Un “nouveau” Taniguchi chez Pika en Mai

bluecorner-cov“Reggae est un boxeur mystérieux et mutique qui a débuté sa carrière un jour d’avril 1975 en poids légers et qui, depuis, traîne sa carcasse sur les rings de seconde zone. Pour son 33e match, il perd une nouvelle fois par K.-O., mais ce soir-là, le hasard a placé dans la salle Mister Dangelo, ancien champion du monde en poids mi-lourds, et aujourd’hui organisateur de rencontres. Ce dernier voit alors en Reggae un boxeur hors normes, doté d’un coup de poing exceptionnel. Il décide donc d’acheter le contrat de Reggae à son club actuel pour pouvoir le placer sur des rings plus prestigieux, avec des primes bien plus importantes…” [Texte du site de l’éditeur]

bluecorner_cov-voPublié au Japon sous le titre Combattant Bleu (青の戦士 / Ao no Senshi / Blue Fighter) par Futabasha en mars 1982, Blue Corner est illustré par Jiro Taniguchi et écrit par Caribu Marley (pseudonyme de Tsuchiya Garon surtout connu pour avoir scénarisé Old Boy, illustré par Nobuaki Minegishi). Cette oeuvre de jeunesse de Taniguchi nous offre un manga seinen de sport, bien documenté et dédié au monde de la boxe — un sujet un peu similaire à Garôden qu’il publiera dix ans plus tard et qui était, lui, consacré à la lutte. Car bien avant de produire ses manga consacrés à la nature (Blanco, Le Sommet des dieux, L’Homme de la Toundra, Seton) ou encore à la réminescence et à la déambulation introspective (Le journal de mon père, Le Gourmet solitaire, Quartier lointain, Le promeneur), Taniguchi a eut une période où il a dessiné des manga d’action, empreint de violence (Trouble is my business, Tokyo Killers, Garôden). Sa mort en février 2017 nous prive de nouvelles oeuvres, mais heureusement des éditeurs comme Pika continue de traduire ses vieilles productions.

Dans ce manga, Taniguchi dépeint les coulisses de la boxe à travers l’histoire de Reggae, un combattant taciturne qui connait peu de succès jusqu’à ce que le hasard mette sur sa route un promoteur qui voit en lui un nouveau champion. Blue Corner paraîtra en France le 9 mai dans la série “Action” de la collection Pika Graphic. C’est certainement à lire, car il existe encore très peu de manga d’action de Taniguchi qui ont été traduit.

Blue Corner, par Jiro Taniguchi (dessin) et Caribu Marley (scénario). Paris: Pika (Coll. Pika Graphic, série Action), mai 2018. 288 pages, 172 x 242 mm, 18.00 €, ISBN 9782811638306. Pour un lectorat jeune adulte (15+). 

Sources: Actualité Pika, Catalogue Pika, Animeland, Amazon, Google.

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Bug

Bug-cov“Le nouveau récit d’anticipation d’Enki Bilal.

Dans un avenir proche, en une fraction de seconde, le monde numérique disparaît, comme aspiré par une force indicible. Un homme, seul, malgré lui, se retrouve dans une tourmente planétaire.

Après avoir traité de sujets politiques, géopolitiques (Les Phalanges de l’Ordre Noir, Partie de chasse, avec Pierre Christin), de destins dictatoriaux et de rêves d’immortalité (La trilogie Nikopol), de cauchemars obscurantistes prémonitoires (Le cycle du Monstre), de planète recadrant les humains (La trilogie du Coup de Sang), Enki Bilal nous prive de notre addiction digitale en nous plongeant, non sans une certaine dérision, dans un monde de désarroi et d’enjeux multipolaires…”

(Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière)

J’ai découvert cette récente BD de Enki Bilal peu après le Salon du Livre de Montréal en novembre dernier et il m’a fallut un peu de temps avant de mettre la main dessus…

