Monnaies anciennes 107

— EN BONUS —

Sesterce (et autres pièces) de Trajan

J’ai récemment parlé d’un livre qui racontait un voyage aux quatre coins de l’Empire Romain où l’on suit un sesterce frappé à l’effigie de Trajan qui passe de main en main. Cela m’a rappelé que j’avais dans ma collection non seulement un sesterce de Trajan (certes en piètre condition) mais aussi un as et un dupondius — car jusqu’à maintenant, quand j’ai présenté le règne de Trajan, je n’ai parlé que de ma plus belle pièce à son effigie: un denier.

IMG_2974-2975La première de ces pièces est un bel as de Trajan (VG [Very Good], Cu [Cuivre], 27 mm, 10.728 g, payé environ $20 le 1985/01/25, caractérisée par une patine brune sur l’avers et une importante concrétion de vert-de-gris sur le revers; axe: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur lauré et drapé (sur l’épaule gauche) à droite avec l’inscription latine IMP[erator] CAES[ar] NERVAE TRAIANO AVG[vstvs] GER[manicvs] DAC[icvs] P[ontifex] M[aximvs] TR[ibunicia] P[otestate] CO[n]S[vl] VI [Sextvm] P[ater] P[atriae] (Imperator [commandant suprême des armées], César de Nerva, Trajan, Vainqueur des Germains et des Daces, Grand Prêtre, [détenteur du] Pouvoir Tribunicien, Consul pour la sixième fois, Père de la Patrie). Le revers illustre une Félicité, drapée, debout à gauche, tenant un caducée (caduceus) ailé dans la main droite levée et une corne d’abondance (cornucopia) dans la gauche, entourée d’un large S C (Senatus Consultum / “Décret du sénat”) dans le champs de part et d’autre, avec l’inscription latine FELICITAS AVGVST[i] (“Pour la bonne fortune de l’Empereur”).

L’as est la dénomination de base de la monnaie romaine durant l’Empire. Il vaut un demi dupondius, un quart de sesterce et un seizième de denier. Trajan a été empereur entre le 28 janvier 98 et le 9 août 117 EC. Son règne est l’un des plus hauts points de Rome alors que ses conquêtes militaires amène l’Empire au maximum de son expansion. À cette époque toutes les pièces de monnaie étaient frappées à Rome. La dimension et le poids de la pièce, le fait qu’elle est en cuivre et que l’empereur porte une couronne de laurier nous indique qu’il s’agit d’un as. La partie clairement lisible de la nomenclature et de la titulature de l’empereur (IMP CAES … TRAIANO AVG GERM DAC …) nous confirme qu’il s’agit bien de Trajan. Il a reçu la puissance tribunicienne et le titre de Germanicus lors de son adoption par Nerva en 97, et la plupart de ses autres titres (IMP, PM, PP) lors de son accession au pouvoir en janvier 98. Le titre de Dacicus lui est décerné en 102. Comme la fin de la titulature a été oblitéré par l’usure la titulature incomplète ne nous permet pas de dater la pièce plus précisément que entre 102 et sa mort en 117. Toutefois, le titre de Optimus (décerné par le sénat en 114) n’apparait pas encore dans la titulature ce qui nous permet de réduire la datation à 102-114. Aussi, l’utilisation de l’accord TRAIANO ne se retrouve que sous son cinquième (en 103) et sixième consulat (en 112). Finalement, le revers avec une Felicitas n’est utilisé que durant son sixième consulat (à partir de 112). Nous pouvons donc conclure qu’il s’agit ici d’un as de Trajan, frappé à Rome entre 112 et 114 EC.

Sources: Wikipedia, Google, acsearch, numismatics, numista, WildWinds (text, image). RIC v.2: 625. Voir aussi ma fiche.

IMG_2970-2972La seconde pièce est un assez beau dupondius de Trajan (G [Good], Ae [Bronze], 25 mm, 11.875 g, payé environ $7, caractérisé par une patine uniforme verte; axe: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur radié et drapé (sur l’épaule gauche) à droite, avec l’inscription latine  IMP[erator] CAES[ar] NERVAE TRAIANO AVG[vstvs] GER[manicvs] DAC[icvs] P[ontifex] M[aximvs] TR[ibunicia] P[otestate] CO[n]S[vl] V [quintum] P[ater] P[atriae] (Imperator [commandant suprême des armées], César de Nerva, Trajan, Vainqueur des Germains et des Daces, Grand Prêtre, [détenteur du] Pouvoir Tribunicien, Consul pour la cinquième fois, Père de la Patrie). Le revers illustre une Salus (Santé) drapée, assise à gauche sur un trône, nourrissant de sa patère (dans la main droite) un serpent enroulé autour d’un autel, le bras gauche reposant sur l’appui-bras du trône, avec l’inscription latine S·P·Q·R· (Senatus Populusque Romanus / “Le sénat et le peuple romain”) OPTIMO PRINCIPI  (“pour le meilleur des princes”) et un S C (Senatus Consultum / “Décret du sénat”) en exergue. 

Le dupondius est une dénomination intermédiaire de bronze ou d’orichalque (laiton), d’un poids assez lourd (son nom, duo pondus, signifie “deux livres” mais elle n’a jamais pesé autant, son poids se situant entre douze et quatorze grammes) et qui, depuis Vespasien, représente toujours l’empereur avec une couronne radiée (ce qui est bien le cas avec cette pièce). Elle vaut deux as, un demi-sesterce ou un huitième de denier. Le portrait et la partie lisible de l’inscription de l’avers nous confirme qu’il s’agit bien d’une pièce de Trajan (98-117). Comme nous l’avons vu avec la pièce précédente, l’orthographe TRAIANO n’apparait que sous les cinquième (103-111) et sixième (112-117) consulats. Toutefois, le type de revers avec une Salus et l’inscription SPQR Optimo Principi, lui n’apparait que sous le cinquième consulat. Cela nous permet donc de conclure que ce dupondius de Trajan a été frappé à Rome entre 103 et 111 EC.

Sources: Wikipedia, Google, CoinArchives, numismatics, WildWinds (text, image). RIC v.2: 516. Voir aussi ma fiche.

IMG_2978-2985La troisième est un sesterce de Trajan dans un état de conservation plutôt médiocre (P [Poor], Orich. [Orichalque/laiton], 31 mm, 17 g, payé environ $5 le 1986/09/21, caractérisé par une grande usure, de la corrosion et des traces de vert-de-gris; axe: ↑↓). L’avers semble présenter une buste de l’empereur lauré et drapé à droite avec une inscription probablement similaire au deux pièces ci-haut (COS V ou COS VI, toujours sans le titre d’Optimus décerné en 114). Les quelques indices que nous fournit le revers sembleraient indiquer qu’il illustre une Arabia, debout de face, la tête tournée à gauche, tenant une branche de la main droite et un objet indistinct (un fagot de cannes ou de bâtons de cannelle?) dans la gauche, avec à ses pieds un chameau, entouré de l’inscription SPQR OPTIMO PRINCIPI, un S C dans le champs de part et d’autre, et ARAB[ia] ADQ[vis] (“Annexation de l’Arabie”) en exergue.

Le spécimen frappé durant le COS V comporte en l’exergue l’inscription longue (ARAB ADQVIS) alors que pour celui frappé durant le COS VI l’inscription est abrégée (ARAB ADQ). L’espacement laisse supposer qu’il s’agit ici de cette dernière. Ce sesterce de Trajan aurait donc été frappé à Rome entre 112 et 114 EC pour célébrer l’annexion de la province d’Arabie à l’Empire (en 106 EC).

Sources: Wikipedia, Google, acsearch, CoinArchives, CoinTalk, FAC, numismatics, WildWinds (COS V [RIC 466]: text, image; COS VI [RIC 610]: text, image). RIC v. 2: 610. Voir aussi ma fiche.

IMG_8602-8604J’ai déjà parlé de mon denier de Trajan mais je vous le présente à nouveau brièvement. Il s’agit d’une très belle pièce de Trajan (F [Fine], Ar [Argent], 17 x 18 mm, 2.0 g, payé environ $35 le 1987/09/21; axe: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur lauré et partiellement drapé (sur l’épaule gauche), à droite, avec l’Iinscription latine IMP[erator] TRAIANO AVG[vstvs] GER[manicvs] DAC[icvs] P[ontifex] M[aximvs] TR[ibvnica] P[otestate]. Le revers illustre une Aequitas (Équité) assise à gauche, tenant une balance dans la main droite et une cornucopia dans la gauche, avec l’inscription latine CO[n]S[vl] V [quintum] P[ater] P[atriae] S[enatus] P[opvlvs] Q[ve] R[omanvs] OPTIMO PRINC[ipi] (“Consul pour la cinquième fois, Père de la Patrie, [proclamé par] le sénat et le peuple de Rome meilleur des princes”).

Le consulat nous offre la meilleur datation possible. Trajan a été nommé consul une cinquième fois en 103 et nommé une sixième fois en 112. Ce denier de Trajan a donc été frappé à Rome entre 103 et 111 EC.

Sources: Wikipedia, Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, FAC (Optimus), numismatics, Wildwinds. RIC v.2: 119. Voir aussi ma fiche.

Trajan est considéré comme l’un des meilleurs empereurs romains. Bon administrateur et grand militaire, ses conquêtes (notamment en Dacie et les territoires Parthes) ont non seulement considérablement étendu les frontières de l’Empire mais ont aussi renfloué ses coffres, ce qui a permis de payer pour un imposant programme de constructions publiques (aqueducs, routes, thermes, temples, forum, marchés, et monuments — dont la fameuse colonne Trajane). Il institue également une aide alimentaire pour les citoyens les plus pauvres. Il adopte son petit-neveu Publius Aelius Hadrianus qui lui succède lorsqu’il meurt le 8 ou 9 août 117 à Selinus (Turquie) des suites d’un accident vasculaire cérébral (possiblement lié à une crise de paludisme) sur le chemin de retour d’une campagne contre la révolte judéo-parthe.

Bon, après cent-sept entrées et un peu plus de deux ans de chroniques hebdromadaires (ça c’est quand on boss dur toute les semaines!), là je le jure c’est la dernière entrée de cette chronique! 😅

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]

Monnaies anciennes 106

Pièces modernes d’autres pays (4)

La Russie

Comme tous les pays d’Europe, la Russie a une histoire riche et complexe. Cette pièce de monnaie va toutefois nous permettre d’ouvrir une toute petite fenêtre sur le passé de cette grande nation (avec plus de vingt millions de kilomètre-carrés, c’est déjà à cette époque la plus grande nation du globe [même aujourd’hui avec seulement 17 M km2], devant le Canada [9.9 M km2], les États-Unis [9.63 M km2] et la Chine [9.6 M km2] — elle est même plus grande que l’Union Européenne [4.2 M km2] ou l’Empire Romain à son apogée en 117 E.C. [5 M km2]!).

Le rouble (рубль, ₽) a toujours été l’unité monétaire de la Russie, quoi qu’au XIIIe siècle (au temps de la République de Novgorod) il n’était pas une monnaie mais simplement un petit lingot d’argent que l’on découpait en morceaux en échange de marchandises (son nom vient d’ailleurs du verbe russe рубить [roubit] qui signifie découper). Au Moyen-Âge, la “Russie” (qui a prit naissance avec l’état Rous de Kiev) est composée de plusieurs petits royaumes dont les plus importants sont la République de Novgorod et la Principauté de Moscou. Avec le mariage de Ivan III et de Sophie Paléologue (fille du dernier empereur Byzantin) en 1472, le Tsarat de Moscou s’impose comme le successeur de Byzance et devient la “Troisième Rome.” Mais ce n’est qu’avec l’unification du territoire, sous Ivan IV Le Terrible (1533-1584), qu’apparaissent les premières pièces de monnaie grossièrement frappées. Elle devient une véritable monnaie avec l’Empire Russe fondé par Pierre 1er le Grand (1682-1725, cinquième tsar de la dynastie des Romanov).  S’inspirant des états européens il déplace la capital à Saint-Petersbourg et entreprend plusieurs réformes pour moderniser la Russie, dont une réforme monétaire qui fait du rouble une monnaie basé sur l’argent (thaler) et décimale (qui se divise en cent kopecks) ce qui lui permet d’intégrer les échanges internationaux et de faire commerce avec l’Europe.

