Yawara! #5

Yawara-5-cov“Depuis toute petite, Yawara Inokuma a été entraînée par son grand-père Jigorô Inokuma, un champion de judo, qui voit en elle une future star de la discipline. Il a été annoncé que les JO de Barcelone accueilleraient enfin la discipline féminine dans la compétition. Jigorô rêve donc de faire de sa petite-fille la première championne olympique féminine de judo. Mais contrairement aux attentes de son aïeul, la jeune fille ne rêve que de mode, d’amour, d’idol… Bref, elle n’aspire qu’à une vie d’adolescente ordinaire, loin des entraînements et des compétitions. Mais c’est sans compter son talent inné pour le judo, que son entourage ne lui permettra pas d’oublier…!”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Yawara! (やわら!) est une oeuvre de jeunesse de l’excellent mangaka Naoki Urusawa. Elle a originalement été publié entre avril 1987 et octobre 1993 dans l’hebdomadaire seinen Big Comic Spirits, puis compilé en vingt-neuf volumes (tankōbon) chez Shōgakukan. En 1998-99, il y a eut une réédition en format plus petit (bunkoban) de dix-neuf volumes, puis une “collector edition” (Kanzenban) de vingt volumes en 2013-15. C’est cette dernière édition qui est présentement publiée en français chez Big Kana. Il y a neuf volumes de paru jusqu’à maintenant et le dixième est annoncé pour octobre 2022. J’ai déjà commenté le premier, le second, le troisième et le quatrième volumes.  

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Vol. 5, page 4

Yawara est accepté à l’université pour fille de Mitsuba. Son grand-père concède finalement qu’elle y étudie malgré que cette université n’ait pas de club de judo à condition qu’elle respecte un couvre-feu et suive un entraînement très stricte. Faute de club de judo elle s’inscrit au club de golf et s’y fait une amie, Fujiko Itô. Celle-ci a eut un parcours un peu similaire à celui de Yawara: elle s’est entraînée très fort toute sa jeunesse au sein de la troupe des Bolchoï pour devenir une ballerine de haut niveau mais elle a dû abandonner car une fois adulte, à 1m80, elle était trop grande! Elle encourage donc Yawara à participer au championnat national qui déterminera la sélection des candidats pour les jeux olympiques de Séoul. Toutefois aux olympiques il n’y aura pas de compétitions “toutes catégories” alors Yawara ne pourra compétitioner que dans la catégorie des moins de 48 kg. La sélection se fera entre elle et Sayaka! Jigorô tente de convaincre le président du comité olympique de revenir sur sa décision d’exclure les compétitions “toutes catégories”…

Ce volume est moins axé sur la compétition et plus sur la vie étudiante de Yawara qui est toujours réticente à faire de la compétition mais finie toujours par succomber aux manigances de son grand-père. La compétition entre Matsuda et Kazamatsuri pour le coeur de Yawara reprend de plus belle, compliquée par un double triangle amoureux (la photographe Kuniko se pâmant pour Matsuda et Sayaka étant fiancée à Kazamatsuri). Naoki Urasawa étant un champion pour mélanger les genres on retrouve dans ce récit à la fois des scènes d’action typiquement shōnen et des imbroglios cocasses ou des mésaventures de la vie d’adolescent typiquement shōjo, sans compter les inévitables scènes de “fan-service.”

Yarawa! est donc une comédie romantique de sport qui offre un beau style de manga classique et un récit à la fois captivant et amusant, parsemé de (controversés) clins-d’oeil coquins. Cela en fait une lecture agréable et distrayante. Vivement la suite!

Yawara t. 5, par Naoki Urasawa. Bruxelles: Kana (Coll. Big Kana), juillet 2021. 298 pages, B&W (26 pages en “couleurs”), 14.8 x 21 cm, 15.50 € / $C 26.95, ISBN 978-2-5050-8651-2, Pour un lectorat adolescent (12+). stars-3-0

Lire aussi mes commentaire sur les volumes précédents.

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

© 2013 Naoki Urasawa / Studio Nuts. All right reserved. © Kana (Dargaud-Lombard) 2021 pour l’édition française.  

