Monnaies anciennes 49

Les tétrarchies (1)

Avec Diocletianus, j’entre dans un territoire qui ne m’est guère familier: le Bas-Empire romain. J’y ai donc beaucoup à apprendre, ce qui rend l’étude des monnaies de cette époque un peu plus complexe mais aussi très stimulante. C’est une période caractérisée par le fait que le Principat (où l’Empereur est le “prince du Sénat”) est remplacé par le Dominat, un régime autocratique où le (ou les) empereur(s) possède(nt) un pouvoir absolu de droit divin qui serait pratiquement royal s’il n’était collégial (il est d’ailleurs inspiré par les monarchies orientales). L’Empire Romain est très vaste et la crise du IIIe siècle a démontré qu’il faisait face à de nombreux périls (révoltes, invasions, épidémies, dévaluation monétaire, instabilité politique, etc.) et que pour maintenir une administration efficace dans de telles conditions il était nécessaire de diviser le pouvoir, comme Valerianus et Gallienus avaient déjà tenté de le faire. La solution romaine à cette difficulté sera la tétrarchie (qui dédouble l’idée du duumvirat, où le pouvoir est divisé entre un Auguste et un César, en établissant un partage de responsabilités territoriales entre deux Augustes et deux Césars).

Diocletianus (284-305 EC)

Caius Aurelius Valerius Diocletianus est né dans une famille modeste à Salona en Dalmatie le 22 décembre 243/5 sous le nom de Diocles (Διοκλῆς). Il fait une carrière militaire et devient commandant de cavalerie sous l’empereur Carus. Il épouse Prisca c. 284. Après la mort de Carus et de son fils cadet, Numerianus, lors d’une campagne contre les Perses, Diocles est acclamé empereur par ses troupes le 20 novembre 284. Il prend alors le nom de Diocletianus et le titre d’Auguste. Toutefois il doit disputer le pouvoir au fils aîné de Carus, Carinus, qu’il vainc à la bataille du Margus en mars ou en juillet 285. Il doit rapidement repousser des invasions de Quades, Marcomans et de Sarmates. Il réalise que la vie d’un empereur tient à peu de chose (il peut mourir au combat ou être assassiné à tout moment) et la mort d’un empereur peut grandement déstabiliser l’Empire. Un duumvirat (ou dyarchie) — qui n’a rien d’exceptionnel puisque dès le IIe siècle Marcus Aurelius et Lucius Verus avaient co-régné — pourrait mettre fin à l’anarchie militaire. Il nomme donc César (puis Auguste l’année suivante) l’un de ses meilleurs officiers, Maximianus, avec qui il partage la gestion du territoire: Diocletianus commande l’armée d’Orient et Maximianus celle de l’Occident. Leur pouvoir, qui n’était initialement qu’une nomination militaire (et à la rigueur politique si elle était entériné par le sénat), est alors légitimé et ancré dans la religion en devenant sacré (un peu comme dans le cas des monarchies de droit divin): Diocletianus prends le titre de Iovius (représentant et protégé de Jupiter) et Maximianus celui de Herculius (représentant et protégé d’Hercule).

Pour définitivement mettre fin à la crise, Diocletianus entreprend une série de réformes militaires, administratives et économiques. Pour pacifier l’Empire il renforce les frontières en multipliant les forts et les remparts (limes), il fragmente les légions pour créer des unités plus petites mais plus nombreuses et mieux entraînées, puis augmente les effectifs en étendant la conscription aux provinces et en y ajoutant des barbares fédérés. De la même façon, comme le démontre la Notitia dignitatum, il décentralise l’administration, ajoute plus de fonctionnaires en favorisant la classe équestre, subdivise les provinces  en plus petits territoires plus facile à gérer et les regroupe en douze diocèses (l’Italie et l’Égypte perdent alors leurs privilèges). Finalement, il réforme le système monétaire (à partir de la fin de 294, il diminue la valeur de l’aureus, puis crée l’argenteus et une nouvelle monnaie de bronze appelé nummus ou follis; l’ancien antoninianus / aurelianus en billon perdure sous une nouvelle forme que l’on qualifie de “radiate post-réforme”), instaure un nouveau régime fiscal (dès 297 l’impôt foncier est étendu à tout l’Empire et il ajoute un impôt per capita), et fixe tant les salaires que le prix des denrées par l’Édit du Maximum (301).

Le système du duumvirat fonctionne bien mais reste néanmoins encore insuffisant pour bien contrôler la vaste étendue de l’Empire. Diocletianus instaure donc la tétrarchie en 293, où chacun des deux co-empereurs se choisit un César parmi ses meilleurs officiers: Diocletianus prends comme second son gendre Galerius (époux de sa fille Valeria) et Maximianus sélectionne Constantius. La gestion du territoire est répartie entre les tétrarques: Diocletianus (basé à Nicomédie) contrôle l’Asie et l’Égypte, Maximianus (de Mediolanum) contrôle l’Italie, l’Afrique et l’Hispanie, Galère (de Sirmium) est responsable de l’Illyrie et de la frontière danubienne, alors que Constantius (à partir de Augusta Treverorum) est chargé de maintenir l’ordre en Bretagne et en Gaule. Pendant vingt ans ce système offre à l’Empire Romain une stabilité qu’il n’avait pas connu depuis longtemps (ombragé peut-être seulement par d’importantes persécutions contre les chrétiens), au point où, le 1er mai 305, les deux Empereurs se permettent d’abdiquer en faveur de leur césars et de prendre une retraite bien méritée. Maximianus s’installe bien malgré lui en Lucanie et Diocletianus se retire dans un vaste palais (maintenant devenu la ville de Split) près de sa ville natale, où il meurt le 3 décembre 311/12.

Toutefois la tétrarchie, un sytème qui privilégie le mérite des candidats au pouvoir et non l’hérédité, rencontre des difficultés dès la première succession: à la mort de Constantius, le 25 juillet 306, le choix des nouveaux césars (Maximinus Daza et Severus) est contesté par les fils respectifs de Maximianus et Constantius (Maxentius et Constantinus). Le 11 novembre 308, Diocletianus est forcé de sortir de sa retraite pour la conférence de Carnuntum afin d’arbitrer la querelle de succession. Il y est décidé que Maxentius, considéré comme usurpateur et qui avait tué Severus au printemps 307, serait remplacé par un général de Galerius, Licinius. Malheureusement ces luttes de pouvoir entre Galerius, Maximinus, Licinius et Constantinus continuent jusqu’en 324 alors que seul Constantinus en sort vainqueur.

J’ai quatre pièces de monnaie de Diocletianus. Je vous les présente, non pas par ordre chronologique, mais par ordre de qualité… 

IMG_0321-0324La première pièce est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [Bronze argenturé / Billon], 21 mm, 4.188 g, payé environ $6 le 1986/06/16, patine brunâtre/verdâtre, avec trace d’argenture et d’oxydation; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié, cuirassé (et drapé sur l’épaule) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] DIOCLETIANVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre deux Concordiae, drapées, debout face à face, se serrant la main droite et tenant des cornes d’abondance dans la main gauche, avec l’inscription latine CONCORDIA AVGG[VSTORUM] (“la concorde/harmonie des deux Empereurs”) et la marque d’officine I I en exergue.

J’ai eu beaucoup de difficulté à retracer mon identification initiale de cette pièce et je n’ai trouvé qu’une seule référence en ligne qui la mentionne, ce qui est probablement signe que c’est une pièce rare. Selon le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, Vol. V, Part II, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 223), cette pièce aurait été frappée à Lugdunum (Lyon) en 294 EC — donc avant la réforme. Toutefois, ma pièce semble être une variante puisque le RIC donne comme titulature “IMP DIOCLETIANVS P AVG” alors que ma pièce ne comporte pas de “P”.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN], Concordia [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, Concordia, Concordia Augg, edict on price), ERIC (Diocletianus); RIC v. 5, pt. 2: 17; Numismatics. Voir aussi ma fiche.

IMG_0298-0305La deuxième pièce est un beau aurelianus (VG/F [Very Good/Fine], AE/BI [Bronze argenturé/Billon], 21 x 22 mm, 2.906 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brune avec traces verdâtre et rougeâtre; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] C[AIVS] VAL[ERIVS] DIOCLETIANVS P[IVS] AVG[VSTVS]. Le revers illustre les deux empereurs (Diocletianus debout à droite et Maximianus debout à gauche, tenant une lance transversale pointée vers le bas à gauche) face à face, tenant de la main droite un globe surmonté d’une Victoire, avec l’inscription latine VICTORIA AVGG[VSTORVM] (“la victoire des deux empereurs”), et un •XX•I• en exergue (marque de titrage de la réforme d’Aurelianus) ainsi qu’un 𝝘 (gamma, marque de la 3e officine) dans le champs entre les empereurs.