La modernisation et l’expansion de l’Empire se poursuivra avec ses successeurs (notamment Catherine II la Grande, 1762-1796) mais au XIXe siècle, la surextension du territoire, de nombreuses guerres et une industrialisation tardive appauvrissent l’Empire, amènent une instabilité monétaire et causent un mécontentement populaire. Le Tsar Nicolas II (dix-neuvième monarque Romanov, 1894-1917) tente quelques réformes (dont une réforme monétaire qui ajuste le rouble sur l’étalon-or) mais c’est trop peu, trop tard. Après une première révolution en 1905, il doit abdiquer en mars 1917 puis est assassiné l’année suivante, mettant ainsi fin à l’Empire et à la dynastie des Romanovs. De la Révolution Russe de 1917 nait d’abord la République Russe, puis l’URSS en 1922 et finalement, depuis 1992, la Fédération de Russie. Durant toutes ces périodes plutôt troubles, le rouble est resté l’unité monétaire russe.

IMG_3047-3050Ma seule pièce de monnaie russe est une très belle pièce de trois Kopecks de 1903 (F [Fine], Cu [Cuivre], 28 mm, 9 g, axe: ↑↑). L’avers illustre un aigle impérial bicéphale couronné, entouré (dans une cartouche d’entrelacs carrés) de l’inscription cyrillique МѢДНАЯ РОССІЙСКАЯ МОНЕТА (MEDNAYA ROSSÍYSKAYA MONETA / “monnaie russe en cuivre”) en haut et ТРИ КОПѢЙКИ (TRI KOPEYKI / “trois Kopecks”) en bas. Le revers présente simplement la valeur nominale de la pièce en cyrillique flanquée de deux étoiles à l’intérieure d’un cercle perlé (★ 3КОПѢЙКИ / 3 KOPEYKI / “3 Kopecks” avec, en dessous d’une bordure décorative, l’inscription С.П.Б. — S.P.B., abréviation pour St.Petersburg), entourée d’une couronne ouverte formée de deux branches (de laurier?) attachées par un ruban, et, au-dessus, l’inscription cyrillique 1903 ГОДА (1903 GODA / “An 1903”). C’est donc une pièce en cuivre russe d’une valeur de trois kopecks frappée à Saint-Petersbourg en 1903.

Il est a noter que ce type de pièce n’offre aucun portrait d’empereurs mais plutôt un symbole de l’Empire. L’aigle bicéphale n’est que l’évolution de l’Aigle Impériale romaine qui acquiert deux têtes dans l’héraldique byzantine de la dynastie des empereurs Paléologue (pour représenter la division de l’Empire Romain). Il est transmis, par la dot de son épouse, au Tsar Ivan III (de la dynastie ruthène, puis moscovite, des Riourikides), et devient un symbole de l’Empire Russe, de plusieurs nations slaves et même du Saint-Empire-Germanique. Ici ce sont les petites armoiries de l’Empire Russe qui sont représenté: l’aigle à deux tête (dont chacune est couronnée) est surmonté d’une grande couronne d’où descendent deux rubans; il est couvert par neuf boucliers (au centre: l’écu de saint Georges, entouré de la chaîne de l’ordre de Saint-André, avec de part et d’autre les armoiries d’Astrakhan, de Sibérie, de Géorgie, de Finlande, de KievVladimirNovgorod, de Tauride, de Pologne et de Kazan) et tient dans ses serres un sceptre (patte dextre) et une orbe crucigère cerclée (patte sénestre).

Ce type de pièce a été frappé tel quel entre 1867 et 1914 durant les règnes d’Alexandre II (1855-1881), Alexandre III (1881-1894) et Nicolas II (1894-1917). À cette époque on a frappé, en argent, des pièces de un rouble, de cinquante, vingt-cinq, vingt, quinze, dix et cinq kopecks, et, en cuivre, des pièces de cinq, trois, deux, un, un-demi et un-quart de kopecks. Un rouble valait alors deux francs et soixante-sept centimes ou deux shilling et un pence et quart. De nos jours, le rouble ne vaut guère mieux, soit environ deux cents canadiens (2¢ soit €0.062 ou US$0.016). Autant dire que le kopeck (un centième de rouble) ne vaut pas grand chose, d’où l’expression “ça ne vaut même pas un kopecks”! Ou encore, un anglais pourrait dire “Ruble, is that your currency or the state of your economy?” (Le rouble c’est votre monnaie ou l’état de votre économie? [rubble = décombres, gravats])! Cette pièce de trois kopecks vaut donc trois fois rien. Quoiqu’il en soit, elle a tout de même pour moi un intérêt historique puisqu’elle a été frappé sous le dernier des tsars, juste deux ans avant la première révolution russe.

Sources: Wikipedia (Kopeck [FR/EN], Rouble [FR/EN], Rouble Impérial [FR/EN], Empire Russe [FR/EN], Nicolas II [FR/EN]), Google, CGB, CoinsBook, eBay, ngccoin, numista, ucoin, vcoins.

C’est déjà la fin de cette aventure monétaire… Un jour peut-être, lorsque je serai à la retraite, je prendrai le temps de cataloguer la collection de mon père et je vous en présenterai les plus belles pièces… Toutefois, dans un premier temps je vais d’abord prendre une pause (car une chronique hebdomadaire assidue demande beaucoup de temps et d’énergie et, avec un nouveau travail, je reprend un horaire sur cinq jours ce qui va me laisser moins de temps pour faire des recherches et écrire). Cela va me permettre de me reposer mais aussi de me consacrer un peu à mes lectures. Par la suite, je vais probablement me lancer dans un projet un peu plus littéraire et traiter de la littérature romaine: les ouvrages écrits par des empereurs mais aussi des thèmes particuliers (comme l’humour à Rome) et quelques-uns de mes auteurs favoris dont Lucien de Samosate — et peut-être aussi quelques romans historiques ayant pour sujet la Rome antique. Ce ne sera cependant pas une chronique régulière mais qui viendra plutôt au gré du temps disponible… À bientôt!

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]

Monnaies anciennes 105

Pièces modernes d’autres pays (3)

La France

La France a une histoire nationale assez complexe que nous ne ferons qu’effleurer en abordant sa monnaie. Comme nous l’avons vu en discutant les pièces médiévales et de la “Renaissance”, l’unité monétaire utilisée en France sous l’Ancien Régime était la livre (un système complexe qui a évolué de la livre Parisi à la livre tournois et qui se divisait en sous [1/20e] et en deniers [1/240e]). Au Moyen-Âge, entre 1361 et 1364, le franc fait une première apparition sous le règne de Charles V pour désigner un écu d’or (appelé le franc à cheval car le roi y était représenté sur un destrier). Quelques années plus tard, entre 1365 et 1575, il fait frapper un autre franc d’or, le franc à pied (où le roi est représenté à pied sous un dais), qui équivaut plus ou moins à un florin. Dans les régimes subséquents, de 1575 à 1643, on frappe une nouvelle pièce, le franc d’argent (il remplace le teston et se subdivise en demi et quart de franc), qui deviendra, avec la réforme monétaire de Louis XIII, le Louis d’argent (aussi appelé écu blanc). Toutefois, ces différentes incarnations du francs ne sont jamais plus que la livre sous un autre nom.

Le franc ne devient l’unité monétaire officielle de la France (franc français, FF) qu’avec la Révolution alors que le pays adopte le système décimale (loi du 18 germinal an III) en 1795. Le franc se divise maintenant en cent centimes mais il reste l’équivalant de la livre tournois. Ce n’est qu’en 1800, avec la création de la Banque de France, que le franc prend vraiment une identité propre: le Franc Germinal ou Franc-or (1803-1928). On démonétise les vieilles dénominations, renoue avec le bimétallisme et imprime des billets de banque. Le XXe siècle amène son lot de crises qui déstabilisent la monnaie. Suite à la Première Guerre mondiale et à une importante inflation, le franc ne peut plus être basé sur l’or et on adopte des taux de change flottant avec le “Franc Poincaré” (dit l’ancien franc) en 1928. Toutefois, sous la Cinquième République, plusieurs dévaluations subséquentes (dues à la Dépression et la seconde guerre mondiale) imposent une nouvelle réforme monétaire en 1959 avec le “Franc Pinay” (dit “Franc lourd”). Un “Nouveau Franc” (NF) équivaut à cent anciens francs. Cette nouvelle monnaie aura cours jusqu’en 2002, alors qu’elle sera remplacée par l’Euro.

Je vous présente ici mes deux plus anciennes pièces de monnaie de la France moderne…

IMG_3029-3034Le premier spécimen est une assez belle pièce de cinq centimes frappée en 1863 sous Napoléon III (G [Good], Ae [Bronze], 25 mm, 5 g, axe: ↑↓). L’avers présente une tête de l’Empereur à gauche, laurée et barbue, dans une cercle de pointillés, entourée de l’inscription française NAPOLÉON III EMPEREUR (encadrée par une ancre couchée sur le côté [⚓︎] à gauche et d’une croix [✠] à droite — ces pictogrammes semblent avoir de nombreuses variantes) et 1863 en exergue. Sous la tête on note l’inscription BARRE qui est la signature du graveur Désiré-Albert Barre. Le revers illustre une aigle impériale (ailes déployées, la tête tournée à droite, tenant dans ses serres un foudre) dans un cercle de pointillés, entouré de l’inscription française EMPIRE FRANÇAIS (en haut) et ★ CINQ CENTIMES   (en bas). On note en-dessous de l’aigle un double B (en partie superposé) qui est une marque d’atelier pour Strasbourg.

Il est intéressant de constater que le pictogramme à gauche de l’inscription de l’avers semble associé au graveur (soit Jacques-Jean Barre [un chien] de 1843 à 1855, soit son fils Désiré-Albert Barre [une ancre] de 1855 à 1878), alors que celui de droite serait associé à l’atelier monétaire (les portraits à tête nue ont été frappé à Paris [A / une main pointant de l’index], Rouen [B / un pic et un marteau croisés], Strasbourg [BB / une abeille], Lyon [D / un lion], Bordeaux [K / une feuille de vigne], Marseille [MA / un coquillage] et Lille [W / une lampe], alors que les portraits laurés ont été frappé seulement à Paris [A / une abeille], Strasbourg [BB / une croix] et Bordeaux [K / un marteau]). 

Napoléon III est, quant à lui, un personnage assez intéressant. Né Louis-Napoléon Bonaparte en avril 1808, il est le fils du roi de Hollande Louis Bonaparte (frère de Napoléon Bonaparte) et de Hortense de Beauharnais (fille de Joséphine de Beauharnais et de son premier mari, le vicomte Alexandre de Beauharnais) ce qui en fait à la fois le neveu de Napoléon et le petit-fils de l’Impératrice Joséphine! Il n’est donc pas surprenant qu’il ait voulu faire valoir cette double ascendance impériale. Toutefois, après deux tentatives de coup d’état avortées (à Strasbourg en 1836 et à Boulogne-sur-Mer en 1840), il choisit une voie vers le pouvoir plus légitime. Emprisonné six ans, il s’évade en 1846 vers Londres mais, profitant de la révolution de 1848 (la troisième!), il se fait élire à l’Assemblée nationale constituante dans quatre départements et présente sa candidature aux présidentielles. Ses adversaires sont, entre autres, Cavaignac, Lamartine et Raspail. Grâce à un support paysan et à une opposition divisée, il reçoit 74% des voix et est élu le premier président de la Seconde République. Il tente des réformes constitutionnelles (notamment pour se permettre un deuxième mandat) mais se retrouve constamment en confrontation avec les députés de l’Assemblée nationale. Ainsi, le 2 décembre 1851 (anniversaire du Sacre de Napoléon et de la victoire d’Austerlitz), il réalise un coup d’état et se proclame Empereur des Français! Le Second Empire dure dix-sept ans. Il prend fin durant la guerre Franco-Allemande avec la défaite de Sedan (1er septembre 1870) où Napoléon III est capturé. En septembre 1870 un gouvernement provisoire est formé et ce sera le début de la Troisième République. Napoléon III s’exile en Angleterre mais meurt en janvier 1873 des suites d’une lithiase vésicale.

Sources: Wikipedia (Franc [FR/EN], Franc français [FR/EN], le Franc sous le Second Empire, Napoléon III [FR/EN]), Google, CGB, CoinArchives, coinect, numista, vcoins.