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Blue Period Vol. 4-6

BluePeriod-4-covVol. 4

“À un mois de l’examen d’admission de Geidai, Mme Ooba, la professeure à la prépa d’Art, pointe du doigt les faiblesses de Yatora. Un coup dur pour le jeune garçon qui se donne corps et âme pour réussir. À quelques semaines d’affronter la première épreuve du concours tant redouté, il perd complètement pied. La douleur et la peur le paralysent. Mais il est encore temps de tirer les enseignements de ce passage à vide et de résister au renoncement…”

[Texte du site de l’éditeur]

Blue period vol. 4, par Tsubasa Yamaguchi (traduction: Nathalie Lejeune). Vanves: Pika (Coll. Seinen), juillet 2021. 192 pages, 13 x 18 cm, 7 € 50 / $12.95 Can, ISBN 9782811660987, Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-0

BluePeriod-5-covVol. 5

“À la première épreuve du concours, Yatora réussit tant bien que mal à terminer son œuvre, malgré l’incident du miroir cassé. À peine remis de leurs émotions, les candidats doivent déjà se remettre au travail dans l’espoir d’être admissibles pour la deuxième épreuve qui sera centrée sur la peinture à l’huile. Alors, pour détendre et stimuler ses élèves, l’extravagante Mme Ooba organise une excursion un peu spéciale. Cette sortie décoincera-t-elle Yatora qui redoute la discipline qu’il va devoir aborder dans trois jours ?”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Blue period vol. 5, par Tsubasa Yamaguchi (traduction: Nathalie Lejeune). Vanves: Pika (Coll. Seinen), octobre 2021. 192 pages, 13 x 18 cm, 7 € 50 /  $12.95 Can, ISBN 9782811660994, Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-0

BluePeriod-6-covVol. 6

“Grâce à son autoportrait, Yatora est parvenu à passer la première épreuve de Geidai. Curieusement, il affronte la suite avec sérénité… Mais, le jour J, il est pris d’un mal de tête qui le terrasse, et son éruption cutanée s’intensifie. Incapable de se concentrer, il finit par s’endormir en pleine épreuve ! Réussira-t-il à terminer son œuvre à temps ? Et surtout, sera-t-il admis à la prestigieuse université des Arts de Tokyo ?!”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Blue period vol. 6, par Tsubasa Yamaguchi. Vanves: Pika (Coll. Seinen), novembre 2021. 192 pages, 13 x 18 cm, 7 € 50 /  $12.95 Can, ISBN 9782811661007, Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-5

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Vol. 6, pages 28-29

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Blue period (ブルーピリオド / Burū Piriodo) est un manga Seinen sur la peinture écrit et illustré par Tsubasa Yamaguchi qui est sérialisé depuis juin 2017 dans Monthly Afternoon et a été compilé jusqu’à maintenant en douze volumes chez Kōdansha. La version anglaise est publiée aux USA par Kodansha (neuf volumes de disponible, les suivants sortiront en novembre 2022, janvier et mai 2023) et la version française est disponible chez Pika (dix volumes de paru en France mais les onzième et douzième volumes sortiront respectivement en septembre et novembre 2022). Il a remporté plusieurs prix en 2020 (le Manga Taishō et le Kōdansha manga shō; nominé aussi pour le Tezuka Osamu bunka shō) et a été adapté en une série télévisée d’animation en 2021 (douze épisodes animé par le studio Seven Arcs sous la direction de Koji Masunari et Katsuya Asano, sur un scénario de Reiko Yoshida; diffusée sur MBS, TBS, AT-X et sur Netflix). J’ai déjà commenté le trois premiers volumes.

