Monnaies anciennes 66

Les Constantiniens (4)

Constans (333-350) (2)

Flavius Julius Constans (généralement appelé Constant 1er) ayant vaincu son frère Constantinus II en 340, contrôle maintenant toute la partie occidentale de l’empire alors que son frère Constantius II règne sur la partie orientale. Ce partage du pouvoir se fera sans trop de difficultés, chacun des co-empereurs étant occupé à maintenir l’intégrité de ses frontières: contre les tribus germaniques à l’Ouest et contre les Perses Sassanides en Orient. En 348, Constans célébrera à Rome le onzième centenaire de la cité avec des jeux séculaires. Le principal point de dissension sera au niveau des politiques religieuses divergentes des deux empereurs. 

Constans s’élève en grand défenseur du christianisme orthodoxe et s’en tient au credo établit lors du concile de Nicée en 325. Ainsi il lutte tout autant contre les pratiques païennes (en interdisant les sacrifices, la magie et en faisant fermer des temples) que contre les schismes chrétiens que sont le donatisme et l’arianisme. Il supportera les nicéens où qu’ils soient, même en Orient, où son frère Constantius II favorise l’arianisme. Ils s’opposent sur la nomination de l’évêque d’Alexandrie, Athanase, au cours de divers conciles (Tyr en 335, Antioche en 341) mais il est éventuellement rétablit dans ses fonctions avec le soutiens du pape Jules Ier au concile de Sardique en 342. Finalement, en 346, les deux frères s’entendent sur une politique de non-intervention de l’un sur le territoire de l’autre.

Malheureusement, l’administration de Constans n’est pas très efficace car sa bureaucratie est lourde et corrompue. Et, comme il doit accroître le fardeau fiscal de la population, il n’est pas très populaire. D’autant plus qu’il est accusé d’être cruel, débauché et homosexuel — il aurait fait un édit punissant de mort “l’homme qui épouse un homme comme s’il était une femme” [cum vir nubit in feminam viris porrecturam] mais cela n’était peut-être que pour faire taire les rumeurs à son sujet… Il n’est donc pas surprenant que son entourage (le ministre des finances Marcellinus et des officiers militaires) complote contre lui. Ayant perdu le support des légions, les troupes basées à Augustodunum (Autun) acclament empereur le général Flavius Magnentius en janvier 350. À cette nouvelle, Constans fuit vers l’Espagne mais il est rattrapé à Castrum Helenae (Elne) dans les Pyrénées et assassiné le 27 février 350. Il n’avait que trente ans et son règne n’aura durée qu’une douzaine d’année. Quand à Magnentius, qui s’est adjoint comme César Magnus Decentius (possiblement son frère), il ne règne que trois ans. À la nouvelle de la mort de Constans, Constantius II abandonne le front Perse pour marcher sur l’usurpateur. Après une première confrontation à Mursa en septembre 351, il le défait à Mons Seleucus en juillet 353 et il se donnera la mort à Lugdunum (Lyon) le 11 août 353. Par la suite, Constantius II règnera seul sur l’empire pendant huit ans…

Mes deux autres pièces de monnaie de Constans nous offrent sur le revers un type avec deux victoires et l’intriguante inscription VICTORIAE DD AVGG Q NN…

IMG_1238-1239La première pièce est un assez beau follis réduit / nummus (G [Good], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 13 x 15 mm, 1.574 g, payé environ $6 le 1985/06/16, dont le flan a une importante rognure sur le quart supérieur droit de l’avers; die-axis: ↑↑). L’avers représente un buste de l’empereur portant un diadème à rosettes, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTANS P[IVS] F[FELIX] AVG[VSTVS] (“Constans, Auguste Pieux et Heureux”). Le revers illustre deux Victoires ailées debout face à face, portant chacune une couronne et une palme, avec l’inscription latine VICTORIAE DD[OMINORVM] AVGG[VSTI] Q[VE] NN[OSTRORVM] (les doubles “D”, “G” et “N” dénotent un pluriel et impliquent DVORVM (deux); “[Dédié] aux victoires de nos deux Seigneurs et Augustes”), avec un TRS• en exergue (marque de la deuxième officine [S=Secundus] de l’atelier de Treveris [TR]) et une branche de palmier dressée (épis?) dans le champs, au centre (marque de séquence?).

D’après le RIC (Kent, J.P.C.; Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family Of Constantine I (337-364), London: Spink & Son, 1981, pp. 130-134, 152), cette pièce aurait été frappée par la seconde officine de l’atelier de Treveris (Trèves) vers 347-348 EC.

IMG_1247-1251La seconde pièce est un follis réduit / nummus de qualité passable (Fr [Fair], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 13 mm, 1.530 g, payé environ $6 le 1985/06/16, caractérisé par un fort dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers représente probablement un buste (tête plus grosse?) de l’empereur portant un diadème à rosettes (?), (drapé et cuirassé ?) à droite, avec l’inscription latine CONSTAN-S P[IVS] F[FELIX] AVG[VSTVS] (“Constans, Auguste Pieux et Heureux”). Le revers illustre deux Victoires ailées debout face à face, portant chacune une couronne et une palme, avec l’inscription latine VICTORIAE DD[OMINORVM] AVGG[VSTI] Q[VE] NN[OSTRORVM] (“[Dédié] aux victoires de nos deux Seigneurs et Augustes”). Malheureusement les détails de l’exergue et du champs demeurent illisibles… Toutefois, comme toutes mes pièces de cet empereurs proviennent du même lot et que la plupart ont été frappé à Trèves, j’aurais tendance à croire que c’est le cas aussi pour cette pièce… Néanmoins pas moins de sept ateliers ont frappé ce type à la même époque: Aquileia (AQP), Arles (PARL), Lyon (PLG), Rome (RP, R•P), Siscia (ASIS), Thessalonica (SMTSA) et Trèves (TRP).

