Les Macédoniens

Basileus II / Constantinus VIII (960-1028)

L’histoire de l’Empire Byzantin n’est pas particulièrement passionnante. Je n’ai d’ailleurs que très peu de pièces de monnaie de cette époque et elle sont tous dans un piètre état de conservation. C’est pourquoi je me permet de passer sous silence la dynastie isaurienne (717-802), celle des Nicéphoriens (802-820), ainsi que la dynastie amorienne (820-867) pour aborder directement (mais brièvement) la dynastie macédonienne (867-1057). Fondée par le macédonien Basileus, elle s’étend sur près de deux siècles, compte une vingtaine d’empereurs et constitue l’apogée de l’Empire Byzantin. Ce haut point de l’Empire est véritablement atteint sous le règne du neuvième empereur macédonien: Basileus II (Βασίλειος [Basileios] en grec et Basile II en français). 

Basileios nait vers 958 probablement à Constantinople. Il est le fils de l’empereur Romanos II et de Theophano Anastaso. Son père le fait co-empereur dès l’âge de deux ans et, à sa mort en mars 963, il devient empereur mais sous la régence de sa mère. Toutefois l’armée exige un véritable empereur alors celle-ci épouse Nikephoros II Phokas qui règne alors conjointement avec le jeune Basileos. Quelques années plus tard, en décembre 969, elle se débarrasse de son époux au profit de son amant Iôánnes Tzimiskếs qui adopte les deux fils de Theophano, Basileos II et Kōnstantinos VIII, et les prends comme co-empereurs. Lorsque Ioannes meurt, en janvier 976, il n’a pas de descendance directe et donc l’empire revient à ses deux fils adoptifs. Cette succession est contesté par les généraux Bardas Sklèros et Bardas Phocas et ce n’est qu’après treize ans de guerre civile que Basileos, avec l’aide de Vladimir Sviatoslavitch (le prince rus de Kiev), réussit à s’imposer comme empereur légitime. Il entreprends alors une série de campagnes militaires qui lui permet de reconquérir de nombreux territoires. Il s’attaque donc au califat fatimide pour reprendre la Syrie (995-999), au Caucase pour y acquérir la Géorgie et l’Arménie (1000-1023) mais surtout à l’Empire bulgare pour récupérer une bonne partie du nord de la Grèce et des Balkans (1005-1018) ce qui lui vaut le titre de Bulgaroktonos (“tueur de Bulgares”). Il attaque également le khaganat khazar pour reprendre le contrôle du pourtour de la mer Noire dont la Crimée méridionale. Il s’allie également avec la jeune République de Venise pour défendre l’Italie contre les Sarrasins. C’est en pleine préparation pour reconquérir la Sicile qu’il meurt subitement le 15 décembre 1025. Il aura régné près de cinquante ans et laisse un Empire byzantin plus puissant et plus vaste qu’il ne l’a jamais été depuis Justinianus. Il s’étend de l’Arménie jusqu’à l’Illyrie, et de la Crimée jusqu’au sud de l’Italie. Sa bonne gestion a permis de regarnir les coffres, ses réformes protègent les moins nantis contre les grands propriétaires terriens, et sa politique religieuse à étendue l’influence du christianisme avec la conversion des Rus de Kiev.

Son frère Kōnstantinos VIII (Κωνσταντίνος en grec et Constantin VIII en français) lui succède. Il ne semble pas beaucoup aimer le pouvoir puisqu’il se montre très discret durant le règne de son frère et, une fois à la tête de l’Empire, il en laisse la gouvernance à ses hauts fonctionnaires. Il réussi tout de même à maintenir la stabilité des frontières. Son règne est cependant très court. Il tombe malade et meurt le 11 novembre 1028 sans laisser de successeur mâle.

IMG_1632-1638Je n’ai que deux pièces de monnaie pour cette dernière partie de l’Empire Byzantin. L’une d’entre elles serait un follis anonyme de Basileus II ou de Constantinus VIII dans un état plutôt passable (P/VG [Poor/Very Good], follis anonyme classe A3 (ornement #14? #22? #41?), AE/Cu [Bronze/Cuivre], 22 mm (0.87 po), 5.027 g (77.6 gr), payé environ $5 le 1985/01/06, patine brune avec incrustations de vert-de-gris et flan rogné; die-axis: ↑➘). L’avers nous présente un buste du Christ, barbu, de face, avec une auréole en forme de croix (nimbus cruciger; impossible de déterminer le type d’ornement de l’auréole) derrière la tête, vêtu d’une tunique (colobium) et d’un manteau (pallium), la main droite levée en signe de bénédiction, la gauche tenant l’Évangile (impossible de distinguer le type d’ornement), avec l’inscription (illisible) +EMMA-NOVH𝝠 (translitération grecque de l’hébreux Emmanuel [עמנואל / Εμμανουήλ] qui signifit “Dieu [est] avec nous”) et un IC – XC (monogramme formé des première lettres grecques du nom de Jésus Christ: ΙΗϹΟΥϹ  ΧΡΙϹΤΟϹ) dans le champs de part et d’autre. Le revers illustre, sur quatre lignes et en gros caractères, l’inscription grecque +INSYS / XRISTYS / BASILEY / BASILE (“Jésus Christ, Roi des rois”) encadré par un ornement de losanges au centre d’un trait [l’ornement du bas est oblitéré par la rognure du flan]. 