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Vol. 6, page 47

Après avoir décidé sur un coup de tête de s’orienter en arts, Yatora Yaguchi (du genre un peu voyou mais qui réussi très bien en classe) a fait la découverte du dessin en participant au club d’art de son lycée. La seule université qu’il peut se permette est Geidai. Il se prépare au difficile concours d’admission en prenant des cours du soir avec Mme Ooba. Il ne peut pas se permettre d’échouer et cela le stress beaucoup. Étrangement, passer une journée et une nuit au bord de la mer avec son ami Yuka (le travesti) lui permet de relaxer et de se découvrir un peu. Cela lui sera utile à la première épreuve du concours où il doit dessiner un auto-portrait. Il se retrouve d’abord dans une impasse mais un accident fortuit lui fournira l’inspiration nécessaire pour produire une oeuvre satisfaisante. La deuxième épreuve, où il doit produire une toile à l’huile en trois jours, s’avère plus difficile. Il est tellement stressé qu’il en ressent des effets physiques sous la forme d’éruption cutanée, de maux de tête et de douleurs aux yeux. Il arrive à peine à travailler la première journée. La seconde journée se déroule beaucoup mieux grâce aux conseils de Mme Ooba. Mais cela sera-t-il suffisent pour remporter l’épreuve et être admis à Geidai? La suite dans la prochaine arc du récit…

Le style de Tsubasa Yamaguchi est plutôt moyen mais il supporte tout de même bien le récit. L’utilisation judicieuse de tableaux existants (réalisé par des assistants, des collègues artistes ou des maîtres classiques) pour illustrer les travaux des personnages est assez intéressant. Le récit, qui suit un peu les codes du manga shōnen mais en remplaçant les combats par des défis artistiques où le personnage principal apprend à se surpasser, est excellent et nous fait du même coup découvrir le monde et les techniques de l’art. C’est un très bon manga qui est agréable à lire et qui intéressera tous les amateurs d’art et de manga.

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© 2019 Tsubasa Yamaguchi.

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Debout l’humanité !

DeboutlHumanite-cov“Le déser­teur Tenka Taihei est enrôlé de force par un labo­ra­toire de l’ar­mée qui cherche à produire une nouvelle géné­ra­tion de guer­riers. Commence pour ce petit homme, bonne pâte mais faci­le­ment mani­pu­lable, un long périple qui pour­rait bien conduire l’hu­ma­nité à sa perte.

Publié au Japon pendant la guerre du Viet­nam, Debout l’hu­ma­nité ! est l’oc­ca­sion de décou­vrir une facette inha­bi­tuelle d’Osamu Tezuka. Dans un style dyna­mique, proche du dessin de presse, cette œuvre anti­mi­li­ta­riste aborde avec acuité les ques­tions de sexe, de genre, de racisme, sans oublier de taper allè­gre­ment sur les médias et les indus­tries cultu­relles.

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 36

Tenka Taihei est un soldat japonais envoyé faire la guerre en Asie du Sud-Est dans le pays (fictif) de Paipania. Il échappe à la mort en désertant mais seulement pour être condamné à devenir cobaye dans un laboratoire médical de l’armée sous la supervision du capitaine Reach. On découvre alors que ses spermatozoïdes mutants ont deux flagelles et qu’en conséquence sa progéniture est asexuée (ni homme, ni femme, ils forment une sorte de troisième sexe). Naïf, il est successivement manipulé et utilisé dans les expériences eugéniques du Dr Clamp, puis de Otomo Kurosumi et enfin par le promoteur Akira Kizagami. Ce dernier, avec l’aide de Reach, crée un royaume dans le Pacifique, le Taiheitengoku, pour capitaliser sur cette découverte. Le but est d’utiliser le sperme de Tenka pour créer une armée de soldats asexués, dociles et persistants comme le sont les fourmis ouvrières ou les abeilles, et de les vendre à gros profit aux plus offrants. Ils ne sont pas considéré comme des humains mais plutôt de simple drones utilisés soit comme chaire à canon (évitant ainsi aux populations humaines les horreurs de la guerre) soit comme esclave ou, même, dans des jeux pervers. 

Avec l’aide de son épouse, la guérilleros Lila, Tenka tente à plusieurs reprises d’échapper à cette entreprise et de sauver ceux qu’il considère comme ses enfants. Toutefois, Kizagami fait assassiner Lila, et Tanka retombe entre ses mains. Ses plans déjoués, Kizagami décide de promouvoir son entreprise avec un grand spectacle de guerre (kriegspiel) où s’affronteront pas moins de quarante mille soldats asexués. Cependant, Tenka s’échappe à nouveau et complote avec un nouvel allié. Au même moment son premier “fils”, Miki, travaille dans l’ombre pour venger sa mère et initier une révolution qui bientôt inversera les rôles d’oppresseurs et d’opprimés!