IMG_3037-3041Le deuxième spécimen est une très belle pièce de cinq centimes de la IIIe République (VF/G [Very Fine / Good], Ae [Bronze: 95% Cu, 4% Sn, 1% Zn], 25 mm, 5 g, axe: ↑↓). L’avers présente une tête de la République à gauche en Cérès, déesse des moissons, portant un collier de perles, un double chignon et une couronne composite de blé, fleurs, olivier et olives, chêne et glands, nouée par un ruban descendant sur le cou et passant sur le front où est inscrit le mot CONCOR; sous la tranche du cou l’inscription OUDINÉ (signature du graveur Eugène-André Oudiné), le tout dans un grènetis (cercle de pointillés), entouré de l’inscription française ★ RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ★ avec 1872 en exergue. Le revers illustre une couronne ouverte nouée par un ruban à sa base, formée de deux branches d’olivier, entouré de l’inscription française ★ LIBERTÉÉGALITÉFRATERNITÉ (la devise de la République Française), ayant en son centre l’inscription (sur deux lignes) 5 / CENTIMES avec, en-dessous, un petit A (marque d’atelier de Paris) flanqué de deux pictogrammes (les “différents” qui sont des marques de séquences liées au graveur et/ou à l’atelier): une abeille à gauche et une ancre couchée sur le côté à droite.

Malheureusement, si l’avers est en très bonne condition (à part une petite tache de vert-de-gris sur le haut et le manque de détails de la couronne d’épis et du bandeau), le revers comporte beaucoup plus d’usure qui oblitère complètement la valeur de la pièce. Par contre, nous savons que la pièce de cinq centimes a un diamètre de 25 mm et pèse 5 g alors que la pièce de dix centimes, elle, a une diamètre de 30 mm et un poids de 10 g. Il s’agit donc ici clairement d’une pièce de cinq centimes. Les “différents” sont également difficiles à distinguer mais en sachant que les exemples observés de “A” du début des années 1870 comportent une abeille (possiblement en association avec l’atelier de Paris) et une ancre (le pictogramme du graveur Désiré-Albert Barre qui aurait donc été le graveur du revers?), les formes floues qui entoure le “A” prennent du sens. Pour le “A” il existe deux variantes: le grand “A” (plus grand que les “différents”) et le petit “A” (même taille que les “différents”) — ici il s’agit d’un petit “A”. Les petites dénominations avec le type “Cérès” ont été frappé en pièces de un, deux, cinq, dix, cinquante centimes, un et deux francs entre 1870 et 1898 (quoi que le cinq centimes n’a pas eut d’émission en 1870 et en 1895). La pièce de cinq centimes a surtout été frappé à Paris (A) sauf entre 1871 et 1878 où elle a également été frappé à Bordeaux (K).

La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870. Elle débute avec un gouvernement de la Défense nationale dirigé par le général Trochu mais dès février 1871 une nouvelle Assemblée Nationale est élue et Adolphe Thiers est choisi comme chef du pouvoir exécutif (Président) — il démissionnera en mai 1873 pour être remplacé par Patrice de Mac Mahon. La priorité est d’abord de conclure un accord de paix avec l’Allemagne (dont le chancelier est Otto von Bismarck). Comme l’Assemblée Nationale est composé d’une majorité de Monarchistes (62% — dont 214 orléanistes et 182 légitimistes — contre 35% de Républicains [112 de Gauche, 72 de Centre-Gauche/Libéraux et 38 radicaux de l’Union Républicaine] et 3% de bonapartistes) la tendance est d’abord vers une nouvelle Restauration. Toutefois, aux Législatives suivantes, les Républicains sont majoritaires et la République est de nouveau sur le droit chemin. Malgré quelques problèmes (les communes insurrectionnelles de 1870-71, la crise Institutionnelle de 1877, et l’affaire Dreyfus), la IIIe Républiques est marquée par une nouvelle expansion coloniale ainsi que plusieurs réformes constitutionnelles (lois de 1875) et sociales (liberté de presse en 1881, légalisation des syndicats en 1884, laïcité en 1905 et instauration de l’impôt sur le revenu en 1914). Elle prendra fin en juillet 1940 avec le régime de Vichy dirigé par le maréchal Philippe Pétain. 

Sources: Wikipedia (Franc [FR/EN], Franc français [FR/EN], le Franc sous les IIIe et IVe Républiques, la IIIe République [FR/EN]), Google, acbon, AllYourCoins, BourseDuCollectionneur, CoinArchives, CollecOnline, eBay, NumisCorner, numista.

La semaine prochaine je vous présente une pièce de monnaie moderne Russe !

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]

Monnaies anciennes 104

Pièces modernes d’autres pays (2)

La Belgique

La Belgique en tant que territoire distinct a pris forme avec la province romaine de Gaule Belgique, située entre la Germanie Inférieure à l’est et la Gaule lyonnaise à l’ouest, qui incluait plus ou moins ce qui est aujourd’hui le Bénélux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg). À l’époque carolingienne, après que l’Empire de Charlemagne ait été divisé entre ses trois petits-fils en 843 EC, elle fait partie de la Lotharingie (qui incluait également l’Italie). Au Moyen-Âge, sous les ducs de Bourgogne, elle fait partie des Dix-sept Provinces mais ces dernières passent sous l’égide espagnole avec Charles Quint, pour être finalement scindées en deux suite à la guerre de Quatre-Vingts Ans et au traité d’Anvers de 1609 pour former les Provinces-Unies au nord (Belgica Foederata, les Pays-Bas indépendants) et les Pays-Bas méridionaux au sud (Belgica Regia, la Belgique, qui demeure un territoire du Saint-Empire romain germanique).

Toutefois, après la chute de l’Empire napoléonien, elles sont réunies à nouveau en 1815 par le traité de Vienne pour reformer l’ancien Leo Belgicus (nommé ainsi car le territoire sur une carte géographique représente plus ou moins la silhouette d’un lion) sous le nom de Royaume uni des Pays-Bas. Cette fois ce sont les différentes factions dopposition Belges qui s’unissent (d’où la devise “L’Union fait la Force”) et se révoltent contre cette imposition en 1830. La Belgique acquiert donc son indépendance l’année suivante mais se dote néanmoins d’une monarchie constitutionnelle: le Royaume de Belgique. Comme monarque on choisit Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha (un oncle de la reine Victoria) qui règnera sous le nom de Léopold Ier, roi des Belges. Dès lors, la Belgique peut frapper sa propre monnaie: le Franc belge (qui aura cours jusqu’à l’introduction de l’Euro en 2002). Celui-ci se divise en cent centimes avec des pièces de monnaie de un, deux, cinq, dix, vingt, vingt-cinq et cinquante centimes. Je vous en présente ici deux exemples.

IMG_2991-2994Le premier exemple est une très belle pièce de cinq centimes de Léopold 1er datant de 1862 (F [Fine], Cupronickel [75 % Cu et 25 % Ni], 19 mm, 3 g, axe: ↑↓). J’ai peine à distinguer l’avers du revers sur cette pièce. Normalement, l’avers (face) offre le portrait du monarque avec sa titulature, alors que le revers (pile) offre une représentation allégorique ou une devise avec la dénomination (valeur nominale) et la date d’émission. Or, ici tout est mélangé alors que la valeur se retrouve avec la nomenclature et l’attribution de l’avers change selon les experts. L’ “avers” présente la valeur nominale de la pièce sur deux lignes (5  / CENTIMES — centimes étant inscrit dans une cartouche pointé — dans un cercle rempli de pointillés) au-dessus d’une étoile (☆) avec l’inscription française (débutant par un fleuron) ❁ LEOPOLD PREMIER ROI DES BELGES. Le “revers” illustre un lion rampant héraldique vers la gauche (également dans un cercle rempli de pointillés) avec l’inscription française (encadrée par deux étoiles) ★ L’UNION FAIT LA FORCE ★ et 1862 en exergue. On note sous le lion une petite cartouche inscrite BRAEMT, qui est la signature du graveur Joseph-Pierre Braemt. 

Sources: Wikipedia, Google, CGB, numista.

IMG_2987-2988Le deuxième exemple est une belle pièce de deux centimes de Léopold II datant de 1873 (VG [Very Good], Cu [Cuivre 100%], 21.5 mm, 4 g, axe: ↑↓). L’avers présente le monogramme du roi (un grand “L” en cursive chargé de fioritures et surmonté d’une couronne héraldique d’où pendent des rubans de part et d’autre) entouré de l’inscription française LEOPOLD II ROI DES BELGES (suivie d’une étoile) ★ et 1873 en exergue. Le revers illustre un lion belge assis à gauche, la tête tournée à droite, posant la patte avant droite sur une double tablette inscrite (sur quatre lignes) “CONSTITUTION / BELGE / 1831 / ★”, entouré de l’inscription française L’UNION FAIT LA FORCE et 2 CENT.s (abréviation de “centimes”; le point et le “s” sont superposés) en exergue. Dessous la valeur nominale, on retrouve l’inscription BRAEMT F[ecit] (latin pour “fait par Braemt”) qui est la signature du graveur Joseph-Pierre Braemt. 

À partir de 1902, le néerlandais étant maintenant reconnu comme langue officielle, cette pièce sera frappée en deux versions: l’une en français (comme ci-haut) et l’autre en néerlandais (LEOPOLD II KONING DER BELGEN ★★ sur l’avers et EENDRACHT MAAKT MACHT sur le revers).

Sources: Wikipedia, Google, CGB, CoinBrothers, numista.

La semaine prochaine je vous présente quelques pièces de monnaie moderne de la France…

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]

Pictorial chronicles [002.022.234]

Invasion de mouffettes !

La “critter-cam” nous révèle une invasion de mouffettes !

Ma cour arrière est souvent visitée par toutes sortes de créatures. J’y vois souvent des chats du quartier (reconnaissable car ils sont grassouillet ou portent un collier) ou des chats errants qui apprécient bien la couverture végétale qu’offre mon jardin. Je leur laisse toujours un bol d’eau en été et parfois quelques gâteries. Bien sûr le jardin et la nourriture pour chats attirent d’autres bêtes. J’ai souvent vue des ratons-laveurs, quelques mouffettes et de rares marmottes (qui ne s’éloignent pas trop du parc adjacent). Comme j’avais une vieille caméra de surveillance en surplus j’ai décidé de la mettre dans le cabanon du jardin pour m’amuser à observer les vas et viens de toute cette ménagerie. 

J’ai constaté avec surprise que, cette année, nous recevons beaucoup de visites de mouffettes. Dans les deux dernières semaines j’ai compté pas moins d’une vingtaine de visites, parfois même trois ou quatre fois par nuit! Ces visites ne sont pas effectuées par un même individu. En considérant la corpulence et les motifs du pelage, j’estime qu’il y au moins trois ou quatre individus qui visitent mon jardin presque tous les soirs…

La mouffette rayée (Mephitis mephitis, parfois aussi appelé “bête puante” au Québec et skunk en anglais) est un mammifère omnivore nocturne, présent presque partout en Amérique du Nord. Elle est caractérisée par des rayures blanches sur le dos de son pelage noir et, bien sûr, par le musc produit par des glandes anales qu’elle peut vaporiser contre un prédateur si elle se sent menacée. C’est un liquide extrêmement nauséabond (composé de thiols: 40 % de C4H8S, 22 % de C5H12S et de 3 à 12 % de C10H9NS — comme pour les oeufs pourris l’odeur désagréable est surtout due à la présence de soufre) dont l’antidote n’est pas, contrairement au folklore, le jus de tomate mais une concoction de peroxyde d’hydrogène, de bicarbonate de sodium et de savon liquide à vaisselle.

