Sous le ciel de Tokyo… 2

SousLeCielDeTokyo-2-cov“La situation est grave.

Shirakawa, bien conscient de l’écart du potentiel militaire entre les deux camps, continue à protéger la Capitale depuis les airs. Puis, le 25 mai 1945, des milliers de bombes sont envoyées dans la région où se trouve sa femme Mariko, rentrée chez ses parents. Inquiet pour elle dans le cockpit, Shirakawa s’efforce de chasser les B-29.

Quel est le destin du couple séparé entre les airs et le sol ?”

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Sous le ciel de Tokyo (東京物語 / Tōkyō monogatari / litt. “Histoire de Tokyo”) est un manga seinen par Seiho Takizawa qui a d’abord été publié en feuilletons dans Comic Taiga en 2010 avant d’être compilé en deux volumes chez Dai Nihon Kaiga (juin 2012 et mars 2013). Il a ensuite été republié chez Futabasha en août 2015 (c’est cette édition qui a été traduite en français par Delcourt / Tonkam en 2017). Seiho Takizawa a débuté comme illustrateur dans le magazine Model Graphix et se spécialise dans les récits aéronautiques qui se déroulent durant la Guerre du Pacifique. Un seul de ses mangas a été traduit en anglais (Who Fighter with Heart of Darkness publié chez Dark Horse en 2006) mais une demi-douzaine de ses titres (sur la vingtaine de publiée au Japon) ont été traduit en français, principalement dans la collection “Cockpit” des Éditions Paquet (J’en commenterai plusieurs bientôt). J’ai déjà commenté le premier volume de ce manga.

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T.2, p. 27

Dans ce second volume, la fin de la guerre approche. L’aviation Japonaise teste de nouveau appareils et surtout des carburants alternatifs (à base de bois ou d’huile de pin) car le Japon s’est vu couper l’accès à ses réserves d’essence. Kayo, la jeune soeur de Mariko, se fiance avec Ishimoto un pilote de la marine. Avec la conquête d’Iwo Jima et de son aéroport, les attaques Américaines se font plus fréquentes les bombardiers sont maintenant protégé par des escadrons de chasseurs ce qui rends la taches des pilotes japonais plus difficile, voir impossible. Tokyo est attaqué avec des bombes incendiaires et Hiroshima est détruite par une seule bombe d’un nouveau genre. Dans un discours à la radio l’Empereur accepte les termes des alliés. 

Avec un dessin beau et simple, ce manga nous présente la vie quotidienne des Japonais durant la guerre vue à travers un officier de l’aviation de l’armée vivant avec son épouse à Tokyo. Il offre un point de vue différent et plutôt intéressant (voir même instructif) sur la Guerre du Pacifique qui n’est évidemment pas dépourvu de tragédie. C’est une bonne lecture, agréable, qui sera surtout apprécié des amateurs de mangas historiques, d’aviation et de la deuxième guerre mondiale.

Sous le ciel de Tokyo…, t.2, par Seiho Takizawa. Paris: Delcourt / Tonkam (Coll. Seinen), janvier 2018. 208 pages, 12.8 x 18.2 cm, 7.99 € / $13.95 Can, ISBN 978-2-413-00086-0. Pour un lectorat adolescent (12+). stars-3-0

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© Seiho Takizawa 2015. Édition française © 2018 Éditions Delcourt.

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Urasawa Naoki no Manben

ManbenI just found a treasure trove of information for manga fans. Remember, I mentioned last August a documentary on NHK World Japan titled Manben: Behind the Scenes of Manga with Urasawa Naoki (浦沢直樹の / Urasawa Naoki no ManBen / lit. “The manga study of Naoki Urasawa”)  where manga genius Urasawa Naoki was meeting with mangaka Yasuhiko Yoshikazu and discussing with him his drawing techniques and works (that video is still available for streaming on NHK World Japan until the end of July 2023). That documentary is actually part of a series where Urasawa meets with several manga artists to discuss their works. Unfortunately, only one other video is available for streaming on NHK WORLD Japan at the moment: the episode where he meets with Sakamoto Shin-ichi (available to stream until the end of November 2023).

However, I just discovered a fan website offering ALL the episodes of the series with English subtitles: www.naokiurasawa.com. The series has five seasons and about thirty episodes. Here is a list of all episodes (with links to view the documentaries):

Season 0 (2014)

Season 1 (2015)

Season 2 (2016)

Season 3 (2016)

Season 4 (2017)

Season 5: NEO (2020-2023)

For more information you can check the Official website of the show or the Japanese Wikipedia entry (Wikipedia.jp).

This documentary series certainly has a great potential to teach us a lot more about Japanese manga artists. Have a nice viewing!

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Yawara ! #7-8  

“L’oeuvre incontournable d’un narrateur hors pair. L’auteur de Monster, Pluto, et Asadora! vous entraîne dans le quotidien ordinaire d’une judoka extraordinaire !”

“Depuis toute petite, Yawara Inokuma a été entraînée par son grand-père Jigorô Inokuma, un champion de judo, qui voit en elle une future star de la discipline. Il a été annoncé que les JO de Barcelone accueilleraient enfin la discipline féminine dans la compétition. Jigorô rêve donc de faire de sa petite-fille la première championne olympique féminine de judo. Mais contrairement aux attentes de son aïeul, la jeune fille ne rêve que de mode, d’amour, d’idol… Bref, elle n’aspire qu’à une vie d’adolescente ordinaire, loin des entraînements et des compétitions. Mais c’est sans compter son talent inné pour le judo, que son entourage ne lui permettra pas d’oublier…!”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi les couvertures arrières]

Yawara t. 7, par Naoki Urasawa. Bruxelles: Kana (Coll. Big Kana), janvier 2022. 298 pages, B&W (18 pages en “couleurs”), 14.8 x 21 cm, 15.50 € / $C 26.95, ISBN 978-2-5050-8653-6, Pour un lectorat adolescent (12+).

Yawara t. 8, par Naoki Urasawa. Bruxelles: Kana (Coll. Big Kana), avril 2022. 306 pages, B&W (30 pages en “couleurs”), 14.8 x 21 cm, 15.50 € / $C 26.95, ISBN 978-2-5050-8654-3, Pour un lectorat adolescent (12+).