 

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Page 194

Debout L’Humanité ! (人間ども集まれ! / Ningen-domo Atsumare ! / lit. “Les humains se rassemblent !”) est un manga seinen par Osamu TEZUKA qui a d’abord été publié en feuilletons au Japon dans Weekly Manga Sunday entre le 25 janvier 1967 et le 24 janvier 1968 avant d’être publié en deux volumes (tankōbon) chez l’éditeur Jitsugyo no Nihonsha, puis en un seul volume (Kanzenban) en 1999. Il a également été publié en deux volumes dans la collection des Oeuvres Complète de Tezuka chez Kōdansha, qui l’a ensuite réédité en un seul volume (format bunko) en mars 2010. Il a été publié en français, en un seul volume, aux éditions FLBLB en avril 2011, puis réédité en septembre 2022 avec une nouvelle couverture. 

Tezuka aborde avec ce manga touts les grands débats du XXe siècle sur les droits et libertés (sexisme, homosexualité, transexualité, racisme, eugénisme, etc.) et il critique également tant le bellicisme que le capitalisme de nos sociétés modernes, surtout la façon que ce dernier exploite la guerre perpétuelle pour s’enrichir sur le dos des plus démuni. Malheureusement, sans doute à cause du format de publication épisodique et au fait qu’il travaillait simultanément sur une dizaine de titres! (principalement Ambassador Magma, Astro Boy, Dororo (voir mon commentaire), Flying Ben, Gumgum Punch, Phénix, Vampires), le récit est plutôt désorganisé et assez inégale. Il y a quelques longueurs et on se demande parfois où l’auteur veut en venir. Comme dans le cas de Avaler la Terre (que j’ai récemment commenté), c’est une histoire de vengeance qui se révèle (comme toujours) insatisfaisante et qui finie mal. 

Le site officiel de Tezuka nous apprends que le mangaka a intentionnellement changé son style de dessin pour ce manga afin de lui donner un ton absurde. Son style est déjà à la base plutôt caricatural, utilisant des traits assez simples (et de grands yeux), mais ici il lui donne un aspect encore plus brouillon sans doute dans le but de se rapprocher du style “dessin de presse.” Toutefois, les lecteurs de l’époque, peut-être déjà mal à l’aise à cause des thématiques sociologiques et politiques, ont durement critiqué l’ouvrage pour son manque de raffinement. 

Comme dans tous ses ouvrages, Tezuka nous offre ici un manga très intéressant avec une histoire pleine de rebondissements qui, malgré son style caricatural, exprime des préoccupations très sérieuses sans toutefois être dénuée d’humour — ou, comme dans ce cas-ci, de satire mordante. C’est donc une lecture agréable qui sait nous divertir tout en nous faisant réfléchir.

Encore une fois je remercie profondément les petits éditeurs comme FLBLB qui ont le courage de publier ce genre de manga tout en sachant très bien qu’ils ne seront pas populaire mais qu’il faut néanmoins les rendre accessibles à un public aussi large que possible pour faire valoir l’importance qu’ils occupent dans l’histoire de la bande dessinée. À lire pour tout amateurs de mangas et/ou de Tezuka.

Débout l’Humanité ! (Intégrale), par Osamu Tezuka (Traduit du japo­­nais par Jacques Lalloz et Rodolphe Massé). Poitiers: Éditions FLBLB, septembre 2021. 432 pages, 15,5 × 22 cm, 20€ / $36.95, ISBN 978-2-35761-308-9. Pour lectorat adolescent (14+ / sexualité, violence). stars-3-5

Autres titres de Osamu Tezuka disponible chez FLBLB: Alabas­ter (épuisé), Avaler la terre (que j’ai déjà commenté), La Femme insecte (sortie prévue en septembre 2022), La grande pagaille du Diletta, L’homme qui aimait les fesses (épuisé), et NéoFaust (épuisé, réédition prévue en septembre 2022).

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© 2021 Tezuka Productions. All rights reserved.

