n’importe laquelle parmi les huit officines qui ont frappé ce type). Les caractères dans le champs droit serait une marque de la valeur nominale de la pièce. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un X au dessus d’un Pi  et d’un Gamma — et certaines source en ligne l’indiquait comme “X / II Mu” — mais, toujours selon le RIC (op. cit., p. 12-13), il s’agirait plutôt d’un X au-dessus d’un II pour faire X II (12) suivi d’un symbole représentant un semis (demi) pour totaliser 12 1/2. Cela serait l’indication de la dévaluation du follis (le follis réduit). 

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Antioch, Iovi Conservatori), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 35; acsearch, CoinArchives, Numista, WildWinds (text B, image B, image 𝜟, image 𝜠,  image 𝜢). Voir aussi ma fiche.

Ces trois pièces de monnaie nous permettent les réflexions suivantes sur le règne de Licinius:

Une des caractéristiques des pièces présentées cette semaine est le type de revers avec un “VOT XX“ que j’ai déjà discuté la semaine dernière. Toutefois, selon le RIC (op. cit., p. 390), la similitude des deux “VOT XX” frappées à Aquileia et Ticinium pourrait être due au fait que “le type de Ticinium ait été apporté à Aquilée lors de la réorganisation des ateliers monétaires de 320-21 dans le but d’augmenter la production des monnaies en Europe de l’Est”.

Avec ces pièces, nous voyons apparaître une nouvelle titulature: le Dominus Noster (DN). Au IVe siècle la titulature des empereurs tombe souvent dans le superlatif (Nobilissimus Caesar, par exemple, qui signifie “le plus noble des césars”) et l’usage du DN (Dominus Noster = “Notre Seigneur”) tombe probablement dans cette pratique et reflète la réforme de Diocletianus où, avec la tétrarchie, l’Empereur acquiert une nature quasi-divine qui le place bien au-dessus de ses sujets au point où on doit lui vouer un culte (et c’est d’ailleurs pour cette raison que cette période est appelée le “Dominat”, en opposition au “Principat” qui avait caractérisé l’Empire jusqu’alors). Toutefois, elle n’est utilisé qu’après la retraite de Diocletianus et de Maximianus (s’approchant sans doute des types de divinisation comme les DIVO et CONSACRATIO). Les chrétiens utiliseront d’ailleurs aussi ce titre pour qualifier Jésus Christ. Au début, son utilisation est plutôt occasionnelle mais, dès 320, sous Licinius et Constantinus, elle devient beaucoup plus fréquente et tend à remplacer le IMP (Imperator); toutefois, sous Julianus II et Jovianus, elle deviendra la norme. (d’après Augustus Coins, CoinTalk)

La troisième et dernière pièce nous révèle deux choses. D’une part, elle confirme ce que les sources littéraires (comme Eusebius) avaient déjà mentionné (et que Constantinus avait pris à prétexte pour agir contre lui): Licinius semble bien avoir effectué un retour au paganisme en renouant avec la religion romaine traditionnelle  et, comme l’indique cette pièce, particulièrement le culte jovien. L’accusation de Constantinus ne prends donc pas source uniquement dans sa propre propagande. Licinius ne s’est peut-être jamais convertit comme Constantinus mais s’est simplement montré favorable au chrétiens par support pour son épouse Constantia et Constantinus. Cela ne prouve pas non plus qu’il ait repris les persécutions (quoi que c’est ce que Constantinus lui reprochait). Il peut simplement avoir invoqué la protection du dieu jovien (son protecteur, car il est toujours l’Auguste Jovien) par superstition et pour rassurer ses troupes dont il dépendait plus que jamais alors que le conflit avec Constantinus devenait de plus en plus imminent.

