Images du mer-fleuri [002.021.258]

Linaria vulgaris 

[ iPhone 11 Pro, Parc Frédéric-Back, 2021/09/10 ]

J’ai déjà illustré cette fleur il y a quelques année, mais j’aimerais en reparler puisque je vous ai présenté la semaine dernière le Lotus corniculatus (a.k.a. “eggs and bacon”) et qu’ensemble ces deux fleurs constituent ce que j’appel le “petit-déjeuner floral”. Elles sont d’ailleurs très similaire et il faut prendre garde à ne pas les confondre.

La Linaire commune  (appelé en anglais “common toadflax ou “butter-and-eggs“) est une plante herbacée vivace qui appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae, i.e. les plante à fleurs), à la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), à la sous-classe des Asteridae, à l’ordre des Scrophulariales (ou Lamiales selon la classification phylogénétique APG), à la famille des Scrophulariaceae (ou Plantaginaceae selon APG III, qui regroupe près de deux milles espèces réparties en une soixantaine de genres) et au genre Linaria (qui regroupe environ cent-cinquante espèces). Il existe principalement une vingtaine d’espèces de linaires.

La linaire commune atteint entre quinze et quatre-vingt-dix centimètre de hauteur et est caractérisé par de nombreuses tiges non ramifiées et des feuilles alternes très fine (deux à six cm de long par un à cinq mm de large), d’une couleur bleu-vert glauque, et qui ressemblent à celles du lin (d’où le nom). Les fleurs, qui poussent en grappes au sommet des tiges, sont deux à trois cm de long et sont constituées de deux lèvres closes jaunes avec une tache orange et d’un long éperon. Elle fleurit entre juin et octobre. Elle sert de nourriture à de nombreux insectes (surtout des papillons de nuit) et n’est pollinisée que par de grosses abeilles et des bourdons, car sa corolle fermée n’est accessible qu’avec une certaine force.

C’est une plante rudérale et une mauvaise herbe mais qui peut être utilisée comme fleurs décoratives. Malgré une légère toxicité pour l’humain et le bétail (due à la présence de glycoside cyanogénétique), elle est utilisée en médecine traditionnelle (par l’infusion des feuilles) entre autres pour ses propriétés diurétiques et antipyrétiques. (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles)

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Monnaies anciennes 55

Les tétrarchies (6)

Licinius II (317-324 EC) 

Valerius Licinianus Licinius Junior (dit Licinius II) est né en juillet ou août 315 possiblement à Nicomédie. Son père est l’empereur romain Licinius et sa mère est Flavia Julia Constantia, la demi-soeur de Constantinus (elle est né du second mariage de Constantius Chlorus avec Flavia Maximiana Theodora). À peine âgé de deux ans, il est nommé césar, en même temps que ses cousins Crispus (âgé de dix-sept ans) et Constantinus II (âgé de sept mois!), le 1er mars 317. Il est nommé Consul une première fois avec son oncle Constantinus en 319, puis une seconde fois avec son père en 321. En mars, il célèbre également ses quinqennalia (cinq ans de règne en tant que césar). Toutefois, la même année, Constantinus nomme ses deux fils (Crispus et Constantinus II) comme co-consuls pour l’Occident ce qui fait que l’Empire aura exceptionnellement quatre consuls au lieu de deux — ce qui contribue à exacerber les tensions en les co-empereurs. Ceux-ci s’étaient déjà affronté dans une première guerre civile en 316 (période que Licinius II passe en sureté auprès de sa mère à Sirmium) mais 321 marque la rupture définitive entre Licinius et Constantinus. 

Après une série d’affrontements, Licinius est vaincu par Constantinus le 18 septembre 324. Constantia intercède auprès de son frère pour que son époux et son fils soient épargnés. Licinius II perd alors son titre de césar et Licinius se retire à Thessalonique. Cependant, craignant sans doute qu’il ne devienne l’inspiration d’une rébellion, Constantinus fait exécuter Licinius au printemps 325. Il a probablement hésité à faire assassiner son neveux mais il fait tout de même exécuter Licinius II l’année suivante à Pola (en 326). Ce n’est pas clair si les deux événements sont liés mais, la même année à Pola, Constantinus fait également exécuter son propre fils, Crispus (né de sa première épouse, Minervina) car il aurait été accusé d’adultère avec sa belle-mère (Fausta, seconde épouse de Constantinus). C’est du moins ce qui disent Zosimus et Zonaras, mais il est bien possible que Crispus ait comploté contre son père ou que Constantinus ait simplement été jaloux de la popularité de son fils… Cela démontre bien le peu de scrupule que Constantinus avait de se débarrasser de la compétition. Il n’a pas pris le risque d’attendre que Licinius II prenne la toge virile et devienne une menace potentielle. Licinius II n’avait que onze ans lors de son décès mais aura tout de même été césar pendant sept ans.

IMG_0593-0597J’ai deux pièces de monnaie de Licinius II. La première est un assez beau follis réduit (AE3, G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 2.503 g, payé environ $7, patine verdâtre avec traces de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste du (très) jeune césar lauré et drapé à gauche, portant un globe et un sceptre dans la main gauche et une mappa dans la main droite, avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] VAL[ERIVS] LICIN[IANVS] LICINIVS NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Notre Seigneur Valerius Licinianus Licinius Très Noble César”). Le revers illustre Jupiter debout à gauche, nu sauf une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant une petite victoire dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, avec l’inscription latine IOVI CONSER-VATORI CAESS[ARVM] (“À Jupiter Protecteur des Césars” — le double “S” dénote un pluriel), un SMK en exergue (Sacra Moneta Kyzici, marque presqu’illisible de l’atelier de Cyzique) ainsi qu’une couronne et une lettre grecque (marque d’officine illisible, possiblement un “A” [alpha] ou un “𝞒” [gamma] mais cela pourrait en fait être n’importe laquelle des huit officines) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 644), cette pièce aurait été frappée à Cyzique (dans une officine indéterminée) vers 317-320 EC. Elle ne fait que reprendre un type fréquent chez son père (voir mon entrée précédente).

Sources: Wikipedia (Licinius II [FR/EN], mappa), Google, FAC (Licinius II, Iovi Conservatori, Jupiter, mappa, Victory), ERIC (Licinius II); RIC v. 7: 11; CoinArchives, CoinProject, Numista, WildWinds (text, images A, B, 𝞒, 𝞓, E, S, Z, H). Voir aussi ma fiche.

IMG_0610-0618La deuxième pièce est un beau follis réduit (AE3, VG [Very Good], AE [Bronze], 18 x 19 mm, 2.916 g, payé environ $6 le 1985/04/14, caractérisé par une patine brune et une important rognure à 135º qui donne une forme plutôt ovale à la pièce; die-axis: ↑↓). L’avers présente une tête du jeune césar laurée à droite, avec l’inscription latine LICINIVSNOB[ILISSIMVS] CAES[AR] (“Licinius Très Noble César”). Le revers illustre un VOT[A] • V (Vota quinquennalibus) sur deux ligne dans une couronne, avec l’inscription latine CAESARVM NOSTRORVM (“Voeux pour le cinquième [anniversaire de règne] de nos césars”) et un QA en exergue (marque de la quatrième officine [Q = Quartus] de l’atelier de Arelate [A]).