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Yasuhiko Yoshikazu

Yasuhiko Yoshikazu est surtout connu pour son travail en animation (réalisateur de Crusher Joe, Arion, Venus Wars, M. S. Gundam: The Origin et character designer pour, entre autres, Mobile Suit Gundam, M.S. Zeta Gundam, Mobile Suit Gundam F91). Toutefois il a aussi produit plusieurs excellents mangas historiques ou de science-fiction reconnus pour leurs séquences d’action (Arion [1979–1984, 5 vol.], Venus Wars [1986–1990, 4 vol.], Nijiiro no Trotsky [1990–1996, 8 vol.], Joan [1995–1996, 3 vol.], Jesus [1997], Waga na wa Nero [1998–1999, 2 vol.], Mobile Suit Gundam: The Origin [2001–2011, 23 vol.], Alexandros ~Dream for World Conquest~ [2003], etc., et Inui to Tatsumi -Siberia Shuppei Hishi- [en cours depuis 2018]).

Malheureusement peu de ses mangas ont été traduit. En anglais en peut trouver (si vous êtes chanceux dans certains cas) Dirty Pair (Dark Horse), Gundam The Origin (Vertical), Joan (ComicsOne), et Venus Wars (Dark Horse). En français il y a eut Jeanne (Tonkam), Jésus (Tonkam), et MS Gundam The Origin (Pika). J’espère sincèrement que des éditeurs vont avoir le courage de remettre ces titres disponibles et de publier d’autres oeuvres de Yasuhiko Yoshikazu

Récemment, NHK World Japan présentait un documentaire intitulé Manben: Behind the Scenes of Manga with Urasawa Naoki. Le mangaka Naoki Urusawa y rencontre Yasuhiko Yoshikazu et discute avec lui de ses techniques de dessins et de son oeuvre. Le documentaire a été diffusé les 29 et 30 juillet 2022 mais est disponible pour visionnement en ligne (streaming, VOD) jusqu’au 30 juillet 2023. C’est extrêmement intéressant et mérite absolument d’être vu si vous êtes le moindre fan de l’un de ces deux mangaka. 

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Plus d’info sur les sites suivants:

[ ANNGoogleManga NewsManga SanctuaryManga Updates ]

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Yawara! #4

Yawara-4-cov“Depuis toute petite, Yawara Inokuma a été entraînée par son grand-père Jigorô Inokuma, un champion de judo, qui voit en elle une future star de la discipline. Il a été annoncé que les JO de Barcelone accueilleraient enfin la discipline féminine dans la compétition. Jigorô rêve donc de faire de sa petite-fille la première championne olympique féminine de judo. Mais contrairement aux attentes de son aïeul, la jeune fille ne rêve que de mode, d’amour, d’idol… Bref, elle n’aspire qu’à une vie d’adolescente ordinaire, loin des entraînements et des compétitions. Mais c’est sans compter son talent inné pour le judo, que son entourage ne lui permettra pas d’oublier…! Mais c’est sans compter son talent inné pour le judo, que son entourage ne lui permettra pas d’oublier…!”

[Texte du site de l’éditeur, voir aussi  la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Yawara! (やわら!) est une oeuvre de jeunesse de l’excellent mangaka Naoki Urusawa. Elle a originalement été publié entre avril 1987 et octobre 1993 dans l’hebdomadaire seinen Big Comic Spirits, puis compilé en vingt-neuf volumes (tankōbon) chez Shōgakukan. En 1998-99, il y a eut une réédition en format plus petit (bunkoban) de dix-neuf volumes, puis une “collector edition” (Kanzenban) de vingt volumes en 2013-15. C’est cette dernière édition qui est présentement publié en français chez Big Kana. Il y a neuf volumes de paru jusqu’à maintenant et le dixième est annoncé pour octobre 2022. J’ai déjà commenté le premier, le second et le troisième volumes.  

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Vol. 4, page 4

Pour se qualifier pour les olympiques de Séoul Yawara participe à une série de dix tournois de judo tout en étudiant tard le soir pour se préparer à son examen d’entrée à l’université de Mitsuba. Toutefois, après que Jody ait été blessé durant un match contre une judoka russe un peu vicieuse, elle perd sa motivation. Et ses rivales ne se trouvent pas seulement sur les tatamis du dojo… Son grand-père fait tout pour la forcer à aller à l’Université de Saikai qui l’a accepté d’emblée pour qu’elle intègre leur club de judo. Distraite, elle se blesses même au poignet la veille de son examen! Réussira-t-elle son examen malgré la douleur?