Pour amuser la galerie, j’ai créé ce petit vidéo de six minutes:

[ Nest Cam / montage avec iMovie, mon jardin VSP,  2022/08/07 ~ 22 ]

[ Translate ]

Monnaies anciennes 103

Pièces modernes d’autres pays (1)

Le Royaume-Unis (UK)

Je ne connais pas grand chose des pièces de monnaie du Royaume-Unis. L’unité de base du système monétaire Britannique est la Livre Sterling (Pound, £) qui correspondait à l’origine à la valeur d’une livre d’argent. Le terme sterling proviendrait d’une mesure de poids carolingienne, l’esterlin, qui aurait été amené en Angleterre par les invasions normandes sous Guillaume le Conquérant. La Livre est utilisée surtout en monnaie papier et les pièces de monnaie se subdivisent en une grande variété de dénominations: le Souverain (Sovereign, en or, équivalant à une Livre ou 20 Shilling), la Couronne (Crown, en argent, équivalant à un quart de livre ou 5 shilling), le Florin (en argent, équivalant à 2 shilling), le Shilling (en argent, il est le descendant du sesterce romain et équivaut à un vingtième de Livre), le Penny (en cuivre, il est le descendant du denier romain et équivaut à un douzième de shilling) et le Farthing (en cuivre, équivaut à un quart de penny). La plupart de ces dénominations existent également en fraction (demi-souverain, demi-couronne, six pence [pluriel de penny], trois pence et demi-penny). En février 1971, le Royaume-Unis a adopté la décimalisation et le système s’est simplifié: le livre se divise maintenant en cent pence et les autres dénominations ont disparu. Je vous présente ici mes cinq plus anciennes pièces britanniques.

IMG_2880-2886La première pièce est une assez beau demi-penny de George III datant de 1775 (G [Good], Cu/Ae [Cuivre / Bronze ?], 29 mm, 7.5 g, axe: ↑↓). L’avers présente un buste lauré et cuirassé du roi George III, à droite, avec l’inscription latine GEORGIVS• – III• REX• (“George III, roi”). Le revers illustre une représentation allégorique de Britannia assise sur un globe, tournée vers la gauche, tenant un rameau d’olivier dans la main droite et une lance (ou un long sceptre) dans la gauche, un bouclier avec le drapeau de l’Union (Union Jack) reposant sur le côté gauche, avec l’inscription BRITAN-NIA. et 1775 en exergue. Il n’y a aucune mention de la dénomination et ce type semble avoir été frappé en plusieurs d’entre elles. Toutefois le Farthing est plus petit (4.9 g, 23 mm) alors que le demi-penny est plus large (9.9 g, 28.5 – 30 mm). Ma pièce est plus légère (7.5 g) que l’habituel 10 g pour ce type ce qui pourrait suggérer qu’elle est une contrefaçon contemporaine — ce qui, apparemment, était assez commun à l’époque. Toutefois, qui produirait un faux dans cet état là? La perte de poids pourrait aussi être attribuable à l’usure importante de la pièce…

Sources: Google, AllCoinValues, CoinArchives, CoinsCatalog, CoinsNd, collectonline, numista, WildWinds.

IMG_2890-2893La deuxième pièce est un très beau demi-penny de Victoria datant de 1866 (F [Fine], Ae [Bronze : 95%  Cu, 4% Sn, 1% Zn], 25 mm, 6 g, axe: ↑↑). L’avers présente le buste d’une jeune reine Victoria tournée vers la gauche, vêtue d’un corsage et d’un manteau décorés de rose, de chardon et de trèfle, coiffée d’une couronne de laurier et de petits fruits attachée à l’arrière avec un ruban, les cheveux remontés en un chignon, avec l’inscription latine VICTORIA D:G: BRITT:REG:F:D: (notez le double T de BRITT qui dénote un pluriel; “Victoria, by the Grace of God, Queen of the Britains, Defender of the Faith“ / “Victoria, par la grâce de Dieu, reine des Bretagnes, défenseur de la Foi”). Le revers illustre une Britannia assise sur un rocher à droite, coiffée d’un casque corinthien remonté, la main droite reposant sur un bouclier orné des croix combinées du drapeau de l’Union et tenant un trident dans la main gauche, flanquée à gauche d’un phare et à droite d’un navire le vent dans les voiles, avec l’inscription anglaise HALF PENNY et 1866 en exergue. Ce type de pièce a eut de nombreuses variations et aurait été en circulation jusqu’en 1969! C’est une pièce relativement rare.

Sources: Google, AllCoinValues, OnlineCoinClub, numista, SovereignRarities.

IMG_2898-2923La troisième pièce est un beau shilling de Victoria datant de 1868 (VG [Very Good], Ar [Argent; 92.5% Ag], 23 mm, 5.5 g, axe: ↑↓). L’avers présente une tête de la jeune reine Victoria, à gauche, sans couronne, les cheveux remontés et attachés derrière la tête avec un double ruban, entourée de l’inscription latine VICTORIA DEI GRATIA BRITANNIAR: REG: F: D: (i.e. VICTORIA DEI GRATIA BRITANNIARUM REGINA FIDEI DEFENSATRIX; “Victoria, by the Grace of God, Queen of the Britains, Defender of the Faith” / “Victoria, par la grâce de Dieu, reine des Bretagnes, défenseur de la Foi”). Le revers illustre une couronne ouverte constituée d’une branche d’olivier (à gauche) et d’une branche de chênes (à droite) attachées à la base par une ruban et surmontée d’une couronne de saint Édouard, avec au centre l’inscription anglaise, sur deux lignes, qui indique la valeur et la dénomination de la pièce (ONE SHILLING) et dessous la date d’émission en exergue (1868). Cette combinaison d’avers et de revers a été utilisée pour plusieurs dénominations. Chose intéressante, il y a au-dessus de la date un petit numéro de matrice [die number] qui est malheureusement ici illisible (possiblement 19, 21 à 38, 40 à 42, 44, 47 à 51, ou 54) qui indique une séquence de frappe particulière. Ce type de shilling a eut cours légal jusqu’en 1990 (il équivalait à cinq pence après la décimalisation)!

Sources: Google, AllCoinValues, BullionByPost, CoinOfTheUK, numista, OnlineCoinClub. 

IMG_2903-2907La quatrième pièce est un très très beau penny de Victoria datant de 1871  (VF [Very Fine], Ae [Bronze], 30 mm, 9 g, axe: ↑↑). L’avers présente le buste de la reine Victoria, à gauche, vêtue d’un corsage décoré d’un broche circulaire et d’un manteau décorés de rose, de chardon et de trèfle (les symboles floraux des différentes parties du Royaume-Uni: l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande), coiffée d’une couronne de laurier et de petits fruits attachée à l’arrière avec un ruban, les cheveux remontés en un chignon, avec l’inscription latine VICTORIA D.G: BRITT: REG: F: D: (“Victoria, by the Grace of God, Queen of the Britains, Defender of the Faith“ / “Victoria, par la grâce de Dieu, reine des Bretagnes, défenseur de la Foi”). Le revers illustre une Britannia assise sur un rocher à droite, coiffée d’un casque corinthien remonté, la main droite reposant sur un bouclier orné des croix combinées du drapeau de l’Union et tenant un trident dans la main gauche, flanquée à gauche d’un phare et à droite d’un navire le vent dans les voiles, avec l’inscription anglaise ONE PENNY et 1871 en exergue. 

Sources: Google, AllCoinValues, numista, OnlineCoinClub.

IMG_2913-2920La cinquième et dernière pièce est un beau farthing de Victoria datant de 1891 (VG [Very Good], Ae [Bronze], 20 mm, 2 g, axe: ↑↑). L’avers présente le buste plus âgé de la reine Victoria, à gauche, vêtue d’un corsage décoré d’un broche circulaire et d’un manteau décorés de rose, de chardon et de trèfle, coiffée d’une couronne de laurier attachée à l’arrière avec un ruban, les cheveux remontés en un chignon, avec l’inscription latine VICTORIA D: G: BRITT: REG: F: D: (“Victoria, by the Grace of God, Queen of the Britains, Defender of the Faith“ / “Victoria, par la grâce de Dieu, reine des Bretagnes, défenseur de la Foi”). Le revers illustre une Britannia assise sur un rocher à droite, coiffée d’un casque corinthien remonté, la main droite reposant sur un bouclier orné des croix combinées du drapeau de l’Union et tenant un trident dans la main gauche, flanquée à gauche d’un phare et à droite d’un navire le vent dans les voiles, avec l’inscription anglaise FAR-THING sur le pourtour et 1891 en exergue.

Sources: Google, AllCoinValues, numista, OnlineCoinClub, vcoins.

La semaine prochaine je vous présente quelques pièces de monnaie moderne de la Belgique…

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]

Monnaies anciennes 102

Pièce canadienne moderne (3)

Post-confédération: la petite monnaie

IMG_2793

La monnaie de 1912: 5¢, 10¢, 25¢ et 50¢ (plus 1$ de 1939)
Respectivement 15 mm, 18 mm, 23 mm, 29 mm et 36 mm !

Je vous présente ici brièvement les différentes petites dénominations (autre que le un cent que j’ai traité dans l’entrée précédente) de la monnaie Canadienne moderne. Pour chacune d’entre elles, je décrirai d’abord ma pièce la plus ancienne et (pour une comparaison uniforme) une pièce de 1912 (date choisie au hasard selon la disponibilité des pièces). Avant de se joindre à la “Confédération”, la plupart des provinces canadiennes ont frappé leur propre monnaie. J’ai déjà donné des exemples des jetons utilisés au Haut et Bas Canada, et j’ajoute ici celui d’un cent frappé pour Terre-Neuve (c’est le seul spécimen que j’ai des autres provinces, je crois). J’ai très peu d’exemplaires des plus larges dénominations (50¢ et 1$) car apparemment quelqu’un se serait servi dans la collection pour acheter des bonbons… Et je ne mentionne pas le $2 car son introduction (en 1999) est trop récente.

Le cinq cents

La pièce de cinq cents a été frappé en argent de 1858 à 1921, en tombac en 1942-43 puis en acier plaqué de nickel et chrome en 1944-45 [due au rationnement de la 2e guerre mondiale], en nickel de 1922 à 1941 et de 1946 à 1981 (sauf en 1951-54 [guerre de Corée] où il était de nouveau en acier plaqué de nickel et chrome), en cupro-nickel [75% Cu et 25% Ni] de 1982 à 2006 et en acier plaqué cuivre et nickel [94.5% acier, 3.5% Cu et 2% Ni] de 1999 à nos jours. L’avers a bien sûr connu des changement selon le portrait et la titulature du monarque sous lequel la pièce était frappée et mais le revers n’a connu que trois variations principales: 1. 1858-1921: deux branches d’érable croisées, attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale (initialement conçu par Leonard C. Wyon); 2. 1922-1936: deux larges feuilles d’érable de par et d’autre (conçu par W.H.J. Blackmore); et 3. 1937 à nos jours: un castor sur un billot de bois (conçu par George Edward Kruger-Gray). Il y a eut bien sûr des exceptions avec des pièces commémoratives (le “V” de la victoire superposé d’une torche en 1943-45 et 2005, une usine pour le 200e anniversaire du nickel en 1951, un lapin pour le centenaire de la “Confédération” en 1967 et un castor dans un style autochtone, conçu par l’artiste Mi’kmaw Gerald Gloade, pour le 150e anniversaire de la “Confédération” en 2017) et les variations de menus détails (taille et forme du feuillage, des caractères de l’inscription, etc., sur lesquelles je ne m’étendrais pas). Dès 1922 il prend son apparence actuelle: une pièce ronde (sauf entre 1942 et 1952 où il prit la forme d’un dodécagone) de 21.2 mm (4.5 g) avec une bordure de pointillés (sauf en 1922-1936 et 1942-45).

IMG_2798-2799Ma pièce de cinq cents la plus ancienne date de 1893 (G [Good; un flan très mince en argent ternis, plusieurs cavités et égratignures mais relief et inscription bien lisibles], Ar [Argent; en fait 92.5% Ag et 7.5% Cu], 15.5 mm, 1.16 g, axe: ↑↓). L’avers présente une tête de Victoria (tournée) à gauche, coiffée d’une couronne de laurier et un chignon, avec l’inscription latine VICTORIA DEI GRATIA REGINA. (“Victoria, reine à la grâce de dieu” — on note le point terminal) et CANADA (en exergue). Le revers illustre deux branches d’érable croisées (onze feuilles à gauche et dix à droite), attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale entourant l’inscription anglaise (sur trois lignes) 5 / CENTS / 1893. 