Selon le RIC (op. cit., pp. 230, 259), cette pièce aurait été frappée par la quatrième officine de l’atelier de Arelate (Arles) en 321 EC. Elle correspond à la série de type “VOT XX” de son père (que j’ai déjà expliqué dans une entrée précédente). Toutefois, après la frappe de ce type, plusieurs ateliers Occidentaux comme Arelate, sous le contrôle de Constantinus, cesseront d’émettre des pièces au noms de Licinius et de son fils, démontrant bien la fracture entre les deux co-empereurs en 321.

Sources: Wikipedia (Licinius II [FR/EN]), Google, FAC (Licinius II), ERIC (Licinius II); RIC v. 7: 231; Sear RCV (1983): 3714; acsearch, CGB, CoinArchives, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Les pièces de monnaie de Licinius II ne nous apprennent pas grand chose sur son bref règne car elles ne font que reprendre des types de pièces de Licinius. Elle sont toutefois utiles pour confirmer la chronologie des événements du règne de son père.

La semaine prochaine nous abordons la dynastie des Constantiniens, qui marque une époque fondamentale de l’histoire de l’Empire Romain avec le début de l’Empire Byzantin. Je vous présenterai donc un premier groupe de pièces de monnaie de Constantinus, dont j’ai une douzaine de pièces.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.251]

Lotus corniculatus 

[ iPhone 11 Pro, Parc Frédéric-Back, 2021/07/16 ]

Le Lotier corniculé (aussi appelé “pied de poule” ou “bird’s-foot trefoil” et “eggs and bacon” en anglais) est une plante herbacée vivace qui appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae, i.e. les plante à fleurs), à la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), à la sous-classe des Rosidae, à l’ordre des Fabales, à la famille des Fabaceae (ou légumineuses, une famille qui compte plus de sept cent genres et près de vingt-mille espèces comme le soja, les haricots, les pois, les fèves, ou les trèfles) et au genre Lotus (qui comprend une centaine d’espèces). C’est une plante basse (5 à 20 cm) caractérisé par une longue racine pivotante, des feuilles alternes “composées de trois folioles obovales”, des fleurs jaunes vif (devenant parfois orangé marqué de rouge) et ses fruits qui forment des gousses oblongues de deux ou trois centimètres pouvant contenir jusqu’à une vingtaine de graines. Les fleurs, longues d’environ un centimètre, poussent sur de longs pédoncules disposées en ombelle par groupe de quatre à huit. Elles sont composées d’un pétale supérieur droit et large et de deux pétales latéraux plus petits qui cachent le pistil et les étamines. Le nom du genre provient du grec (λωτός / lōtos / désignant de nombreuses espèces de plantes) et celui de l’espèce provient du latin (Corniculatus = “Corniculé, cornu” en référence à la forme des gousses)

Le lotier corniculé est considéré comme une plante envahissante mais qui trouve tout de même de très nombreuses utilisations. C’est d’abord une plante ornementale car ses fleurs sont assez attrayantes et offrent une floraison prolongée (de mai à septembre). Elle est appréciée par plusieurs espèces de papillons (dont les chenilles se nourrissent des feuilles) ainsi que par les abeilles et bourdons (car ses fleurs sont mellifères). C’est aussi surtout une plante fourragère qui est également utilisé pour son pouvoir structurant sur le sol et sa biomasse (engrais vert). Malgré le fait qu’elle soit toxique à forte dose (due au cyanure d’hydrogène qu’elle contient) ses fleurs séchées en tisanes peuvent avoir une utilisation médicinale grâce à des effets calmant ou somnifère. (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles)

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Monnaies anciennes 54

Les tétrarchies (5)

Avant de poursuivre avec la seconde partie de la vie de Licinius, je tiens à souligner que je me consacre à cette chronique sur la vie des empereurs romains à travers les pièces de monnaie de ma collection depuis maintenant une année ! J’ai débuté en vous présentant une belle pièce de Lucius Verus (un denarius datant de 167-168) le 3 septembre 2020 et j’ai poursuivi (avec un superbe tétradrachme athénien) dans un ordre plus ou moins chronologique, avec quelques apartés sur les femmes romaines, les royaumes environnants, puis un retour sur les Julio-Claudiens, jusqu’à la fin de la crise du IIIe siècle et l’avénement des tétrarchies. La riche dynastie des Constantiniens, mes horribles pièces byzantines et diverses autres monnaies m’offriront probablement assez de matériel pour continuer une autre année… Peu m’importe qu’on me lise tant que je me garde l’esprit actif et que je m’amuse à approfondir (et à partager) mon savoir — cet immense puits de connaissances largement inutiles qu’est mon esprit ! Alors beatus natalis omnibus amatoribus antiquis denarios !

Licinius (308-324 EC)  (2)

Après que Caius Valerius Licinianus Licinius ait vaincu Maximinus et purgé toute trace de son entourage en 313, la tétrarchie n’est plus qu’un souvenir. L’empire est maintenant dirigé par seulement deux empereurs: Licinius en Orient et Constantinus en Occident. Pendant une brève période où se maintient l’équilibre des pouvoirs, Licinius (qui s’est établit à Nicomédie) fait campagne contre les Perses Sassanides et les Goths et, à l’été 315, son épouse Constantia lui donne un fils, Valerius Licinianus Licinius Iunior. Toutefois, la méfiance de l’un envers l’autre étant croissante, l’inévitable conflit fini par éclater: Constantinus, accusant Licinius d’héberger l’auteur d’un complot, marche contre son co-empereur en 316, prends Siscia (capitale de la Pannonie) puis le défait à la bataille de Cibalae. Licinius doit fuir à Sardique (en Thrace) où il nomme Valens, l’un de ses généraux, co-empereur. Après des négociations infructueuses, les deux armées s’affrontent à nouveau en décembre 316 à la bataille de Mardia. Faute d’une victoire décisive, les négociations reprennent en janvier 317 et, après un accord en mars, Licinius doit concéder une partie de son territoire et faire exécuter Valens. En échange, il est nommé co-consul avec Constantinus et son fils, Licinius II, est nommé Nobilissimus Caesar avec les fils de Constantinus, Crispus et Constantinus II. 