Yarawa! est une comédie romantique de sport qui offre un beau style de manga classique et un récit à la fois captivant et amusant, parsemé de (controversés) clins-d’oeil coquins. C’est donc une lecture agréable et distrayante que je vous recommande (plus que seize volumes à lire!)…

Yawara t. 4, par Naoki Urasawa. Bruxelles: Kana (Coll. Big Kana), avril 2021. 290 pages, B&W (xx pages en “couleurs”), 14.8 x 21 cm, 15.00 € / $C 26.95, ISBN 978-2-5050-8650-5, Pour un lectorat adolescent (12+). stars-3-0

Lire aussi mes commentaire sur les volumes précédents.

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© 2013 Naoki Urasawa / Studio Nuts. All right reserved. © Kana (Dargaud-Lombard) 2021 pour l’édition française.  

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Isabella Bird #8

IsabellaBird-8-cov“À Akita, Isabella croise à nouveau la route du Dr Kobayashi, que James Hepburn a chargé d’une mission : veiller sur la santé fragile de l’exploratrice ! Elle apprend que sir Harry Parkes a également négocié avec les autorités pour lui apporter l’aide de la police.

Il ne reste qu’un seul obstacle à la découverte d’Ezo : Charles Maries, l’ancien employeur d’Ito, est toujours décidé à récupérer son boy. Mais les deux voyageurs ont réglé leurs différends et sont prêts à tout pour le convaincre d’abandonner… De quoi partir sur de bonnes bases pour finir la traversée de la plus grande île du Japon !

Lancez-vous à la découverte d’un Japon traditionnel désormais disparu à travers les yeux de l’intrépide Isabella Bird ! Basé sur les écrits réels de l’aventurière, Isabella Bird, femme exploratrice est un récit passionnant sur la rencontre de deux mondes, dessiné avec un rare souci du détail par Taiga Sassa, nouveau talent prometteur !”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Vol. 8, page 27

Isabella Bird, femme exploratrice (ふしぎの国のバード / Fushigi no Kuni no bādo [Bird] / littéralement: “Bird au pays des merveilles”) nous offre le récit de voyage de la célèbre exploratrice britannique au Japon du début de l’ère Meiji en se basant sur sa correspondance avec sa soeur Henrietta qui fut publiée en 1880 sous le titre Unbeaten Tracks in Japan. Écrit et dessiné par Taiga Sassa, ce manga seinen historique a d’abord été publié en feuilletons dans le magazine Harta (Enterbrain), puis compilé en volumes chez Kadokawa. Le premier volume est paru en mai 2015 et le plus récent volume, le neuvième, est paru au Japon en février 2022.

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Vol. 8, page 44

Forcé de rester à Akita à cause du mauvais temps, Isabella en profite pour continuer de prendre des notes sur les coutumes locales notamment celles du mariage (se noircir les dents, le vol d’épouse) et de l’hygiène personnelle (brossage de dents, manucure, soins capillaire, etc.). Lorsque la pluie cesse enfin ils peuvent reprendre leur route mais les rivières sont gonflées et encombrées de débris ce qui rends leur traversé à guai impossible. Heureusement, ils rencontrent des bateliers courageux qui acceptent de les prendre comme passagers pour un périple dangereux sur le fleuve Yoneshiro de Kiriishi jusqu’à Kotsunagi. Ils évitent la catastrophe de peu… Arriveront-ils dans les délais à Hakodate, où le docteur Hepburn les attends pour soigner Isabella?

Le récit semble s’écarter un peu de l’oeuvre originale en ajoutant des anecdotes culturels intéressants mais demeure toujours aussi agréable à lire. La qualité du dessin, avec son style précis et détaillé, y est sans doute pour beaucoup. C’est un très bon manga qui nous offre une expérience de lecture à la fois distrayante et très instructive. Je le recommande fortement, surtout pour les amateurs d’histoire et de culture Japonaise.