IMG_2804-2807Mon cinq cents de 1912 est assez beau (G- [Good; argent très ternis, une concrétion obscurcie une bonne partie du portrait mais l’inscription demeure bien lisible], Ar [Argent; en fait 92.5% Ag et 7.5% Cu], 15.5 mm, 1.17 g, axe: ↑↑). L’avers présente un buste de George V à gauche, vêtu d’un manteau d’apparat et d’une couronne impériale, avec l’inscription latine GEORGIVS V DEI GRA: REX ET IND: IMP: (“George V, par la grâce de dieu, roi et empereur des Indes”). Le revers illustre deux branches d’érable croisées (onze feuilles de chaque côté), attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale entourant l’inscription anglaise (sur quatre lignes) 5 / CENTS / CANADA / 1912. 

Le dix cents

La pièce de dix cents a été frappé en argent de 1858 à 1968 (92.5 % Ag et 7.5 % Cu, le titrage a diminué au ratio 80/20 en 1920, puis 50/50 en 1967-68), en nickel de 1968 à 1999 (99.9% Ni) et en acier plaqué cuivre et nickel depuis l’an 2000 (92% acier, 5.5% Cu et 2.5% Ni). L’avers a connu les habituelles variations dues aux changements de monarque mais le revers n’a connu que deux variations principales: un dessin très similaire au cinq cents illustrant deux branches d’érable croisées, attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale de 1858 à 1936 et l’emblématique représentation de la goélette de course Bluenose depuis 1937 (conçu par Emanuel Otto Hahn). Il est a noter qu’aucune pièce de dix cents ne furent produites entre 1922 et 1927. Il y a eut encore une fois des émissions commémoratives (un maquereau pour le centenaire de la “Confédération” en 1967 [conception de Alex Colville], trois profil de visages pour l’Année Internationale des bénévoles en 2001 [par Stan Witten], une feuille d’érable stylisée formant “les ailes de la Paix”, conçu par Amy Choi, pour le 150e anniversaire de la “Confédération” en 2017 et un Bluenose toutes voiles dehors conçu par Yves Bérubé, et dont une partie de l’émission était coloré bleue, en 2021 pour le centenaire du Bluenose) et quelques variations de détails sur lesquelles je ne m’étendrais pas.

IMG_2808-2811Ma plus ancienne pièce de dix cents date de la dernière année du règne de Victoria, soit 1901 (G [Good; un flan mince en argent ternis, le revers a connu beaucoup d’usure mais la dénomination et la date restent lisible], Ar [Argent; en fait 92.5% Ag et 7.5% Cu], 18 mm, 2.3 g, axe: ↑↓). Très similaire au cinq cents, l’avers présente une tête de Victoria (tournée) à gauche, coiffée d’une couronne de laurier et un chignon, avec l’inscription latine VICTORIA DEI GRACIA REGINA. (“Victoria, reine à la grâce de dieu” — on note le point terminal) et CANADA (en exergue). Le revers illustre deux branches d’érable croisées (onze feuilles de chaque côté), attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale entourant l’inscription anglaise (sur trois lignes) 10 / CENTS / 1901. 

IMG_2813-2815Mon dix cents de 1912 est assez beau (G+ [Good; argent ternis], Ar [Argent; en fait 92.5% Ag et 7.5% Cu], 18 mm, 2.3 g, axe: ↑↑). Encore une fois, très similaire au cinq cents, l’avers présente un buste de George V à gauche, vêtu d’un manteau d’apparat et d’une couronne impériale, avec l’inscription latine GEORGIVS V DEI GRA: REX ET IND: IMP: (“George V, par la grâce de dieu, roi et empereur des Indes”). Le revers illustre deux branches d’érable croisées (onze feuilles de chaque côté), attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale entourant l’inscription anglaise (sur quatre lignes) 10 / CENTS / CANADA / 1912. 

Le vingt-cinq cents

La pièce de vingt-cinq cents a été frappé en argent de 1858 à 1968 (92.5 % Ag et 7.5 % Cu, le titrage a diminué au ratio 80/20 en 1920, puis 50/50 en 1967-68), en nickel de 1968 à 1999 (99.9% Ni) et en acier plaqué cuivre et nickel depuis l’an 2000 (94% acier, 3.8% Cu et 2.2% Ni).  L’avers a connu les habituelles variations dues aux changements de monarque mais le revers n’a connu que deux variations principales: d’abord le même concept que les plus petites dénominations, initialement dessiné par Leonard C. Wyon, représentant deux branches d’érable croisées, attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale de 1858 à 1936 et puis l’emblématique image du caribou depuis 1937 (conçu par Emanuel Hahn). Le vingt-cinq cent a connu beaucoup trop d’émissions commémoratives, dont plusieurs séries, pour s’y attarder (mais je mentionnerais le lynx pour le centenaire de la “Confédération” en 1967 [conception de Alex Colville], la Police Montée à cheval pour le centenaire de la GRC en 1973 [par Paul Cederberg], la feuille d’érable frappée d’un coquelicot rouge pour le Jour du Souvenir en 2004 et 2008 [90e anniversaire] conçu par Cosme Saffioti et Stan Witten, la série du 125e anniversaire de la “Confédération” en 1992, celles du Millénaires en 1999 & 2000, et celles des jeux olympiques de Vancouver en 2007-2008) sans compter les multiple variations de détails. À partir de 1967, le vingt-cinq cents est légèrement plus grand (23.88 mm) mais devient aussi un petit peu plus léger (5.05 g avec la composition de nickel en 1968 et 4.4 g avec l’acier plaqué depuis 2000).

IMG_2816-2818Ma plus ancienne pièce de vingt-cinq cents date de 1874 et est dans un bel état de conservation (VG [Very Good], Ar [Argent; en fait 92.5% Ag et 7.5% Cu], 23.6 mm, 5.8 g, axe: ↑↓). De façon similaire aux plus petites dénominations, l’avers présente une tête de Victoria à gauche, mais cette fois coiffée d’une couronne et les cheveux sont remontés et attachés à l’arrière avec un ruban, avec l’inscription latine VICTORIA DEI GRACIA REGINA (“Victoria, reine à la grâce de dieu” — on note qu’il n’y a pas de point après la titulature) et CANADA (en exergue). Le revers illustre deux branches d’érable croisées (onze feuilles de chaque côté), attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale entourant l’inscription anglaise (sur trois lignes) 25 / CENTS / 1874. On remarque, sous la boucle qui attache les deux branches, la marque d’atelier “H” qui indique que cette pièce a été frappé à la Heaton Mint (petit rappel: avant 1908 la monnaie canadienne est toujours fabriquée en Angleterre, soit à la Royal Mint à Londres, sans marque, soit à la Heaton Mint à Birmingham, avec une marque).

IMG_2821-2823Ma pièce de vingt-cinq cents de 1912 est assez belle (G [Good; usure des reliefs], Ar [Argent; en fait 92.5% Ag et 7.5% Cu], 23.6 mm, 5.8 g, axe: ↑↑). L’avers  présente un buste de George V à gauche, vêtu d’un manteau d’apparat et d’une couronne impériale, avec l’inscription latine GEORGIVS V DEI GRA: REX ET IND: IMP: (“George V, par la grâce de dieu, roi et empereur des Indes”). Le revers, redessiné par W.H.J. Blakemore, illustre deux branches d’érable croisées (onze feuilles de chaque côté), attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale (légèrement plus grande) entourant l’inscription anglaise (sur quatre lignes) 25 / CENTS / CANADA / 1912.

Le cinquante cents

La pièce de cinquante cents présente des spécifications similaires à celle de vingt-cinq cent mais elle a été introduite un peu plus tard que les autres dénominations. Elle a été frappé en argent de 1870 à 1968 (92.5 % Ag et 7.5 % Cu, mais le titrage a diminué au ratio 80/20 en 1920), en nickel de 1968 à 1999 (99.9% Ni) et en acier plaqué cuivre et nickel depuis l’an 2000 (93.15% acier, 4.75% Cu et 2.1% Ni). L’avers a connu les habituelles variations dues aux changements de monarque mais le revers n’a connu que deux variations principales (avec des variations supplémentaires dans le détail): les traditionnelles branches d’érable croisées (que l’on peut diviser en feuillage victorien et feuillage edouardien), attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale de 1870 à 1936 et une représentation des armoiries du Canada (que l’on peu diviser en versions simplifiée [1937-54], révisée [1955-58], modifiée [1959-96] et redessinée) à partir de 1937. Comme toujours il y a eut quelques émissions commémoratives (le loup qui hurle pour le centenaire de la “Confédération” en 1967 [conception de Alex Colville], avec les dates “1867 1992” pour le 125e anniversaire du Canada, avec les dates “1952-2002” pour le Jubilée d’Or de la reine, une feuille d’érable stylisée pour le 150e anniversaire de la “Confédération” en 2017 et les armoiries simplifiés pour leur centenaire en 2021). La pièce de cinquante cents a vue sa taille légèrement réduite en 1968 (passant de 29.72 mm à 27.13 mm, et son poids diminuant à 8.10 g avec la composition de nickel, puis à 6.90 g avec l’acier plaqué).

IMG_2826-2828Mon exemplaire le plus ancien est une belle pièce de 1912 (VG [Very Good], Ar [Argent; un titrage de 92.5% Ag et 7.5% Cu], 29.7 mm (épaisseur de 2 mm), 11.6 g, axe: ↑↑). L’avers présente un buste de George V à gauche, vêtu d’un manteau d’apparat et d’une couronne impériale, avec l’inscription latine GEORGIVS V DEI GRA: REX ET IND: IMP: (“George V, par la grâce de dieu, roi et empereur des Indes”). Le revers, redessiné par W.H.J. Blakemore, illustre deux branches d’érable croisées (onze feuilles de chaque côté), attachées à la base par un ruban et surmontées d’une couronne impériale entourant l’inscription anglaise (sur quatre lignes) 50 / CENTS / CANADA / 1912.

Le dollar

La dénomination de un dollar a d’abord été imprimée sur papier. Les premiers billets canadiens sont apparu avec la “Confédération” et les édits du Currency Act et du Dominion Notes Act en 1868 (sous le nom de Dominion of Canada). Jusqu’alors les billets étaient émis par les différentes banques mais après le Uniform Currency Act celles-ci ne pouvaient imprimer que des billets de plus de cinq dollars. Toutefois, les premiers véritables billets canadiens sont apparu avec la création de la Banque du Canada (en 1934) qui a émit ses premiers billets en 1935. Étant donné qu’il existait un dollar-papier, la pièce de monnaie de un dollar a d’abord surtout été une pièce commémorative et cela dès ses débuts en 1935. Ce n’est qu’après le retrait du dollar-papier en 1987 que la pièce de un dollar (“le huard” ou “loonie” en anglais) devient une véritable monnaie de circulation.

Comme toutes les autres pièces le dollar a d’abord été frappé en argent (80% Ag et 20% Cu; 23.33 g, 36 mm) de 1935 à 1967, puis en nickel (99% Ni, 15.62 g, 32.13 mm) de 1968 à 1986, puis en nickel plaqué bronze (91.5% Ni et 8.5% bronze, 7 g, 26.72 mm mais 26.5 mm depuis 1988) de 1987 à 2012, et finalement en acier plaqué de laiton (6.27 g et 26.5 mm) depuis 2012. L’avers a connu les habituelles variations dues aux changements de monarque. Le revers le plus commun représente un voyageur et son compagnon autochtone dans canot remplit de marchandises, avec en arrière-plan une aurore boréale et deux sapins, mais il y a eut de nombreux autres types: l’édifice parlementaire pour la visite royale en 1939, le vaisseau de John Cabot pour l’accession de Terre-Neuve à la “Confédération” en 1949, un totem sur un arrière-plan des Rocheuses pour le centenaire de la Ruée vers l’or et de la Colombie-Britannique en 1958, un fleur de lys avec trèfle, chardon et rose pour le centenaire des conférences de Charlottetown et de Québec en 1964, une bernache du Canada pour le centenaire du Canada en 1967, etc. En 1987, le revers principal devient le huard qui connait lui aussi de très nombreuses variations commémoratives.