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Yawara! (やわら!) est une oeuvre de jeunesse de l’excellent mangaka Naoki Urusawa. Elle a originalement été publié entre avril 1987 et octobre 1993 dans l’hebdomadaire seinen Big Comic Spirits, puis compilé en vingt-neuf volumes (tankōbon) chez Shōgakukan. En 1998-99, il y a eut une réédition en format plus petit (bunkoban) de dix-neuf volumes, puis une “collector edition” (Kanzenban) de vingt volumes en 2013-15. C’est cette dernière édition qui est présentement publiée en français chez Big Kana. Il y a dix volumes de paru jusqu’à maintenant, les suivants étant annoncé pour février, avril et juillet 2023. J’ai déjà commenté le premier, le second, le troisième, le quatrième, le cinquième et le sixième volumes.  

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Vol. 7, p. 3

Le septième volume nous présente la conclusion et les conséquences de la compétition de judo féminin “toute catégorie” aux Olympiques de Séoul. Yawara affronte d’abord la Belge Berckens qui décide de prendre sa retraite suite au combat. Puis, la Canadienne Jody Rockwell se mesure à la puissante Russe Tereshkova mais se blesse à nouveau et ne peut donc plus tenir sa promesse à Yawara d’être son adversaire aux Olympiques. En finale, ce sera donc Yawara contre Tereshkova. Mais cette dernière a conservé secret ses meilleurs coups et Yawara est distraite par l’idée de vouloir venger la blessure de Jody. Pendant ce temps, Matsuda remarque Kojiro Inokuma, le père de Yawara, dans la foule et le rejoins. Kojiro lui révèle la véritable raison de sa disparition. De retour au Japon, Yawara annonce qu’elle arrête le judo. 

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Vol. 8, p. 11

Dans le huitième volume, les amis de Yawara sont consternés par sa décision et complotent pour lui faire changer d’avis. Yawara se rends au Canada pour le mariage de Jody et se retrouve à devoir y faire un match d’exhibition (J’ignorais que l’on pouvait voir les Rocheuses à partir de Toronto !). Pendant ce temps, Fujiko se mets au judo et organise un club de judo à l’Université pour filles de Mitsuba. Kojiro, le père de Yawara, est engagé comme l’entraîneur de Sayaka qui veut prendre sa revenge sur Yawara aux jeux de Barcelone. N’ayant pu trouver que des candidates débutantes pour son club de judo, Fujiko demande l’aide de Jigoro, le grand-père de Yawara, qui décide d’organiser un match d’entraînement contre le club de l’Université de Tsukushi, qui est la meilleur équipe du Japon! Jigoro réussira-t-il en un mois à faire de ces débutantes des judokas aptes à affronter des championnes? Et Yawara décidera-t-elle d’y participer?

Yarawa! est  une comédie romantique de sport qui offre un beau style de manga classique et un récit à la fois captivant et amusant, parsemé de (controversés) clins-d’oeil coquins. Ces deux volumes sont rempli d’action que la narration et le dessin de Urasawa sait rendre efficacement. Cela en fait une lecture particulièrement agréable et distrayante. Vivement la suite! stars-3-5

Lire aussi mes commentaire sur les volumes précédents.

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© 2014 Naoki Urasawa / Studio Nuts. All right reserved. © Kana (Dargaud-Lombard) 2022 pour l’édition française.  

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Olympia Kyklos vol. 4

Après Thermae Romae, la nouvelle comédie sportive de Mari Yamazaki !

Projeté une nouvelle fois depuis sa Grèce antique natale jusque dans le Japon contemporain, Démétrios se retrouve mêlé au conflit qui secoue les différentes générations de la famille Iwaya. Du catch ou de la lutte gréco-romaine, quelle discipline est la plus noble ? Quand votre père a été l’espoir olympique de toute une nation, difficile de faire entendre sa propre voix. Pour régler ce différend, il faudra l’intervention d’une vieille gloire du catch japonais, que Démétrios a croisé il y a bien longtemps…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Olympia kyklos (オリンピア・キュクロス / lit. “Cercles Olympique”) est un manga seinen par Mari Yamazaki qui est sérialisé au Japon dans le magazine bimensuel Grand Jump depuis mars 2018 et a été jusqu’à maintenant compilé en sept volumes chez Shueisha. Il a été traduit en français chez Casterman (six volumes de disponibles). C’est une comédie du style de Thermae Romae (voir aussi mon commentaire sur cette série) mais qui se situe dans l’antiquité grecque cette fois et traite de sujets autour du thème des jeux olympiques. Le manga a sans aucun doute été créé en anticipation des jeux olympiques de Tokyo de 2020 (mais qui furent reportés à l’année suivante à cause de la pandémie de Covid-19). J’ai déjà commenté le trois premiers volumes.

Page 3

Mari Yamazaki n’a as son pareil pour utiliser des artifices loufoques comme le voyage dans le temps pour nous faire réfléchir sur des sujets sérieux et comparer les cultures de l’antiquité et du Japon — cette fois grâce à la foudre de Zeus! Elle nous raconte les mésaventures de Démétrios, un jeune homme athlétique mais qui n’est pas du tout intéressé aux sports car il a l’âme d’un artiste (il peint des vases). Toutefois les circonstances le forcent toujours à faire de la compétition sportive. Pour l’édifier, les dieux l’envoient à tout bout de champs (et sans avertissement) dans le Japon moderne pour découvrir des aspects différents des disciplines olympiques. Dans ce volume, il découvre le catch (lutte professionnelle) et le compare à la lutte classique. Exceptionnellement, cette fois c’est le jeune Takuji qui est transporté à Athènes pour prendre quelques leçons auprès de l’entraîneur Platon qui allie discipline sportive et philosophie pour élever la conscience: “Toute pensée fausse qui traverse votre esprit entrave les mouvements de votre corps” !

Encore une fois Mari Yamazaki nous offre un récit qui non seulement nous diverti par sa mise en situation humoristique mais nous fait également réfléchir sur l’état de notre société. Son style est fort agréable car il est clair, détaillé et précis. Et, malgré les sauts dans le temps, la narration est fluide et facile à suivre. C’est donc une lecture tout à la fois plaisante, intéressante et même amusante. Comme toutes les oeuvres de Yamazaki, je recommande fortement ce manga. 

Olympia Kyklos, 4, par Mari Yamazaki. Bruxelles: Casterman (Coll. Sakka), août 2022. 200 pages, 13.2 x 18 cm, 8,45 € / $C 15.95, ISBN 978-2-203-22866-5. Pour lectorat adolescent (14+).

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© 2018 Mari Yamazaki. All Right Reserved.

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Marie-Antoinette

Marie-Antoinette-1-covSa véritable Histoire, pour la première fois en manga !