Cette pièce aurait été frappé à l’atelier de Siscia et daterait de 292 EC.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price, Victory), ERIC (Diocletianus); RIC v. V, pt. 2: 278; Sear RCV (1983): 3424; AugustusCoins, CoinProject (01, 02), FAC, Numismatics, WildWinds (text, image), WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0308-0315La troisième pièce est un beau antoninianus (F/VG [Fine/Very Good], AE/BI, 21 mm, 3.677 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine verdâtre avec de fort dépôts de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] C[AIVS] VAL[ERIVS] DIOCLETIANVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre Jupiter debout à gauche, tenant un foudre (fulmen) de la main droite et un long sceptre dans la gauche, un aigle à ses pieds, avec l’inscription latine IOVI CONSER[VATORI] AVGG[VSTORVM] (“À Jupiter, protecteur des empereurs”), ainsi qu’un SML en exergue (marque l’atelier de Lugdunum) et un A dans le champs droit (marque de la première officine).

Cette pièce aurait été frappé à l’atelier de Lugdunum et daterait de 287-88.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN], Édit du Maximum [FR/EN], Réforme de Dioclétien [FR/EN], Argenteus [FR/EN], Follis [FR/EN], Post-reform radiate [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price, fulmen, Jupiter, sceptre), ERIC (Diocletianus); RIC v. 5, pt. 2: 35; CoinArchives, CoinProject, CoinTalk (Diocletian reform, pre- & post-reform radiate), Numisbids, Numismatics, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0333-0339La quatrième et dernière pièce est un assez beau tétradrachme d’Alexandrie (G [Good], Billon (Cu+Zn+Ag) / Potin (Cu+Sn+Pb), 17 x 19 mm, 8.192 g, flan épais, patine brun pâle, payé environ $5 le 1985/01/06; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription grecque (illisible) A K ΓOY A ΔIOKΛHTIANOC CЄB (Autocrator Kaisaros ? ?? Aurelios DIOKLETIANOS SEBastos = Imperator Caesar Caius? ?? Aurelius Diocletianus Augustus). Le revers illustre une Athena debout à gauche, tenant une nike et s’appuyant sur un bouclier, avec la datation L Δ (4e année de règne, i.e. 287-288) dans le champs gauche.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price), ERIC (Diocletianus); BMCG v. 15: 2484. acsearch, acsearch, acsearch, CoinArchive, FAC. Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Ces pièces de monnaie représentent bien la première tétrarchie (son aspect collégial avec le type de la Concordia et la convergence du pouvoir militaire et religieux avec le type du Iovi Conservatori Augustorum) et sa volonté de réorganiser et de pacifier l’Empire (le type de la Victoria) — quoi que la plupart d’entre elles ont été frappé durant le duumvirat et avant la réforme monétaire de Diocletianus. Cette dernière (en créant de nouvelles dénominations et valeurs) rend d’ailleurs la tâche du numismate un peu plus complexe mais toujours aussi intéressante…

Mais ce n’est pas tout, car la semaine prochaine nous nous intéressons au co-empereur de Diocletianus, Maximianus Herculius.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 48

Les empereurs Illyriens (6)

Carinus (283-285 EC)

Marcus Aurelius Carinus est né vers 250 (249 selon certains, 252-53 selon Malalas, Chronographia, XII, 306 seq.) et était le fils aîné de Carus. Sa famille était originaire soit de Narona en Illyricum (Dalmatia), soit de Narbo Martius (Narbonne) dans la province de Gallia narbonensis. Les monnaies et l’épigraphie lui attestent une épouse, Magnia Urbica (qui reçoit les titres d’Augusta et de Mater castrorum [“Mère des camps”]) et un fils, Nigrinianus, mort en bas âge. Son père devient empereur en septembre/décembre 282 alors que Probus est assassiné par des soldats mutins. Peu de temps après, il associe son fils aîné au pouvoir en le nommant caesar et Prince de la jeunesse. En janvier 283, il le fait co-consul et Augustus, et nomme son fils cadet, Numerianus, caesar et princeps juventutis. Les deux fils reçoivent également le titre d’imperator. Carus part alors faire campagne contre les Perses avec Numerianus et confit l’armée d’Occident à Carinus. Toutefois, tout de suite après avoir pris la ville de Ctésiphon en novembre 283, il meurt dans des circonstances étranges (possiblement frappé par la foudre!) et ses deux fils deviennent donc co-empereurs. Pendant que Carinus mène une vie dissolue à Rome (à moins que ce ne soit de la propagande négative créée par ses opposants?), Numerianus ramène vers Rome son armée réticente à continuer les combats contre les Perses. Il meurt (soit à Émese en Syrie, soit à Chalcédoine en Bithynie) dans des circonstances obscures (possiblement assassiné par son beau-père, Arrius Aper) en novembre 284 et l’armée acclame Dioclès, le commandant de la garde impériale, comme nouvel empereur.

Comme Julianus (le corrector de Vénétie) tente d’usurper le pouvoir, Carinus passe d’abord par l’Italie pour écraser cette révolte à Vérone en mai ou juin 285. Ce n’est que par la suite qu’il marche à la rencontre de Diocles (qui a prit le nom de Diocletianus) en Illyrie. Les deux armées s’affrontent à la mi-juillet (ou au printemps?) 285 près de Viminacium en Mésie, lors de la bataille du Margus. Malgré que son armée tienne bien tête à l’usurpateur, Carinus meurt (soit durant la bataille, soit trahit, soit assassiné par un ou des tribun(s) jaloux de l’attention qu’il portait à son/leurs épouse(s)). Il n’aura régné que deux ans et demi et est considéré par les historiens romains comme l’un des pires empereurs. Son armé se rallie alors à Diocletianus qui devient le seul empereur. Son long règne sera le début d’une nouvelle ère pour l’Empire Romain, celle du dominat et des tétrarchies.

IMG_0174-0180Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Carinus mais c’est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [bronze argenturé / Billon], 21 x 22 mm, 4.115 g, payé environ $6 le 1985/06/16, quelques traces d’argenture et de corrosion; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et cuirassé (possiblement drapé sur l’épaule) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] CARINVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Équité (Aequitas) debout à gauche, tenant une balance (libra) et une corne d’abondance (cornucopiae), avec l’inscription latine AEQVITAS AVGG[VSTORVM — le double “G” dénotant un pluriel [Duorum Augustorum], soit “l’équité des deux Augustes”] et un “A” (marque de la première officine) dans le champs droit.

Cette pièce représente bien la propagande impériale qui exulte les vertus des empereurs alors que l’Aequitas exprime une idée d’égalité, de justice et de prospérité (par le commerce rendu possible par la stabilité de l’état). Selon le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, Vol. V, Part II, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 166) et les diverses sources en ligne, ce type avec une Aequitas et la marque d’officine “A” n’a été frappé qu’à Lugdunum (Lyon) — le type frappé à Rome [RIC 5.2: 238] comportait “KAZ” comme marque d’officine. Le RIC n’offre pas de datation mais les sources en ligne proposent tantôt avril 283, tantôt janvier 284 mais plus fréquemment surtout 283-284, ce qui fait du sens puisque l’inscription “Aequitas Augg” implique le co-principat de Carinus et Numerianus qui s’étend de la mort de Carus en novembre 283 à la mort de Numerianus en novembre 284.

Sources: Encycl. Brit. (1911), Wikipedia ( [FR/EN], Aequitas [FR/EN]), Google, FAC (Carinus, Aequitas, AVGG, cornucopiae), ERIC (Carinus); RIC v. 5, pt. 2: 212; Sear RCV (1983): 3362; acsearch, ARC, CoinArchives (01, 02), CoinProject (01, 02, 03, 04, 05), FAC, Numismatics, Numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Le troisième siècle est très mal documenté par les auteurs de l’époque qui se contredisent souvent et les sources plus riches, comme l’Historia Augusta, sont malheureusement peu fiables. La causes des événements et leur datation est plutôt flou ce qui ne laisse parfois aux historiens modernes que des hypothèses (qui évoluent et changent au cours des époques et avec les nouvelles découvertes archéologiques). Ce qui fait que, dépendant des sources consultées, les motivations des acteurs et les dates varient grandement. Le pire exemple est la divergence que l’on rencontre entre les versions française et anglaise de Wikipedia! Heureusement l’épigraphie et la numismatique fournissent des ancrages solides qui permettent d’établir une datation plus précise et fiable. Cela explique aussi la grande différence rencontré entre les datations d’ouvrages comme le British Museum Catalogues of Coins ou le Roman Imperial Coinage (écrits à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle) et les sources plus récentes que je consulte en ligne.