Isabella Bird, femme exploratrice T.8 par Taiga SASSA. Paris: Ki-oon (Coll. Kizuna), décembre 2021. 208 pg, , 13 x 18 cm, 7,90 € / $14.95 Can., ISBN 979-10-327-1040-1. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-5

Lire aussi mes commentaires sur les volumes précédents.

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© Taiga Sassa 2021.

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Elle et son chat

ElleEtSonChat-cov“Chobi savoure sa vie de chat auprès de la maîtresse qui l’a recueilli, une jeune femme connaissant à la fois les avantages de l’indépendance et les affres de la solitude.  Les yeux du félin assistent à ce quotidien qui s’écoule lentement, oscillant entre moments chaleureux et moments teintés d’amertume, entre jours de soleil et jours de pluie. 

Dans cette adaptation en manga du court-métrage Elle et son chat , la poésie du réalisateur Makoto Shinkai ( Les Enfants du Temps , your name. ) est littéralement sublimée par le trait délicat de Tsubasa Yamaguchi ( Blue Period ).

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 20

Miyu est une jeune femme qui vit seule en appartement car sa mère se remarie et elle ne veut pas rester avec elle. Après le collège est s’est trouvé un travail mais a de la difficulté à s’adapter au monde des adultes et à communiquer avec les autres. C’est pour cela qu’elle reste célibataire. Elle évite de parler à sa mère et ne réussi même pas à parler de ses problèmes avec Tomoka, une amie d’enfance qu’elle voit de temps en temps… Elle est triste et se sent terriblement seul. Le seul à l’aimer, à percevoir sa détresse et lui offrir un peu de réconfort est Chobi, le jeune chat qu’elle a recueillie. Une histoire d’ambiance raconté du point de vue du chat.

Elle est son chat (彼女と彼女の猫 / Kanojo to Kanojo no Neko / lit. “la jeune fille et le chat de la jeune fille”) est un manga seinen écrit par l’animateur Makoto Shinkai et illustré par Tsubasa Yamaguchi (qui est surtout connu pour son manga Blue Period, que j’ai déjà commenté). Il a été prépublié dans le mensuel Afternoon entre avril à juillet 2016, puis compilé en un tome unique chez Kodensha en août 2016. Il a été traduit en anglais chez Vertical en août 2017, puis en français chez Pika Édition en septembre 2021.

Un charmant manga sur la solitude et la thérapie animale dessiné dans un style assez classique et simple. Le dessin supporte bien le récit mais les personnages sont parfois bizarres et il y manque un petit quelques choses pour que l’on ressente vraiment les émotions du personnage. Ce n’est pas comparable à la beauté et à la poésie du dessin original de Makoto Shinkai (dont la force, il faut l’avouer, est dans les paysages et les arrières-plans; il ne montre d’ailleurs jamais le visage de “Elle”). Cela reste néanmoins une lecture agréable, mais un peu courte…

Ce qui est vraiment notoire dans ce manga c’est qu’il adapte une animation de Makoto Shinkai en noir & blanc d’un peu moins de cinq minutes (on peut d’ailleurs la visionner sur Youtube) et qui a lancé sa carrière d’animateur. Après avoir gradué à l’Université Chūō en littérature, il a travaillé comme animateur et graphiste pour la compagnie de jeu vidéo Nihon Falcom. Après s’être amusé dans ses temps libre à produire deux animations d’une ou deux minutes (囲まれた世界 / The World be Enclosed et 遠い世界 / Other Worlds) il s’est essayé en 1999 à faire une animation de cinq minutes (utilisant After Effects, Illustrator et LightWave), chez lui (avec l’aide de quelques collaborateurs pour la voix de la jeune femme et la musique). Il l’a distribué par lui-même en faisant des copies CD-R qu’il vendait dans les conventions comme Comiket et sur son site web. Ainsi, Elle et son chat a remporté le prix d’animation DoGA CG en 2000. Cela lui a apporté une certaine visibilité et une offre de la compagnie de production CoMix Wave de travailler sur d’autres projets comme The Voices of a Distant Star (ほしのこえ / Hoshi no koe / lit. “Voix d’une étoile lointaine“, 2002, 25 min.), La Tour au-delà des nuages (雲のむこう、約束の場所 / Kumo no mukō, yakusoku no basho / lit. “Au-delà des nuages, l’endroit promis“, 2004, 91 min.), 5 Centimètres par seconde (秒速5センチメートル / Byōsoku Go-Senchimētoru, 2007, 65 min.), Voyage vers Agartha (星を追う子ども / Hoshi o ou kodomo / lit. “L’enfant qui chasse l’étoile”, 2011, 116 min.), The Garden of Words (言の葉の庭 / Koto no ha no niwa / lit. “Jardin des mots”, 2013, 46 min. — voir mon commentaire), Your Name. (君の名は。/ Kimi no na wa. / lit. “Ton nom est”, 2016, 107 min. — voir mon commentaire sur l’anime et le manga), Les Enfants du Temps (天気の子 / Tenki no ko / lit “Vieillir avec toi”, 2019, 112 min. — voir mon commentaire sur le manga), et Suzume no tojimari (すずめの戸締まり / Suzume Locking Up the Doors, qui devrait paraître au Japon le 11 novembre 2022).