Marie-Antoinette est l’une des personnalités historiques les plus adaptées en fiction. Sophia Coppola, Chantal Thomas ou Riyoko Ikeda… de nombreux créateurs ont donné naissance à un personnage en adéquation avec leurs idéaux.

Cependant, quand Fuyumi Soryo s’attaque au mythe, ce n’est pas pour reproduire une énième icône malmenée par la vision trop partiale de Stephan Zweig, mais pour restituer dans la réalité historique une jeune fille dénuée de tout artifice. 

Avec la précision qu’on lui connaît déjà sur Cesare et grâce au soutien du Château de Versailles, ce n’est plus un simple manga, mais une plongée virtuelle au cœur de la cour au XVIIIe siècle que l’auteur vous offre. Que vous soyez adepte des fresques historiques, lecteur de manga ou tout simplement curieux de nouveauté, ne passez pas à côté de cette création ! D’autant plus que les Éditions Glénat, co-éditeur dans ce projet, auront la chance de publier ce titre en avant-première de sa sortie japonaise !!”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Marie-Antoinette (マリー・アントワネット) est un manga historique seinen par Fuyumi Sōryō qui a d’abord été pré-publié en feuilleton dans Morning (et son pendant digital: D Morning), un magazine hebdomadaire de Kōdansha. Il a débuté dans le numéro 38 (18 août 2016) et s’est étalé sur quatre publications (se terminant dans le numéro 41). Chose rare, la publication en volume (tankōbon) s’est faite au Japon en septembre 2016, soit quelques jours après la parution du volume en français!

La vie de la reine Marie-Antoinette a déjà fait l’objet de plusieurs adaptations en mangas (notamment par Mamoru KURIHARA & Natsuko WADA, KOMAGATA & Mayuho HASEGAWA, et sans oublier Riyoko IKEDA) mais il n’est pas surprenant de voir Fuyumi Sōryō y consacrer un ouvrage puisqu’elle avait déjà touché à la biographie avec son superbe manga traitant de la jeunesse de Cesare Borgia (que j’admire beaucoup — voir mes commentaires sur ce manga. J’ai d’ailleurs récemment découvert qu’un treizième, et semble-t-il, dernier volume est paru au Japon en janvier 2022. J’ai bien hâte qu’il paraisse en France mais aucune date n’a encore été annoncée). Je avais déjà lu Marie-Antoinette en 2017 mais j’avais omis d’en parler sur le blog (j’en avais toutefois touché quelques mots lors de la découverte de son existence). Le visionnement d’un épisode de la récente sérié télévisée franco-britannique Marie-Antoinette (par les créateurs de la série Versailles) m’a donné le goût de le relire et d’en parler. J’ai vu beaucoup de similitudes entre le premier épisode de la série et le manga de Sōryō.

Ce que j’admire le plus dans le travail de Fuyumi Sōryō c’est la qualité extraordinaire de son dessin. Les traits sont fins, clairs et précis, les personnages sont beaux et, surtout, les décors et les arrières-plans sont incroyablement détaillés (probablement grâce à la contributions d’assistants). C’est tout simplement superbe. C’est ce que je croyais avec Cesare mais avec Marie-Antoinette Sōryō se surpasse encore une fois. Malheureusement, le récit est très décevant. D’une part il ne s’y passe pas grand chose et c’est même un peu ennuyant. Il n’offre qu’une tranche de vie très brève: suite à un mariage arrangé la jeune archiduchesse Maria-Antonia doit quitter avec appréhension son Autriche natale pour se rendre à Versailles, y découvrir la complexité et l’absurdité des rituels de la cour, et peu à peu apprivoiser l’affection du jeune prince Louis-Auguste, futur Louis XVI. En France, on a beaucoup reproché à ce manga son inexactitude historique et le fait que l’histoire est romancée. Cela me surprend car Sōryō est reconnue pour ses recherches rigoureuses et elle a d’ailleurs travaillé étroitement avec le château de Versailles lors de sa création. C’est justement là, selon moi, qu’est le problème: ce manga, malgré son réalisme, est de toute évidence une “commande” de Versailles et c’est pourquoi tant la future reine que la famille royale sont présenté sous un jour un peu trop positif et rose à mon goût. Cela reste une bonne lecture, divertissante et intéressante. À lire surtout par les amateurs de beaux mangas et d’histoire.

Marie-Antoinette: La jeunesse d’une reine, par Fuyumi Sōryō. Paris: Château de Versailles / Glénat (Coll. Seinen), septembre 2016. 180 pg., 9.50 € / $14.95 Can. ISBN: 978-2-344-01238-3. Recommandé pour public adolescent (12+). stars-3-0

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© 2016 Fuyumi Soryo. All rights reserved.

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Sous le ciel de Tokyo 1

SousLeCielDeTokyo-1-cov“Tout comme le film Le vent se lève de Hayao Miyazaki, Sous le ciel de Tokyo… suit le quotidien d’un couple en pleine Seconde Guerre mondiale.

Fin 1943. Shirakawa, un pilote de chasse ayant combattu dans diverses régions du monde, rentre enfin à Tokyo. Il vient d’être muté au Centre d’essais aériens de l’armée impériale. Après une longue absence, Shirakawa essaie de reprendre sa vie de famille auprès de sa femme Mariko. 

Sous le ciel de Tokyo… raconte le quotidien ordinaire d’un couple à une époque où la vie et la mort se côtoient chaque jour.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Sous le ciel de Tokyo (東京物語 / Tōkyō monogatari / litt. “Histoire de Tokyo”) est un manga seinen par Seiho Takizawa qui a d’abord été publié en feuilletons dans Comic Taiga en 2010 avant d’être compilé en deux volumes chez Dai Nihon Kaiga (juin 2012 et mars 2013). Il a ensuite été republié chez Futabasha en août 2015 (c’est cette édition qui a été traduite en français par Delcourt / Tonkam en 2017). Seiho Takizawa a débuté comme illustrateur dans le magazine Model Graphix et se spécialise dans les récits aéronautiques qui se déroulent durant la Guerre du Pacifique. Un seul de ses mangas a été traduit en anglais (Who Fighter with Heart of Darkness publié chez Dark Horse en 2006) mais une demi-douzaine de ses titres (sur la vingtaine de publiée au Japon) ont été traduit en français, principalement dans la collection “Cockpit” des Éditions Paquet.