La semaine prochaine nous nous intéresserons au règne charnière de Diocletianus dont j’ai quatre pièces de monnaie.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 47

Les empereurs Illyriens (5)

Probus (276-282 EC)

Marcus Aurelius Probus est né en août 232 à Sirmium (en Pannonie, anciennement partie de l’Illyrie). Il fait une brillante carrière militaire et déjà sous Valerianus il avait un important poste de commandement de légion. Il sert dans les campagnes d’Aurelianus et Tacitus le nomme commandant de l’armée d’Orient (dux orientis) à la fin de 275 ou au début de 276. À la mort de ce dernier, l’armée l’acclame empereur et, après avoir rapidement éliminé Florianus, son successeur, son pouvoir est confirmé par le sénat en septembre 276. Son intention est de complèter la restauration de l’empire débuté par ses prédécesseurs mais il doit d’abord continuer la consolidation des frontières. Durant les deux premières années de son règne (276-277), il se consacre à sécuriser la Gaule envahie par des Germains (des Francs et des Alamans), puis reprend le contrôle des Champs Décumates et réorganise le limes du Rhin. Les deux années suivantes (278-79), il fait campagne en Rhétie (contre les Vandales et les Burgondes) et en Thrace (contre des Sarmates) et il conclut même une trêve avec les Perses. En 280-81, il devra également étouffer quelques révoltes et tentatives d’usurpations (Saturninus, Bonosus et Proculus). Vers la fin de 281, il rentre finalement à Rome où il célèbre un triomphe et donne des jeux. Il semble croire (ou est-ce de la propagande?) que la crise est terminée et que l’Empire est pacifié. Il aurait déclaré “Brevi milites necessarios non habebimos” (“Sous peu, nous n’aurons plus besoin de soldats”)!

Pendant ce temps il poursuit les réformes économiques de Aurelianus, surtout en ce qui a trait à l’agriculture: il autorise la viticulture en Gaule et en Pannonie, donne des terres agricoles à coloniser à des Germains, qu’il enrôle également comme auxiliaires dans l’armée en Gaule belgique et le long du Rhin pour former une sorte de bande tampon contre les invasions. Il entreprend de nombreux travaux de constructions et rénovations sur les infrastructures de l’Empire (édifices publics, voirie, drainage, irrigation, plantation, etc.) et amnistie de nombreux acteurs des tentatives de révoltes et d’usurpations. Il nomme le préfet du prétoire Carus commandant de l’armée d’Occident.

En 282, il part faire campagne contre les Perses afin de reconquérir l’Arménie et la Mésopotamie. Les travaux de réfection des infrastructures avaient été confié à l’armée, pour que les troupes ne soient pas oisives en temps de paix. De passage à Sirmium en septembre ou octobre 282, lors d’une tournée d’inspection des travaux, Probus est pris à parti par des soldats mécontents de cette corvée et il est assassiné ! La nouvelle prends une semaine à parvenir à Rome et Carus lui succède. Il n’aura régné que six ans.

J’ai cinq pièces de monnaie de Probus. Les deux premières sont des “Restitutor Orbis” dont l’avers offre un buste de l’empereur radié, cuirassé et drapé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] PROBVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS] (L’Empereur Caesar Marcus Aurelius Probus, Pieux, Heureux, Auguste). Le revers illustre une femme (Orbis?) drapée, debout à droite, présentant une couronne de laurier de la main droite à l’empereur debout à gauche, tenant un globe de la main droite et un long sceptre de la main gauche, avec l’inscription latine RESTITVT[OR] O-RBIS (“Restaurateur du monde”). En exergue on retrouve un XX I (la marque de titrage de la réforme monétaire d’Aurelianus). La seule différence entre les deux pièces réside dans la marque d’officine. 

IMG_0184-0190La première pièce est donc un très beau aurelianus (VG / F [Very Good / Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20 mm, 3.871 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine verte avec trace de vert-de-gris; die-axis: ↑↑) qui se distingue par la marque d’officine dans le bas du champs centre: E ∆ (Epsilon Delta = la neuvième officine ?).

 

IMG_0195-0201La deuxième pièce est un très très beau aurelianus (F / VF [Fine / Very Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20.5 x 22 mm, 3.521 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brunâtre avec encore des traces importantes d’argenture sur le revers; die-axis: ↑↑) qui, cette fois, offre simplement un  B (Beta = seconde officine) dans la bas du champs centre.

Ce type de pièce (avec le Restitutor abrégé en RESTITVT) n’aurait été frappé qu’à Antioche et n’apparait probablement que vers la fin du règne, alors que le succès de l’empereur est apparent (probablement suite à ses victoires contre les Germains), c’est-à-dire vers 280-82 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, Orbis, scepter), ERIC (Probus); RIC v. 5, pt. 2: 925; Sear RCV (1983): 3264; CoinArchives (B), Numista, WildWind (B [text, image], E ∆ [text, image]). Voir aussi mes fiches (Epsilon Delta & Beta).

IMG_0207-0214La troisième pièce est un superbe antoninianus (VF/EF [Very Fine / Extra Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 22 mm, 3.746 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine grisâtre avec encore des traces d’argenture le long des reliefs; die-axis: ↑↓) qui présente un avers avec un buste de l’empereur radié et cuirassé (drapé sur l’épaule?) à droite, et l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] PROBVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Felicitas drapée, debout à droite, tenant un long caduceus (caducée) et une cornucopiae (corne d’abondance), avec l’inscription latine TEMPO-R[VM] FELICI[TAS] (“La Félicité du temps”), et un I en exergue (marque de la première officine).

Cette pièce exprime bien l’optimisme (ou la propagande) de Probus face à l’avenir et aurait été frappé à Lugdunum (Lyon). Si les sources en ligne ne s’entendent pas sur la datation (certaines proposent 277, d’autres 281-82), la majorité la situe à la période II, émission 6, 1ère officine, c’est-à-dire entre 278 et 279 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, caduceus, cornucopiae, Felicitas), ERIC (Probus); RIC v. 5, pt. 2:  104; Sear RCV (1983):  3273; AncientCoins, ARC, BeastCoins, calkinsc, catawiki, CGB, CoinProject, CoinTalk, Numismatics, Numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0215-2019La quatrième pièce est un très beau antoninianus (F/VG [Fine / Very Good], AE / BI  [Bronze argenté / Billon], 21.5 x 23 mm, 3.765 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine brun foncé avec légère traces de vert-de-gris sur le revers; die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite, avec la brève inscription latine PROBV-S P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un trophée militaire (tropæum) entre deux prisonniers, avec l’inscription latine VICTOR-IA GERM[ANICA] (Victoire sur les Germains), et un R A entourant une foudre (fulmen) en exergue (cette inscription n’est pas claire mais on peut tout de même la distinguer suffisamment pour l’identifier).

Le tropæum, un monument destiné à commémorer une victoire militaire, est composé d’une croix de bois à laquelle est accrochée une cuirasse, un casque, des boucliers et des armes (lances, épées, etc.) prisent à l’ennemi vaincu. Sur les monnaies, il est souvent représenté avec deux prisonniers de part et d’autre.

Cette pièce aurait été frappée à la première officine de Rome (R = Rome, A = première officine) durant la 6e émission, ce qui la date en 281 EC — et qui correspond probablement à l’époque de son triomphe à Rome.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN], foudre, fulmen, tropæum [FR/EN]), Google, FAC (Probus, fulmen, tropæum, Victoria Germ), ERIC (Probus), Roman Emperors; RIC v. 5, pt. 2:  223; Sear RCV (1983): 3275; CoinArchives, CoinTalk, Nomos AG,  Numismatics, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0233-0242-0227La cinquième et dernière pièce est un assez beau tetradrachme grec impérial d’Alexandrie (VG [Very Good], AE / BI [Bronze (Cu+Sn) avec fort taux de cuivre ? / Potin (Cu+Sn+Pb) ? / Billon (Cu+Zn+Ag)?], 17 mm [épaisseur variant entre 2.5 mm (à 70º) et 4 mm (à 335º)], 7.0864 g, payé environ $5, flan épais à épaisseur variable; exceptionnellement cette pièce a été brossée avec une laine d’acier douce et de l’huile minérale afin de diminuer les concrétions qui obscurcissaient le relief mais il subsiste encore de traces d’oxydation bleu foncé et vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré et drapé à droite avec l’inscription grecque A K M A𝝪𝝦 𝝥𝝦𝝧𝝗𝝧𝝨 𝝨𝝚𝝗 (Autokrator Kaisaros Markos AURelios PROBOS CEBastos = Imperator Caesar Marcus Aurelius Probus Augustus). Le revers illustre un aigle à gauche regardant derrière lui (vers la droite) et tenant une couronne de laurier dans son bec, avec un L E de part et d’autre dans le champs.