Cette trêve précaire dure environ six ans, période durant laquelle Licinius est occupé à défendre ses frontières (notamment contre un invasion de Sarmates en 318). Dès 320, la tension monte alors que Constantinus accuse Licinius de renouer avec la religion traditionnelle (dont le culte jupitérien) et la persécution des chrétiens. Le conflit éclate à nouveau en 323 lorsque des troupes de Constantinus, à la poursuite de pillards Goths, pénètrent en Mésie supérieure, un territoire sous le contrôle de Licinius. Constantinus marche à nouveau contre Licinius qu’il affronte en une série de batailles. Après avoir été défait à Andrinople en juillet 324, Licinius se réfugie à Byzance. Il nomme Martinianus, l’un de ses hauts fonctionnaires, son co-empereur et l’envoi à Lampsaque pour tenter, sans succès, d’intercepter Constantinus. Pendant que son père fait le siège de la ville, Crispus attaque la flotte largement supérieure de Licinius, sous le commandement de l’Amiral Abantus, et l’anéantit en deux batailles navales qui se déroulèrent dans l’Hellespont (Dardanelles). Voyant le vent tourner, Licinius abandonne Byzance pour traverser en Bythinie, à Chalcédoine, où il rejoint les troupes de Martinianus et des auxiliaires wisigoths, et affronte l’armée de Constantinus le 18 septembre 324 lors de la bataille de Chrysopolis. L’armée de Constantinus, menée par son étendard chrétien, le labarum, amorce un assaut frontal massif et massacre les troupes de Licinius. Celui-ci s’enfuit à Nicomédie mais il concède la défaite dès le lendemain, après que Constantia ait négocié pour que les vies de son époux et de son fils soient épargnées. Ils seront exilés à Thessalonique mais, dès le printemps suivant (325), Constantinus les fera exécuter et leur imposera une damnatio memoriae. Licinius n’aura régné sur l’Empire Romain qu’une quinzaine d’année. Avec lui, la guerre civile de la tétrarchie prends fin et Constantinus règne alors seul sur l’Empire.

Je vous présente ici trois autres pièces de monnaie de Licinius.

IMG_0549-0561La première de ces pièces est une belle petite dénomination (Half-centenionalis, Follis Réduit ou AE3, VG [Very Good], AE [bronze], 18 x 18.5 mm, 2.295 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brun foncé avec quelques traces vert foncé; die-axis: ↑↓). L’avers présente une tête de l’empereur laurée à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LICI-NIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un VOT[IS] •  XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]…”) sur deux ligne au centre d’une couronne de laurier, avec l’inscription latine D[OMINI] N[OSTRI] LICINI INVICT[I] AVG[VSTI] (“…de Notre Seigneur Licinius invincible Auguste”) et un TT (marque de la troisième officine [T = Tertius] de Ticinium [T]) en exergue.

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 380), cette pièce a été frappé par la troisième officine de l’atelier de Ticinium (Pavie) en 320-321 EC.

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Dominus, laurel wreath, Ticinium, vota, VOT XX), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 146; acsearch, coinproject, numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0566-0571La deuxième pièce est une très belle petite dénomination très similaire à la pièce précédente (Half-centenionalis, Follis Réduit ou AE3, F [Fine], AE [Bronze], 17.5 x 18 mm, 2.154 g, payé environ $6 le 1985/04/14, caractérisé par une patine brune et une légère fêlure à 30° sur l’avers; die-axis: ↑↑). L’avers offre une tête de l’empereur laurée à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LICI-NIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un VOT[IS] •  XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]…”) sur deux ligne au centre d’une couronne de laurier, avec l’inscription latine DOMINI • N[OSTRI] • LICINI AVG[VSTI] (“…de Notre Seigneur Licinius Auguste”) et un • AQ S • (marque de la seconde officine [S = Secundus] de l’atelier de Aquileia [AQ]) en exergue.

D’après le RIC (op. cit., p. 404), cette pièce a été frappé par la seconde officine de l’atelier de Aquileia en 321. 

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Aquilea, denomination, Dominus, laurel wreath, vota, VOT XX), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 86; acsearch, augustuscoins, coinproject, coinscalkinsc, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0577-0587La troisième et dernière pièce est une assez belle petite dénomination (AE3, G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 2 g, caractérisé par un dépôt jaunâtre sur l’avers; die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AIVS] VAL[ERIVS] LICIN[IANVS] LICINIVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Jupiter debout de face, la tête tournée à gauche, nu sauf une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant une petite victoire sur un globe dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, un aigle avec une couronne dans le bec et un captif attaché à ses pieds de part de d’autre, avec l’inscription latine (illisible) IOVI CONS-ERVATORI (“[Dédié] à Jupiter le Protecteur”), un SMANT? (marque de l’atelier d’Antioche [SMANT = Sacra Moneta ANTiochia] avec une marque d’officine illisible) en exergue et un X / II 𝛍  (marque de valeur nominale) sur deux lignes dans le champs droit.

D’après le RIC (op. cit., p. 682), cette pièce a été frappé à l’atelier d’Antioche en 321-23. Malheureusement la marque de l’officine est illisible (cela pourrait donc être n’importe laquelle parmi les huit officines qui ont frappé ce type). Les caractères dans le champs droit serait une marque de la valeur nominale de la pièce. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un X au dessus d’un Pi  et d’un Gamma — et certaines source en ligne l’indiquait comme “X / II Mu” — mais, toujours selon le RIC (op. cit., p. 12-13), il s’agirait plutôt d’un X au-dessus d’un II pour faire X II (12) suivi d’un symbole représentant un semis (demi) pour totaliser 12 1/2. Cela serait l’indication de la dévaluation du follis (le follis réduit). 

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Antioch, Iovi Conservatori), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 35; acsearch, CoinArchives, Numista, WildWinds (text B, image B, image 𝜟, image 𝜠,  image 𝜢). Voir aussi ma fiche.

Ces trois pièces de monnaie nous permettent les réflexions suivantes sur le règne de Licinius:

Une des caractéristiques des pièces présentées cette semaine est le type de revers avec un “VOT XX“ que j’ai déjà discuté la semaine dernière. Toutefois, selon le RIC (op. cit., p. 390), la similitude des deux “VOT XX” frappées à Aquileia et Ticinium pourrait être due au fait que “le type de Ticinium ait été apporté à Aquilée lors de la réorganisation des ateliers monétaires de 320-21 dans le but d’augmenter la production des monnaies en Europe de l’Est”.

Avec ces pièces, nous voyons apparaître une nouvelle titulature: le Dominus Noster (DN). Au IVe siècle la titulature des empereurs tombe souvent dans le superlatif (Nobilissimus Caesar, par exemple, qui signifie “le plus noble des césars”) et l’usage du DN (Dominus Noster = “Notre Seigneur”) tombe probablement dans cette pratique et reflète la réforme de Diocletianus où, avec la tétrarchie, l’Empereur acquiert une nature quasi-divine qui le place bien au-dessus de ses sujets au point où on doit lui vouer un culte (et c’est d’ailleurs pour cette raison que cette période est appelée le “Dominat”, en opposition au “Principat” qui avait caractérisé l’Empire jusqu’alors). Toutefois, elle n’est utilisé qu’après la retraite de Diocletianus et de Maximianus (s’approchant sans doute des types de divinisation comme les DIVO et CONSACRATIO). Les chrétiens utiliseront d’ailleurs aussi ce titre pour qualifier Jésus Christ. Au début, son utilisation est plutôt occasionnelle mais, dès 320, sous Licinius et Constantinus, elle devient beaucoup plus fréquente et tend à remplacer le IMP (Imperator); toutefois, sous Julianus II et Jovianus, elle deviendra la norme. (d’après Augustus Coins, CoinTalk)

La troisième et dernière pièce nous révèle deux choses. D’une part, elle confirme ce que les sources littéraires (comme Eusebius) avaient déjà mentionné (et que Constantinus avait pris à prétexte pour agir contre lui): Licinius semble bien avoir effectué un retour au paganisme en renouant avec la religion romaine traditionnelle  et, comme l’indique cette pièce, particulièrement le culte jovien. L’accusation de Constantinus ne prends donc pas source uniquement dans sa propre propagande. Licinius ne s’est peut-être jamais convertit comme Constantinus mais s’est simplement montré favorable au chrétiens par support pour son épouse Constantia et Constantinus. Cela ne prouve pas non plus qu’il ait repris les persécutions (quoi que c’est ce que Constantinus lui reprochait). Il peut simplement avoir invoqué la protection du dieu jovien (son protecteur, car il est toujours l’Auguste Jovien) par superstition et pour rassurer ses troupes dont il dépendait plus que jamais alors que le conflit avec Constantinus devenait de plus en plus imminent.