IMG_2830-2834Mon exemplaire le plus ancien est une belle pièce de 1939 (VG [Very Good], Ar [Argent; un titrage de 80% Ag et 20% Cu], 36 mm (épaisseur de 2.84 mm), 23.3 g, axe: ↑↑). L’avers (conçu par T.H. Paget) présente une tête nue de George VI, à gauche, avec l’inscription latine GEORGIVS VI D: G: REX ET IND: IMP: (“George VI, par la grâce de dieu, roi et empereur des Indes“). Le revers (conçu par Emanuel Hahn) illustre la partie centrale de l’édifice parlementaire à Ottawa avec, au-dessus, l’inscription latine FIDE SVORVM REGINAT (“Il règne par la foi [de son peuple]”) et, au-dessous (sur trois lignes), CANADA / 1939 / 1 DOLLAR. Cette pièce commémore la visite royale de George VI et de la reine consort Elizabeth en 1939. Elle était disponible par commande à la Banque du Canada et dans les bureaux de poste mais elle a été produite en tellement d’exemplaires (1.36 million) que plus de cent-cinquante mille d’entre eux durent être refondue entre 1939 et 1945…

Le un cent de Terre-Neuve

Terre-Neuve (et Labrador) est resté une colonie Britannique jusqu’en 1949, moment où elle devint membre de la “Confédération” canadienne. En tant que Dominion britannique elle pouvait émettre sa propre monnaie et produisit donc des pièces relativement similaires à celles produites chez ses voisins canadiens (1¢, 5¢, 10¢, 20¢, 25¢ (à partir de 1917), 50¢ et $2). Toutefois, les pièces étaient encore frappées en Angleterre. La pièce de un cent a eut un grand format (25.5 mm, 5.67 g) jusqu’en 1937, lorsqu’ils ont adopté un format plus petit et plus économique à produire (19.05 mm, 3.24 g). Durant la seconde guerre mondiale, pour éviter les risques causés par une traversé de l’Atlantique, les pièces de monnaie étaient frappées par la Monnaie Royale Canadienne et comportait un petit “c” sur le revers comme marque d’atelier.

IMG_2836-2840Ma pièce de un cent de Terre-Neuve est dans un bel état et date de 1943 (VG [Very Good], Ae [Bronze; avec un titrage de 95.5% Cu, 3% Sn et 1.5% Zn], 19.05 mm, 3.24 g, axe: ↑↑). L’avers présente une tête de George VI, à gauche, coiffée d’une couronne impériale, avec l’inscription latine GEORGIVS VI DEI GRA. REX ET IND. IMP. (“George VI, par la grâce de dieu, roi et empereur des Indes”). Le revers illustre une Sarracénie pourpre en fleur (Sarracenia purpurea), une plante carnivore qui est l’emblème floral de Terre-Neuve, avec l’inscription anglaise • NEWFOUNDLAND • au-dessus, ONE CENT (avec un petit “c” à droite comme marque d’atelier) en bas et 1943 de part et d’autre. 

Sources: Wikipedia (Dollar canadien [FR/EN], Pièces de monnaie canadienne [FR/EN], 5¢ [FR/EN], 10¢ [FR/EN], 25¢ [FR/EN], 50¢ [FR/EN], $1 [FR/EN], $2 [FR/EN], History of the Canadian dollar), Anatomy of a Canadian Coin (Infographics), Evolution of Canadian Coin Physical Specifications, Evolution in obverse and reverse designs of Canadian coins; 5¢ (1893): Google, Coins & Canada, ngcoins, numista; (1912): Google, numista; 10¢ (1901): Google, CoinsCatalog, numista; (1912): Google, numista, CoinBrothers; 25¢ (1874): Google, numista; (1912): Google, coinbrothers, numista, vcoins; 50¢ (1912): Google, CoinArchives, coinbrothers, coinshome, numista; $1 (1939): Google, coinsunlimited, numista;  1¢ TN (1943): Google, coinsunlimited, numista. (Pas de fiches cette fois aussi).

Bibliographie:

  • Cross, W.K. A Charlton Standard Catalogue: Canadian Coins, vol. 1: Numismatic Issues (69th Edition). Toronto: The Charlton Press, 2015. 356 pages. [ AmazonNelliganPublisher ]
  • Taylor, H.C. & James, Summer. The Guide Book of Canadian Coins, Paper Currency and Tokens (Second Edition). Winnipeg: Canadian Numismatic Publishing Institute, MCMLX (1960). 232 pages.

J’ai pris la peine de faire cette série d’articles sur la monnaie ancienne (et certaine plus modernes) car je trouve que ces pièces de monnaie offrent une lesson d’histoire qui mérite d’être partagée. C’est aussi pour moi un intéressant exercice d’écriture descriptive qui me permet (j’espère) de garder l’esprit (enfin, le cerveau) actif et alerte. J’espère que vous avez apprécié. Il ne reste plus que quatre entrées avant la fin de cette chronique.

La semaine prochaine je vous présente quelques pièces de monnaie moderne du Royaume-Unis…

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]

Monnaies anciennes 101

Pièce canadienne moderne (2)

Post-confédération: One Cent

Pour ce qui est des pièces canadiennes modernes nous pourrions nous étendre sur le sujet pendant longtemps avec les pièces de un cent, de cinq cents, de dix cents, de vint-cinq cents, de cinquante cents et le dollars qui ont tous beaucoup varié de design et de portrait au cours des années. J’y reviendrais peut-être un jour mais pour cette fois je ne vais m’attarder que sur la pièce de un cent.

Comme je ne collectionne pas ces pièces pour leur valeur numismatique (nécessitant une qualité fleur de coin [Proof] ou pour le moins splendide [Mint / uncirculated]), mais bien pour leur intérêt historique, je me soucis peu de l’état de conservation dans lequel elles sont. L’état de mes pièces est donc assez variable mais, à part certaines des pièces plus anciennes, elles sont en général dans l’ordre du Très Beau (Fine) ou du Très Très Beau (Very Fine). En fait, pour moi, l’intérêt d’une pièce vient du fait qu’elle ait circulé, passant entre des milliers de mains et se trimbalant dans d’innombrables poches.

Une histoire de gros sous…

Après avoir été obligé d’utiliser des jetons pendant près d’une cinquantaine d’années — faute d’avoir assez de pièces de petites dénominations — la Province du Canada décide de frapper sa propre monnaie en 1858. Pour simplifier les choses (il faut le dire le système monétaire Britannique était plutôt compliqué) on adopte d’emblée la décimalisation. En s’inspirant de ce qu’a fait son voisin du sud, les États-Unis, la devise canadienne devient donc le “dollar” et sa plus petite dénomination (un centième de dollar) est le “cent” — qui remplace le “sou” du Bas-Canada. Comme le sou valait un demi-penny on a décidé de donner au cent le même format que ce dernier (en fait trois millimètres plus petit avec un diamètre de vingt-cinq millimètres). Anecdote amusante: comme le dollar vaut une couronne britannique (soit un quart de livre sterling ou cinq shilling ou soixante pence [le pluriel de penny]) une pièce de vingt-cinq cents vaut donc quinze pence (ou trente demi-penny) d’où le fait qu’on parle encore parfois de trente sous pour désigner le vingt-cinq cents! Comme les premières pièces d’un cent étaient beaucoup plus grosses que celle que nous utilisons de nos jours (et depuis 1920), elles sont appelées Gros Sous (Large Penny) pour les distinguer.

La Province du Canada n’est toutefois toujours pas en mesure de produire sa monnaie localement. La frappe est donc encore effectuée par la Royal Mint de Londres (sans marque de frappe) et l’atelier de la Heaton Mint à Birmingham (indiqué par un petit “H” sur le revers, sous la date). Comme la production est maintenant mécanisée on retrouve, contrairement aux pièces plus anciennes, une très grande uniformité dans la taille et le poids des pièces. Les seules éléments qui changent sont les portraits des monarques et leur titulatures, ainsi que de menu détails dans le dessin (la grosseur du feuillage, la forme de tel chiffre ou telle lettre, etc. — je ne m’attarderais pas sur ces derniers, sauf les plus significatifs, car ils sont trop nombreux. Ainsi le gros sou a connu au fil des ans cinq variations importantes dans son type.

Gros sou (Large penny)

IMG_2782

1858 – 1859: VICTORIA

IMG_2786-2789En 1858 et 1859, la Province du Canada frappe en très grande quantité un premier gros sou conçu par le graveur Leonard C. Wyon (G [Good], Ae [Bronze composé de 95% de Cu, 4% Sn et 1% Zn], 25 mm, 4.5 g, axe: ↑↑). L’avers présente une tête (jeune et idéalisée) de la reine Victoria, à gauche, portant une couronne de laurier, avec l’inscription latine (encadrée par deux cercles de pointillés) VICTORIA DEI GRATIA REGINA. (“Victoria, reine par la grâce de dieu, Canada”). Le revers illustre, encadré par deux cercles de pointillés, un motif serpentin de seize feuilles d’érable enroulées autour d’une vigne, avec une inscription centrale en anglais qui indique la valeur de la dénomination (One Cent) et la date (1859). Je ne possède malheureusement pas de spécimen de la pièce frappée en 1858.

L’émission massive de pièces de un cent (dix millions!) , alors que les jetons de cuivre circulaient encore abondamment, a fait que le marché a été rapidement saturé et qu’il a fallut près de dix ans pour tout écouler. C’est pourquoi il n’y a eut aucune pièces de un cent de produit entre 1859 et 1876. Aussi, à cette époque, les six colonies de l’Amérique du Nord Britannique (le Canada-Unis, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l’Ile-du-Prince-Edouard, la Colombie-Britannique et Terre-Neuve ) étaient en pleine négociation pour établir une éventuelle unification et l’on savait que si ce projet aboutissait il faudrait réorganiser les différentes émissions monétaires de chacune des colonies — une raison de plus pour suspendre la frappe. Une petite note historique: Cette union était rendue nécessaire par la menace américaine qui s’intensifia suite à la Guerre Civile, une demande pour une plus grande souveraineté et une économie de marché qui, divisé, peinait à faire face à la concurrence américaine. Après trois conférences de négociations à Charlottetown et Québec en 1864, puis à Londres en 1866, une entente est finalement signée et entérinée par la reine Victoria en 1867, sous la forme de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique, qui dissout l’Acte d’Union pour former les provinces de l’Ontario et du Québec, en y adjoignant la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, pour constituer une nouvelle fédération (c’est une erreur de parler de confédération) sous le nom de Dominion du Canada — les autres provinces s’ajouteront plus tard: le Manitoba en 1870, la Colombie-Britannique en 1871, l’Île-du-Prince-Edouard en 1873, l’Alberta et la Saskatchewan en 1905 et finalement Terre-Neuve en 1949.

1876 – 1901: VICTORIA

Non seulement le Dominion du Canada continue d’utiliser les pièces frappé sous la Province du Canada, mais il en conserve le même type quand il commence à frapper ses propres pièces en 1876… à quelques différences près. La pièce est toujours produite en Angleterre dans le même format, avec le même titre métallique mais on accroit son poids d’environ un gramme (Ae [Bronze composé de 95% de Cu, 4% Sn et 1% Zn], 25 mm, 5.6 g, axe: ↑↑). L’avers présente maintenant un portrait plus mature et réaliste de la reine Victoria (visage plus rond), qui porte dorénavant une couronne de diadème, et la titulature reste la même. Le revers reste à peu près inchangé sinon que les feuilles d’érables sont d’abord un peu plus grosses (de 1883 à 1890) puis plus étroites avec des veinures plus profondes (de 1891 à 1901, redessinées par le graveur G. W. DeSaulles). Je pourrais illustrer ici chacune des années de production mais je vais me contenter de ces six exemples.

1902 – 1910:  EDWARDVS VII

IMG_2739-2741En janvier 1901, la reine Victoria décède et son fils Édouard VII lui succède. La pièce de un cent demeure la même mais l’avers est modifié (avec un dessin de G. W. DeSaulles) pour refléter le changement de monarque: il présente maintenant un buste d’Edouard VII, à droite, vêtu d’un manteau d’apparat et d’une couronne impériale, avec l’inscription latine EDWARDVS VII DEI GRATIA REX IMPERATOR – CANADA (“Edouard VII, par la grâce de dieu, roi et empereur – Canada”). Le revers reste inchangé. À partir de 1908, la frappe de monnaie sera finalement effectuée au Canada, avec la création de la Monnaie Royale Canadienne à Ottawa (mais les pièces ne comporte aucune marque de frappe pour les distinguer).