L’aigle représente bien sûr le dieu Jupiter, mais aussi la légion romaine (aquila) et, par extension, le pouvoir impérial. Comme je l’ai déjà expliqué pour les pièces de Quadratus et de Aurelianus (selon Sear GICV, p. xxv et le FAC), les pièces grecques impériales (ou provinciales) étaient souvent datées avec l’inscription ETOYΣ (έτος, parfois abrégé “ET” ou “L” à Alexandrie, qui signifie simplement “année”) suivie d’une date qui correspondait soit à une ère locale (Césarienne ou Actienne) ou à l’année de règne de l’empereur (ou du monarque local). Dans ce cas-ci, à Alexandrie (selon une tradition empruntée aux Ptolémés), “L E” correspond à la cinquième année du règne de Probus, soit du 29 août 279 au 28 août 280 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, Eagle, Potin), ERIC (Probus); BMCG v. 15: 2428; Sear RCV (1983): 3290; BeastCoins, Calkinsc, CoinArchives, CoinProject, CoinProject, CoinTalk. Voir aussi ma fiche (recto, verso).

Bibliographie:

Probus aura régné brièvement mais il a joué un rôle important en complétant les réformes d’Aurelianus (et permettant l’expansion de la culture de la vigne!). Suite à sa mort, le préfet du prétoire Carus (originaire de Narbo Martius) est acclamé empereur vers la fin 282 (entre septembre et décembre). Les assassins de Probus sont rapidement jugés et exécutés. Il associe ses fils Carinus et Numerianus au pouvoir et confit l’armée d’Occident au premier, puis part en campagne avec le second. Il rétablit d’abord l’ordre dans le nord (contre les Sarmates en Pannonie), puis poursuit la campagne de Probus contre les Perses. Il remporte une victoire en prenant les villes de Séleucie et de Ctésiphon mais meurt aussitôt foudroyé (littéralement) en juillet ou août 283 ! Il n’aura donc régné qu’une seule année. Ses fils lui succèdent et prennent le titre d’Auguste à l’automne mais Numerianus meurt en Thrace l’année suivante (novembre 284). Carinus, lui, règnera encore un an.

La semaine prochaine nous concluons l’époque des empereurs Illyriens (et celle de la crise du IIIe siècle) avec le principat de Carinus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 46

Les empereurs Illyriens (4)

Tacitus (275-276 EC)

Si, grâce à des empereurs comme Claudius Gothicus ou Aurelianus, la situation de l’Empire Romain s’est grandement améliorée, la crise du IIIe siècle n’est pas encore tout à fait terminée puisque l’anarchie militaire perdure et les empereurs se succèdent encore à un rythme accéléré. Après l’assassinat malheureux de Aurelianus, un nouvel empereur Illyrien prends le pouvoir…

Marcus Claudius Tacitus est né vers 200 à Interamna (Terni) en Ombrie dans une riche famille sénatoriale et se disait descendant de l’historien Tacitus. Il a été consul en 273 et était président du sénat. Après l’assassinat inopiné d’Aurelianus, l’armée ne trouve aucun candidats méritoires car les généraux expérimentés comme Probus sont tous en mission sur la frontière. Au bout de quelques mois d’interrègne, en septembre ou décembre 275, c’est au sénat que l’on demande de nommer un successeur et le pouvoir impérial est alors offert à Tacitus, qui est septuagénaire ! Ses premiers actes sont de faire diviniser son prédécesseur, de récompenser l’armée par un donativum, et de redonner certains pouvoirs au sénat. Il nomme Probus commandant de l’armée d’Orient (dux orientis) et Florianus (possiblement son demi-frère maternel) préfet du prétoire ainsi que commandant de l’armée d’Occident.

Au début de 276, il se rend lui-même en Asie Mineure pour repousser une invasion de Goths et de Hérules en Cilicie (possiblement des mercenaires de l’armée de Aurelianus). Après la victoire, il reçoit le titre de Gothicus Maximus, mais doit revenir immédiatement pour répondre à une invasion de Francs et de Alamans en Gaule. En chemin, en juin 276, il meurt à Tyane en Cappadoce soit d’une fièvre (selon Eutrope, Aurelius Victor et l’Historia Augusta), soit assassiné (selon Zozimus). 

IMG_0162-0169Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Tacitus et c’est un assez beau aurelianus (G [Good], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20.5 mm, 2.104 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brunâtre avec une importante usure; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre une buste de l’empereur radié, drapé (et possiblement cuirassé) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] CL[AVDIVS] TACITVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire (Victoria) ailée debout de face, la tête tournée à gauche, tenant une couronne de laurier de la main droite et une feuille de palmier de la gauche (contre son épaule), avec l’inscription latine VICT-O-RIA AVG[VSTA] (la victoire de l’empereur) et un XXIA en exergue (marques de titrage de la réforme d’Aurelianus et de la première officine de Rome — cela pourrait possiblement aussi être un “XXIR” — “R” pour Rome).

Cette pièce commémore sans aucun doute la victoire de Tacitus contre les Goths en Asie Mineure. La chronologie du règne de Tacitus est un peu floue. Certaines sources en ligne datent cette pièce de novembre-décembre 275 mais, comme la victoire contre les Goths semble avoir eut lieu au printemps 276, elle daterait probablement plus de mars à juin 276. Ce type de revers n’a été frappé qu’à l’atelier monétaire de Rome, et dans ce cas-ci à la première officine (A). Cette pièce est également le premier exemple que j’ai de la réforme monétaire d’Aurélien, où les nouvelles pièces de monnaie en “argent” (les aureliani) sont marqués d’un “XX I” pour garantir qu’elles contiennent un ratio 20 pour 1 de cuivre et d’argent (en fait elle sont donc en billon).

Sources: Wikipedia (Tacitus [FR/EN]), Google, FAC (Tacitus, Victoria), ERIC (Tacitus); RIC v. 5, pt. 1: 97; acsearch, acsearch,  CGB, CoinArchives,  leunumismatik, numismatics, numismatics, numista, RIC-MOM (3479, 3480), WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

À la mort de Tacitus, Florianus tente, avec l’appui du sénat, de lui succéder mais Probus est proclamé empereur par les troupes d’Orient (en Égypte, Syrie, Palestine et Phénicie) et le défait au bout de trois mois grâce à sa grande expérience militaire. L’armée de Florianus se révolte et l’assassine. Probus prend alors le pouvoir et peut ainsi offrir à l’Empire un petit peu plus de stabilité… car il règnera un gros six ans !

La semaine prochaine nous découvrirons donc le règne de Probus dont j’ai cinq pièces de monnaie forts intéressantes.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 45

Les empereurs Illyriens (3)

Aurelianus (270-275 EC)

Lucius Domitius Aurelianus est né le 9 septembre 214 (ou 215) à Sirmium en Pannonie (anciennement l’Illyrie). D’origine humble, il a fait une brillante carrière militaire: il commande d’abord une troupe d’auxiliaires, puis sous le règne de Gallienus il combat les Goths à la bataille de Naissus sous le commandement de Claudius, et sous le règne de ce dernier il est promu commandant de la cavalerie d’élite Dalamatienne (equites Dalmatae) puis Maître de cavalerie (magister equitum). Il vainc les Alamani à la bataille du lac Benacus, puis repousse une autre invasions dans les Balkans. À la mort de Claudius en janvier 270, son frère Quintillus est nommé empereur par le sénat mais en mai les légions acclament plutôt empereur leur général, Aurelianus. 

Il semble que dès le début de son règne Aurelianus s’est donné pour objectif de restaurer la grandeur de l’Empire. En 270-71, il écrase rapidement les nombreux usurpateurs qui contestent son pouvoir, puis repousse les envahisseurs germains du nord de l’Italie (bataille de Fanum Fortunae) et des Balkans — recevant ainsi les titres de Germanicus et Gothicus Maximus. Il abandonne la province de Dacie, qui est trop difficile à défendre, et relocalise les populations en Mésie. Aussi, sachant maintenant Rome vulnérable, il fait entourer la ville d’une fortification. Après avoir consolidé sa position, la priorité suivante est de réunifier l’Empire qui s’était scindé en trois à la suite d’une série de crises internes et d’invasions qui se succédèrent après la mort de Severus Alexander, entre 235 et 268. En 272, il s’attaque d’abord à reconquérir l’Empire palmyrénien. Après avoir défait la reine Zenobia et son fils Wahballat, acquérant le titre de Restitutor Orientis, Aurelianus se tourne vers l’ouest en 273 pour reconquérir l’Empire des Gaules alors sous l’autorité de Tetricus qu’il capture à la bataille de Châlons au printemps 274. Il recevra un triomphe à Rome (où il parade les captifs qu’il a gracié: Zenobia, Tetricus et leurs fils respectifs) ainsi que le titre de Restitutor Orbis (“Restaurateur du monde”).