D’autre part, cette même pièce démontre bien la dévaluation du follis. Cela reste un sujet controversé et sur lequel les spécialistes ne s’entendent pas. Le RIC dit en effet (RIC, op. cit., pp. 8-9) que “Peu de problèmes monétaires ont causé plus de controverse que ceux concernant la monnaie de bronze du IVe siècle. (…) Constantin ne créa aucune nouvelle monnaie de bronze; sa pièce de bronze était le follis tétrarchique dont le poids diminuait progressivement. (…) il est clair que la monnaie de bronze du IVe siècle était non fiduciaire, c’est-à-dire que la valeur des pièces était déterminée par leur valeur métallique.” Dès 320, dans la partie de l’Empire contrôlé par Licinius, on remarque une réduction de la production de folles et une diminution du nombres d’officines (de 37 à 22) des différents ateliers monétaires. C’est à ce même moment que plusieurs de ateliers monétaires (Antioche, Cyzique, Héraclée, Nicomédie) utilisent sur leurs pièces cette marque de valeur nominale (12 1/2). Elle ne sera plus utilisée par la suite mais il est claire que le follis a maintenant une valeur réduite. On ignore le nom que les romains donnaient à ces petites dénominations et c’est pourquoi les numismates modernes utilisent une nomenclature basée sur la taille de la pièce: par exemple, la dénomination la plus commune, AE3, correspond aux pièces de bronze de 17 à 21 mm; la AE2 correspond à 20 -26 mm et la AE1 correspond à 26-30 mm.

Finalement, il est a noter que toutes les pièces que j’ai mentionné cette semaine sont considérées comme rares. Selon le système du RIC, elles sont classées entre R1 et R3, c’est-à-dire qu’il existe entre quatre et douze pièces connues de ces types (évidement c’était le cas lors de la compilation du répertoire dans les années soixante mais d’autres pièces ont sûrement été découvertes depuis).

La semaine prochaine nous abordons le bref règne de Licinius II dont j’ai deux pièces.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.244]

Conium maculatum 

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[ Canon PowerShot S5 IS, Jardin botanique, 2013/06/18]

IMG_3904La Grande ciguë (appelé hemlock en anglais) est une espèce de plante qui appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae), la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), l’ordre des Apiales, à la famille des Apiaceae (ou Umbelliferae qui inclus plus de trois milles espèces telles la carotte, le  céleri, le  cerfeuil, la coriandre, le  fenouil, le panais, le persil, etc.) et au genre Conium. C’est une plante herbacée bisannuelle qui fleurie la seconde année et qui est caractérisée par une longue tige (un à trois mètres) cylindrique, glabre, très ramifiée, d’une texture cireuse et tachetées de rouge-pourpre surtout dans le bas. Ses feuilles sont alternes et divisées (pennatiséquées trois à cinq fois) en une forme triangulaire. À l’extrémité des tiges dressées on retrouve de petites fleurs blanches qui poussent sur de long pédoncules et qui sont regroupées en ombelles. Elle a une odeur désagréable (surtout quand on froisse ses feuilles) qui rappelle l’urine de chat ou de souris. Son nom provient du latin conium (dérivé du grec κώνος / kónos / “cône” ou possiblement de κώνειος / koneios / ”tourner, tourbillonner” en référence à la sensation de vertige que peut causer son ingestion) et maculatum (signifiant “maculé, moucheté, taché”).

Au moyen-âge on lui attribuait des propriétés occultes mais dès l’antiquité elle était surtout connue  pour sa très haute toxicité. Même à très petite dose (150–300 mg), les alcaloïdes qu’elle contient (surtout la conine mais aussi du méthyl-éthyl-coniine, de la pseudoconhydrine, de la conhydrine et de la pipéridine) interfèrent avec le système nerveux périphérique causant la mort par paralysie respiratoire (avec des troubles digestifs, des céphalées, de la perte de sensation et de force musculaire, des convulsions, de l’insuffisance rénale, et une paralysie ascendante). Il faut donc faire bien attention de ne pas la confondre avec des plantes de la même famille (comme le persil, le panais et la carotte). Les Athéniens l’utilisaient pour exécuter leurs condamnés, l’exemple le plus connu étant Socrate. Toutefois, pour obtenir une mort paisible, telle que Platon la décrit à la fin de son Phédon, les grecs y ajoutaient probablement d’autre drogues comme la datura et l’opium. (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles et hellénistes)

LXVI. – À ces mots, Criton fit signe à son esclave, qui se tenait près de lui. L’esclave sortit et, après être resté un bon moment, rentra avec celui qui devait donner le poison, qu’il portait tout broyé dans une coupe. En voyant cet homme, Socrate dit : « Eh bien, mon brave, comme tu es au courant de ces choses, dis- moi ce que j’ai à faire. – Pas autre chose, répondit-il, que de te promener, quand tu auras bu, jusqu’à ce que tu sentes tes jambes s’alourdir, et alors de te coucher ; le poison agira ainsi de lui-même. » En même temps il lui tendit la coupe. Socrate la prit avec une sérénité parfaite, Échécrate, sans trembler, sans changer de couleur ni de visage; mais regardant l’homme en dessous de ce regard de taureau qui lui était habituel : « Que dirais-tu, demanda-t-il, si je versais un peu de ce breuvage en libation à quelque dieu ? Est-ce permis ou non ? – Nous n’en broyons, Socrate, dit l’homme, que juste ce qu’il en faut boire. – J’entends, dit-il. Mais on peut du moins et l’on doit même prier les dieux pour qu’ils favorisent le passage de ce monde à l’autre ; c’est ce que je leur demande moi-même et puissent-ils m’exaucer ! » Tout en disant cela, il portait la coupe à ses lèvres, et il la vida jusqu’à la dernière goutte avec une aisance et un calme parfaits. 

