Les Justiniens (1)

Justinianus I (527-565)

Flavius Petrus Sabbatius Iustinianus (Φλάβιος Πέτρος Σαββάτιος Ἰουστινιανός en grec et Justinien Ier en français) est né vers 482 à Tauresium (Illyrie) dans une famille d’origine paysanne. Son oncle Justinus, qui est officier dans la garde de l’empereur Anastasius, le fait venir à Constantinople et voit à ce qu’il reçoive une bonne éducation. Il entreprend ensuite une carrière militaire dans la garde palatine (schole palatine) et devient l’un des quarante candidati de la garde personnelle de l’Empereur (mais qui n’a, en fait, qu’un rôle d’apparat). À la mort d’Anastasius en juillet 518, son oncle devient empereur et il sert à ses côtés en tant que conseiller. Il est fait consul en 521, puis César en 525 et finalement Auguste et co-empereur le 1er avril 527. Toutefois, son oncle étant malade et mourant, il devient l’unique empereur dès le 1er août 527. Il est probablement l’empereur byzantin le plus important de toute l’histoire de l’antiquité tardive. Il y en aurait long à dire sur les accomplissements de son règne mais je me dois (d’essayer) d’être bref (je suggère de cliquer sur les liens pour plus de détails).

Justinianus est ambitieux car il rêve d’accomplir la renovatio imperii c’est-à-dire de rétablir l’Empire Romain dans toute sa gloire. Pour ce faire il s’entoure de bon conseillers: son épouse Théodora d’abord, puis les généraux Belisarius, Narses, ou Ioannes Troglita, le juriste Tribonianus, et le préfet du prétoire Flavius Ioannes [Cappadociae ou Orientalis]. Dans sa volonté de réunifier l’Empire et le Christianisme, il pousse encore plus loin l’autoritarisme instauré par Diocletianus en centralisant le pouvoir absolu sur sa personne divine. Ainsi, il abolit le consulat et insiste pour se faire appeler κύριος [Kurios], l’équivalent du latin Dominus, soit “Seigneur” ou “Maitre”. Autant de pouvoir entre les mains d’un homme qui ne fait pas partie de la noblesse romaine dérange beaucoup la vieille aristocratie (on voit cette aversion notamment dans le Anecdota: Arcana Historia de Procopius). Celle-ci n’hésitera pas à utiliser les factions et l’hostilité du peuple face à un lourd fardeau fiscal pour fomenter un soulèvement populaire en 532: la sédition Nika. Grâce à une stratégie qui divise les factions et aux troupes loyalistes, Justinianus survit à cette tentative de révolution et ses représailles seront implacables. Il peut alors se consacrer à consolider les frontières de son Empire.

Il consolide d’abord la frontière orientale et tente de négocier la paix avec les Perses sassanides. Toutefois, les hostilité reprennent en 528 et les Perses menacent d’envahir si un tribut ne leur est pas payé. Les Byzantins refusent et les Perses, sous la direction du roi Kavadh Ier, lancent leur attaque en 530. Après de nombreuses batailles (à Dara, Satala, puis Callinicum) les Perses refusent toujours la paix et s’entêtent à demander un tribut. La situation change à la mort du souverain perse en septembre 531 car son fils, Khosro, est moins belliqueux. En septembre 532, un traité de “Paix Éternelle” est signé, rétablissant le statu quo ante bellum. Justinianus peut alors se concentrer sur ses désirs de reconquêtes territoriales. Il reprends d’abord l’Afrique du Nord aux Vandales (533-534), puis conquiert le Royaume ostrogoth qui occupe l’Italie, l’Illyricum et la Gaule Narbonnaise (535-540). Il réussi même à reprendre une partie de l’Hispanie (la Bétique) aux Wisigoths. 

Les accomplissements de Justinianus ne sont pas que militaires. On retient notamment de son règne qu’il est un patron des Arts, tout particulièrement de l’architecture car il fait construire de nombreux monuments (la basilique Sainte-Sophie, la colonne de Justinien, etc.) et restaure les ouvrages de ses prédécesseurs. Il entreprend de nombreuses réformes administratives dont la codification des lois romaines avec le Codex Justinianus et le Corpus juris civilis, où il démontre une volonté de niveler les inégalités sociales. Il réussit ainsi à amener l’Empire Romain à un nouvel apogée mais celui-ci n’est malheureusement pas viable: les conquêtes et les traités de paix ont été extrêmement coûteux et une série de catastrophes naturelles plonge à nouveau l’Empire vers le déclin. Un refroidissement climatique (535-36), puis la peste de Justinien (elle débute en 541 et sévira jusqu’en 592 mais perdure pendant plus de deux siècles !) et finalement de nombreux séismes provoquent un déclin démographique et un appauvrissement de la population. Au même moment, de nouveaux barbares (les Koutrigoures) tentent d’envahirent les Balkans (539-40), les Sassanides reprennent les hostilités (540-561), et les Ostrogoths tentent (sans succès, heureusement) de reprendre l’Italie (541-555). Tout ceci mine la confiance du peuple envers l’empereur et la dernière partie du règne de Justinianus se fera dans un climat de contestation. Il meurt le 15 novembre 565 à l’âge de quatre-vingt-trois ans et après un règne de trente-huit ans! Son fils Justinus Junior lui succède.

IMG_1579-1580Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Justinianus et c’est un demi-follis assez passable (P/VG [Poor/Very Good], 20 nummi, AE [Bronze], 30 mm [1.18 po], 7.798 g [120.3 gr], payé environ $5 le 1985/01/06, grande usure sur l’avers, patine noire avec incrustations de vert-de-gris, le flan a probablement été grugé car il est plus petit et plus léger que les pièces répertoriées de ce type [1.35 po, 174.2 gr]; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur de face, sans barbe, portant un casque à plume et une cuirasse, tenant de la main droite un globe surmonté d’une croix (globus cruciger) et de la main gauche un bouclier à motif équestre, une croix dans le champs gauche avec l’inscription latine illisible D[ominus] N[oster] IVSTINI-ANVS P[er]P[etvvs] AVG[vstvs] (“Notre Seigneur Justinianus, Perpétuel Auguste”). Le revers illustre un grand “K” (marque de valeur, K = 20 nummi ou un demi-follis) flanqué à gauche d’un ANNO à la verticale et à droite d’un XII à l’horizontal (marque indiquant l’année de règne; Anno XII = 12e année), une croix (✝︎) [ou un ⳨, tau-rho?] au-dessus et un NI en-dessous (marque de l’atelier de Nicomédie).

Même si l’avers comporte une usure importante, nous distinguons suffisamment de détails pour identifier le type (portrait de face avec orbe crucigère) et une petite partie de l’inscription reste lisible (…TINI…) ce qui nous permet de confirmer l’identité de l’empereur titulaire. Heureusement, le revers est en meilleur état et comporte une marque d’atelier ainsi qu’une datation précise. Ceci (et la confirmation par les sources: Sear, D. R. Byzantine Coins and Their Values: pp. 56, 67; Wroth, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 1: pp. 25, 48) nous permet de conclure que ce demi-follis a été frappé à Nicomédie durant la douzième année du règne de Justinianus (538-539 EC).

Sources: Wikipedia (Justinianus [FR/EN], globus cruciger, monnaie byzantine), FAC (Justinianus, Byzantine Denominations, globus cruciger, Nicomedia); Sear-BCV: #203; IBC: #221; Réf. online: Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, FAC, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous concluons la dynastie des justiniens avec une pièce de monnaie de Phocas.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 78

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