Bug-p28Sur Terre, un phénomène inconnu et soudain terrace tout ce qui est numérique. Les réseaux sont toujours en place, mais vide. Toutes les données ont disparu. Dans l’espace, une expédition revient de Mars. Tout les occupants du vaisseau sont mort, sauf un: Kameron Obb. On l’examine sur la station spatiale international pour découvrir qu’il est infecté par un corps étranger et qu’il semble  être au courant d’un tas d’information qu’il ne devrait pas connaître. Serait-il devenu le récipiendaire de toutes les données disparues sur Terre, la mémoire de l’humanité? Cela fait de lui une personne très désirée. Recherché par son employeur, Lifedust, et poursuivi par tous les gouvernements et les mafias de la planète, il réussi à regagner la Terre avec Junia Perth, une des docteurs de l’ISS. Il échappe aux griffes du Califat de Gibraltar et, malgré le chaos qui enveloppe la planète, tente de rejoindre son ex-femme à Paris et surtout de retrouver sa fille, Gemma, qui est poursuivie par un psychopathe et a été kidnappé par la mafia vénitienne, pour le forcer à se rendre…

“Bug” fait ici référence tant à la bestiole qui a infecté Obb (i.e insecte ou pathogène) qu’au problème informatique qui a anéanti les réseaux mondiaux. Le récit de ce premier tome est un peu lent — mise en place de l’intrigue et des personnages oblige — mais tout de même riche en action.

Bilal est toujours égal à lui-même dans son superbe style de crayonné couleur, aux tons à la fois sombre et vifs, parfois un peu flou ou brouillon, qui est tellement approprié pour illustrer ses futurs dystopiques où l’humanité se plante tantôt par la dictature, tantôt par l’abus de son environnement et, ici, par une sur-dépendance à la technologie numérique. Au coeur de ses mondes violents, secoués par des cataclysmes aux sources inconnues ou mystiques, il y a toujours quelques révoltés pour brandir le flambeau de l’espoir et du renouveau…

Bug nous offre une thématique qui n’est pas très nouvelle mais qui est traitée tout de même de façon originale: Une société devenue amnésique ou Alzheimer… 

Cela fait réfléchir mais c’est aussi une menace réelle qui n’a pas besoin de venir d’une origine extra-terrestre. Cela pourrait bien se produire de façon tout à fait naturelle avec une impulsion électro-magnétique — par une attaque nucléaire ou même accidentelle, par exemple, avec une éruption solaire intense qui frapperait la Terre de plein fouet ou une inversion des polarités du champ magnétique terrestre, etc. Serait-on prêt à affronter une telle catastrophe si elle survenait?

Bilal présente avec Bug à la fois une intéressante critique sociale et un bon récit de science-fiction. Il est encore un peu tôt pour vraiment juger de l’histoire mais le récit est bien mené, captivant, et laisse entrevoir beaucoup de potentiel. Du grand Bilal. À lire (et à suivre)!

Bug, livre 1, par Enki Bilal. Paris: Casterman, novembre 2017. 88 pages, 19.2 x 27.1 cm, 18,00 € (ePub/PDF: 12,99 €) / $32.95 Can. ISBN 978-2-203-10578-2. Pour lectorat jeune adulte (14+). Extraits disponible sur le site de l’éditeurstars-3-5

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© Casterman 2017

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Venise

venise-taniguchi-castermanLa Sérénissime sublimée par Jirô Taniguchi.

Un homme arpente Venise hors des sentiers touristiques, sur les traces de son histoire familiale. Il se surprend parfois à flâner, se perd le long des canaux, s’arrête pour observer. A mesure que les brumes du passé se dissipent, c’est une nouvelle cartographie de la Sérénissime qui se dessine : contemplative et intrigante, majestueuse et intime.

(Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière)

J’ai fait la découverte en janvier (dans les pages du Animeland #219) de cette autre oeuvre éblouissante de beauté par le contemplatif Taniguchi. Originalement publié en anglais par Louis Vuitton (mai 2014) dans sa collection “Travel Book”, Venise est maintenant offert en français par Casterman.

Après le décès de sa mère, un homme découvre dans ses affaires une boîte en laque qui contient des cartes postales dessinées à la main et de vieilles photographies de Venise. Cela semble être des photos de ses grands-parents avec sa mère, enfant. Il se rends donc à Venise, sur les traces de son passé. Il flâne dans les rues, dans les échoppes, visite les site touristiques, des restaurants. Il semble que son grand-père était artiste-peintre et serait l’auteur des cartes postales. Il découvre son nom dans le livre d’or d’un vieil hôtel: Tsuguo Oribe. À l’aide des cartes postales, il suit sa piste. Il découvre de ses peintures dans un petit bistro, puis grâce aux indices donnés par la patron du bar, il retrouve l’appartement où il a habité. Des oeuvres de l’artiste y sont encore accrochés…

Taniguchi nous fait découvrir Venise à travers ce superbe bouquin illustré à l’aquarelle, présenté dans un format à l’italienne. C’est une sorte de mélange entre un carnet de voyage, le Promeneur et le Gourmet  Solitaire avec un texte minimaliste. Il y a vraiment très peu de texte: soixante-douze phrases, soit environ six-cent-soixante-quinze mots! C’est un peu décevant. Par contre, ici ce sont les images qui parlent. C’est graphiquement très beau et, d’une certaine façon, plutôt poétique. À voir, pour les amateur de Taniguchi (et de Venise).