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T. 1, p. 34

Sous le ciel de Tokyo nous raconte la vie quotidienne d’un officier de l’aviation de l’armée vivant avec son épouse à Tokyo pendant la Guerre du Pacifique. Le récit suit en parallèle les missions d’entrainement et d’essai du pilote, le capitaine Shirakawa, et les difficultés journalières rencontrées par sa femme, Mariko, à cause de la militarisation de la société et du rationnement. On retrouve donc un mélange de scènes de combat et de scènes de la routine de tout les jours. C’est un récit plutôt simple et épisodique mais qui reste intéressant et même touchant. L’auteur semble faire un effort pour ne pas glorifier la guerre et démontrer que la population japonaise était elle-même victime d’un gouvernement militariste. Le style de dessin est beau et simple (un peu inspiré de celui de Katsuhiro Otomo) avec des traits fins et précis. L’utilisation de trames fines et de peu de détails d’arrière-plan laisse les cases assez aérées sauf pour les illustrations d’avions qui sont très riches en détails avec des explications sur la capacité des appareils et ce qui distingue les différents modèles. L’auteur rajoute également des cartes et de nombreux détails historiques sur le déroulement de la guerre et la débâcle de l’armée japonaise. C’est un bon manga qui offre une lecture agréable qui sera surtout apprécié des amateurs de mangas historiques, d’aviation et de la deuxième guerre mondiale.

Sous le ciel de Tokyo…, t.1, par Seiho Takizawa. Paris: Delcourt / Tonkam (Coll. Seinen), novembre 2017. 208 pages, 12.8 x 18.2 cm, 7.99 € / $13.95 Can, ISBN 978-2-413-00085-3. Pour un lectorat adolescent (12+). stars-3-0

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© Seiho Takizawa 2015. Édition française © 2017 Éditions Delcourt.

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Blue Period #9

BluePeriod-9-cov“Afin de fabriquer le mikoshi du festival culturel de Geidai, Yatora et ses camarades travaillent d’arrache-pied pendant plusieurs semaines. Mais n’en voyant pas le bout et croulant sous la chaleur de l’été, les étudiants atteignent leurs limites. Heureusement, les renforts arrivent, mais suffiront-ils pour finaliser le projet ? Plus inquiétant encore, Yatora n’a pas peint de toutes les vacances et n’arrive plus à retrouver la joie de dessiner…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Blue period (ブルーピリオド / Burū Piriodo) est un manga Seinen sur la peinture écrit et illustré par Tsubasa Yamaguchi qui est sérialisé depuis juin 2017 dans Monthly Afternoon et a été compilé jusqu’à maintenant en treize volumes chez Kōdansha. La version anglaise est publiée aux USA par Kodansha (onze volumes de disponibles, les suivants sont à paraître fin janvier et mai 2023) et la version française est publiée chez Pika (douze tomes de disponibles). Il a remporté plusieurs prix en 2020 (le Manga Taishō et le Kōdansha manga shō; nominé aussi pour le Tezuka Osamu bunka shō) et a été adapté en une série télévisée d’animation en 2021 (douze épisodes animé par le studio Seven Arcs sous la direction de Koji Masunari et Katsuya Asano, sur un scénario de Reiko Yoshida; diffusée sur MBS, TBS, AT-X et sur Netflix). J’ai déjà commenté les trois premiers volumes, les trois suivants et les volumes sept et huit.

Le projet de mikoshi pour le festival était probablement un peu trop ambitieux mais heureusement le reste de la classe vient donner un coup de main au groupe de Yatora et le festival est une réussite (même s’ils ne gagnent pas le prix du meilleur mikoshi). Yatora profite du reste de l’été en allant à la pêche, en lisant et visitant une exposition sur Velasquez mais il ne peint qu’une seule toile. De retour en classe, les étudiants doivent s’attaquer à deux nouveau projets: peindre une fresque et faire une mosaïque. En faisant son bilan, Yosuke trouve que l’année a été plutôt difficile pour lui et il se demande si il est a la hauteur. Il n’a pas le talent de Yotasuke, avec qui il ‘arrête pas de se comparer, mais tente de compenser en travaillant fort. Et même si certains pensent que l’ardeur au travail est un talent en soi, il manque de confiance…

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Pages 54-55

Le style de ce manga est très ordinaire mais cela demeure une bonne lecture car les personnages sont attachants et le récit est entrainant. Toutefois, ce qui rend ce manga vraiment intéressant c’est qu’il nous ouvre une fenêtre sur le monde et les techniques de l’art d’une façon plutôt inhabituelle. En effet, l’auteur utilise le style narratif du manga shōnen en présentant une suite de défis et de compétitions comme moteur du récit ce qui a pour résultat de captiver l’attention du lecteur tout en lui enseignant les bases de l’art. Un bon manga mais surtout pour les amateurs d’art.

Blue period vol. 9, par Tsubasa Yamaguchi. Vanves: Pika (Coll. Seinen), mai 2022. 192 pages, 13.4 x 18.0 cm, 7 € 50 /  $12.95 Can, ISBN 978-2-8116-6977-5, Pour lectorat adolescent (12+).stars-3-0

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© 2021 Tsubasa Yamaguchi. All rights reserved.

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A Drunken Dream and other stories

DrunkenDreamAndOtherStories-Cov10 stories of the human heart.

Forty years ago, the legendary manga artist Moto Hagio reinvented the shōjo (girl’s comics) genre with an ongoing series of whip-smart, psychologically complex, and tenderly poetic stories. Here now, in English for the very first time, as the debut release in Fantagraphics Books’ ambitious manga line of graphic novels, are ten of the very best of these tales.

The work in A Drunken Dream and Other Stories spans Hagio’s entire career, from 1970’s “Bianca” to 2007’s “The Willow Tree,” and includes the mind-bending, full-color title story; the famously heartbreaking “Iguana Girl”; and the haunting “The Child Who Comes Home” — as well as “Autumn Journey,” “Girl on Porch With Puppy,” the eerie conjoined-twins shocker “Hanshin: Half-God,” “Angel Mimic,” and one of the saddest of all romance stories, “Marié, Ten Years Later.” 

A Drunken Dream and Other Stories is supplemented with a feature-length interview with Hagio, where she discusses her art, her career, and her life with the same combination of wit, candor, and warmth that radiates from every panel of her comics.” 

[Text from the backcover; see also the publisher’s website]

>> Please, read the warning for possible spoilers <<

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Bianca, p. 16

For an introduction on Moto Hagio (her membership of the Year 24 Group and contribution to the development of the modern shōjo manga as well as a selected bibliography) I refer you to my commentary on The Heart of Thomas (it is in French but you can read an auto-translated English version). 