D’autre part, cette même pièce démontre bien la dévaluation du follis. Cela reste un sujet controversé et sur lequel les spécialistes ne s’entendent pas. Le RIC dit en effet (RIC, op. cit., pp. 8-9) que “Peu de problèmes monétaires ont causé plus de controverse que ceux concernant la monnaie de bronze du IVe siècle. (…) Constantin ne créa aucune nouvelle monnaie de bronze; sa pièce de bronze était le follis tétrarchique dont le poids diminuait progressivement. (…) il est clair que la monnaie de bronze du IVe siècle était non fiduciaire, c’est-à-dire que la valeur des pièces était déterminée par leur valeur métallique.” Dès 320, dans la partie de l’Empire contrôlé par Licinius, on remarque une réduction de la production de folles et une diminution du nombres d’officines (de 37 à 22) des différents ateliers monétaires. C’est à ce même moment que plusieurs de ateliers monétaires (Antioche, Cyzique, Héraclée, Nicomédie) utilisent sur leurs pièces cette marque de valeur nominale (12 1/2). Elle ne sera plus utilisée par la suite mais il est claire que le follis a maintenant une valeur réduite. On ignore le nom que les romains donnaient à ces petites dénominations et c’est pourquoi les numismates modernes utilisent une nomenclature basée sur la taille de la pièce: par exemple, la dénomination la plus commune, AE3, correspond aux pièces de bronze de 17 à 21 mm; la AE2 correspond à 20 -26 mm et la AE1 correspond à 26-30 mm.

Finalement, il est a noter que toutes les pièces que j’ai mentionné cette semaine sont considérées comme rares. Selon le système du RIC, elles sont classées entre R1 et R3, c’est-à-dire qu’il existe entre quatre et douze pièces connues de ces types (évidement c’était le cas lors de la compilation du répertoire dans les années soixante mais d’autres pièces ont sûrement été découvertes depuis).

La semaine prochaine nous abordons le bref règne de Licinius II dont j’ai deux pièces.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.244]

Conium maculatum 

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[ Canon PowerShot S5 IS, Jardin botanique, 2013/06/18]

IMG_3904La Grande ciguë (appelé hemlock en anglais) est une espèce de plante qui appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae), la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), l’ordre des Apiales, à la famille des Apiaceae (ou Umbelliferae qui inclus plus de trois milles espèces telles la carotte, le  céleri, le  cerfeuil, la coriandre, le  fenouil, le panais, le persil, etc.) et au genre Conium. C’est une plante herbacée bisannuelle qui fleurie la seconde année et qui est caractérisée par une longue tige (un à trois mètres) cylindrique, glabre, très ramifiée, d’une texture cireuse et tachetées de rouge-pourpre surtout dans le bas. Ses feuilles sont alternes et divisées (pennatiséquées trois à cinq fois) en une forme triangulaire. À l’extrémité des tiges dressées on retrouve de petites fleurs blanches qui poussent sur de long pédoncules et qui sont regroupées en ombelles. Elle a une odeur désagréable (surtout quand on froisse ses feuilles) qui rappelle l’urine de chat ou de souris. Son nom provient du latin conium (dérivé du grec κώνος / kónos / “cône” ou possiblement de κώνειος / koneios / ”tourner, tourbillonner” en référence à la sensation de vertige que peut causer son ingestion) et maculatum (signifiant “maculé, moucheté, taché”).

Au moyen-âge on lui attribuait des propriétés occultes mais dès l’antiquité elle était surtout connue  pour sa très haute toxicité. Même à très petite dose (150–300 mg), les alcaloïdes qu’elle contient (surtout la conine mais aussi du méthyl-éthyl-coniine, de la pseudoconhydrine, de la conhydrine et de la pipéridine) interfèrent avec le système nerveux périphérique causant la mort par paralysie respiratoire (avec des troubles digestifs, des céphalées, de la perte de sensation et de force musculaire, des convulsions, de l’insuffisance rénale, et une paralysie ascendante). Il faut donc faire bien attention de ne pas la confondre avec des plantes de la même famille (comme le persil, le panais et la carotte). Les Athéniens l’utilisaient pour exécuter leurs condamnés, l’exemple le plus connu étant Socrate. Toutefois, pour obtenir une mort paisible, telle que Platon la décrit à la fin de son Phédon, les grecs y ajoutaient probablement d’autre drogues comme la datura et l’opium. (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles et hellénistes)