D’après le RIC (op. cit., pp. 130-134, 151-152), cette pièce aurait possiblement été frappée par l’atelier de Treveris (Trèves) vers 347-348 EC. Si statistiquement il y a plus de chance que ce soit une pièce de Constans, j’admet cependant que cela pourrait tout aussi bien être une pièce de Constantius II…

Sources: Wikipedia (Constans [FR/EN]), FAC (Constans, palm, Victoria, VICTORIAE DD NN AVGG, wreath), ERIC (Constans); RIC v. VIII, Trier: 209; online ref. pièce 1: Google, numismatics, WildWinds (text, image). Voir aussi mes fiches (pièce 1, pièce 2).

Ce type de revers avec deux Victoires ne semble pas célébrer une victoire militaire spécifique et récente. Il ne fait, sans doute, que rappeler les victoires antérieures de Constans contre Constantin II et contre les tribus germaniques. Dans un contexte plus large, il commémore possiblement aussi le quinzième anniversaire du règne de Constans et le onzième centenaire de la ville éternelle. Aussi, en invoquant les victoires des deux Augustes, il rappelle la bonne entente entre les co-empereurs. C’est somme toute une autre version de la propagande rassurante de l’Empire.

La semaine prochaine nous abordons le règne du quatrième et dernier fils de Constantinus, Constantius II.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Cogitationes me: Thought of the day (for myself) [002.021.325]

Replica

I was watching yesterday a documentary on CNN (“The Hunt for Planet B”) about the James Webb Space Telescope which, after so many delays, will finally launch from French Guiana on December 18 (see its official Nasa website). It’s an infrared telescope with much more sensitivity than Hubbles which, among many other things, will push further our knowledge of the universe by looking for the very first galaxies and habitable exoplanets. 

On that documentary there was this guy reading Sidereus Nuncius (“The sidereal messenger”) by Galileo Galilei. Of course, it couldn’t be the original edition (published in 1610 by Thomas Baglioni in Venice) because it is a very rare book. It must have been a replica. My first reaction was, “I want that book.” I have always been into old books but they are very expensive and I cannot afford to purchase many of them — and certainly not rare edition which are priceless. It made me realized that purchasing replica could be an option. I quickly googled it to see if it was available. I could always make my own by using one of the many scanned files in PDF format (there is even translations available) but, of course, there are also several replica editions available on amazon. A purchase that I will seriously consider…

I already knew about old books replica, as my nephew mentioned he had purchased copies of Leonardo da Vinci’s notebooks (also available on Amazon from various publishers) but I never considered acquiring any. Now I am starting to have the hitch… Let’s see… which other great old books could I find replica of? Some facsimiles seems as expensive as the real thing! There is really a great market for old and ancient books and, if I prefer to go to ancient book fairs where I can browse through the books myself, there are also many purchasing options on the internet. In the course of my researches, I have even discovered that you can purchase on Etsy bundles of old books to decorate your house or give a more respectable look to your bookshelves ! The internet cannot cease to amaze me…

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Cogitationes me: Thought of the day (for myself) [002.021.324]

Self-learning

I just watched an interesting documentary on NHK World-Japan about a young boy, Asuka Umeda, who spent seven years writing in notebooks about events and subjects he was reading about in newspapers, commenting them and researching them further in what was for him a self-learning adventures. I first thought that he was an Hikikomori (ひきこもり) or suffering from a slight form of autism, but no, he was a normal boy, going to school and was just particularly shy and socially awkward — like many otakus (just a look at his bedroom and you instantly know that he’s a great anime & manga fan, doing lots of gunpla [ガンプラ]). He was certainly not shy about talking about his notebooks to teachers and museum directors, and won many awards for his writings and essays. One of those essays is about his self-learning experience and this documentary is illustrating it with cute animations and interviews.

Apparently, this type of self-learning (独学 / dokugaku / autodidacticism) is common in Japan. Elementary students are writing essays and compiling scrapbooks as homework assignments and some push it further as they make it an extracurricular activity. Asuka just pushed it even further, becoming obsessed with it to the point where he didn’t participated to any after-school club activities and stopped seeing friends to dedicate his time to writing in is notebooks. He is pursuing this interest even in high-school. He will probably become a good writer and journalist.

It made me realized that I was exactly like that as a child: curious but shy and socially awkward, spending lots of time reading, making scrapbooks and writing in my notebooks (thirty-seven so far) about ideas, places, books and movies that I have seen. Life has always been about the pursuit of knowledge for me. And I continue to do so, I just call it blogging now!

I recommend you see this documentary, My Notebooks: Seven Years of Tiny Great Adventures, which will remain available for streaming on NHK World website until the end of May. At he same time, you could have a look on another documentary about the animation studio Production I.G., which has created many of my favourite anime (like Ghost in the shell or Blood: The Last Vampire) — available for streaming until November 13, 2022.