A Drunken Dream and Other Stories is a compilation of ten short stories selected and translated by Rachel (formerly Matt) Thorn. It also includes a very interesting introduction to “The Magnificent Forty-Niners” (Year-24 Group) and a fascinating interview with Moto Hagio (both originally published in The Comics Journal #269 [July, 2005]). 

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Bianca, p. 13

The anthology starts with a short story titled “Bianca” (ビアンカ, 16 p., first published in Shoujo FriendSignature is V” special issue in 1970). Bianca comes to live with Clara’s family for a week because her parents are away for work (actually they are going through a divorce). She is shy but free spirited: she talks to herself in the mirror and dances barefoot in the forest. Clara finds her strange and laugh at her. When Bianca learns what her parents are up to she runs into the forest. Later that night she is found dead. Now an old woman and a painter, Clara has not forgotten her and keep drawing her into her sylvan paintings… stars-3-0

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Girl on Porch, p. 23

“Girl on Porch With Puppy” (ポーチで少女が小犬と / Pōchi de shōjo ga koinu to, 12 p., first published in COM in January 1971) offers a similar story. A little girl doesn’t behave has it is expected of her: she talks to and kisses her little dog, enjoys the beauty of nature and walking in the rain. She’s told she is too old for such child play. In the end, all the disapproving adults are pointing their index finger at her and she disappears! I guess this story refers to the fact that in Japanese society where conformity is the norm, if you diverge one way or another, you are ostracized and you become invisible to them (if they could they would make you disappeared!). stars-3-5

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Autumn journey, p. 46

In “Autumn Journey” (秋の旅 / Aki no tabi, 24 p., first published in Bessatsu Shoujo Comic in October 1971), a boy takes a trip to meet with his favourite author. He is unfortunately out on a horse ride but the boy meet his daughter instead. She discovers that her father is also his and that he abandoned the boy and his mother to start a new family. As he comes back from his ride, the father runs after the boy, but he has already boarded the train in tears, thankful that his father remembers him… stars-3-0

“Marié, Ten Years Later” (十年目の毬絵 / Jūnenme no Marie, 16 p., first published in Big Comic Original in March 1977), tells the story of Shima Taichi who nostalgically remembers his college years with his two best friends, Marié and Tsugawa. They were all aspiring artists. He was in love with Marié, but out of the blue she married Tsugawa who was a better artist and both left. He hasn’t seen them since. Shima always felt he was a loser, a geek, an average artist. Ten years later, Tsugawa calls him to let him know that Marié died and left a letter for him. Marié was missing the time when the three of them were together in perfect harmony. Tsugawa ended up not such a good artist after all and couldn’t produce anything for years making Marié unhappy. Shima decides to organize his first gallery show and invites Tsugawa… stars-3-0

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A Drunken dream, p. 79

In “A Drunken Dream” (酔夢 / Suimu, 20 p., first published in the illustrations collection 金銀砂岸 [kingin suna-gan / lit. “Golden sand coast”] in 1980), Lem Palomino works on a research station on Io and always has the same dream: he is a girl (in fact he is an hermaphrodite) and meets a beautiful stranger, but before they can consummate their love one of them dies. One day, she meets a newcomer on the station, Dr Gadan Safaash, who is the man of the dream! He also has the same dream. It seems the dreams are in fact past life memories. They are both stuck in a space-time gap and constantly relive the same tragedy… stars-3-5

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Hanshin, p. 98

“Hanshin: Half-God” (半神, 16 p., first published in Petit Flower in January 1984) is about two conjoined twin sisters, Yucy and Yudy. Yucy looks like and angel but she’s simpleminded and cannot process well the nutriments, so she’s slowly sucking the life out of Yudy, who is very intelligent but looks ugly because of her bad health. The doctors decides to separate the twins to save Yudy. After the operation, Yucy withers and starts looking ugly like Yudy used to be. After her death, Yudy has recovered and, when she looks in the mirror, she sees only the sister that she hated (or has she become her sister?). But she also loved her. She has an identity crisis and it makes her depressed… stars-3-0

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Angel mimic, p. 145

In “Angel Mimic” (天使の擬態 / Tenshi no gitai, 50 p., first published in Petit Flower in November 1984), Tsugiko “Alice” Arisugawa tries to kill herself. She wanted to become an angel. She is rescued by father Joseph and Shiroh who was walking the dog (Jiroh). At school, Tsugiko and Shiroh meet again as he is the new biology teacher. As they learn to know each other, he tries to cheer her up and figure up what’s wrong with her. At first he thinks that she’s depressed because she was dumped by her boyfriend, but then she confesses having had an abortion. She felt she was not good enough to raise a child by herself. He tells her “it was the child who became an angel. You want wings for the child.” She thinks, until human evolve into winged angels, she can at least pretend to be one… A touching story. stars-3-5

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Iguana girl, p. 174

In “Iguana Girl” (イグアナの娘 / Iguana no Musume, 50 p., first published in Petit Flower in 1991), because she’s “different”, a mother sees her baby girl as an iguana (at first I thought it was an allegory for a handicap baby but it seems that it’s simply because the girl was bigger and tomboyish). Rika will grow up complexed. Even if she is very intelligent and beautiful she will see herself as an iguana. However, she realizes that some other people look like animals too and she meets a nice guy that looks like a bull (he’s big and clumsy). When her mother dies, she sees her on her dead bed as an iguana too and imagines the fantasy of her mother being an iguana princess who fell in love with a human and asked a sorceress to transform her into a human. Maybe her mother felt also “different” and transposed her fear into her child? Rika then comes to term with her relationship with her mother. She’s able to move on in her life, marry and have a family of her own… Moto Hagio has confessed that this story is inspired by her own difficult relationship with her mother. stars-4-0

“The Child Who Comes Home” (帰ってくる子 / Kaette kuru ko, 24 p., first published in チャイルド 異形コレクション7 [Chairudo igyō korekushon 7 / lit. “Child Heteromorphic Collection 7”] in 1998) is a ghost story. After her youngest son dies in a traffic accident, a women pretend he is still there and even “sees” him. When she injures herself and is hospitalized, her older son (who’s in trouble at school for cheating and bullying) runs away to the grand-parents. On his way back, he sees his brother. The mother realizes she had been neglecting her other child (she also learns that she’s pregnant again) and stop pretending… stars-3-0

“The Willow Tree” (柳の木 / Yanagi no ki , 20 p., first published in Flowers in 2007) is another ghost story with the first sixteen pages containing only two panels each without any dialogue! A woman with an umbrella is waiting under a willow tree through several seasons to show the passage of the years. Finally, a man go see her and tells her that he was resentful and felt abandoned when she disappeared from his life suddenly. “You’ve been watching me all along (…) I am all right now, mother…” and he hugs the tree… stars-3-0

This superb anthology offers an excellent introduction to the work of Moto Hagio. With narratives imbued with broken families or the burden of non conformity, and their simple but effective art, they are very good examples of the shōjo and josei manga with great depth and complexity despite the fact that they are short stories — although the best stories are the two longest. It is a very good reading that will entertain you but also touch your heart…

A drunken dream and other stories, by Moto Hagio (translated by Matt Thorn). Fantagraphics Books, September 2010, 288 p., 7.3“ x 10.1“, $29.99 US, ISBN 978-1-60699-377-4. For young adult readership (16+). stars-3-5

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Original stories © 1977, 1985, 2007, 2008 Shogakukan Inc. English edition © 2010 Fantagraphics Books. Interviews © 2010 Matt Thorn.