1911: GEORGIVS V (sans “DEI GRA”)

IMG_2758-2760En mai 1910, Edouard VII décède à son tour et est succédé par son fils George V. On en profite cette fois pour mettre à jour l’avers avec le portrait et la titulature du nouveau monarque mais on modifie également le revers. L’avers présente un buste de George V, à gauche, vêtu d’un manteau d’apparat et d’une couronne impériale, avec l’inscription latine GEORGIVS V REX ET IND: IMP: (“George V, roi et empereur des Indes”) — sans doute pour faire place à un titulature plus longue qui souligne que l’Empire Britannique inclus maintenant les Indes on a omis le “Dei Gracia” (“Par la grâce de dieu”). L’illustration du revers reste la même mais l’inscription est changée pour ONE CENT CANADA — 1911 (le “Canada” est déplacé de l’avers au revers et un trait séparateur est ajouté dessous).

1912-1920: GEORGIVS V

Étrangement, l’absence du “Dei Gracia” souleva un tollé de protestations (on criait à la monnaie “sans dieu”). Ainsi, dès l’année suivante on corrigea la titulature qui devint GEORGIVS V DEI GRA: REX ET IND: IMP: (“George V, par la grâce de dieu, roi et empereur des Indes”). Encore plus mystérieux, j’ai trouvé dans ma collection un cent de 1917 d’une couleur argenté matte (similaire au nickel). Je n’ai toutefois trouvé aucune mention d’une telle production dans les sources numismatiques. Un petit rigolo se sera sans doute amusé en faisant des tests de placage au nickel sur un pièce… En 1920, on change également très légèrement le titrage métallique de la pièce d’un cent: la proportion de cuivre est augmenté à 95.5%, celle de l’étain diminuée à 3% et celle du zinc augmenté à 1.5%. Cela est sans doute motivé par un accroissement du coût de certains métaux et annonce la réduction imminente de la taille de la pièce d’un cent.

Petit sou (Small penny)IMG_2783

1920 – 1936: GEORGIVS V

IMG_2770-2772En 1920, même si une grande pièce d’un cent à déjà été produite (quoique en moindre quantité), on frappe une nouvelle pièce mais cette fois plus petite (Ae [Bronze composé de 95.5% de Cu, 3% Sn et 1.5% Zn], 19 mm, 3 g, axe: ↑↑). C’est un changement radical qui a été motivé par l’augmentation du coût des métaux et la nécessité de faire des économie (la pièce ne peut pas coûter plus cher à produire que sa valeur). On en profite également pour ramener le cent canadien aux même proportions que le cent américains. Autre grand changement: on élimine la bordure de pointillé. L’avers reste le même (conception par Sir E.B. MacKennal, seulement en plus petit) mais le revers est complètement redessiné par Fred Lewis et le graveur W.H.J. Blakemore. Il présente maintenant un large CANADA dans le haut, un ONE CENT encadré verticalement par deux séparateur (-•-) et horizontalement par deux feuilles d’érables, avec l’année d’émission dans le bas (ici: 1920). Ce sera la première des très nombreuses variations (plus d’une douzaine!) que connaitra l’apparence du petit cent.

En janvier 1936, George V décède et est succédé par son fils Édouard VIII. Toutefois, en décembre de la même année, avant même qu’on frappe la monnaie canadienne à son effigie, celui-ci abdique (suite à un scandal) en faveur de son frère George VI. En 1937, en attendant que les coins de frappe soit prêt avec l’effigie du nouveau monarque, on frappa une petite quantité de pièces de 1936 mais en ajoutant un petit point sous la date pour distinguer cette émission exceptionnelle. C’est la seule petite pièce de un cent que je n’ai pas car elle extrêmement rare.

1937 – 1947: GEORGIVS VI 

IMG_2773-2774Après l’accession de George VI, pour accélérer la production des nouveaux coins de frappe, l’atelier monétaire de Paris est mis à contribution (Ae [Bronze composé de 95.5% de Cu, 3% Sn et 1.5% Zn], 19 mm, 3 g, axe: ↑↑). L’avers du cent est modifié (portrait et titulature, sur un dessin de T.H. Paget — qui signe d’un petit “HP” dessous la tête) pour refléter le nouveau monarque et on en profite pour finir de moderniser le revers en lui donnant ce qui sera son apparence définitive (dessin et gravure de G.E. Kruger-Gray — signature d’un petit “K•G” dans le champs droit). Et la bordure en pointillé est de retour! L’avers présente une tête nue (sans couronne) de George VI, à gauche, avec l’inscription latine GEORGIVS VI D:G:REX ET IND:IMP: (“George VI, par la grâce de dieu, roi et empereur des Indes”). Le revers illustre maintenant une brindille de deux grandes feuilles d’érable (représentant sans doute les deux peuples fondateurs du pays: les français et les anglais — à cette époque on négligeait encore les autochtones), avec l’inscription en haut 1 CENT (le fait de mettre la valeur en chiffre règle la question du bilinguisme), la date d’émission (ici: 1939) dans le champs gauche et Canada dans le bas. En 1942, on change encore le titrage métallique en diminuant la proportion d’étain à 0.5% et augmentant celle du cuivre à 98%.

Toutefois, en 1947 un nouveau problème se pose aux monnayeurs canadiens: l’Inde a acquise son indépendance et le monarque n’est donc plus l’empereur des Indes! En attendant que de nouveaux coins de frappe soit produit pour 1948, on frappe une pièce de 1947 mais cette fois avec une petite feuille d’érable à la droite de la date. Cette pièce n’est pas rare car elle a été frappé à un peu plus de quarante millions d’exemplaires (j’en ai donc un spécimen, non illustré).

1948 – 1952: GEORGIVS VI (sans le “ET IND IMP”)

IMG_2776-2777Dès que les coins sont prêts on frappe les pièces pour 1948 (Ae [Bronze composé de 98% de Cu, 0.5% Sn et 1.5% Zn], 19 mm, 3 g, axe: ↑↑). Le portrait de l’avers reste le même mais la titulature est maintenant GEORGIVS VI DEI GRATIA REX (“George VI, roi par la grâce de dieu”). Le revers reste inchangé.

1953 – 1964: ELIZABETH II

IMG_2778-2779George VI décède en février 1952 et sa fille Élisabeth II lui succède. L’avers est donc modifié pour refléter ce changement (Ae [Bronze composé de 98% de Cu, 0.5% Sn et 1.5% Zn], 19 mm, 3 g, axe: ↑↑). L’avers présente maintenant un buste lauré d’Élisabeth II (jeune) à droite avec l’inscription latine ELIZABETH II DEI GRATIA REGINA (“Élisabeth II, reine par la grâce de dieu”). L’avers est conçu et gravé par Mary Gillick (avec une légère correction en 1954 par Thomas Shingles). Le reverse reste inchangé.

1965 – 1978: ELIZABETH II

IMG_2780-2781En 1965 débute la première d’une dizaine de variations de types de la pièce d’un cent d’Élisabeth II (pour ne pas prolonger trop cet article je n’illustrerai pas toutes ces variations). Si le revers reste inchangé (à part les pièces commémoratives du centenaire de la “Confédération” en 1967, qui représente un pigeon biset en plein vol, celle du 125e anniversaire du Canada en 1992, où la date est changée pour “1867-1992”, et celle du Jubilé d’Or en 2002 où la date passe du revers à l’avers et devient “1952-2002”) l’avers lui ne cesse de changer pour ajuster le portrait ou la titulature du monarque. L’avers introduit en 1965 (illustré ici; conçu par Arnold Machin et Thomas Shingles) présente un portrait plus mature de la reine avec une tiare de diamants sur la tête, et l’inscription latine ELIZABETH II D• G• REGINA (“Élisabeth II, reine par la grâce de dieu”). Il est a noter que la Monnaie Royale Canadienne ouvre un deuxième atelier à Winnipeg en 1976, où s’effectuera dorénavant la frappe des pièces de circulations. En 1979-1981, le portrait de la reine a été légèrement rapetissé et l’épaisseur de la pièce passe de 1.55 mm à 1.38 mm pour réduire le poids à 2.8 g. En 1982-1989, la pièce, qui jusque là était ronde, prends la forme d’un dodécagone pour faciliter son identification par les personnes malvoyantes (l’épaisseur passe à 1.45 mm et un poids de 2.5 g). En 1990-1996, le portrait de la reine change à nouveau pour le doter d’un collier et d’une couronne de diamants décorée de roses, de trèfles et de chardons (conçu par Dora de Pedry-Hunt et Ago Aarand). En 1997-2003, on revient à une pièce ronde et on abandonne le flan de bronze pour un flan de zinc plaqué de cuivre. En 2003-2012, le portrait est encore changé pour un buste représentant une reine plus âgée, portant un collier mais aucune couronne (conception par Susanna Blunt et Susan Taylor). De 2006 à 2009 on continue à utiliser des flans de zinc plaqués de cuivre (marqué d’un “P” sous le portrait) mais on utilise également (et exclusivement par la suite, marqué du logo de la Monnaie Royale Canadienne sous le portait) des flans d’acier (dit “magnétiques”) plaqués d’une couche de nickel, puis d’une couche de cuivre (portant la composition à 94% d’acier, 4.5% de cuivre et 1.5% de nickel, l’épaisseur reste à 1.45 mm mais le poids passe à 2.35 g). Toutefois, à l’automne 2012, la production du cent canadien cesse et la pièce est peu à peu retirée de la circulation. C’est la fin de la saga du cent canadien…

Sources: Wikipedia (Dollar canadien [FR/EN]), Google, Coins And Canada, Coin-Brothers, CoinsCatalog, numista, Saskatoon Coin Club: One Cent Obverse & One Cent Reverse. (Pas de fiches pour cette fois).

Bibliographie:

Cross, W.K. A Charlton Standard Catalogue: Canadian Coins, vol. 1: Numismatic Issues (69th Edition). Toronto: The Charlton Press, 2015. 356 pages.

La semaine prochaine je vous présente très brièvement les autres dénominations canadiennes (en m’en tenant au spécimen les plus anciens) et, par curiosité, un cent de Terre-Neuve.

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]

Monnaies anciennes 100

Pièce canadienne moderne (1)

Pré-confédération: Jetons

Déjà la centième entrée de cette chronique! Elle s’achèvera bientôt mais pas avant que je vous ai présenté mes plus anciennes pièces de l’époque moderne. Ce sont des pièces qui ont pour moi une grande valeur historique et sentimental car elles m’ont été transmise par mon père et que certaines d’entre elles lui ont sans doute été transmise par mon grand-père. Je débute avec des pièces canadiennes. Celles-ci ne sont pas, en fait, des pièces de monnaie mais des jetons et datent d’avant la Confédération.

Un jeton est une pièce métallique qui n’est pas frappée par le gouvernement mais par une entité privée (une compagnie ou une banque) pour servir de monnaie d’échange à des fins commerciales (monnaie de nécessité), de publicité, ou d’identification. Ils ont été utilisés au Canada au début des années 1800 lorsque le gouvernement Britannique ne réussissait pas à fournir un approvisionnement suffisant en monnaie de cuivre pour sa colonie, et pendant plus d’un demi-siècle, ils ont été presque le seul moyen de rendre la monnaie. Au début, on a simplement importé des jetons qui étaient utilisés en Grande-Bretagne. C’était pour la plupart des pièces portant un slogan ou une image populaire (comme celle de Wellington, le héros de la guerre péninsulaire). Il y avait une douzaine ou plus de variétés de la plupart de ces pièces, certaines avec juste une légère différence dans une partie de la conception. Plus tard, les marchands canadiens ont fait fabriquer des jetons localement, puis certaines banques et gouvernements coloniaux locaux sont intervenus et ont émis les leurs.

IMG_2629-2631La première pièce est un beau jeton d’un demi-penny (VG [Very Good], Cu [Cuivre], 28 mm (1 mm d’épaisseur), 8 g, axe: ↑↓). L’avers présente un buste de Arthur Wellesley duc de Wellington en habit militaire (j’omet des détails comme le nombre de couette de cheveux qui dépassent de la couronne de laurier [deux?] mais l’épaulette a sept pompons),  lauré (onze feuilles) à gauche, avec dessous deux brins de laurier croisés (ayant chacun sept feuilles), une bordure pleine, et l’inscription anglaise FIELD MARSHAL WELLINGTON. Le revers illustre Britannia assise à gauche, un bouclier (possiblement orné d’une croix de saint Georges dont le détail a disparu sur cette pièce) sur le côté gauche, tenant dans la main droite un brin d’olivier (composé de cinq feuilles) et un baton (ou une lance?) dans la gauche (au lieu d’un trident comme sur d’autres pièces), avec en exergue (au lieu d’une date) deux petits brins de laurier croisés (composé de cinq feuilles chacun), une bordure de pointillés, et l’inscription anglaise HALF PENNY TOKEN. 