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Monnaies anciennes 65

Les Constantiniens (4)

Constans (333-350) (1)

Flavius Julius Constans (généralement appelé Constant 1er) est né vers 320. Il était le troisième et plus jeune fils de l’empereur Constantinus le Grand et de Fausta, sa deuxième épouse. Il est élevé à Constantinople où il reçoit une éducation latine et chrétienne sous la supervision du poète Aemilius Magnus Arborius. En décembre 333, avec ses frères Constantinus II et Constantius II, il est fait César par son père et reçoit le titre de nobilissimus caesar (“très noble césar”) — probablement pour coïncider avec les célébrations du millénaire de Byzance. En 335, pour assurer sa succession dynastique, Constantinus associe ses fils au pouvoir impérial et leur adjoint deux nouveaux césars: ses neveux Flavius Dalmatius et Flavius Hannibalianus. À la mort de Constantinus, en mai 337, ses trois fils ne perdent pas de temps à éliminer la concurrence potentielle (leurs oncles et cousins) et sont acclamé Augustes par les troupes et le sénat en septembre. Après s’être concerté à Viminacium en 338, ils se partagent alors l’Empire: Constantinus II prends l’Occident (Britannia, Gaules, Hispania), Constans reçoit le centre (l’Italie, l’Afrique du Nord, l’Illyricum et la Thrace) et Constantius II l’Orient (Asie Mineure, Moyen-Orient, Égypte). Toutefois, Constantinus II était jaloux du territoire qu’avait reçu son frère cadet Constans (qui était sous sa tutelle) et il considérait qu’en tant que l’aîné des trois frères il méritait plus. Il envahit donc l’Italie en 340 mais se retrouve encerclé à Aquilée, une erreur qui lui sera littéralement fatale. Constans se saisit donc de son territoire et contrôle alors tout l’Occident. Pendant dix ans, il se partage l’empire avec Constantius II sans trop de difficultés et se concentrera surtout à maintenir la paix aux frontières: il repousse une invasion Sarmates en 337, mène une campagne militaire contre les Francs en 341-42 et se rends même en Bretagne en 343 probablement pour y contenir les Pictes et les Scots. À suivre la semaine prochaine, où nous traiterons de la fin de son règne…

J’ai quatre pièces de monnaie de Constans et cette semaine je vous en présente deux.

IMG_1226-1232La première de ces pièces est un très beau follis réduit / nummus (F / VG [Fine / Very Good], AE3/4, AE / BI [Bronze / Billon], 14 x 15 mm, 1.533 g, payé environ $6 le 1985/06/16, le revers était couvert de concrétions résineuse et a exceptionnellement nécessité un curetage et un nettoyage à la gomme; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur portant un diadème à rosettes, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTANS P[IVS] F[FELIX] AVG[VSTVS] (“Constans, Auguste Pieux et Heureux”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants un étendard (vexillum) inscrit d’un “M”, avec l’inscription latine GLORI-A EXER-CITVS (“à la gloire de l’armée”) et un TRP suivi d’un croissant en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Augusta Treverorum [TR]; le croissant serait une marque de séquence).

D’après le RIC (Kent, J.P.C., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family Of Constantine I (337-364), London: Spink & Son, 1981, pp. 126-127, 145), cette pièce aurait été frappée par la première officine de l’atelier de Treveris (Trèves) en 340 EC. L’étendard portant un “M” (dont la signification n’est pas clair; une marque de séquence? Une division de légion?) semble être présent surtout dans les frappes de l’atelier de Trèves (quoiqu’il apparait également à Arles et Siscia). Si l’exergue est difficilement lisible je suis pas mal sûr qu’il s’agit de la marque de Trèves. L’autre aspect qui est un peu incertain est le type de diadème (perle ou rosette?) illustré sur le portrait de l’Empereur. La fréquence de cette pièce serait plutôt commune.

IMG_1254-1256La deuxième des pièces est un exemplaire tout à fait médiocre d’un follis réduit / nummus (VP [Very Poor], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 11 mm, 0.945 g, payé environ $6 ! le 1985/06/16; le flan est entièrement corrodé ce qui fait qu’il n’y a rien de lisible; die-axis: ?). Il me semble distinguer plusieurs lignes parallèle sur le revers ce qu’il me laisse croire qu’il s’agirait, comme la pièce précédente, d’un type de Gloria Exercitus avec deux soldats entourant un vexillum. Et comme toute ces pièces faisaient partie d’un même lot qui apparemment ne contenait que des pièces de Constans frappée à Trèves, j’aurais tendance à croire que c’est le cas aussi pour cette pièce…

Sources: Wikipedia (Constans [FR/EN]), FAC (Constans, Gloria Exercitus, military ensigns, spiculum, vexillum), ERIC (Constans); RIC v. VIII, Trier: 111; online ref. pièce 1: acsearch, acsearch, chijanofuji, CoinTalk, CtGc,  Google, numisbids, numismatics, vcoins, WildWinds (RIC 111: text1, image1; text2, image2; RIC 112: text, image). Voir aussi ma fiche.

Ces pièces ont été frappé à Treveris, capitale du la préfecture prétorienne des Gaules (Praefectus Praetorio Galliarium), après que Constans en ait pris le contrôle suite à la mort de son frère Constantinus II. Elles célèbrent la gloire des troupes (celles qui lui ont permis de vaincre son frère mais aussi celle de son frère qui sont maintenant sous sa juridiction) afin de s’en assurer la fidélité.

Il semble que les pièces du bas-empire me sont de plus en plus de difficiles à identifier avec exactitude car elles sont en moins bon état de conservation. Est-ce parce qu’elles ont circulé plus longtemps? Ou parce que la qualité de la frappe était moins bonne? Ou simplement parce que j’ai eu moins de chance avec l’acquisition de ces lots là? Je ne saurais dire…

Quoi qu’il en soit, la semaine prochaine je vous présente deux autres pièces de Constans, cette fois-ci avec une inscription de revers que je n’avais jamais rencontré jusqu’à maintenant et qui, au début, m’a laissé un peu perplexe.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 64

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (5)

Nous concluons le survol des pièces de monnaie de  Flavius Claudius Constantinus Iunior (généralement appelé Constantinus II — vous trouverez sa notice biographique dans la première entrée sur cet empereur) avec, cette fois, trois spécimens d’un type de revers représentant deux soldats entourant des étendards avec l’inscription Gloria Exercitus (“à la gloire de l’armée”). Ces pièces sont très similaires dans leurs portraits et dans leurs inscriptions mais ont été frappé par des ateliers différents.