[ Traduire ]

Le cauchemar d’Innsmouth T.02

CauchemardInnsmouth-2-cov“Innsmouth est une ville bien étrange. Jadis prospère, elle paraît désormais à l’abandon, et les rares habitants semblent tous victimes d’une même affection qui déforme membres et visage… Robert Olmstead, voyageur de passage, cherche à en savoir plus. Le vieux Zadok Allen lui conte alors une sinistre histoire…

Quelques générations plus tôt, le capitaine Obed March aurait livré la cité aux griffes d’innommables créatures marines pour construire sa fortune ! Ébranlé, Robert n’a plus qu’une idée en tête : quitter ce terrible endroit. Mais sa curiosité pourrait encore lui coûter cher…

Découvrez la majestueuse adaptation d’un des récits les plus complexes et haletants d’H. P. Lovecraft ! Mêlant polar, suspense et horreur, Le Cauchemar d’Innsmouth ancre les obsessions de Lovecraft dans le quotidien d’une ville sinistre dont personne ne sort indemne.”

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Le cauchemar d’Innsmouth t.2 (インスマスの影 2 ラヴクラフト傑作集 / Insumasu no kage 2 — ravukurafuto kessaku-shū / lit. “L’Ombre sur Innsmouth 2 Chefs-d’œuvre de Lovecraft”) est l’une des nombreuses adaptations des oeuvres de H.P. Lovecraft en manga par Gou Tanabe. Ce manga seinen a d’abord été serialisé dans le mensuel Comic Beam (Enterbrain) entre mai 2020 et mars 2021, puis compilé en deux volumes en mai 2021 chez Kadokawa Shoten.  Il a été traduit en français chez Ki-oon: le premier volume est paru en octobre 2021 et le second en mars 2022. La plus récente adaptation de Lovecraft par Tanabe est L’Abomination de Dunwich (ダニッチの怪 / The Dunwich Horror) qui est publié en feuilleton dans le mensuel Comic Beam (d’octobre 2021 à avril 2022 et devait reprendre dans le numéro d’octobre 2022 après un hiatus de quelques mois). J’ai déjà introduit Le cauchemar d’Innsmouth lors de mon commentaire du premier volume.

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vol. 2, page 17

L’autobus qui devait amener Robert Olmstead ayant des problèmes mécaniques, il doit passé la nuit au lugubre hotel “Gilman House”. Lorsque quelqu’un tente de s’introduire dans sa chambre durant la nuit, il doit fuir par la fenêtre et le toit de l’édifice voisin. En évitant la troupe de villageois à sa poursuite, il réussit à rejoindre la gare désaffectée puis à longer l’ancienne voie ferrée et ensuite la route pour rejoindre le village de Rowley. Là il a prit le train de nuit pour Arkham. Il avertit les autorités de ce qu’il a vu et entreprend les recherches généalogiques qu’il avait planifier de faire. Un an plus tard, il se rend à Cleveland dans la famille de sa défunte mère pour en apprendre plus sur ses ancêtres. Il découvre avec horreur que son arrière-grand-mère était la fille d’Obed Marsh! Le sang des créatures des profondeurs coulait dans ses veines. Allait-il lui aussi lentement se transformer en l’une de ces créatures hideuses ?

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vol. 2, pages 156-157

De voir l’un des récits les plus forts de Lovecraft, un des textes développant le fameux “Mythe de Cthulhu”, adapté d’une main de maître par Tanabe est excitant. C’est une très bonne lecture car le récit est fluide et captivant, mais ce qui le rend encore plus intriguant est le style superbe de Tanabe, à la fois sombre et détaillé, qui exprime parfaitement l’horreur des histoires de Lovecraft (on y retrouve d’ailleurs près d’une vingtaine d’illustrations double-pages comme celle ci-haut!). De plus, c’est présenté dans beau livre à couverture simili-cuir. Je trouve juste dommage que le récit ait été publié en deux volumes. C’est une excellent occasion de découvrir (ou redécouvrir) l’oeuvre de Lovecraft.

Ne manquez pas de lire aussi mes commentaires sur les adaptations précédentes par Tanabe des “Chefs-d’oeuvres de Lovecraft“…

Le cauchemar d’Innsmouth T.2 (Les chefs-D’Oeuvres de Lovecraft, 7), par Gou TANABE (dessin) et H.P. Lovecraft (histoire). Paris: Ki-oon (Coll. Seinen), mars 2022. 240 p., 15 x 21 cm, 15 € / $C 28.95. ISBN 979-10-327-1114-9. Pour lectorat jeune adulte (14+). stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Tanabe Gou 2021 

 

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Le coeur de Thomas (Moto Hagio)

CoeurDeThomas-cov« Peu d’auteurs sont aussi importants dans l’histoire du manga que Moto Hagio »               — Casey Brienza, Graphic Novel Reporter. 

“Dans une école pour garçons du début du siècle, les relations troubles entre élèves prennent un tour dramatique quand le jeune Thomas Werner se jette du haut d’un pont en laissant derrière lui une lettre d’amour. 

Écrit au début des années 70 par l’une des pionnières de la bande dessinée féminine, ce roman graphique sur les affres de l’adolescence est aujourd’hui considéré comme une étape majeure dans l’histoire du manga. La complexité de ses personnages, l’inventivité de sa mise en scène et la féminité revendiquée de son graphisme en on fait l’une des plus marquantes explorations visuelles des liens entre l’amour et la mort.”