LXVI. – À ces mots, Criton fit signe à son esclave, qui se tenait près de lui. L’esclave sortit et, après être resté un bon moment, rentra avec celui qui devait donner le poison, qu’il portait tout broyé dans une coupe. En voyant cet homme, Socrate dit : « Eh bien, mon brave, comme tu es au courant de ces choses, dis- moi ce que j’ai à faire. – Pas autre chose, répondit-il, que de te promener, quand tu auras bu, jusqu’à ce que tu sentes tes jambes s’alourdir, et alors de te coucher ; le poison agira ainsi de lui-même. » En même temps il lui tendit la coupe. Socrate la prit avec une sérénité parfaite, Échécrate, sans trembler, sans changer de couleur ni de visage; mais regardant l’homme en dessous de ce regard de taureau qui lui était habituel : « Que dirais-tu, demanda-t-il, si je versais un peu de ce breuvage en libation à quelque dieu ? Est-ce permis ou non ? – Nous n’en broyons, Socrate, dit l’homme, que juste ce qu’il en faut boire. – J’entends, dit-il. Mais on peut du moins et l’on doit même prier les dieux pour qu’ils favorisent le passage de ce monde à l’autre ; c’est ce que je leur demande moi-même et puissent-ils m’exaucer ! » Tout en disant cela, il portait la coupe à ses lèvres, et il la vida jusqu’à la dernière goutte avec une aisance et un calme parfaits. 

Jusque-là nous avions eu presque tous assez de force pour retenir nos larmes ; mais en le voyant boire, et quand il eut bu, nous n’en fûmes plus les maîtres. Moi-même, j’eus beau me contraindre; mes larmes s’échappèrent à flots ; alors je me voilai la tête et je pleurai sur moi-même ; car ce n’était pas son malheur, mais le mien que je déplorais, en songeant de quel ami j’étais privé. Avant moi déjà, Criton n’avait pu contenir ses larmes et il s’était levé de sa place. Pour Apollodore, qui déjà auparavant n’avait pas un instant cessé de pleurer, il se mit alors à hurler et ses pleurs et ses plaintes fendirent le cœur à tous les assistants, excepté Socrate lui-même. « Que faites-vous là, s’écria- t-il, étranges amis ? Si j’ai renvoyé les femmes, c’était surtout pour éviter ces lamentations déplacées ; car j’ai toujours entendu dire qu’il fallait mourir sur des paroles de bon augure. Soyez donc calmes et fermes. » En entendant ces reproches, nous rougîmes et nous retînmes de pleurer. 

Quant à lui, après avoir marché, il dit que ses jambes s’alourdissaient et il se coucha sur le dos, comme l’homme le lui avait recommandé. Celui qui lui avait donné le poison, le tâtant de la main, examinait de temps à autre ses pieds et ses jambes ; ensuite, lui ayant fortement pincé le pied, il lui demanda s’il sentait quelque chose. Socrate répondit que non. Il lui pinça ensuite le bas des jambes et, portant les mains plus haut, il nous faisait voir ainsi que le corps se glaçait et se raidissait. Et le touchant encore, il déclara que, quand le froid aurait gagné le cœur, Socrate s’en irait. Déjà la région du bas-ventre était à peu près refroidie, lorsque, levant son voile, car il s’était voilé la tête, Socrate dit, et ce fut sa dernière parole : « Criton, nous devons un coq à Asclèpios ; payez-le, ne l’oubliez pas. – Oui, ce sera fait, dit Criton, mais vois si tu as quelque autre chose à nous dire. » À cette question il ne répondit plus ; mais quelques instants après il eut un sursaut. L’homme le découvrit : il avait les yeux fixes. En voyant cela, Criton lui ferma la bouche et les yeux. 

LXVII. – Telle fut la fin de notre ami, Échécrate, d’un homme qui, nous pouvons le dire, fut, parmi les hommes de ce temps que nous avons connus, le meilleur et aussi le plus sage et le plus juste.” 

[Platon, Phaedon, trad. Émile Chambry, La Bibliothèque Électronique de Québec, vol. 4, ver. 1.01. Pour une traduction anglaise voir Plato’s Phaedo, translated by F.J. Church, NY: The Liberal Arts Press, 1951 sur bard.edu]

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