Jusque-là nous avions eu presque tous assez de force pour retenir nos larmes ; mais en le voyant boire, et quand il eut bu, nous n’en fûmes plus les maîtres. Moi-même, j’eus beau me contraindre; mes larmes s’échappèrent à flots ; alors je me voilai la tête et je pleurai sur moi-même ; car ce n’était pas son malheur, mais le mien que je déplorais, en songeant de quel ami j’étais privé. Avant moi déjà, Criton n’avait pu contenir ses larmes et il s’était levé de sa place. Pour Apollodore, qui déjà auparavant n’avait pas un instant cessé de pleurer, il se mit alors à hurler et ses pleurs et ses plaintes fendirent le cœur à tous les assistants, excepté Socrate lui-même. « Que faites-vous là, s’écria- t-il, étranges amis ? Si j’ai renvoyé les femmes, c’était surtout pour éviter ces lamentations déplacées ; car j’ai toujours entendu dire qu’il fallait mourir sur des paroles de bon augure. Soyez donc calmes et fermes. » En entendant ces reproches, nous rougîmes et nous retînmes de pleurer. 

Quant à lui, après avoir marché, il dit que ses jambes s’alourdissaient et il se coucha sur le dos, comme l’homme le lui avait recommandé. Celui qui lui avait donné le poison, le tâtant de la main, examinait de temps à autre ses pieds et ses jambes ; ensuite, lui ayant fortement pincé le pied, il lui demanda s’il sentait quelque chose. Socrate répondit que non. Il lui pinça ensuite le bas des jambes et, portant les mains plus haut, il nous faisait voir ainsi que le corps se glaçait et se raidissait. Et le touchant encore, il déclara que, quand le froid aurait gagné le cœur, Socrate s’en irait. Déjà la région du bas-ventre était à peu près refroidie, lorsque, levant son voile, car il s’était voilé la tête, Socrate dit, et ce fut sa dernière parole : « Criton, nous devons un coq à Asclèpios ; payez-le, ne l’oubliez pas. – Oui, ce sera fait, dit Criton, mais vois si tu as quelque autre chose à nous dire. » À cette question il ne répondit plus ; mais quelques instants après il eut un sursaut. L’homme le découvrit : il avait les yeux fixes. En voyant cela, Criton lui ferma la bouche et les yeux. 

LXVII. – Telle fut la fin de notre ami, Échécrate, d’un homme qui, nous pouvons le dire, fut, parmi les hommes de ce temps que nous avons connus, le meilleur et aussi le plus sage et le plus juste.” 

[Platon, Phaedon, trad. Émile Chambry, La Bibliothèque Électronique de Québec, vol. 4, ver. 1.01. Pour une traduction anglaise voir Plato’s Phaedo, translated by F.J. Church, NY: The Liberal Arts Press, 1951 sur bard.edu]

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Monnaies anciennes 53

Les tétrarchies (5)

Licinius (308-324 EC)  (1)

Valerius Licinianus Licinius est né en Mésie vers 265 dans une famille de paysans Dace. Il a fait une carrière militaire où il a rapidement gravit les échelons jusqu’à devenir général sous Galerius (dont il était un proche ou une ami d’enfance). Il participe à la campagne contre les Perses Sassanides en 298, négocie avec Maxentius en 307 puis se voit confié l’armée d’Orient. Après la conférence de Carnuntum, le 11 novembre 208, il accède à la tétrarchie alors qu’il est nommé l’Auguste Herculéen (Occident) avec Constantinus comme César. Il commande l’armée des Balkans (dans les provinces d’Illyrie, de Thrace et de Pannonie) et fait campagne contre les Sarmates en 310. À la mort de Galerius, en mai 311, débute une longue lutte de pouvoir pour le contrôle de l’Empire entre Maximinus, Constantinus, Licinius et l’usurpateur Maxentius (fils de Maximianus). Alors que Maxentius renforce sa position en Italie, Licinius et Maximinus s’entendent pour se partager les provinces orientales. Toutefois, afin d’avoir les mains libres pour affronter Maxentius, Constantinus fait une entente avec Licinius où celui-ci accepte de rester neutre dans le conflit — ce qui pousse Maximinus à s’allier avec Maxentius. Ce dernier sera cependant défait par Constantinus à la bataille du pont Milvius le 28 octobre 312. Pour sceller leur entente, en mars 313, Licinius épouse Constantia, la demi-soeur de Constantinus, qui lui donne un fils en juillet 315 (Licinius Junior). En avril 313, les deux empereurs promulguent conjointement l’Édit de Milan qui confirme et complète l’édit de tolérance religieuse décrété par Galerius en 311, accordant la liberté de culte à toutes les religions et, donc, aussi aux chrétiens. Au même moment, Maximinus décide d’attaquer Licinius. Il assiège et prends Byzance, puis Héraclée. Les deux armées s’affrontent à la bataille de Tzirallum le 30 avril 313 et c’est Licinius qui en sort vainqueur. Il ne reste alors plus que deux opposants, Licinius et Constantinus, qui se partagent l’Empire et s’affronteront à deux reprises. [La suite la semaine prochaine]

J’ai cinq pièces de monnaie de Licinius (et deux de son fils, Licinius II). Aujourd’hui je vous en présente deux.

 

IMG_0531-0535La première est une très belle pièce de petite dénomination (Follis ou AE3 ?, VF/F [Very Fine/Fine], AE [Bronze], 19 mm, 2.825 g, payé environ $5 le 1985/06/16, patine verdâtre; die-axis:  ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LICINIVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Sol radié debout à droite, regardant à gauche, nu sauf une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant un globe dans la main gauche et levant la main droite, avec l’inscription latine SOLI IN-VI-CTO COMITI (“[Dédié] au compagnon (ministre?) du Soleil Invaincu”), un PARL (marque de la première officine [P = primus] de l’atelier de Arelate [ARL]) en exergue et les lettres SF (marques de séquence des frappes) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 239), cette pièce a été frappé par la première officine de l’atelier de Arelate (Arles) en 315-316. Elle exprime probablement l’intérêt marqué de Licinius pour le culte solaire.

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN], Sol [FR/EN], Sol Invictus [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Sol, Sol Invicto, Comiti, Sol Invicto Comiti), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 67; CGBFR, CoinArchives, numista, Licinius, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0540-0544La seconde pièce est une très belle petite dénomination (Follis ou AE3?, F [Fine], AE/BI [Bronze argenturé / Billon], 18 mm, 3.1145 g, payé environ $10, argenture encore apparente mais avec d’important dépôts rougeâtre et verdâtre sur la partie inférieure de l’avers; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur casqué et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LI-CINIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre deux captifs ligotés et assis au pied d’un étendard (vexillum) inscrit d’un VOT[IS] XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]”), avec l’inscription latine VIRTVS EXERCIT[VS] (“la valeur / le courage de l’armée”), et un PT en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Ticinium [T]).

Selon le RIC (op. cit., p. 377), cette pièce a été frappé par la première officine de l’atelier de Ticinium (Pavie) en 319-320. En plus d’offrir les vœux décennaux, cette pièce représente encore une fois une exemple où la propagande impériale encense la valeur de l’armée (et flatte son égo) afin de s’assurer de sa loyauté. 

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN], Vexillum [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Exercitus, standard, vexillum, Virtus, Virtus Exercit, vota, VOT XX), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 116; Sear RCV (1983): 3708; acsearch (01, 02, 03, 04, 05, 06, 07, 08, 09, 10), WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Ces deux pièces de Licinius mettent en lumière autant d’aspects de la société du Bas-Empire Romain. 