Aurelianus savait bien qu’il aurait été inutile de rapiécer l’Empire si il ne corrigeait pas les causes même de la crise. Il entreprit donc une série de réformes administratives, religieuses et économiques: il a fait reconstruire des infrastructures vétustes, donne un rôle officiel au culte solaire de Sol Invictus (initiant une tendance vers le syncrétisme monothéiste), améliore la distribution alimentaire, organise les corporations de métiers, fixe le prix des denrées essentielles, combat la corruption des fonctionnaires et dans les ateliers monétaires, mais surtout établit une réforme monétaire en créant l’aurelianus, une pièce de bronze argenté ou de billon avec un meilleur aloi que l’antoninianus (5% d’argent) — réforme rendu possible par l’apport de métaux précieux généré par sa campagne en Orient et la reconquête des mines d’Hispanie et de Bretagne. Il aurait probablement accompli encore plus s’il n’avait été assassiné par des officiers qui craignaient la sévérité de sa discipline alors qu’il se rendait en Orient pour faire une nouvelle campagne militaire contre les Perses. Il meurt à Caenophrurium (en Thrace) en septembre 275. Il semble que son épouse, Ulpia Severina, assura l’interrègne pendant quelques mois en attendant que le sénat nomme Tacitus comme successeur.

J’ai trois pièces de monnaie d’Aurelianus.

IMG_0090-0097La première de ces pièces est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [Bronze / Billon]?, 20 x 21.5 mm, 2.055 g, payé environ $5 le 1985/04/14, patine brunâtre avec de légers dépôts de vert-de-gris et le flan est brisé en deux parties [17 x 20 mm et 4.5 x 14 mm]; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] AVRELIANVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une femme (Oriens? Pax?) drapée, debout à droite, présentant une couronne de laurier de la main droite à l’empereur lauré, en habit militaire, debout à gauche, tendant la main droite et tenant une lance (hasta) de la main gauche, avec l’inscription latine RESTITVT[OR] ORIE-NTIS (“Restaurateur de l’Orient”) avec un P en exergue (marque de la 1ère officine [Primus / Premier] de l’atelier de Mediolanum — j’avoue qu’elle est à peine visible et que ce pourrait être aussi bien un S [Secundus / Second], ou même un *S, *T ou *Q [Secundus / Second, Tertius / Troisième, Quartus / Quatrième, pour l’atelier de Siscia] mais selon moi cela ressemble plus à un “P”).

Cette pièce commémore sûrement la victoire de Aurelianus sur Zenobia, reine de l’Empire Palmyrénien (avec ses victoires à Immae et Émèse), et sur l’usurpateur Firmus en Égypte, ce qui lui a permis de réunifier (restaurer) l’Orient à l’Empire Romain et d’acquérir le titre de Restitutor Orientis. Elle date donc probablement de 273-74 (quoi qu’une source en ligne mentionne plutôt 271-272).

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Restitutor Orientis, Oriens), ERIC (Aurelianus); RIC v. 5, pt 1: 140; WildWinds (text, image), CoinArchives, CoinArchives, CoinProject (1, 2, 3), vcoins, numista, numismatics, Wikimoneda, CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

IMG_0100-0110La deuxième pièce est un assez beau tetradrachme d’Alexandrie (G / VG [Good/Very Good], AE / CU / BI [Bronze / Cuivre /  Billon]?, 22 mm, 8.987 g, payé environ $12, flan épais avec patine rougeâtre et trace de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré et cuirassé à droite, avec l’inscription grecque Α Κ Λ ΔΟΜ ΑΥΡΗΛΙΑΝΟC CΕΒ (Autokratos Kaisar Lucios DOMitios AURELIANOS CEBastos = IMP[ERATOR] C[AESAR] L[VCIVS] DOM[ITIVS] AVRELIANVS AVG[VSTVS]). Le revers illustre un aigle debout à gauche (les ailes fermées), la tête retournée vers la droite, une couronne de laurier dans le bec, avec une étoile dans le champs gauche et l’inscription grecque ΕΤΟΥϹ (année) et E (5) de part et d’autre. 

Comme je l’ai déjà expliqué dans le cas de la pièce de Quadratus (selon Sear GICV, p. xxv et le FAC), les pièces grecques impériales (ou provinciales) étaient souvent datées avec l’inscription ETOYΣ (έτος, parfois abrégé ET. ou L à Alexandrie, qui signifie simplement “année”) suivie d’une date qui correspondait soit à une ère locale (Césarienne ou Actienne) ou à l’année de règne de l’empereur (ou du monarque local). Dans ce cas-ci, à Alexandrie, ΕΤΟΥϹ E correspond à la cinquième année du règne de Aurelianus, soit du 29 août 273 au 28 août 274.

L’aigle est un symbole qui revient souvent dans l’Histoire. Ici, il représente Jupiter, la légion romaine (aquila) et, par extension, le pouvoir impérial.  Il existe plusieurs variations sur la position de l’aigle (ailes ouvertes, fermées, avec une palmes en travers de l’épaule, entre deux étendards, debout à droite et debout à gauche sur une foudre) et ce type semble avoir été frappé durant toute la durée du règne d’Aurelianus (A = 1, B = 2, Γ = 3, ∆ = 4 — quoi que apparemment certaines pièces auraient été daté rétroactivement) mais semble avoir été plus fréquent les deux dernières années (E = 5, S = 6).  Cette recrudescence de la frappe d’Alexandrie les deux dernières années exprime encore une fois le fait que Aurelianus a reprit le contrôle de l’Orient peu de temps auparavant. Toutefois, il n’a pas eut le temps de rétablir le monnayage provinciale puisque durant son règne seulement trois régions frapperont des pièces grecques impériales: les ateliers de Pamphylie, de Pisidie et d’Égypte (Alexandrie).

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Eagle), ERIC (Aurelianus); Sear GICV (1982): 4751, BMCG v. 15: 2359 (Alexandria and the nomes, R.S. Poole, 1892); CoinArchives, CoinProject, CoinProject, numista, FAC. Voir aussi ma fiche.

IMG_0120-0113La dernière pièce est un intéressant et assez beau antoninianus (G [Good], AE / BI [Bronze / Billon], 20 mm, 2.648 g, payé 30 £ le 1985/04/14, patine bronze avec de petites tâches de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur Aurelianus radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] AVRELIANVS AVG[VSTVS] et un A (ou possiblement un ∆ ou H) en exergue (marque de la première [ou quatrième, ou huitième] officine). Le revers illustre un buste de Vabalathus lauré (avec possible diadème) et drapé à droite avec l’inscription latine VABALATHVS VCR IM DR (ce qui signifie probablement Vir Clarissimus Rex Imperator Dux Romanorum / “Homme (de rang sénatorial) très illustre, roi, chef de l’armée, duc sous [l’autorité de] Rome”).

Avec ce genre de pièce il est difficile de dire quel côté est l’avers et lequel est le revers. En fait, ici, il s’agirait non pas d’une pièce de Aurelianus mais bien une pièce frappé par Vabalathus (ou Wahballat — qui, en 270, succède à son père, Odeinath, à l’âge de onze ans et règne sur le royaume de Palmyre sous l’autorité de sa mère, Zenobia). Alors qu’ils accèdent au pouvoir et tentent d’affirmer et d’agrandir leur empire (avec la conquête de l’Égypte et d’une partie l’Asie Mineure), Vabalathus et Zenobia veulent démontrer qu’ils reconnaissent toujours l’autorité de l’Empire Romain, qu’ils s’y soumettent (pour l’instant) et désirent la paix. C’est sans aucun doute pourquoi ils ont émis cette pièce conjointe où Vabalathus apparait comme un subordonné (Aurelianus est radié alors que Vabalathus est seulement lauré). Cette pièce a été frappé à Antioche entre nov.-déc. 271 et mars 272. 

Vabalathus se montrera rapidement plus ambitieux et frappera des monnaies où il est radié et se déclare Augustus. Toutefois, Aurelianus ne peut pas tolérer cette tentative d’usurpation et dès la fin de 271 marche sur l’Orient pour reconquérir l’Égypte et Palmyre à l’été 272. Une seconde révolte l’amènera à complètement détruire Palmyre au printemps 273.