“Lorsque le corps du jeune Thomas Werner est retrouvé mort un matin d’hiver, la seule chose qu’il laisse derrière lui est une lettre adressée à son camarade Juli, et dans laquelle il lui confesse son amour. Bouleversé par cette révélation, le studieux Juli sombre dans des abîmes de confusion, et c’est à son ami Oscar qu’incombe le devoir de veiller sur lui, malgré les sentiments coupables qu’il éprouve lui aussi pour son triste patient. Cet équilibre fragile va être violemment secoué lorsqu’arrive à l’école un nouvel élève, Éric, dont la ressemblance à Thomas est troublante…”

[Texte de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Je me suis souvent plaint qu’aucun éditeur ne s’était jamais donné la peine de traduire les chefs-d’oeuvres shōjo des années ’70 (voir “Une mine de manga inexploitée”). J’ai tous récemment découvert que j’étais dans l’erreur: l’un d’eux a été publié en français et cela en 2012! Et en plus, il est disponible à la bibliothèque ! Je ne comprend vraiment pas comment une oeuvre d’une telle importance peut m’avoir échappée si longtemps. Il est donc temps de corriger cette bourde.

Le coeur de Thomas (トーマの心臓 / Thomas no shinzô) est un manga shōjo par Moto Hagio qui a d’abord été pré-publié dans le magazine Shūkan Shōjo Comic (Sho-comi) de Shōgakukan entre mai et décembre 1974, puis a été compilé en trois volumes (tankōbon) paru chez Shōgakukan en janvier, mai et juin 1975. En août 1995, il a été republié en un seul volume (bunko). C’est cette dernière édition qui a été traduite en français chez Kazé Classic en novembre 2012. Cette édition n’est malheureusement plus disponible (Kazé a d’ailleurs été racheté par Crunchyroll), alors espérons qu’un autre éditeur le republiera bientôt.

Plus qu’un simple manga shōjo, Le coeur de Thomas appartient au sous-genre du boys’ love (aussi parfois appelé Yaoi ou Shōnen ai). Ces récits présentent toujours des personnages masculins — des bishonen (beau garçon, éphèbe) — engagés dans de complexes relations sentimentales et parfois même sexuelles. C’est un genre surtout populaire auprès d’un public de jeunes adolescentes (quoiqu’il attire de plus en plus un lectorat de femmes dans la trentaine [1]). C’est sans doute l’équivalent moderne des “récits d’amours entre maîtres et disciples chez les moines bouddhistes du Moyen Âge nippon” (appelés chigo monogatari) [2]. Toutefois cette thématique homo-érotique est avant tout “une commodité narrative analogue à celle dont [Osamu] Tezuka avait usé dans Princesse Saphir. Elle permet d’introduire dans la série pour filles la passion et le sexe, voire la dépravation, sans trop effaroucher les lectrices” [3] — dans la mesure où le sujet est présenté d’une façon “esthétique” [4]. Cela permet aussi d’aborder subtilement les grandes questions philosophiques et les problèmes sociaux (pouvoir et identité, fluidité des genres et amour interdit, violence sexuelle, etc.) qui commencent à préoccuper le femmes dans les années 1970 (tant les mangakas elles-même que leurs lectrices) [5].

Moto Hagio est l’une des pionnière de ce genre de manga — avec ses collègues du fameux Groupe de l’an 24, appelé ainsi car elles sont toutes nées en l’an 24 de l’ère Showa, c’est-à-dire en 1949; il inclus surtout Moto Hagio et Keiko Takemiya, mais aussi Toshie Kihara, Minori Kimura, Yumiko Ōshima, Nanae Sasaya, Ryōko Yamagishi, et on lui associe parfois Riyoko Ikeda, née en 1947. Jusque dans les années 1950, les mangas pour jeunes filles (shōjo) étaient écrits par des hommes, puis dans les années 1960 apparaissent les premières dessinatrices de mangas comme Hideko Mizuno, Miyako Maki, Masako Watanabe ou encore Eiko Hanamura, ce qui permet à plusieurs magazines spécialisés de se développer: d’abord les mensuels Nakayoshi (Kōdansha) et Ribon (Shūeisha) en 1954, puis les hebdomadaires Shōjo Friend et Margaret en 1962-63. Jusqu’alors, les récits shōjo sont assez traditionnels et offrent des histoires inspirantes centrées sur une héroïne ou traitant d’amour et d’amitié. Toutefois, au début des années 1970, le Groupe de l’an 24, qui a grandit en lisant l’oeuvre de Tezuka, pousse le genre encore plus loin en créant des récits très diversifiés (tant de science-fiction, de fantasy, d’aventure, ou historique) qui non seulement transforment complètement les thématiques du genre mais aussi sa forme graphique. [6]

Si le thème prépondérant demeure l’amour et les sentiments humains, les récits deviennent plus profonds et complexes, axés sur la psychologie des personnages. Cette nouvelle richesse narrative est complétée et accentuée par un graphisme qui fait éclater la forme rigide du manga traditionnel avec des cases qui ne sont plus obligatoirement carrées et alignés mais peuvent flotter sur la page et se superposer, et dont les contours se brisent, se dissolvent, s’étendent au-delà des limites de la page. Les personnages eux-même (souvent d’une beauté exagérée) ne sont plus assujetti aux limites de la case. La page devient plus lumineuses car on minimalise les décors d’arrière-plan au profit d’un répertoire de codes visuels enrichi (des symboles abstraits comme des gouttes de transpiration, des ressorts de tension, des éclairs de choc, des flammes de colère, des étincelles d’affection, etc.) où le motif floral prends une place prépondérante (l’éclosion et la chute de pétales représentent les hauts et les bas des relations amoureuses alors que les marguerites expriment la simplicité, les chrysanthèmes la sensibilité et les roses la sensualité). De cette façon, les mangakas réussissent à exprimer plus clairement l’ambiance d’une scène, les sentiments et les émotions intériorisées des personnages. [7]