Le premier aspect est religieux. Les romains pratiquaient un polythéisme très large où se superposaient le culte traditionnel des ancêtres et des génies locaux (les Lares — un vestige de croyances animistes primitives — dont Maximinus était fervent), une version romanisée des dieux olympiens et toute une collection de diverses religions orientales (cultes à mystère, mithraïsme, Sol Invictus, Judaïsme, Christianisme, etc.). Ces dernières étaient particulièrement populaire parmi l’armée, surtout auprès des soldats qui avaient voyagé en Orient. C’était sans doute le cas de Licinius. La plupart de ces religions, polythéistes, ne s’opposaient à être pratiquer auprès d’autres cultes et reconnaissaient le culte Impérial. Toutefois, les religions monothéiste (comme le Judaïsme et le Christianisme) ne voyaient pas d’un très bon oeil le fait d’intégrer le panthéon romain ce qui posa problème au Bas-Empire alors que la base du pouvoir impériale reposait sur la nature quasi-divine de l’empereur. S’y opposer ou le refus d’y participer s’apparentait à la rébellion ou à la trahison et c’est pourquoi le Christianisme était persécuté — pour des raisons essentiellement politiques. Toutefois, la popularité croissante des religions orientales a amené le pouvoir à prendre éventuellement une position plus tolérante, d’où la proclamation de l’Édit de Milan. La génération de Licinius sera probablement la dernière à pratiquer un culte solaire comme Sol Invictus (dont la grande fête, le Dies Natalis Solis [“Jour de naissance du Soleil”], se célébrait au solstice d’hiver, c’est-à-dire le 25 décembre!) car sous Constantinus le Christianisme sera non seulement toléré mais deviendra la religion officielle de l’Empire! [Voir RIC, op. cit., pp. 48-50]

La deuxième pièce, où un étendard offre des voeux pour le vingtième anniversaire du règne de Licinius, nous introduit à l’idée des “voeux public”. “Il était d’usage à Rome de faire des “vœux publics” aux calendes de janvier, quand les consuls étaient élus, pour la sûreté de l’Empire, et deux jours avant les nones du même mois pour la conservation des empereurs. D’autres “voeux” étaient prononcés lors d’événements spéciaux ou à certains moments périodiques. (…) Les “vœux décennaux” datent du règne d’Augustus (…). Ces vœux décennaux ont été tenus très régulièrement par les successeurs d’Augustus, et sont mentionnés pour la première fois sur les monnaies d’Antoninus Pius.” Plus tard, ils furent célébrés à cinq ans d’intervalle. Ils étaient soit entrepris (vota suscepta), soit accomplis (vota soluta) et parfois même anticipés.[d’après “Vota” in Stevens S.W., Smith C.R. & Madden F.W., Dictionary Of Roman Coins. London: Bell & Sons, 1889. Voir aussi le RIC, op.cit., pp. 56-61.]

La semaine prochaine je continue à vous présenter des pièces de Licinius (pour m’alléger la tâche j’ai décidé de ne présenter que deux ou trois pièces à la fois)…

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.237]

Asclepias tuberosa 

[ iPhone 11 Pro, Parc Frédéric-Back, 2021/08/25]

En me promenant dans le parc Frédéric-Back j’avais remarqué ces fleurs d’un orange frappant dans la section des Plaines Est mais elles étaient trop loin pour être identifiées. Je croyais alors qu’il s’agissait possiblement d’une variété orangée d’Achillée millefeuille [Achillea millefolium / yarrow]. Dès que cette section du parc a été ouverte, plus tôt cette semaine, je me suis empressé d’aller investiguer pour découvrir, à ma grande surprise, qu’il s’agissait en fait d’une variété d’Asclépiade !

L’Asclépiade tubéreuse (appelée butterfly weed en anglais) est une espèce de plante vivace qui appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae, les plantes à fleurs), la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), l’ordre des Gentianales, à la famille des Asclepiadaceae (qui rassemble environ deux mille espèces réparties en deux-cent-cinquante genres — toutefois, dans la classification phylogénétique elle appartient à la sous-famille des Asclepiadoideae et à la famille des Apocynaceae) et au genre Asclepias (incluant cent-quarante espèces dont la plus connue est l’Asclépiade commune [Asclepias syriaca ou milkweed en anglais]). Ce genre de plante, souvent considérée envahissante, est caractérisé par ses inflorescences en ombelles (dont la couleur varie, selon l’espèce, entre le rose et le rouge pourpre en passant par le jaune-orangé et qui, comme elles sont très nectarifères, attirent de nombreux pollinisateurs — particulièrement les papillons comme le Monarque / Danaus plexippus dont la chenille se nourrit des feuilles), ses fruits en forme de cosses (des follicules qui contiennent des aigrettes blanches et soyeuses à laquelle sont attachées les graines que le vent disperse lors de son ouverture à la fin de l’été) et le latex qu’elle produit (qui contient 1 ou 2% de caoutchouc mais surtout des alcaloïdes, des terpènes et des cardénolides qui rendent cette plante toxique pour le bétail et les humains car elle peut affecter le coeur ou causer une réaction allergène). Le nom provient du grec (Ἀσκληπιός / Asklêpiós, le dieu grec de la médecine) et fait référence à ses propriétés phytothérapeutiques (utilisées jadis par les autochtones d’Amériques). De nos jours elle est surtout utilisé pour ses fibres soyeuses qui servent à produire de l’isolant, de la rembourrure ou du textile.

L’asclepias tuberosa, quant à elle, se distingue par ses fleurs d’un jaune-orangé éclatant, ses feuilles lancéolées disposées en alternance (remontant en spirale sur la tige, contrairement à l’Asclepias lanceolata dont les feuilles sont disposées en opposition ou à l’Asclepias syriaca dont les feuilles sont plus larges) et ses fruits fusiformes dressés (alors que les fruits de l’Asclepias syriaca sont beaucoup plus charnus). Au Québec, c’est une espèce rare et protégée en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. (Sources: Wikipedia, Espace Pour La Vie, Asclépiades indigènes du Québec, MEQ)

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Monnaies anciennes 52

Les tétrarchies (4)

Maximinus (310-313 EC)

Daza (ou Daïa selon Lactantius) est né le 20 novembre c. 270 près de Felix Romuliana dans une famille de paysans d’origine Thrace mais il prendra par la suite le nom de Maximinus (par convention il est généralement appelé Maximinus II ou Maximinus Daza pour le distinguer de Maximinus Thrax). Comme il était le fils de la soeur de Galerius et s’était probablement distingué comme officier militaire, ce dernier l’a adopté et nommé son César (son second) lorsqu’il est devenu Auguste en mai 305 lors de l’abdication de Diocletianus et Maximianus. Il prend alors le nom de Gaius Valerius Galerius Maximinus. En tant que César jovien il était en charge de la Syrie et de l’Égypte (il a d’ailleurs été le dernier monarque à détenir le titre de Pharaon d’Égypte). Il se retrouve rapidement impliqué dans la guerre civile qui divise les tétrarques. Après la conférence de Carnuntum en novembre 308, lorsque Licinius est devenu Auguste avec Galerius, les deux Césars (Maximinus et Constantinus) sont nommé filii Augustorum (“fils des Augustes”). Il fait une campagne militaire contre les Perses Sassanides en 310 puis, après la mort de Galerius en mai 311, se partage l’Orient avec Licinius. Toutefois lorsque Licinius fait cause commune avec Constantinus, Maximinus s’allie avec l’usurpateur Maxentius. L’affrontement direct avec Licinius devient inévitable mais ce dernier le défait à la bataille de Tzirallum le 30 avril 313. Il meurt de maladie plusieurs mois lus tard, en août, après avoir fuit à Nicomédie puis à Tarse. Étant très dévoué à la religion romaine, il aurait ignoré l’Édit de tolérance de Galerius et commis de nombreuses persécutions contre les Chrétiens. Toutefois, il aurait éventuellement adoucie sa position pour accepter l’Édit de Galerius et même émettre son propre édit de tolérance peu de temps avant sa mort.