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN], Vabalathus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Vabalathus), ERIC (Aurelianus, Vabalathus); RIC v.5, pt. 1: 381, Sear RCV (1983): 3192; acsearch, CoinArchives, CoinArchives, CoinArchives, CoinProject (01, 02, 03, 04),  FAC, FAC, FAC, FAC, FAC, RIC-MOM, vcoins, WildWinds (text, image), WildWinds;  R. Bland, “The Coinage of Vabalathus and Zenobia from Antioch and Alexandria” in The Numismatic Chronicle Vol. 171 (2011), pp. 133-186. Voir aussi ma fiche.

J’ai précédemment beaucoup parlé de l’Empire des Gaules mais ces trois pièces démontrent qu’avant tout Aurelianus a désiré reconquérir et resoumettre l’Orient au pouvoir de Rome pour ainsi restaurer l’Empire Romain dans toute sa gloire. Toutefois, malgré tous les efforts d’Aurelianus, l’anarchie militaire perdure. La semaine prochaine nous traiteront de son successeur, Tacitus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 44

Les empereurs Illyriens (2)

Quintillus (270 EC)

Nous ne connaissons que peu de chose de Marcus Aurelius Claudius Quintillus car les sources historiques de cette époque sont pauvres et contradictoires — seules les sources archéologiques, épigraphiques et numismatiques sont véritablement fiables. Il serait né soit en Mésie, soit à Sirmium en Pannonie Inférieure, et aurait fait une carrière militaire. Sous le règne de son frère, Claudius Gothicus, il aurait peut-être été procurateur de Sardinia ou en charge de la défense du nord de l’Italie. À la mort de Claudius, il est soit acclamé empereur par les troupes de son frère à Aquileia (selon Eutropius, Livre IX, 12), soit qu’il usurpe le pouvoir que son frère avait l’intension de passer à Aurelianus (selon l’Historia Augusta, “Vita Aureliani”, XXXVII, 5), mais il est beaucoup plus probable que ce soit le sénat qui l’ait nommé comme successeur de son frère (selon Zonaras 12: 26).

Il nous est connu comme un empereur modéré et capable (selon Eutropius, Livre IX, 12; Historia Augusta, “Vita Claudii”, XII, 3), défenseur du sénat mais dont le bref règne ne lui a pas permis d’accomplir quoi que ce soit. Une attitude aussi positive devant un règne si bref nous appel à la prudence, car toutes ces sources tardives pourraient être coupables de préjudice favorable ou de flatterie, d’une part parce que Quintillus avait soutenu le sénat (les historiens étant généralement issus de la classe sénatoriale) mais aussi parce que Constantinus tentera plus tard de justifier son pouvoir en faisant remonter son ascendance à la nièce de Claudius et Quintillus, qui aurait été la mère de Constantius Chlorus (Historia Augusta, “Vita Claudii”, 13: 1).

La durée de son règne varie beaucoup selon les sources. Ainsi il aurait été au pouvoir soit pour une durée de seulement dix-sept jours (selon Orosius, VII, 23,2), soit pour cent-soixante-dix-sept jours (6 mois). Toutefois, compte tenu d’une frappe monétaire abondante en son nom (environ 87 types différents selon le RIC), il est maintenant convenu qu’il a régné au moins deux mois, de août à octobre 270 (d’ailleurs le Chronographe de 354 mentionne qu’il a régné soixante-dix-sept jours). 

Après quelques mois, désabusé par les tentatives de Quintillus d’instaurer une plus grande discipline militaire, les troupes qui lui étaient jusqu’alors fidèles se rallient aux légions de Pannonie qui ont acclamé le grand général Aurelianus comme empereur. Quintillus, qui ne peut rien contre un opposant plus populaire et plus fort que lui, meurt alors à Aquileia soit en combat contre les troupes d’Aurelianus (Hieronymus Stridonensis, Chronica, 271), soit par suicide (Zonaras, 12: 26; Jean d’Antioche fragment 154, Fragmenta Historicorum Graecorum IV, p. 599), soit assassiné par ses troupes (Historia Augusta, “Vita Claudii”, 12, 5; Eutropius IX, 12; Epitome de Caesaribus 34, 5; Orosius VII, 23, 2). Cette dernière hypothèse est sans doute la plus probable. Le pouvoir impérial de Rome passe donc entre les mains de Aurelianus, qui réussira à unifier l’Empire à nouveau.

IMG_9207-9210Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Quintillus et c’est un beau antoninianus (VG [Very Good], AE [Bronze] / BI [Billon], 19.5 x 18.5 mm, 3.159 g, payé environ $8 le 1985/12/17, patine verte avec un important dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et drapé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] CL[AVDIVS] QVINTILLVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire ailée et drapée, avançant à droite et tenant dans la main droite une couronne de laurier et une palme dans la main gauche, avec l’inscription latine VICTORIA AVG[VSTI] (la victoire de l’empereur) et un 𝝘 (gamma, marque dénotant la 3e officine de l’atelier de Rome) dans le champs droit. Cette pièce aurait donc été frappé à Rome vers la fin de 270 EC (aucun événement du règne de Quintillus ne peut être lié à l’émission de ce type de Victoire mais comme son bref règne s’est déroulé dans la deuxième moitié de 270, de août à octobre, cette datation est assez juste). 

Sources: Wikipedia (Quintillus [FR/EN]), Google, FAC (Quintillus, Victoria Aug, Victory, wreath, laurel wreath, palm), ERIC (Quintillus);  RIC V-I: 33; CoinArchives, WildWinds (text, image), vcoins, acsearch, catwiki, CoinTalk, Numismatics, nomosag. Voir aussi ma fiche.

Encore une fois, le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, vol. V, part I, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 201-209, 238-247) nous fournit quelques commentaires en guise de conclusion. D’abord, la monnaie frappée sous Quintillus est très similaire à celle de son frère, Claudius Gothicus [RIC, p.201]. “Les frères avaient une forte ressemblance familiale, mais les pièces représentent fidèlement Quintillus comme un homme plus jeune, plus beau, mais manquant de la force de caractère de Claudius” [RIC, p. 205].

Aussi, “De nombreux historiens limitent le règne de [Quintillus] à dix-sept jours, mais la masse de son monnayage qui nous est parvenu contredit cela et soutient l’opinion de Zosimus selon laquelle il a duré quelques mois. Ceci est corroboré par le fait que des pièces ont été frappées à son nom dans tous les ateliers  qui avaient frappé pour son frère, sauf celui d’Antioche, où (…) il est probable que l’ambition de Zénobia l’a amenée à tenter de se débarrasser du joug de l’Empire romain. Ses pièces de Siscia et de Cyzicus sont rares en Europe occidentale, mais apparaissent en nombre dans les trouvailles orientales. Cela s’explique par le fait que “Aurelianus, qui a été proclamé par les légions de Pannonie, a dû dès le moment de la proclamation couper Quintillus, qui était en Italie, de Siscia et de Cyzicus (…)“. Une telle “distribution des monnaies de Quintillus“ rend improbable la “déclaration de Zonaras selon laquelle Claudius sur son lit de mort a investi Aurelianus de la pourpre (…). Ces faits suggèrent certainement que [Quintillus] a eu une courte période de pouvoir incontesté” [RIC, p.201].

Finalement, il note que “Les marques d’atelier sont maintenant devenues un élément beaucoup plus important sur les pièces de chaque atelier qu’elles ne l’étaient sous les règnes précédents (…). Les preuves d’un contrôle central et d’une organisation précise sont moins nombreuses qu’elles ne le seront après la réforme d’Aurelianus (…). Les maîtres des monnaies avaient évidemment plus de latitude qu’on ne leur accorda plus tard” [RIC, p. 208].

La semaine prochaine nous abordons un point tournant du IIIe siècle romain avec le règne d’Aurelianus (dont je possède trois pièces de monnaie).

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 43

Les empereurs Illyriens (1)

Claudius Gothicus (268-270 EC)

Marcus Aurelius Claudius est né en Illyrie (ou une province environnante) le 14 mai 213 ou 214. Les sources sur cette époque étant pauvres, tout ce que l’on sait de lui est qu’il a fait une brillante carrière militaire. Déjà sous Trajan Decius (249–251) il était tribun militaire. Suite à la tentative d’usurpation de Auréolus en 268, Gallienus le nomme maître de cavalerie. Il est possible qu’il ait participé au complot des généraux (Heraclianus, Marcianus et Aurelianus) pour assassiner l’empereur mais, quoi qu’il en soit, il est choisi par les conspirateurs pour le remplacer (ou il est choisi par Gallienus lui-même sur son lit de mort, les sources ne s’entendent pas à ce sujet) et il est acclamé empereur par les légions basées à Mediolanum (Milan). Malgré qu’il ait promis la vie sauve à Aureolus, il laisse ses troupes le massacrer. Il devient ainsi le premier des empereurs illyriens.