IMG_1209-1217La première pièce est un assez beau follis réduit / nummus (G [Good], AE3, AE / BI [Bronze / Billon], 17 mm, 2 g, patine brun foncé avec trace de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste du césar lauré (ou diadèmé?), drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine  CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants deux étendards (vexillum), avec l’inscription latine GLOR-IA EXERC-ITVS (“à la gloire de l’armée”) et un SMH? ou SMN? en exergue (marque d’une officine incertaine [B = Beta? S = Zeta?] soit de l’atelier de Heraclea [Sacra Moneta Heraklea] ou de Nicomedia [Sacra Moneta Nicomedia] — quoi que pour ma part cela m’apparait être plus un SMNS, soit la sixième officine de Nicomedia, car la barre du “N” m’apparait bien diagonale [voir la comparaison ci-bas] et qu’il n’y avait pas d’officine “S” à Heraclea pour ce type).

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, pp. 539-40, 594, 598 & pp. 557, 633), cette pièce aurait été frappée par la sixième officine de l’atelier de Nicomédie en 330-335 EC. Ce serait une pièce rare (r2 = sept à dix pièces connues à l’époque de la rédaction du répertoire).

IMG_1190-1197La seconde pièce est un très beau follis réduit / nummus (F [Fine], AE3, AE / BI [Bronze / Billon], 17.5 mm, 2.795 g, payé environ $5, patine grisâtre et vert foncé; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste du césar lauré et cuirassé à droite avec l’inscription latine  CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants deux étendards (vexillum), avec l’inscription latine GLOR-IA EXERC-ITVS (“à la gloire de l’armée”) et un SMKS en exergue (marque de la sixième officine [S = Zeta] de l’atelier de Cyzicus [Sacra Moneta Kyzici]; le point serait une marque de séquence).

Selon le RIC (op. cit., pp. 639-642, 656), cette pièce aurait été frappée par la sixième officine de l’atelier de Cyzique en 332-333 ou 335 EC (les  sources en ligne plus récentes donnent une tranche plus large en la datant de 330 à 335). Ce serait une pièce rare (r3 = quatre à six pièces connues à l’époque de la rédaction du répertoire).

IMG_1179-1182La troisième pièce est un beau follis réduit / nummus (VG [Very Good], AE3-4, AE / BI [Bronze / Billon], 16 x 14 mm, 2 g, payé environ $6 le 1987/07/16, patine verte; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste du césar lauré (ou diadèmé?), drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants deux étendards (vexillum), avec l’inscription latine GLORI-A EXER-CITVS (“à la gloire de l’armée”) et un * SLG en exergue (marque de la seconde officine [S = Secvndus] de l’atelier de Lugdunum [LG]; l’étoile serait une marque de séquence).

Selon le RIC (op. cit., p. 121, 139), cette pièce aurait été frappée par la seconde officine de l’atelier de Lugdunum (Lyon) en 333-334 EC (quoi que les  sources en ligne plus récentes donnent une tranche plus large en la datant de 330 à 335). Ce serait une pièce rare (r3 = quatre à six pièces connues à l’époque de la rédaction du répertoire).

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN], vexillum [FR/EN]), FAC (Constantinus II, Gloria Exercitus, military ensigns, spiculum, vexillum), ERIC (Constantinus II); RIC v. VII, Nicomedia: 189; Cyzicus: 97; Lugdunum: 263; online ref. pièce 1: Google, numismatics (Heraclea, Nicomedia), vcoins, WildWinds (Hereclea: text, image; Nicomedia: text, image);  online ref. pièce 2: Google, acsearch, catawiki, numismatics, WildWinds (text, image S, image Γ, image Δ, image E);  online ref. pièce 3: Google, acsearch, coinsha, MA-shops, numismatics, WildWinds (text, image), yorkcoins. Voir aussi mes fiches (Nicomedia, Cyzicus, Lugdunum).

Comme je l’ai mentionné précédemment, la fidélité des armées était cruciale pour maintenir la stabilité de l’Empire et la propagande impériale utilisait des pièces de monnaie comme ce type de revers représentant deux soldats entourant des étendards avec l’inscription Gloria Exercitus (“à la gloire de l’armée”) pour “flatter” l’égo des troupes et ainsi s’assurer qu’elles étaient satisfaite de leur condition afin qu’elles ne cherchent pas à renverser le pouvoir établit. Je conclus avec ce tableau récapitulatif de mes pièces de Constantinus II:

Recap-ConstinusIunior

La semaine prochaine nous nous attaquons au règne de Flavius Julius Constans, un autre fils du Grand Constantinus, dont j’ai trois pièces et que je traiterai probablement en deux parties (il est également possible que cette chronique “saute” une ou deux semaines pour que je me consacre à faire du rattrapage dans mes commentaires de lecture… On verra…).

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Samedi Nature [002.021.310]

Black fox?

Friday we’ve spotted a creature in the Park (near entry #20, Deville street, along the building of what was Frank & Dino Aliments). It looked like a fluffy black cat, with a long fluffy tail and a longer and more pointy nose than usual. It was moving quickly, with agility, staying close to the ground. It looked strange for a cat. I couldn’t take any picture but our first thought was “Could that be a fox?”. My wife once saw a fox in the park. Usually foxes are red but I know that some can have darker colour. A quick search on the internet confirmed that in Canada the Silver fox has a black fur with white tips and that there are increased sighting of them in the GTO. So, why not in here? 