J’ai trois pièces de monnaie de Maximinus, que je vous présente (comme à mon habitude) dans l’ordre (croissant cette fois) de qualité.

IMG_0459-0465La première pièce est un follis plutôt passable (Fair, AE [Bronze], 22 mm, 5 g, patine verte avec beaucoup de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers présente la tête du césar laurée à droite, avec l’inscription latine (partiellement lisible, à peine) GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche près d’un autel, avec un modius sur la tête, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche, de laquelle coule un liquide, et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO CA-ESARIS [*?] (“le génie [esprit protecteur] du prince”). Malheureusement, aucune marque d’atelier ou d’officine n’est visible… (mais il s’agit probablement de ANT / E).

Toutefois, selon le RIC (Sutherland, C.H.V.; Ed. By Sutherland C.H.V. & Carson, R.A.G. The Roman Imperial Coinage, vol. VI: From Diocletian Reform (294) to the death of Maximinus (313). London: Spink & Son, 1967 — voir index) cette titulature et ce type de revers a été frappé à Alexandrie (ALE) en 308 (#64, 71, 78) ou 308-310 (#99/100), à Antioche (ANT, mais l’inscription du revers comporterait une étoile à la fin: GENIO CA-ESARIS*, ce qui pourrait être le cas ici) en 308 (#81, 87a, 94), 308-309 (#103), 309 (#110), 309-10 (#118a), 310 (#132a) et 310-11 (#146), à Cyzique (MK) en 308 (#34) ou encore à Héraclée en 306-307 (#32), 308-309 (#36) et 309-10 (#40). 

Cette pièce a donc définitivement été frappée en Orient et, comme la plupart de mes pièces de cet empereur proviennent d’Antioche il est fort probable que celle-ci a été frappé à la même place. D’autant plus que seules les pièces d’Antioche semblent comporter l’étoile à la fin de l’inscription du revers et l’autel devant lequel le Genius sacrifie. Elle date aussi définitivement de 305-310 EC (dates où Maximinus a été césar), et la seule référence que j’ai trouvé à la présence d’un autel (WildWinds) est pour une pièce qui date de 310-11 EC (RIC op. cit.: 146, pp. 607 & 638).

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, Genio Caesaris, modius), ERIC (Maximinus); RIC vol. 6: 146; coinarchives, FAC, nobleromancoins, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0477-0491La seconde pièce est un beau follis (VG [Very Good], AE [Bronze], 27 mm, 7.814 g, payé environ $5 le 1985/01/06, patine brune; die-axis:  ↑↓). L’avers présente une tête du césar laurée à droite avec l’inscription latine GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO POPV-LI ROMANI (“le génie du peuple romain”), un ANT (marque de l’atelier d’Antioche) suivi d’un point en exergue et un Z (Zeta, marque de la sixième officine) dans le champs droit.

Selon le RIC (op. cit., p. 624) il s’agit donc d’une pièce frappée à Antioche en 305 EC.

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, Genio Populi Romani), ERIC (Maximinus); RIC v. 6: 71c; BeastCoins (image), CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0469-0472La troisième pièce est un très beau follis (F [Fine], AE [Bronze], 24 mm, 6.002 g, payé environ $7-10, patine brunâtre avec quelques dépôts vert et rouge; die-axis:  ↑↓). L’avers présente une tête de l’empereur laurée à droite (les lacets de la couronne de laurier ne sont pas parallèles mais divergents, et la troncation est arrondie), avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AIVS] GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche, avec un modius sur la tête, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche, de laquelle coule un liquide, et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO IMP-ERATORIS (“le Génie des empereurs”), un ALE en exergue (marque de l’atelier d’Alexandrie), un K et un P dans le champs inférieur de part et d’autre, ainsi qu’un croissant et un 𝞒 (gamma, marque de la troisième officine) dans le champs supérieur de part et d’autre.

IMG_0469tiesSelon le RIC (op. cit., pp. 657, 682) cette pièce aurait été frappé à Alexandrie en 311 EC. Toutefois ma pièce (qui comporte des lacets divergents mais avec une troncature arrondie) n’est pas décrite exactement dans le RIC qui ne présente que l’option parallèle/arrondie pour le Groupe V i. Il n’est pas exceptionnel de voir des variantes de type qui échappent aux répertoires.

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, modius), ERIC (Maximinus); RIC v. 6: 139b; acsearch, acsearch, BeastCoins, CoinArchives, CoinTalk, WildWinds. Voir aussi ma fiche.

CORRECTION (oups!)

Pour la première fois depuis le début de cette chronique je me retrouve avec une pièce mal identifiée. J’avais erronément noté sur ma fiche qu’il s’agissait d’une pièce de Maximinus alors qu’il s’agit en fait d’une pièce de Galerius!

IMG_0454-0457Cette pièce est un assez beau radiate post-réforme (G [Good], AE/BI [Bronze argenturé / Billon], 20 mm, 1.899 g, payé environ $7, patine verdâtre, die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste du césar radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine (dont la première partie est illisible) GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMIANVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre le césar debout à droite (sur la gauche), recevant une petite Victoire sur un globe de Jupiter à droite (tourné vers la gauche), qui tient un long sceptre, avec l’inscription latine CONCORDIA MIL-ITVM (“[Dédié] à l’harmonie avec les soldats”), un ANT en exergue (marque de l’atelier d’Antioche) et un Z (Zeta, marque de la sixième officine) surmonté d’un croissant dans le champs centre (sous la Victoire).

Selon le RIC (Sutherland, C.H.V.; Ed. By Sutherland C.H.V. & Carson, R.A.G. The Roman Imperial Coinage, vol. VI: From Diocletian Reform (294) to the death of Maximinus (313). London: Spink & Son, 1967, p. 622), ce type de Concordia Militum n’a été frappé à Antioche (avec un croissant au-dessus de la marque d’officine) qu’en 297 EC. Cette pièce représente un élément important de la propagande impériale qui exprime la stabilité de l’empire, celle-ci étant impossible sans une armée satisfaite qui ne se révolte pas à tout bout de champs. Il est donc important de maintenir et de promouvoir la bonne entente avec les troupes…

Sources: Wikipedia (Galerius [FR/EN]), Google, FAC (Galerius, Concordia Militum), ERIC (Galerius); RIC v. 6: 63b; Augustuscoins, FAC, vcoins. Voir aussi ma fiche.