Cette pièce est un très bel (et intéressant) exemple de follis “anonyme” que l’on frappa à Constantinople à partir du Xe siècle et qui ne comportait ni l’effigie, ni le nom de l’empereur mais plutôt un buste du Christ sur l’avers avec l’inscription “Christ, Roi des rois” sur le revers. Même en l’absence d’une titulature on peut attribuer cette pièce aux règnes de Basileus II ou de Constantinus VIII car il semble que ce type (buste auréolé en avers, revers avec inscription sur quatre lignes, encadrée par des ornements variés, et frappé sur un flan de plus petite taille [poids de 9 à 10 grammes, diamètre maximum de 29 millimètres]) n’ait été frappé qu’à cette époque. Selon ces informations (confirmées par WROTH, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 2: pp. 489 et GRIERSON, Philip. Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection: Vol. 3, Part 2:  Basil I to Nicephorus III (867-1082). Washington DC: Dumbarton Oaks Research Library & Collections, 1993. pp. 634, 638, 644-45, 648, 655, 658, 668-69) nous pouvons affirmer avec assez de certitude qu’il s’agit d’une pièce de Basileus II ou de Constantinus VIII, frappée à Constantinople (seul atelier restant), mais on ne peut malheureusement la dater avec plus de précision que leurs années de règne, de 976 à 1028 EC. Quoique, s’il s’agit bien d’une classe A3 (au flan plus petit), alors nous pourrions réduire cette datation à la période entre 1023 et 1028 EC.

Sources: Wikipedia (Basileus II [FR/EN]; Constantinus VIII [FR/EN]); IBC 38-40; DOC 3.2: A2.14.1-4, A2.22, A2.41.1-26; Réf. online: Google, acsearch, CGBFR, CoinArchives, FAC, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La dynastie macédonienne se poursuit encore un peu au travers des filles de Constantin VIII. C’est l’époque que l’on appelle des “princes-époux”, où l’empereur tire sa légitimité de son union avec l’une des dernières descendantes de la dynastie. Ainsi, Romain III Argyre (1028-1034) devient empereur par son mariage avec Zoé Porphyrogénète (fille de Constantin VIII). À sa mort, Zoé épouse son amant, qui devient empereur à son tour: Michel IV (1034-1041). Son neveu, Michel V, lui succède brièvement (décembre 1041 – avril 1042). Il tente de se débarrasser de Zoé en l’exilant dans un monastère mais le peuple se révolte et réclame le retour de l’impératrice. Pour respecter la tradition, elle se marie à Constantin IX qui règnera douze ans (1042-1055). À sa mort, Zoé étant elle-même décédée en juin 1050, c’est la jeune soeur de Zoé, Theodora III Porphyrogenita (janvier 1055 – août 1056), qui prend le pouvoir seule. Ma dernière pièce de monnaie byzantine en est justement une de Theodora III, et j’ai discuté de son règne dans le cadre de mon entrée consacrée aux impératrices romaines. Elle est déjà assez âgée lorsqu’elle prend le pouvoir et règne donc un peu moins de deux ans. Comme elle ne laisse aucun descendant on choisi un vieux fonctionnaire pour lui succéder, Michel VI. Après un règne de moins d’un an et quelques troubles civiles, il est remplacé par Isaac I Komnenos, le premier empereur de la dynastie des Comnènes (1057-1059, 1081-1185). Suivrons les Doukas (1059-1081), les Anges (1185-1204), les Lascaris (1204-1261), puis la grande dynastie des Paléologues (1261-1453). L’Empire byzantin prend fin avec le règne de Constantin XI Paléologue (1448-1453) lorsque la ville de Constantinople, assiégée par Mehmet II, est finalement conquise par l’Empire ottoman… L’Empire des Romains était alors définitivement mort. Sic transit gloria mundi

La semaine prochaine je vais commencer à vous présenter une série de pièces mystères. Il me reste quelques pièces de monnaies byzantines que je n’avais pas préalablement identifiées ou datées. Je vais donc tenter de le faire ou, du moins, de les décrire…

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 82

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