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Moto Hagio fait ses débuts en 1969 en publiant deux histoires courtes dans Nakayoshi: Lulu to Mimi et Suteki na mahō. Ce n’est toutefois qu’en 1971, après avoir publié une vingtaine d’histoires, qu’elle se démarque avec Jūichi-gatsu no Gymnasium (lit. “Gymnase [pensionnat] en novembre”) publié dans Shōjo Comic. Ce récit est le précurseur de Thomas no shinzô. Il nous raconte que “Quand le dur et rebelle Éric arrive dans un internat allemand, il y a un camarade qu’il déteste : Thoma. Celui-ci a une ressemblance frappante avec Éric, mais est doux, délicat et idolâtré par ses camarades de classe. Lorsque Thoma meurt subitement plus tard, Éric découvre qu’ils étaient en fait des jumeaux identiques, séparés à la naissance” [8]. En 1974, Moto Hagio va reprendre ce récit en le modifiant et l’allongeant pour en faire Le Coeur de Thomas. Dans cette version, Éric arrive au pensionnat de Schlotterbertz après la mort de Thomas, et le récit se concentre sur l’effet que la ressemblance d’Éric avec Thomas a sur Juli, exacerbant sa culpabilité alors qu’il est déjà traumatisé et tourmenté par des abus physiques antérieurs. Les membres du triangle amoureux Juli / Oscar / Éric-Thomas apprendrons à se connaître, à apprécier la similitude de leur situation, et au fur et à mesure que leurs sentiments et motivations deviennent plus clair, chacun trouvera une certaine forme de sérénité. Moto Hagio offrira plus tard à ses lecteurs la suite de l’histoire (湖畔にて―エーリク 十四と半分の年の夏  / Kohan nite – Erik jūyon to hanbun no toshi no natsu / lit. “Au bord du lac – Erik, l’été de ses quatorze ans et demi” — une courte histoire illustrée, publié en 1976 dans le livre ストロベリー・フィールズ (Strawberry Fields), où Oscar rend visite à Éric alors qu’il est en vacance avec son père adoptif, Cid Schwarz, au bord du Lac de Constance) et une préquelle (訪問者 / Hōmonsha / “Le Visiteur” — publié en 1980 dans Petit Flower et qui raconte l’histoire d’Oscar avant qu’il entre au pensionnat).

BIBLIOGRAPHIE ESSENTIELLE DE MATO HAGIO

Traduits en français:

  • Le clan des Poe t.1. Akata (Coll. Héritages), janvier 2023, 14.7 x 21 cm, 19.99 € / $37.95, ISBN 978-2369748214. 14+. Un des plus grands succès de Moto Hagio au Japon. [Wikipedia]
  • Le coeur de Thomas, par Moto Hagio. Paris: Kazé (Coll. Classic), novembre 2012. 476 pages, 21 x 15 cm, $32.95, ISBN 978-2-82030-534-3.
  • Léokun. Japan Expo, 2012.
  • Moto Hagio: Anthologie. Glénat (Coll. Vintage), nov. 2013, 608 p., ISBN 9782723493444. Un ouvrage regroupant neuf histoires originalement publiées entre 1971 et 1992. Tome 1, De la rêverie: “Un rêve ivre”, “Nous sommes 11 !” (Partie 1 & 2), “Le petit flûtiste de la forêt blanche”; Tome 2, De l’humain: “La fille de l’iguane”, “Mon côté ange”, “Le pensionnat de novembre”, “Pauvre maman” et “Le coquetier”.

Traduits en anglais:

  • A, A’. Viz, October 1997, 208 p., 5.5 x 8“, $15.95 US / $21.50 Can, ISBN 978-1569312384.[Wikipedia]
  • A drunken dream and other stories. Fantagraphics, September 2010, 288 p., 7.3“ x 10.1“, $29.99 US, ISBN 9781606993774. Includes “Bianca” (1970), “Marié, Ten Years Later” (1977), “The Child Who Comes Home” (1998), “Autumn Journey” (1971), “Girl on Porch With Puppy” (1971), “Angel Mimic” (1984), “Hanshin: Half-God” (1984), “A Drunken Dream” (1980), “Iguana Girl” (1991), and “The Willow Tree” (2007). [NelliganWikipedia]
  • The Heart of Thomas. Fantagraphics, 2013. [Wikipedia]
  • Lil’ Leo. Denpa, September 2021, $23.95.
  • Otherworld Barbara, vol. 1-2. Fantagraphics, August 2016/2017, 400 p. ea., 7.4″ × 9.9”, $39.99 ea., ISBN 9781606999431 / 9781683960232. [NelliganWikipedia]
  • The Poe Clan vol. 1-2. Fantagraphics, August 2019/September 2022, 512 p./404 p., 7.4″ × 9.9”, $39.99 ea., ISBN 9781683962083 / 9781683965725. [Wikipedia]
  • They were 11, #1-4. Viz Comics (Coll. Flowers), 1995. Republished inside the anthology Four Shojo Stories, Viz, March 1996. [Wikipedia]

Oeuvres majeures encore non traduites:

Le coeur de Thomas est donc un drame psychologique qui, comme la plupart des oeuvres de Moto Hagio, nous présente des enfants qui sont les membres les plus vulnérables de la société [9] et auxquelles elle ne craint pas d’associer les émotions sexuelles et violentes de l’adolescence [10]. Il est rare de trouver dans un manga du milieu des années 1970 autant de complexité et de profondeur: au milieu de connotations religieuses on retrouve des sujets comme la famille dysfonctionnelle, les amours interdits, la réjection amoureuse, le suicide, le traumatisme causé par l’intimidation (voir même la torture et un viol collectif), le tout enveloppé dans les affres psychologiques propres à l’adolescence. Et si le style de dessin pourrait paraître un peu vieillot à certains, il représente le summum du style shōjo, avec ses traits fins et précis, ses textures et fioritures, son montage éclaté, qui soutient superbement la complexité du récit. 

Ce manga est sans conteste un chef d’oeuvre qu’il faut avoir lu. Si la dureté du sujet ou les particularités du style shōjo peuvent déplaire à certains lecteurs, c’est néanmoins un incontournable pour tout amateur de manga qui se respecte, particulièrement s’ils apprécient déjà les mangas shōjo ou l’oeuvre de Moto Hagio. De ce côté nous sommes gâté car un autre de ses chefs d’oeuvres, Le clan des Poe (une romance gothique dans un groupe de vampires), sera bientôt disponible chez Akata.

Le coeur de Thomas, par Moto Hagio. Paris: Kazé (Coll. Classic), novembre 2012. 476 pages, 21 x 15 cm, $32.95, ISBN 978-2-82030-534-3. Pour un lectorat jeune adulte (16+). stars-4-5

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© 1975 Moto Hagio. All rights reserved.

Références:

Notes:

[1] SCHODT, Manga! Manga!, p. 102.
[2] BOUISSOU, p. 307.
[3] Idem, p. 307.
[4] SCHODT, Manga! Manga!, p. 101.
[5] GRAVET, p. 79.
[6] Idem, p. 78.
[7] Idem, p. 78-79.
[8] SCHODT, Manga! Manga!, p. 102.
[9] MASANAO, p. 400.
[10] GRAVET, p. 88.

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