Although, after looking at the pictures on the web, I am not so sure. The creature we saw had no white tip on the tail and foxes walk taller, looking more like a dog than a cat. Maybe it was a youngster. Or maybe it was just a fluffy black cat with a long fluffy tail and a longer and more pointy nose than usual… Has anyone seen something like that?

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Update:

My nephew suggests that the creature we saw was a Fisher (a.k.a. the “Fisher Cat” or “Pékan” or “Martre pêcheuse” in French — the scientific name is Martes pennanti). It is in the family of the Mustelidae (like the weasels, otters and ferrets). He says he saw one last year in a park of Montreal and, indeed, there had been many sightings in the West Island and southshore. I agree that it is certainly a suitable candidate (although the creature we saw looked a little smaller, fluffier and I am not sure it was moving in a hopping way like the Fisher). Here are a few videos to give you an idea of what the Fisher looks like: Complètement Animal: Le Pékan, Fisher cat vs squirrel, Fisher cat in Vermont snow, Meet the Fisher, Fisher in North Bay, Ontario. I’ll keep an eye on the area in case I could see it again and confirm this identification.

Monnaies anciennes 63

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (4)

Nous continuons le survol de mes pièces de monnaie de Flavius Claudius Constantinus Iunior (généralement appelé Constantinus II) — vous trouverez la notice biographique de Constantinus II dans la première entrée sur cet empereur.  Cette semaine, je vous présente trois spécimens du type de revers Providentiae Caesarum avec une place forte. Malgré la similitude du type ces pièces sont assez distinctes puisqu’elles ont été frappé dans trois ateliers différents: le portrait de l’empereur n’est pas le même pour la première pièce et il y a des variations dans l’illustration de la place forte (le nombre de tourelles, de niveaux, la présence d’étoile ou de point, etc.).

IMG_1158-1169La première pièce est un assez beau follis / nummus réduit (AE3, AE [Bronze], 17 mm, 2.9 g, patine gris foncé avec égratignures; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste du jeune césar lauré et drapé à gauche, portant un globe et un sceptre dans la main droite, et une mappa dans la main gauche, avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] FL[AVIVS] CL[AVDIVS] CONSTANTINVS NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Notre Seigneur Flavius Claudius Constantinus, Très Noble César”). Le revers illustre une place forte constituée de cinq niveaux, avec une ouverture sans porte (haute de deux niveaux et demi), surmontée de trois tourelles, avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE CAESS[ARVM] (le double “S” dénotant un pluriel, “la Providence [ou prévoyance] des Césars”), un SMHE en exergue (marque de la cinquième officine [Epsilon = 5] de l’atelier d’Héraclée [SMH = Sacra Moneta Heraklea]) et deux points (:) superposés dans le champs gauche (marque de séquence?).

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, pp. 535, 546), cette pièce aurait été frappée par la cinquième officine de l’atelier d’Héraclée en 318-320 EC. Ce serait une pièce rare (r4 = deux à trois pièces connues).

IMG_1138-1141La deuxième pièce est un très beau  follis / nummus réduit (AE3, AE [Bronze], 18 x 19 mm, 3.387 g, payé environ $5, une incrustation beige/rougeâtre rend la lecture difficile; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste du césar lauré, drapé et cuirassé à gauche, avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre une place forte constituée de neuf à onze niveaux (dix?), avec une ouverture sans porte (haute de cinq niveaux), surmontée de deux tourelles entourant une étoile, avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE CAESS[ARVM] (le double “S” dénotant un pluriel, “la Providence [ou prévoyance] des Césars”) et un SMANTΔ en exergue (marque de la quatrième officine [Delta = 4] de l’atelier de Antioche [SMANT = Sacra Moneta ANTioch]).

Selon le RIC (op. cit., p. 688), cette pièce aurait été frappée par la quatrième officine de l’atelier de Antioche en 325-326 EC. Ce serait une pièce rare (r2 = sept à dix pièces connues).

IMG_1149-1153La troisième pièce est un beau follis / nummus réduit (AE3, AE [Bronze], 18 x 19 mm, 3.022 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine vert foncé avec des dépôts de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste du césar lauré, drapé et cuirassé à gauche, avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre une place forte constituée d’un nombre inconnu de niveaux (impossible de les distinguer), avec une ouverture sans porte, surmontée de deux tourelles entourant une étoile, avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE CAESS[ARVM] (le double “S” dénotant un pluriel, “la Providence [ou prévoyance] des Césars”) et un SMTSΔ en exergue (marque de la quatrième officine [Delta = 4] de l’atelier de Thessalonique [SMTS = Sacra Moneta TheSsalonica]).

Selon le RIC (op. cit., p. 519), cette pièce aurait été frappée par la quatrième officine de l’atelier de Thessalonique en 326-328 EC. Ce serait une pièce plutôt commune (c3 = plus de quarante et une pièces connues).

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN]), FAC (Constantinus II, Antioch, camp gates, Heraclea, mappa, Providentia, scepter, Thessalonica), ERIC (Constantinus II); RIC vol. VII Heraclea #37, Antioch #65, Thessalonica #157; online ref. pièce 1: CoinArchives (MHTE, ), ConstantineTheGreatCoins (image), WildWinds (text, image); online ref. pièce 2: acsearch, acsearch, CoinArchives, NumisBids, Numismatics, vcoins, WildWinds (text, image); online ref. pièce 3: CoinArchives, numismatics, WildWinds (text1, image1; text2, image2). Voir aussi mes fiches (Heraclea, Antioche, Thessalonique).