 

Venise, par Jirô Taniguchi. Paris: Casterman, novembre 2017. 120 pages, 19.1 x 28.2 cm, 20,00 € / $36.95 Can. ISBN 9782203136908. Pour lectorat de tout âge (7+). Extraits disponible sur le site de l’éditeur. stars-3-0

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Le secret des vietnamiennes

Secret_des_vietnamiennes-cov« Les recettes étaient chuchotées entre les femmes d’une famille comme s’il s’agissait de secrets hautement sensibles et jalousement précieux. Elles se transmettaient d’une génération à l’autre au rythme d’un temps lent et dans la discrétion d’un espace intime. 

Dans ce livre, je vous murmure quelques-uns de ces bijoux dont ma mère et mes tantes m’ont confié la garde afin que l’histoire continue. »

[ Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière ]

J’ai récemment vu Kim Thúy en conférence et lu son premier roman, Ru. Cela a éveillé de l’intérêt pour cette talentueuse auteure. Son dernier né est un livre de cuisine pas comme les autres, Le secret des Vietnamiennes.

Kim Thúy s’y raconte. Des souvenirs de famille ou de camp de réfugiés. Elle nous dit que, comme ses parents, elle exprime son amour par la cuisine et la nourriture. Elle nous présente sa mère et ses soeurs (désignées par un chiffre qui représente leur ordre de naissance) ainsi que leurs recettes favorites: sa mère (grande soeur 3, Lý Kim Thúy) nous offre la base (les vermicelles, les herbes, les légumes, les fruits, les galettes de riz, les fûts de sauce de poisson); Tante 4 (Lý Kim Hà) des soupes; Tante 5 (Lý Kim Hài) les bols et les sautés; Tante 6 (Lý Kim Hiêu) les légumes en salades; Tante 7 (Lý Kim Hanh) les grillades et la friture; Tante 8 (Lý Kim Nhân) la cuisson longue (ragoût de boeuf à la citronnelle, pain de viande au boeuf et à l’oignon), déjeuner, et Chà Bông (viande séchée); et finalement, l’auteur elle-même, Grande Soeur 2 (Lý Thành Kim Thúy) les desserts et les grignotines. Puis, la sommelière Michelle Bouffard nous introduit aux accords entre les mets vietnamiens et les vins (Riesling), et Monique Giroux à ceux avec la musique. Elle conclue avec un hommage à sa grand-mère maternelle (Lê Kiêm Guong).

Je ne cuisine plus vraiment, c’est pourquoi — à quelques exception près — les livres de recettes ne m’intéressent pas vraiment — mais qui n’aime pas la bonne bouffe? Dans le cas de ce livre-ci, ce sont les récits de Kim Thúy et ses introductions pour les différents plats qui sont une source d’intérêt. On ne se fatigue jamais de sa belle prose. Et, bien sûr, c’est illustré par des extraits de ses romans et de superbes photographies. C’est une très bonne lecture si Kim Thúy, le Viet Nam ou la cuisine vous intéresse. 

Le secret des Vietnamiennes, par Kim Thúy. Montréal: Trécarré, octobre 2017. 192 p. 23 x 27.5 cm, $29.95 (PDF: $21.99), ISBN 978-2-89568-714-6. Pour lectorat de tout âge (7+). Un extrait est disponible sur le site de l’éditeur. stars-3-5

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© Les Éditions du Trécarré, 2017.