Les nombreux types de pièces avec des Genio romains expriment probablement la dévotion de Maximinus envers la religion traditionnelle.

De fois, l’identification des pièces de monnaie romaine est vraiment pénible et chronophage. Il semble qu’avec le Bas-Empire c’est de plus en plus difficile… J’ai passé tout mon week-end sur cette entrée !!

La semaine prochaine nous aborderons le règne de Licinius !

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.230]

Tanacetum parthenium 

[ iPhone 11 Pro, de horto suo, 2021/08/13]

Je vous ai déjà amplement entretenu de la camomille (l’an dernier et la semaine dernière), mais j’aimerais ajouter quelques détails sur la Grande Camomille (qu’on appel parfois chrysanthème en français ou feverfew en anglais). Comme les autres camomilles cette espèce appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae), la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), l’ordre des Asterales, et à la famille des Asteraceae (ou Compositae). Le genre Tanacetum (dont l’origine du nom est inconnue) inclue plus d’une centaine d’espèces de tanaisies (comme la Tanacetum vulgare [Tanaisie / tansy] ou la Tanacetum balsamita [menthe-coq ou tanaisie des jardins / costmary]), de pyrèthres (comme la Tanacetum cinerariifolium [Pyrèthre de Dalmatie / Dalmatian chrysanthemum]), et de camomilles. C’est l’une des trois espèces de camomilles qui a des propriétés médicinales (avec la Matricaria chamomilla et la Chamaemelum nobile). Ce qui la distingue de la Matricaria chamomilla (ou Petite camomille) c’est qu’elle est vivace (au lieu d’être annuelle), elle se développe en plusieurs tiges (et non une seule tige ramifiée) et que ses feuilles sont bipennées en trois à six segments larges (ce qui fait que le feuillage ressemble plus à celui du chrysanthème qu’à celui des camomilles). Selon les botanistes elle a tour à tour été classé dans quatre genres différents avec des noms comme Chrysanthemum parthenium (d’où le fait qu’on l’appelle parfois Chrysanthème — la similitude de leur parfum en est une autre raison), Leucanthemum parthenium, Matricaria parthenium (Grande camomille), et Pyrethrum parthenium (Pyrèthre doré). Le nom latin de l’espèce provient du grec παρθενιον (parthenion / “virginité”). 

Dès l’antiquité elle est considérée comme une plante médicinale. Elle est mentionné par le botaniste grec Dioskoridês (Peri hulês iatrikês / De materia medica 3, 150) et le naturaliste romain Plinius (Historia Naturalis 21, 104 — voir ci-bas pour le texte complet). Ce dernier dit que “le parthénium leucanthès (…) pousse dans les bordures des jardins, a une fleur blanche, une odeur de pomme et un goût amer”. Il la recommande en bain de siège contre les inflammations de la matrice et en cataplasme (?) pour tirer la bile noire soulageant ainsi les vertiges (migraines?) et les calculs. De nos jours elle est utilisé surtout en tisane et pour son huile essentielle qui contient des lactones sesquiterpéniques (surtout le parthénolide), des monoterpènes (principalement le camphre et l’acétate de bornyle) et des flavonoïdes (tels que quercétine, apigénine, lutéoline, chrysoériol, etc.). Sans véritables études cliniques, on lui attribut des effets anti-inflammatoire ainsi que sur la prévention des céphalées et des dysménorrhée. L’inhibition des prostaglandines et des spasmes des muscles lisses vasculaires aideraient donc a prévenir les migraines. Toutefois, comme les autres camomilles, elle est contre-indiquée aux femmes enceintes, peut causer des réactions allergiques ou interagir avec les anticoagulants et les nombreux médicaments qui sont métabolisés par le foie (comme les NSAIDs).

Sous prétexte que cela soignait les migraines ma femme a insisté pour que je mange des feuilles de grande camomille. Je les ai recraché aussitôt ayant eut l’impression d’avoir mordu dans un flacon de Vicks VapoRub ! Outre l’extrême amertume, le goût très désagréable provient probablement à la haute teneur en camphre de la feuille de grande camomille… C’est sans doute pour cela qu’elles sont surtout utilisé en infusion. De toute façon c’est probablement tout aussi inefficace contre les migraines que le Rizatriptan prescrit par la neurologue… Je préfère donc admirer la grande camomille pour ses qualités ornementales… (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles ou latinistes)

Plinius, Historia Naturalis, Liber XXI, Cap. CIV (§176):

Parthenium alii leucanthes, alii amaracum vocant, Celsus apud nos perdicium et muralem. nascitur in hortum saepibus, flore albo, odore mali, sapore amaro. ad insidendum decocta in duritia vulvarum et inflammationibus, sicca cum melle et aceto inposita bilem detrahit atram. ob hoc contra vertigines utilis et calculosis. inlinitur et sacro igni, item strumis cum axungia inveterata. magi contra tertianas sinistra manu evelli eam iubent dicique cuius causa linguae subiere ut mox in cyatho aqua devoretur.” (Texte latin de l’édition de Loeb; Voir aussi le texte latin de Naturalis Historia. Pliny the Elder. Karl Friedrich Theodor Mayhoff. Lipsiae. Teubner. 1906)

Parthenium is called leucanthes by some and amaracum by others. Celsus, among the latin writers calls it perdicium and murals. It grows in the hedges of gardens, and has a white flower, the smell of apple and a bitter taste. A decoction of this plant is used to make a sitz-bath for induration and inflammation of the womb, and the dried plant is applied with honey and vinegar to bring away black bile. For this reason it is good for dizziness and stone in the bladder. It is used as an application for erysipelas, and also with old axle-grease for scrofulous sores. For tertian argues the Magi recommend us to gather it with the left hand without looking back, while saying for whose sake it is being gathered; then a leaf of it should be placed under the tongue of the patient to be swallowed presently in cya thus of water. (transl.: Jones, W.H.S. Pliny Natural History vol. VI. (Loeb Classical Library). Cambridge, Harvard University Press, 1961, pp. 284-87) [See also the translation of John Bostock]

Le parthénion (parietaria diffusa, L.) est appelé par les uns leucanthes, par les autres amnacus. Celse (De re med., II, 33), entre les Latins, le nomme perdicium et muralis. Il croît dans les haies de jardins, porte une fleur blanche, est d’une odeur désagréable et d’un goût amer. Avec la décoction on fait un bain de siège, dans les duretés et les inflammations de matrice. Sec, avec du miel et du vinaigre, en suppositoire, il évacue l’atrabile, propriété qui le rend avantageux contre les vertiges et les calculs. On en fait un topique pour l’érysipèle, et, avec du vieux oing, pour les écrouelles. Pour les fièvres tierces, les mages recommandent de le cueillir de la main gauche, et de dire, sans se retourner, pour qui on la cueille; puis, d’en mettre une feuille sous la langue du malade, et de la lui faire avaler un moment après dans un cystite (0 litr., 045) d’eau. (Émile Littré, Paris : Dubochet, 1848-1850) [Je ne suis pas très satisfait de cette traduction]

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