Comme je l’ai expliqué précédemment, le type de revers représentant une place forte (“camp gate”) avec l’inscription Providentia(e) est utilisé par la propagande impériale pour rassurer le peuple en exprimant l’idée qu’il n’y a rien à craindre d’une possible invasion barbare car l’empereur et ses césars sont vigilants et que les frontières sont bien gardées. Ces “places fortes” ne représentent pas toujours nécessairement les portes d’un camp romain mais aussi parfois une tour de guet, une forteresse ou même la porte d’entrée d’une ville (FAC). Les deux ou trois tourelles représentées seraient en fait des signaux lumineux utilisant une sorte de brasero où l’on allume un feu pour signaler l’approche d’un ennemi. L’étoile au milieu de deux tourelles pourrait donc représenter trois tourelles dont celle du milieu est allumée. 

La semaine prochaine nous concluons le survol des pièces de monnaie de Constantinus II avec, cette fois, trois spécimens d’un type de revers représentant deux soldats entourant des étendards avec l’inscription Gloria Exercitus (“à la gloire de l’armée”).

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 62

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (3)

Nous continuons le survol de mes pièces de monnaie de Flavius Claudius Constantinus Iunior (généralement appelé Constantinus II) — vous trouverez la notice biographique de Constantinus II dans la première entrée sur cet empereur.  Cette semaine, je vous présente deux autres spécimens du type “Votis” dans une couronne, cette fois-ci il s’agit d’un Votis Decennalibus (VOT X). Comme la semaine dernière, ce sont des pièces très similaires (follis réduit [AE3]) avec le même type de revers et les même inscriptions mais dans ce cas-ci elles se distinguent un peu plus en deux façon: l’une des pièces présente un portrait vers la gauche et elles ont toutes deux été frappées par des ateliers différents, à des dates différentes. 

IMG_1096-1102La première pièce, un peu moins bien conservée (F [Fine]), est peu plus oblongue (17 x 19 mm, 3.023 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑). Son avers offre une tête du césar lauré à droite avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (Constantinus le Jeune, très noble césar). Le revers illustrent un VOT[IS] • X (Votis Decennalibus), sur deux lignes séparées d’un point, inscrit au centre d’une couronne de laurier (ornée sur le dessus d’une boucle faite d’un cercle avec un point au milieu), avec l’inscription latine CAESARVM NOSTRORVM (“Voeux pour le dixième [anniversaire de règne] de Nos Césars”), et un BSIS suivie d’un pictogramme représentant une percée / levé  de soleil (sunburst / rising sun) en exergue (marque de la seconde officine [B = Bêta] de l’atelier de Siscia [SIS] — le pictogramme constitue probablement une marque de séquence).

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 446), cette pièce aurait été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Siscia en 321-324 EC.

IMG_1111-1115La seconde pièce est plus ronde mais elle est très très belle (VF [Very Fine], 18 mm, 2.987 g, payé environ $7, patine avec dépôt verdâtre; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste du césar lauré, drapé et cuirassé à gauche, suivie de la même nomenclature que la première pièce. Le revers illustre aussi une couronne inscrite d’un VOT[IS] • X avec la même inscription mais cette fois avec un TSBVI en exergue (marque de la deuxième officine [B = Bêta] de l’atelier de Thessalonique [TS] — le chiffre romain “VI” serait possiblement une marque de séquence ou une datation qui fait référence au sixième Consulat de Constantinus en 320 [et qui ne reçoit son septième consulat qu’en 326]).

 D’après le RIC (op.cit., p. 513), cette pièce aurait été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Thessalonique en 324 EC.

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN]), FAC (Constantinus II,Caesarvm Nostrorvm,laurel wreath, Siscia, vota, wreath), ERIC (Constantinus II); RIC v. 7: Siscia #182Thessalonica # 128; Online réf. pour la pièce 1: Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, numismatics, r5coins, vcoins, WildWinds (text, image); Online réf. pour la pièce 2: Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, numismatics, r5coins, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi mes fiches (Siscia, Thessalonica).

Bibliographie:

J’ai deux observations sur cette paire de follis réduit. Premièrement, ces pièces présentent des Votis Decennalibus (voeux pour le dixième anniversaire de règne) alors que Constantinus II n’était césar en 321 que depuis cinq ans! Comme je l’ai déjà mentionné, ces voeux font originalement référence à une coutume de vœux publics pour le bien être de l’empereur, accompagnés de sacrifices et exprimés lors d’anniversaires importants. Ils étaient soit faits ou entrepris au début de la période décennale (suscepta) soit accomplis à la fin de la période (soluta). Il était donc fréquent de voir ces souhaits anticipés pour une période beaucoup plus longue que celle accomplie. Dans ce cas-ci, dès que le Votis quinquennalibus (VOT. V) est accompli, on s’empresse de faire des voeux pour la santé des jeunes césars, en anticipation, pour les cinq années à venir, soit des Votis Decennalibus (VOT. X).