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Découverte: Isabella Bird, Femme exploratrice

IsabellaBird-extrait-cov“À la fin du XIXe siècle, le Japon s’ouvre au monde et s’occidentalise à marche forcée. Mais le pays reste un vrai mystère pour la plupart des Européens, ce qui en fait une destination de choix pour la célèbre exploratrice anglaise Isabella Bird ! Malgré son jeune âge, elle est déjà connue pour ses écrits sur les terres les plus sauvages. Isabella ne choisit jamais les chemins les plus faciles et, cette fois encore, elle étonne son entourage par son objectif incongru : Ezo, le territoire des Aïnous, une terre encore quasi inexplorée aux confins de l’archipel… Le voyage s’annonce long et difficile, mais rien n’arrête la pétillante jeune femme !

Accompagnée de son guide-interprète, le stoïque M. Ito, la jeune femme parcourt un pays en plein bouleversement. Dans ses lettres quotidiennes à sa sœur, elle narre avec sincérité et force détails la suite de chocs culturels qu’elle expérimente. Elle veut tout voir, tout essayer, quitte à endurer chaleur, fatigue, maladie ainsi que les sarcasmes de ses pairs !

Lancez-vous à la découverte d’un Japon traditionnel désormais disparu à travers les yeux de l’intrépide Isabella Bird ! Basé sur les écrits réels de l’aventurière, Isabella Bird, femme exploratrice est un récit passionnant sur la rencontre de deux mondes, dessiné avec un rare souci du détail par Taiga Sassa, nouveau talent prometteur !”

[Texte du site de l’éditeur]

Un des volumes de Reine d’Égypte que j’ai lu récemment comportait en cadeau un extrait de 42 pages (aussi disponible sur le site de l’éditeur). Cela m’a mis l’eau à la bouche alors je compte bien me procurer les premiers volumes afin de commenter cette série plus avant. En attendant, voici mes premières impressions.

IsabellaBird-LogoIsabella Bird, femme exploratrice (ふしぎの国のバード / Fushigi no Kuni no bādo [Bird] / littéralement: “Bird au pays des merveilles”) est sérialiszée depuis 2013 dans le magazine Harta de Enterbrain. La série est en cours avec 4 volumes parus au Japon, trois étant traduit en français jusqu’à maintenant (vol. 1: octobre 2017, vol. 2: décembre 2017, vol. 3: avril 2018). C’est le premier manga de l’auteur, Taiga SASSA. L’histoire est basée sur la correspondance de la célèbre exploratrice Isabella Bird avec sa soeur Henrietta (publié en Angleterre sous le titre Unbeaten Tracks in Japan, 1880).

C’est donc un manga historique et un travelogue sur le japon du 19e s. (ère Meiji) qui débute en 1878 alors que l’exploratrice arrive au Japon, un pays dont elle ne connait rien et dont elle espère visiter un des coins les plus reculer: l’île d’Ezo (Hokkaido) pour y rencontrer des Hainou. Elle sera accompagnée d’un jeune guide-interprète du nom de Tsurukichi Ito. Nous découvrons avec elle la culture japonaise.

Cela me semble très prometteur. Le style graphique rappelle beaucoup celui de Emma, un manga historique et une chronique sociale sur l’Angleterre victorienne par Kaoru Mori. J’ai bien hâte de lire les aventures d’Isabelle Bird.

Isabella Bird, femme exploratrice T01 par Taiga SASSA. Paris: Ki-oon (Coll. Kizuna), octobre 2017. 240 pg, , 13 x 18 cm, 7,90 € / $14.95 Can., ISBN 979-10-327-0166-9. Pour lectorat jeune (7+).

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© 2015 Taiga Sassa KADOKAWA CORPORATION

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Ru

Ru-covRu est le récit d’une réfugiée vietnamienne, une boat people dont les souvenirs deviennent prétexte tantôt à l’amusement, tantôt au recueillement, oscillant entre le tragique et le comique, entre Saigon et Granby, entre le prosaïque et le spirituel, entre les fausses morts et la vraie vie.” [Couverture arrière]

“Ru est composé de très courts récits liés un peu comme dans une ritournelle: la première phrase du chapitre reprend le plus souvent l’idée qui terminait le chapitre précédent, permettant ainsi de faire le pont entre tous les événements que la narratrice a connus: sa naissance au Vietnam pendant la guerre, la fuite avec les boat people, son accueil dans une petite ville du Québec, ses études, ses liens familiaux, son enfant autiste, etc. La vie de l’auteure est bourrée de gens charmants, singuliers, de situations difficiles ou saugrenues vécues avec un bonheur égal, et elle sait jouer à merveille avec les sentiments du lecteur…” [site de l’éditeur]

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