La provenance de ces jetons est incertaine (probablement l’Angleterre, possiblement le Bas Canada). Souvent contre-frappé sur des pièces antérieures, ils ne semblent pas avoir été frappé spécifiquement pour le Canada mais y ont été en circulation dès le début de leur émission, entre 1812 et 1815 (possiblement 1813).

Il est a noter que le descriptif “beau” ou “très beau” en numismatique est un peu un abus de langage car il reste en fait peu de détails clairs sur la pièce, les reliefs étant usés parfois jusqu’à en être lisses. La pièce, même si elle comporte du dommage due aux chocs et des rayures, demeure néanmoins identifiable car les principales lignes du dessin demeurent visibles et les inscriptions lisibles.

Sources: Google, CoinCatalog, numista. Voir aussi ma fiche.

IMG_2643-2649La seconde pièce est aussi un beau jeton d’un demi-penny ou d’un sou (VG [Very Good], Cu [Cuivre], 28 mm (1 mm d’épaisseur), 8 g, axe: ↑↑). L’avers nous montre un habitant debout à droite, vêtu d’un habit traditionnel d’hiver (une tuque bleue, une redingote à capuchon, des mocassins de boeuf, une ceinture [fléchée ?] et un fouet), avec l’inscription française PROVINCE DU BAS CANADA (en haut; le sérif droit du “V” de “Province” semble aligné sur le dessus du “I”) et UN SOU (en bas). Le revers illustre les armoiries de la ville de Montréal inscrites sur le pourtour avec la devise CONCORDIA SALUS (“le salut par la concorde”), dessous, la banderole qui normalement contient la devise, présente plutôt le nom d’une des quatre banques émettrices (que l’usure rend malheureusement illisible dans ce cas-ci), avec les inscriptions anglaises BANK TOKEN (en haut) et 1837 / HALF PENNY. (en bas; une variante de ce type ne comporte pas le point après “PENNY”).

Les armoiries de la ville de Montréal illustrées ici sont celles conçues par Jacques Viger et adopté par le conseil de ville en 1833, illustrant un écu oval coupé par une croix transversale rouge (pour représenter le catholicisme et/ou l’Angleterre?) dont les cantons sont ornés (dans le sens des aiguilles d’une montre) d’une rose (celle des Lancaster pour représenter les anglais), d’un trèfle (pour les irlandais), d’un castor (pour les canadiens-français), et d’un chardon (pour les écossais).

En 1837 (ou, selon certain, l’année suivante), les quatre principales banques du Bas Canada (la Banque de Montréal, la Banque du Peuple, la City Bank et la Banque de Québec) émettent conjointement des jetons d’un penny et d’un demi-penny — toutefois il est incertain si ce fut avec ou sans le consentement du gouvernement. Comme l’avers représente un habitant en costume d’hiver, cette pièce est connue sous le nom soit de “Jeton habitant” ou de jeton “Papineau” parce que Louis-Joseph Papineau, qui a mené la rébellion des Patriote cette année-là, semble avoir été associé à ce type d’habit. Si il s’agit d’une pièce canadienne, elle aurait tout de même été frappée par Soho Mint (Boulton & Watt) en Angleterre et conçue par le graveur John Shaw.

Sources: Google, CoinsAndCanada, CoinsCatalog, numiscanada, numista. Voir aussi ma fiche.

IMG_2652-2662La troisième, et dernière, pièce est un très très beau penny (VF [Very Fine], Cu [Cuivre], 33 mm (2 mm d’épaisseur), 15 g, axe: ↑↓). L’avers représente saint George (à cheval, vêtu d’un casque à cimier, une épée dans la main droite), à droite, terrassant le dragon (piétiné par son cheval), entouré de l’inscription anglaise (encadré par deux fleurons) ❀ BANK OF UPPER CANADA ❀ (en haut) et 1857 (en bas). Le revers illustre une partie des armoiries du Haut Canada (une épée croisée avec une ancre emmêler de cordage et un calumet de paix debout, le tout enfilant une couronne d’olivier et étant surmonté de la couronne royale) au dessus de deux cornes d’abondances croisées, et un drapeau Britannique plié en triangle dans le haut du champs droit, avec l’inscription anglaise (en haut, entouré de trois fleurons)  BANKTOKEN ❀ et ONE • PENNY (en bas; il existe une variante sans le point).

Suite aux rébellions de 1837-38 (qui eurent lieu tant au Haut-Canada qu’au Bas Canada) et au rapport Durham déposé en 1839, les colonies du Bas et du Haut-Canada (aujourd’hui le Québec et l’Ontario) sont fusionnées en 1840-41 pour former le Canada-Uni ou la “Province du Canada”.  L’adoption subséquente du “Rebellion Losses Bill” en 1849 provoque la colère de loyalistes anglais et durant ces émeutes les édifices législatifs de Montréal sont incendiés. Le siège du gouvernement et la capitale de la province est donc déplacé à Toronto et le privilège de frapper des pièces de cuivre (les jetons), qui appartenait jusqu’alors à la Banque de Montréal, passe maintenant à la Banque du Haut-Canada, devenu le banquier officiel du gouvernement. La banque produit de la “monnaie” entre 1850 et 1857 mais la frappe comme telle est encore faite en Angleterre soit par la Royal Mint à Londres ou par la Heaton’s Mint à Birmingham (les deux productions peuvent être distinguées par le fait que la première utilise une “frappe médaille” [à 12h ou ↑↑] et que la seconde utilise une “frappe monnaie” [à 6h ou ↑↓]). La production cesse après 1857 car on considérait introduire la décimalisation dans la monnaie canadienne (ce qui ne fut accompli dans le Royaume-Unis qu’en 1971!). L’organisation du monnayage changera aussi avec la Confédération en 1867…

Ce superbe jeton du Haut Canada fut frappé en 1857 (par la Heaton’s Mint). Il a été conçu par la graveur John Pinches d’après les dessins que Benedetto Pistrucci avait réalisé pour des pièces britanniques. Elle est surnommée la “pièce de St. George” (ou même parfois “Dragonslayer”). C’est une pièce qui est considérée relativement rare.

Dans le cas du descriptif “très très beau” il est à noter que si toutes les parties du dessin sont claires, elles ne sont toutefois pas tout à fait nettes. On retrouve également des signes distincts d’usure sur les parties les plus hautes de la surface.

Sources: Google,  CoinsAndCanada, CoinsCatalog, numista, SaskatoonCoinClub. Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

La semaine prochaine je vous présente une série de sous noirs (One Cent) datant d’après la Confédération et émis sous trois monarques britanniques différents.

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]

Monnaies anciennes 99

Pièce de la Renaissance (1):

Maximilien de Bethune

IMG_2365-2370Cette pièce de monnaie de la Renaissance est un très beau double tournois (F [Fine], Cu [Cuivre], 20 mm [0.79 po], 3.0873 g, payé environ $6 [30 FF], caractérisé par une patine brune tâchée de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers présente, dans un cercle, un buste barbu à droite de Maximilien de Béthune, portant une large fraise et un manteau recouvert de mouchetures d’hermine, avec l’inscription française (débutant à 6h avec un fleuron) ❀ • MAXI • D • BETHVNE • P • S • DENRIC • (pour “MAXImilien De BETHUNE Prince Souverain D’hENRIChemont”). Le revers illustre un petit écu d’Henrichemont au centre, entouré dans le champ par huit lys (⚜︎), avec l’inscription française (débutant à 12h par une croix pattée) ✠ • DOVBLE • TOVRNOIS • 1636 • L •.

Le double tournois valait deux deniers tournois (un sixième de sou). À l’origine (du XIIIe au XVIe siècle) il était frappé sur un flan de billon mais par la suite, lorsque sa production se mécanise sous Henri III, on utilise du cuivre pur. C’est une dénomination qui était utilisée non seulement par le royaume de France mais également par de nombreuses principautés qui en parsemaient encore le territoires. Elle fut abandonné sous Louis XIV alors qu’elle est supplantée par le liard (qui vaut trois deniers tournois ou un quart de sou). Le “L” à la fin de l’inscription du revers est une marque de graveur, pour Jean Levrat qui fut maître de la Monnaie à Henrichmont en 1636-1637. Il semble que cette pièce ait été frappée avec deux types: l’un avec trois lys (type 1) et un avec huit lys (type 2). Il existe également sept variantes de la titulature de l’avers (noté de “a” à “g”) ainsi que deux de l’inscription du revers (présence d’un point () [1] ou pas [2] à la fin). Dans ce cas-ci il s’agit de la variante “d1” — qui serait la deuxième variante la plus fréquente (représentant environ le quart des pièces répertoriées).

Évidemment, j’exagère un peu quand je dis que c’est une pièce de la Renaissance puisque la Renaissance Française, qui a débuté vers le milieu ou la fin du XVe siècle, s’est terminé au début du XVIIe siècle. Cette pièce s’inscrit donc plus dans la période de l’Ancien Régime (et le début de l’ère moderne qui se situe entre l’âge des grandes découvertes et la révolution française). La pièce présente d’ailleurs déjà toutes les caractéristiques des pièces de monnaie modernes: un avers avec le portrait et la titulature du pouvoir émetteur et un revers qui indique sa valeur et une datation précise. Ce double tournois a donc été frappé sous l’autorité de Maximilien de Béthune, dans sa principauté de Henrichmont, en l’an 1636. 

Maximilien de Béthune, duc de Sully (parfois simplement appelé Sully), est d’ailleurs une figure bien connue de l’Histoire française. Il est né le 13 décembre 1559 à Rosny-sur-Seine dans une famille calviniste descendant des comtes d’Artois. Il a été le compagnon d’armes de Henri III de Navarre (Henri IV de France), puis son conseillé et finalement Ministre des Finances (de 1598 à 1611). En plus de ses charges (Surintendant des fortifications) et de ses titres militaires (Grand maître de l’artillerie, maréchal de France), il cumule de nombreux titres, entre autres, ceux de Pair de France, marquis de Rosny, duc de Sully, et prince souverain d’Henrichemont et de Boisbelle. Il possède déjà de nombreuses propriétés mais agrandit aussi son duché (dont le siège est à Sully-sur-Loire, en Orléanais) par l’acquisition de nouveaux territoires dans la province de Berry pour se créer un véritable fief. Ainsi, en août 1605, il acquiert du duc de Nevers, Charles de Gonzague, la seigneurie souveraine de Boisbelle pour y construire une ville nouvelle qu’il dédiera à son roi et nommera Henrichemont. Si le développement de la ville ne se déroule pas comme il espérait, elle comporte néanmoins déjà un atelier monétaire qui produira des monnaies entre 1635 et 1656. Après l’assassinat de son roi en 1610 et un désaccord avec la régente, Marie de Médicis, il abandonne ses fonctions pour vivre dans son domaine, loin de la cour. Il meurt au château de Villebon le 22 décembre 1641 et est enterré à Nogent-le-Rotrou (ses cendres seront rapatriées à Sully-sur-Loire en 1999). Étant donné que cette pièce de monnaie a été frappé par une principauté (et non par le royaume), on peut encore la considérer comme une monnaie féodale.

Sources: Wikipedia (Maximilien de Béthune [FR/EN], Double tournois, Principauté souveraine de Boisbelle, Henrichemont [FR/EN]), Google, CGB, Numista (type 1, type 2). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine, pour terminer cette chronique sur la monnaie ancienne, je vais commencer à vous présenter des pièces de monnaie modernes du Canada et d’Europe (moderne mais tout de même du XVIIIe et XIXe siècle). Toutefois, elles ont pour moi une valeur très personnelle car je ne les ai pas acquise mais j’en ai hérité. Ce sont des pièces qui appartenaient à la collection de mon père (et probablement aussi de mon grand-père).

Voir l’index des articles de cette chronique.

[ Translate ]