Si la principale préoccupation du nouvel empereur était de rétablir de l’ordre dans l’Empire en mettant fin à l’anarchie militaire et aux incessantes révoltes qui étaient à la source de la crise, il a cependant dû d’abord faire face à une nouvelle invasion de Hérules, cette fois accompagnés du renfort d’autres tribus Goths (Greuthungi et Thervingi), Gépides et Peucini. Avec l’aide de son maître de cavalerie Aurelianus, il les a vaincu en 269 à la bataille de Naissus, méritant ainsi son surnom de Gothicus (vainqueur des Goths). À peine quelques mois plus tard, alors qu’Aurelianus termine de repousser les Goths au-delà du Danube, Claudius doit répondre à une invasion d’Alamans qui ont traversé les Alpes pour attaquer le nord de l’Italie. À la fin de l’automne 268, il les repousse à la bataille du lac Benacus, ce qui lui mérite le titre de Germanicus Maximus. Il tourne alors son attention vers l’Empire des Gaules et en reprend une partie (l’Hispanie et la vallée du Rhône) mais ne réussira pas à le reconquérir. À la fin de 269, il doit se rendre à Sirmium pour faire campagne contre les Vandales qui faisaient du pillage en Pannonie. Toutefois, il contracte la peste de Cyprien (possiblement une épidémie de variole ou de rougeole, ou même de fièvre hémorragique virale similaire à la fièvre jaune ou l’ébola) qui ravageait l’Empire à ce moment là. Il succombe au début janvier 270. Son jeune frère Quintillus lui succède brièvement.

J’ai quatre pièces de monnaie de cet empereur que, vous le devinerez, j’aime beaucoup (parce qu’il s’appelait Claudius, évidemment).

IMG_8259-8260La première pièce est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], BI [Billon], 19.5 mm, 2.4681 g, payé $18, de couleur gris mat; die-axis: ↑↑). L’avers nous présente un buste de l’empereur radié et drapé (et possiblement cuirassé?) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] CLAVDIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre Isis Pharia debout à gauche, tenant un sistrum de la main droite et un panier de la gauche, avec l’inscription latine SAL-V-S AVG[VSTI] (la santé de l’empereur) et un Є (epsilon, marque de la cinquième officine) en exergue. La pièce aurait été frappé à Antioche (cf. RIC, p. 207) vers la fin 268 / début 269 ou en 269-70.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], sistrum [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II, Billon, Isis, Pharia Isis, Salus Aug, sistrum), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 217; WildWind (text, image), CoinArchives, acsearch, BeastCoins (image), CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

IMG_9617-9622La seconde pièce est un beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 3.253 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et drapé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] CLAVDIVS P[IVS] F[ELIX] (pieux et heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Felicitas drapée, debout à gauche, tenant un caduceus dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, avec l’inscription latine FELI-C[ITAS] T-EMPO[RVM] (temps heureux). Il n’y aucune marque d’officine de lisible en exergue mais il y en avait probablement une (un T). Ce type a été frappé à l’atelier de Rome mais sans marque d’officine en exergue et sans  P F dans titulature. Il est donc plus probable que cette pièce ait été frappé à Mediolanum (Milan). Toutefois, rien ne permet de la dater avec précision.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], Felicitas [FR/EN], caduceus [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II, caduceus, Felicitas), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 145, Sear RCV (1983):  3099; MinautorCoins, Numista, Numismatics. Voir aussi ma fiche.

IMG_9640-9644La troisième pièce est beau antoninianus (VG [Very Good], AE [Bronze], 17 x 18 mm, 2.880 g, payé environ $5 le 1985/06/16, patine brunâtre avec des traces de vert-de-gris sur le revers; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre une tête de l’empereur radiée, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] CLAVDIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Providence debout à gauche, les jambes croisées, appuyée sur une colonne et tenant un baton (sceptre) dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, un globe à ses pieds, avec l’inscription PROVIDENT[IA] AVG[VSTI] (prévoyance de l’empereur). Il n’y a pas de marque d’officine dans le champs droit (quoi que l’exergue a disparu dans la rognure). Cette pièce aurait été frappé à Rome mais nous n’avons aucune indication qui permettrait de la dater avec précision.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], Providentia [FR/EN], cornucopia [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II,  Providentia), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 91, Sear RCV (1983):  3117; WildWinds, Numismatics, vcoins, Numista, Numista, CoinProject. Voir aussi ma fiche.

IMG_9625-9635La dernière pièce est un petit mais assez beau antoninianus commémoratif (G [Good], AE [Bronze], 13.5 x 14 mm, 1.192 g, patine verte foncée, rognure sur toute la circonférence, payé $US 12.50 le 1985/04/14;  die-axis: ↑↓). L’avers nous présente une tête radiée (ou un buste radié et drapé?) de l’empereur à droite, avec l’inscription DIVO CLAVDIO (Divin Claude). Le revers illustre un grand autel enflammé (la flamme centrale est bordée de part et d’autre de deux objets qui semblent sphériques — représentant de la fumée?) décoré de quatre panneaux carrés avec des points en leur centre, avec l’inscription CONSECRATIO (Consecration, i.e. acte de rendre sacré ou divin). L’exergue a disparu dans la rognure mais pourrait avoir comporté une marque d’officine (P, S, R ou Q dans le cas de Mediolanum ou XII dans le cas de Rome) ou pas. Cette pièce aurait donc été frappé à Rome ou à Mediolanum (Milan) dès le décès de l’empereur, en 270, et jusqu’à l’année suivante — c’est-à-dire sous le très bref règne de son frère Quintillus ou sous le début du règne de Aurelianus.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], ), Google, FAC (Claudius II,  ), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 261, Sear RCV (1983):  3128; acsearch, acsearch, rcs, CoinArchives, CoinArchives, acsearch, CoinTalk, CoinProject, Numismatics, vcoins, beastcoins. Voir aussi ma fiche.

Les types de revers produit par Claudius Gothicus nous montre encore une fois la volonté de présenter au peuple romain une propagande positive en ces temps difficiles: ainsi on fait la promotion de la santé et de la prévoyance de l’empereur et l’on promet des temps heureux alors que l’on tente de stabiliser l’empire. Claudius était en bonne voie d’y réussir mais malheureusement une épidémie à mis fin prématurément à son règne et c’est son successeur qui achèvera la tâche. La crise du IIIe siècle n’est donc pas encore tout à fait terminée.

La priorité a été de sécuriser les frontières et l’économie reste donc très fragile. Sous son règne, comme nous le dit le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, vol. V, part I, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 201-237) “La majeure partie de la monnaie du règne se compose d’antoniniani qui, bien que saucés dans l’argent au moment de l’émission, montrent rarement des traces de ce traitement maintenant. Il existe cependant quelques exemplaires (…) qui sont frappés en alliage blanc [billon?] (…)” [p. 202].

Toutefois, la pièce la plus intéressante des quatre est sans doute la dernière. “En effet, l’une des caractéristiques les plus intéressantes des monnaies qui portent le nom de Claudius est le témoignage qu’elles rendent à l’extraordinaire honneur dans lequel il a été tenu, et la durée pendant laquelle sa mémoire a été chérie, car nous ne trouvons pas moins de trois séries dédicatoires publiées en cet honneur. (…) [Tel que] Les monnaies inscrites DIVO CLAUDIO (…) avec une légende de revers CONSECRATIO (…) [et] avec des types posthumes: l’autel, l’aigle ou le bûcher funéraire. Ces pièces ont commencé à être émises immédiatement après sa mort et se trouvent dans tous les ateliers monétaires, y compris Antioche. Ils sont aussi communs dans les ateliers irréguliers de la Gaule, et certains spécimens barbares qui ont été trouvés semblent être d’origine orientale” (RIC, pp. 202-203).

La semaine prochaine nous nous arrêterons brièvement sur une pièce du frère de Claudius Gothicus, Quintillus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 42

Crise du IIIe siècle (3): L’Empire des Gaules (3) 

Tetricus I & II (271-274 EC)

Gaius Pius Esuvius Tetricus est né dans une noble famille Gauloise. À cause du manque de sources contemporaines, on connait peu de choses sur lui sinon qu’il est devenu sénateur et, qu’au printemps 271, il était gouverneur de Gallia Aquitania lorsque, à la mort de Victorinus, il fut acclamé empereur des Gaules par les troupes basées à Burdigala (Bordeaux). Son pouvoir est reconnu par la plupart des provinces Gauloises (Gaule lyonnaise, Gaule aquitaine, Gaule belgique) et par la Bretagne. La Gaule narbonnaise (partiellement reconquise par le général Placidianus), l’Hispanie et la cité germanique de Argentoratum (Strasbourg) se rallient plutôt à Aurelianus qui, après la mort de Claudius Gothicus (puis de son frère Quintillus), est acclamé empereur romain en septembre 270 par ses troupe de Pannonie basées à Sirmium.