“Les mots suscepta et soluta qu’on rencontre souvent à la suite du mot decennalia se rapportent, l’un au commencement, l’autre à la fin de la période décennale, c’est-à-dire au moment où les voeux sont formés (suscepta), et du moment où ils sont accomplis (soluta). La couronne de laurier qui figure sur les médailles frappées en souvenir de ces fêtes, est celle qu’on offrait à l’empereur”. (Daremberg & Saglio, Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines. Paris: Hachette, 1877‑1919. Tome 2.1, p.33-34)

Deuxièmement, on remarque que les portraits de Constantinus II sur ces pièces présentent des yeux plus grands que nature. C’est un style qui apparait sous le règne de Constantinus et qui est particulièrement apparent sur la tête de son fameux colosse préservé au Palazzo dei Conservatori du Musée Capitolin de Rome. Ce style est supposé représenter une abstraction, exprimant un regard tourné vers l’éternité et la transcendance de la nature divine de l’empereur. On retrouve une représentation similaire sur certaines pièces de monnaie de Constantinus où les yeux plus grands que nature de l’empereur regardent vers le haut, contemplant le ciel (ce sont les “yeux au ciel” [eyes to heaven] ou les “yeux vers dieu” [eyes to god] qui expriment la piété chrétienne de l’empereur). Ces yeux plus grand que nature se retrouve aussi dans la statuaire des fils de Constantinus. Malheureusement il existe peu de représentations lapidaires de Constantinus II qui n’a été empereur que trois ans (l’illustration sur la page française de Wikipedia de Constantinus II est en fait une tête de Constantius II, qui est le fils de Constantinus a avoir régné le plus longtemps, soit vingt-quatre ans). Cela n’a donc, bien sûr, rien à avoir avec le fameux style du dessin animé japonais (qui par ailleurs avait été introduit par Osamu Tezuka, qui l’avait lui-même emprunté à Walt Disney et Max Fleischer 😉 ).

La semaine prochaine nous continuons mon survol des pièces de monnaie de Constantinus II avec, cette fois, trois spécimens du type de revers avec Providentiae Caesarum et la représentation d’une place forte.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 61

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (2)

Cette semaine je vous présente deux nouvelles pièces de monnaie de Flavius Claudius Constantinus Iunior (généralement appelé Constantinus II). Vous trouverez la notice biographique de cet empereur dans mon entrée de la semaine dernière. Ces deux pièces sont pratiquement identique: le flan de la première est légèrement plus grand (18 x 20 mm avec un poids de 2.884 comparé à 17.5 x 18.5 mm avec un poids de 2.765 pour la seconde) et a subit un peu plus d’usure (F [Fine], Très Beau) que le seconde (qui est très très belle [VF / Very Fine] mais dont le revers comporte une importante dépression dans le côté droit du flan). Il s’agit de deux follis réduit (AE3, de fréquence assez commune [C1 = 22 à 30 pièces connues], payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑) qui présentent exactement le même type, avec les même nomenclature et titulature mais qui, si elles ont été frappé à la même officine, ne l’ont pas été avec les même coins car elles ont de légères différences dans leur conception: au niveau de l’épaule droite du portrait du césar sur l’avers et de l’espacement du lettrage sur le revers (la lettre qui se retrouve juste au-dessus de la boucle décorative de la couronne est le “M” de CAESARVM pour la première pièce et le “N” de NOSTRORVM pour la seconde).

L’avers de chacune des pièces présente un buste du césar lauré, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantinus le Jeune, très noble César”). Les deux revers illustrent un VOT[IS] V (Votis quinquennalibus) sur deux lignes (avec possiblement un point entre les deux lignes, ce qui apparait plus évident sur la première pièce) inscrit au centre d’une couronne de laurier (ornée sur le dessus d’une boucle faite d’un cercle avec un point au milieu), avec l’inscription latine CAESARVM NOSTRORVM (“Voeux pour le cinquième [anniversaire de règne] de Nos Césars”), et un R S en exergue (marque de la seconde officine [S = Secundus] de l’atelier de Rome [R = Roma]).

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 321), cette pièce aurait été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Rome en 321.

On se rappel que Constantinus Junior avait été fait césar en mars 317, en même temps que son frère Crispus et que Licinius II — ce qui explique le pluriels dans l’inscription (“Nos Césars”). Cinq ans plus tard, en 321, on célébrait donc le cinquième anniversaire de cette nomination. On note également le portrait juvénile du césar (qui est pourtant illustré beaucoup plus vieux que son âge puisqu’à cette époque il n’a environ que cinq ou six ans!).

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus II, Caesarvm Nostrorvm,  laurel wreath, vota, wreath), ERIC (Constantinus II); RIC v. VII: 236; BeastCoins, CataWiki, CoinArchives, numismatics, numista, r5coins, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi mes fiches (pièce #1, pièce #2).

 

La semaine prochaine nous continuons mon survol des pièces de monnaie de Constantinus II avec, cette fois, deux types de VOT X similaires mais frappés à deux ateliers différents.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 60

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (1)

Flavius Claudius Constantinus Iunior est né à l’été 316 à Arelate (Arles). Il est le second fils de Constantinus (le premier avec sa deuxième épouse, Fausta). En mars 317 (à peine âgé d’un an) il est fait César par son père et reçoit le titre de Nobilissimus Caesar (“le plus noble des Césars”) et est même consul en 321! Dès l’âge de sept ans (322-23) il participe aux côtés de son père à la campagne militaire contre les Sarmates. En 324, il est envoyé à Augusta Treverorum pour défendre la frontière du Rhin à la place de son frère aîné Crispus (qui a été rappelé aux côtés de Constantinus pour sa deuxième campagne contre Licinius). En 331, il reçoit le titre de Alamannicus suite à une victoire contre les Francs et les Alamans. En 332, il se joint à son père sur la frontière du Danube pour une campagne contre les Wisigoths Tervinges et reçoit les titres de Sarmaticus et de Germanicus maximus. En 335, Constantinus divise les responsabilités administratives et militaires de l’Empire entre ses trois fils et ses deux neveux: Constantinus Junior reçoit la responsabilité de superviser la Gaule, la Bretagne et l’Hispanie; Constans reçoit l’Italie, l’Afrique et la Pannonie; Constantius Junior l’Asie Mineure, la Syrie et l’Égypte; Flavius Dalmatius (petit-fils de Constantius) la Macédoine et la Thrace; et son frère Flavius Hannibalianus est nommé monarque des nations pontiques.