Vers la fin de 271, la pression incessante des tribus germaniques sur la frontière du Rhin amène Tetricus à déplacer sa capitale de Colonia (Cologne) à Augusta Treverorum (Trière). Il les contient d’abord avec succès mais doit éventuellement retraiter et, par la fin de son règne, les excursions de pillages germaniques pénètrent jusqu’à la Loire! Profitant qu’Aurelianus est occupé à reconquérir l’Empire Palmyrénien de la reine Zenobia en Orient, Tetricus reconquiert la Gaule narbonnaise et le sud-est de la Gaule aquitaine. En 273-274, il doit aussi écraser la révolte du gouverneur de la Gaule belgique, Faustinus. Pour l’aider dans ces tâches, au début de 273, il associe son fils, Tetricus Iunior (ou Tetricus II), au pouvoir en lui décernant les titres de caesar et de princeps iuventutis. En janvier 274, il est fait consul et même aussi, possiblement, augustus, c’est-è-dire co-empereur avec son père.

Toutefois, dès qu’Aurelianus en a terminé avec Zenobia en 273, il tourne son attention sur l’Empire des Gaules qu’il envahit par le nord. La confrontation a lieu en février ou mars 274 près de Duro Catalaunum (Châlons-en-Champagne) lors de la bataille des champs Catalauniques. Tetricus doit capituler et est capturé. Aurelianus le fait figurer, au côté de son fils et de Zenobia, dans un faste défilé triomphal à Rome. C’est donc la fin de l’Empire des Gaules et l’Empire Romain est de nouveau unifié. Chose exceptionnelle, Aurelianus octroie aux captifs le pardon et donne même à Tetricus un poste de corrector (un sénateur supervisant la gestion des cités) en Lucanie (ou dans toute l’Italie, les sources ne s’entendent pas à ce sujet). Il mourra de mort naturelle plusieurs années plus tard. Tetricus II n’est pas mentionné par les sources après le triomphe d’Aurelianus. Il a probablement été épargné lui aussi et obtenu une position sénatoriale ou a simplement fini ses jours comme simple citoyen.

IMG_9500-9510J’ai une pièce de monnaie de chacun de ces co-empereurs. La première pièce est un assez beau antoninianus de Tetricus Senior (VG [Very Good] / G [Good], AE [bronze], 18 x 20 mm, 2.239 g, payé environ $5 le 1985/06/16, rogné dans le bas, patine verdâtre et argentée [probablement une pièce “saucée”]; die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] TETRICVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Fides, drapé, debout à gauche, tenant deux enseignes militaires, avec l’inscription latine FIDES MILITVM (“la fidélité des soldats”).

Le revers illustre de façon frappante l’élément le plus important pour le maintient au pouvoir d’un empereur en pleine crise du IIIe siècle: la fidélité des soldats. Le RIC (Webb, Percy H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. The Roman Imperial Coinage Vol. 5, Part II (From Probus to Maximian). London: Spink & Son, [1933] 1972, pp. 399-425) indique cette pièce comme ayant été frappée dans un atelier du sud de l’Empire des Gaules (et avance Vienne, en Gaule narbonnaise, comme possible localisation) sans donner de datation précise. Toutefois, les sources modernes (en ligne) identifient ce deuxième atelier comme étant plutôt situé à Colonia Agrippinensium (Cologne) et datent la pièce (sans pourtant fournir de justificatif) à 272-73 EC.

Sources: Wikipedia (Tetricus I [FR/EN], Fides), Google, FAC (Tetricus I, Fides, Military Ensigns, Signa militaria, Legionum Insignia, Roman standard, vexillum), ERIC (Tetricus I);  RIC v. 5, pt. 2: 71, Sear RCV (1983): 3076; Numismatics, WildWinds (text, image), GallicEmpire, FAC [Cologne Mint, issue 3, FIDES MILITVM type], CoinProject, CoinSpot. Voir aussi ma fiche.

IMG_9515-9520La deuxième pièce est un assez beau antoninianus de Tetricus Junior (VG [Very Good] / G [Good], AE [bronze] ou billon, 16.5 x 17 mm, 2.599 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14, flan déchiqueté, décentré, la patine grisâtre et argentée semble indiquer que le flan de billon a été “saucé”; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste du césar drapé et radié à droite (on remarque le portrait juvénile) avec l’inscription latine C[AIVS] PIV[S] ESV[IVS] TETRICVS CAES[AR]. Le revers illustre de façon fort intéressante divers emblèmes du pontificat et instruments sacrificiels comme les aspergillum (arroseur ou goupillon), simpulum (louche), capis (cruche avec la hanse à droite), secespita (couteau rituel) et lituus (bâton augural), avec l’inscription latine PIETAS AVGVSTOR[VM] (“la piété des Empereurs”) — l’usure et la rognure ayant fait disparaître la fin de l’inscription, celle-ci pourrait en fait être PIETAS AVGG mais la distance, la taille et le positionnement des lettres rendent AVGVSTOR plus probable.

Ici, les co-empereurs veulent de toute évidence promouvoir leur grande piété et ainsi s’attirer les faveurs des dieux (ils en avaient bien besoin!). Tout comme la pièce précédente, le RIC attribut cette pièce au deuxième atelier (que l’on suppose être situé dans le sud, possiblement à Vienne) sans avancer de date précise. Toutefois, les sources modernes (en ligne) identifient ce deuxième atelier comme étant plutôt situé à Colonia Agrippinensium (Cologne) et datent la pièce à 273-74 EC. Dans ce cas-ci on peut facilement justifier cette datation par le fait que Tetricus II aurait reçu le titre de caesar au début de 273 et que son principat prit fin avec l’avénement d’Aurelianus à la fin de 274.

Sources: Wikipedia (Tetricus II [FR/EN]), Google, FAC (Tetricus II, Pietas, PIETAS AVGG, aspergillum, simpulum, capis, Secespita, lituus), ERIC (Tetricus II); RIC v. 5, pt 2: 254 ou 258, Sear RCV (1983): 3088; CoinProject, ARC, numismatics, FAC (Cologne Mint, issue 6, PIETAS AVGVSTOR type), WildWinds (text, image), GallicEmpire, BeastCoins, vcoins, CoinArchives (1, 2, 3), HarvardMuseum, FralinMuseum. Voir aussi ma fiche.

Le RIC nous dit que “la plupart des monnaies régulières de Tetricus et de son fils (…) suivent si étroitement le style de l’atelier du sud de Victorinus qu’il ne laisse aucun doute qu’elles proviennent de la même source” (p. 399) et il propose que ce second atelier pourrait être situé à Vienne (en Gaule narbonnaise). Toutefois, les sources récentes semblent n’indiquer que deux ateliers monétaires: celui de  Augusta Treverorum (Trière), caractérisé par ses bustes radiés, cuirassés et drapés, et celui de Colonia (Cologne), caractérisé par des bustes qui sont uniquement radiés et cuirassés. 

Avec Tetricus, la cohésion de l’Empire des Gaules semble s’étioler. En effet, “Le déclin de la fabrication, de la taille, du poids et de l’individualité [des pièces de monnaie], dont les signes commencent à apparaître après la mort de Postumus, a maintenant avancé jusqu’à indiquer l’épuisement de l’esprit qui, sous ce grand empereur, a provoqué l’établissement de la Imperium Galliarum” (RIC, p. 400). Il était donc bien mûr pour la reconquête par Aurelianus… Ce dernier réunifie l’Empire Romain qui échappe ainsi de peu à l’extinction par le fractionnement. Toutefois, la fin de l’Empire des Gaules et de l’époque des Trente Tyrans ne signifie pas pour autant la stabilité de l’Empire: la crise du IIIe siècle (et l’arnachie militaire qui l’a provoqué) n’est pas encore tout à fait terminée et il y aura encore de très nombreux usurpateurs du pouvoir. Par exemple, Carausius (commandant de la flotte navale Classis Britannica sous Maximianus Herculius) se révolte et réussit à se tailler un Empire de Bretagne, qui demeurera modeste (n’incluant que la Bretagne et le nord de la Gaule) et éphémère (puisqu’il ne durera que six ans, de 286 à 293).

La semaine prochaine nous reprenons le fil de notre récit des empereurs romains au travers de leur monnaie avec le premier des empereurs Illyriens, Claudius Gothicus.

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