Constantinus avait probablement l’intention d’assurer sa dynastie avec la création d’une nouvelle tétrarchie. Toutefois, à sa mort le 22 mai 337, Constantinus Junior (qui est maintenant l’aîné puisque Crispus est mort dix ans plus tôt) tente de faire valoir son droit de primogéniture en se déclarant empereur mais ses frères n’en entendent pas ainsi et tous trois se proclament Augustes. Ils sécurisent leur position en éliminant les oncles et cousins de la famille, puis se rencontrent le 9 septembre 337 à Sirmium (ou Viminacium) pour se partager l’Empire (en se divisant les parts de leur cousins). Toutefois, Constantinus Junior est insatisfait que son frère cadet (qui est sous sa tutelle) ait reçu l’Italie, l’Afrique et l’Illyrie. Il réclame l’Afrique à Constans mais, lorsque ce dernier devient majeur en 339, le conflit éclate ouvertement entre les deux frères. Constantinus Junior sera tué lors d’une embuscade à Aquilée en avril 340. L’Empire se retrouvera alors divisé non seulement par une nouvelle querelle de succession mais aussi théologique: Constans (en Occident) supporte le christianisme nicéen alors que son frère Constantius II (en Orient) supporte le christianisme arien !

J’ai onze pièces de monnaies de Constantinus Iunior que je vais vous présenter en quatre ou cinq parties.

IMG_0995-1005La première de ces pièces est un très beau follis réduit (AE3, 19 x 19.5 mm, 3.359 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre un buste du jeune césar lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (Constantinus le jeune très noble césar). Le revers illustre deux Victoires ailées debout face à face, tenant un bouclier inscrit VOT – P R sur deux lignes (VOTa Populi Romani = “Voeux du Peuple Romain”), surmonté d’un croissant et d’un point (comme les descriptions ne mentionnent pas ce détail il fait probablement partie de la décoration du bouclier), au dessus d’un autel (ara) inscrit d’un “I” (marque de séquence?), avec l’inscription latine VICT[ORIAE] • LAETAE PRINC[IPIVM] PERP[ETVA] (“[Pour une] Joyeuse victoire au Prince éternel”) et un [•]BSIS• en exergue (marque de la deuxième officine [Bêta] de l’atelier de SIScia).

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, pp. 416-418, 434-435), cette pièce aurait été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Siscia en 319 EC.

C’est un type de revers que l’on avait pas vu jusqu’à maintenant mais qui ne fait que reprendre des thèmes bien connu: la victoire et les bons souhaits du peuple envers le prince ou l’empereur. Dans ce cas-ci, comme le prince n’est à peine âgé que de trois ans, on imagine que c’est une façon de lui souhaiter une vie longue et prospère. On note également que c’est une pièce rare [r5 = unique! Plus maintenant… 😉 ]; j’ai d’ailleurs eut de la difficulté à en trouver des exemples dans les sources en ligne. Ce type se retrouve surtout chez Constantinus, Crispus et les deux Licinius. Dans le cas de Constantinus Junior, il est aussi associé avec une titulature plus longue (NOB CAES) et une inscription qui présente VICTORIAE écrit tout au long mais dans ce cas-là la marque d’atelier ne comporte qu’un seul point (ASIS•) [RIC, VII, 80]. Une variante inclue aussi une césure dans la nomenclature (CONSTANT-INVS) et la marque d’atelier a une étoile au lieu du point (ASIS*) [RIC, VII, 99]. Finalement, un autre variante (ASIS•, datant de 319-20; RIC, VII, 107-108) ne semble avoir été frappé que par les troisième (𝛤 [gamma] avec un NOB CAES) et la quatrième (𝛥 [delta] avec NOB C) officines. Dans tous les cas ce sont des pièces considérées rares (r3-r5 = une à six pièces connues — par l’auteur du RIC, au moment où il a été publié dans les années soixante).

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus II, ara, Siscia, VICT. LAETAE PRINC. PERP., Victoria), ERIC (Constantinus II); RIC v. VII: 91; BeastCoins, CoinProject, Numismatics, WildWinds (RIC 91: text1, image1; RIC 99: text2, image2, RIC 99var: text3, image3). Voir aussi ma fiche.

Je voudrais souligner que la semaine dernière je n’étais pas très satisfait de la qualité des photographies prises avec le nouvel iPhone 13 Pro car l’appareil semblait avoir de la difficulté à faire le focus et le résultat me semblait un peu flou… (Étrangement je n’ai pas rencontré ce problème lors de la prise de photo macro de fleurs — une question de différence d’éclairage peut-être entre lumière naturelle et artificielle ?). Je constate cette semaine que si on lui donne le temps de bien établir son focus (parfois en jouant un peu avec l’éclairage) l’appareil réussit à faire un bon focus et le résultat est beaucoup plus satisfaisant. Je suppose qu’avec l’expérimentation je vais réussir à établir l’éclairage et la distance optimale pour prendre de meilleurs clichés de monnaie…

Sur une note plus personnelle, suite à de nombreux problèmes de santé (notamment de terribles migraines), au deuil de l’un de mes chats et au fait que je change d’emploi (ce qui chambarde complètement mon horaire et ma routine), je vais devoir réduire considérablement le contenu de mes chroniques sur le blogue pour les semaines à venir afin de pouvoir me concentrer sur l’apprentissage de mes nouvelles tâches, rattraper mon retard sur mes commentaires de lectures et ré-équilibrer un peu mes chakras. Je ne devrais présenter qu’une ou deux pièces de monnaie à la fois… On verra comment les choses vont par la suite.

La semaine prochaine je vous présente donc deux autres pièces de monnaie de Constantinus Junior.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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