Elle et son chat a également fait l’objet d’une novelisation par Makoto Shinkai et Naruki Nagakawa publié au Japon en 2013 chez Kanzen et qui a été traduite en français en 2021 chez Charleston [ AmazonGoodreadsNelliganWorldCat ] et à paraître en anglais en novembre 2022 chez Atria. Une série animée pour la télévision (un antépisode en quatre parties de huit minutes chacune intitulé She and her cat: Everything Flows) a également été diffusé en mars 2016 sur la chaine Tokyo MX au Japon, sur Crunchyroll à l’extérieur de l’Asie et disponible en Blu-Ray chez Diskotek. 

Elle et son chat par Makoto Shinkai (scénario) & Tsubasa Yamaguchi (dessin). Vanves: Pika Édition (Coll. Pika Seinen), septembre 2021. 164 pages, 13.3 x 18.1 cm, 7 € 50 / 12,95 $Can, ISBN 978-2-8116-5778-9. Pour un lectorat adolescent (13+). stars-3-0

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© Makoto Shinkai / CWF • S&HC EF Film Partners / Tsubasa Yamaguchi 2016. All rights reserved.

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Avaler la terre

AvalerLaTerre-cov“— Tu devrais essayer de voir plus grand !
— Oh, mais je vois très grand… Moi, mon rêve, c’est d’ava­ler la Terre entiè­re…
— Ça ne t’in­té­res­se­rait pas de rencon­trer la plus belle femme du monde plutôt ?
— Les femmes, ça ne me dit rien…
— Elle s’ap­pelle Zéphy­rus et loge à l’hô­tel Ômura. Tu vas te débrouiller pour faire sa connais­san­ce… Pour ça, tu rece­vras trois cent mille yens à une condi­tion toute­fois : décou­vrir qui elle est en réalité.

En 1968, Tezuka imagine une destruc­tion concer­tée du monde, qui commen­ce­rait par l’argent et la morale.

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

AvalerLaTerre-018

Page 18

Zephyrus, une belle femme, perd sa fortune et son père bien-aimé par les ruses de son ambitieux mari. Ses sept filles, qui se font appeler Zephyrus comme leur mère, promettent de se venger des hommes et des sociétés civilisées du monde entier qui ont causé la mort de leur mère et ruiné leur vie. Pour ce faire, elles inventent un peau synthétique, le dermoïde Z, qui permet à quiconque qui peut se la payer de prendre n’importe quelle apparence. D’abord utilisé à des fins esthétique, elle devient rapidement un instrument qui permet de réaliser des crimes en toute impunité. Zephyrus elles-même l’utilisent pour se donner une beauté qu’aucun homme (ou presque!) ne peut résister afin de les séduire, les contrôler et, ultimement, les punir. La deuxième phase de leur plan est d’inonder les marchés financiers avec des tonnes d’or qu’elles ont découvert sur une île du Pacifique ayant jadis appartenu à l’Empire de Mu. C’est alors le crash financier, l’or et les devises qui y sont liées étant dévalués jusqu’à ne plus rien valoir, et le monde moderne chavire dans l’avarice, la criminalité et la barbarie! Ce plan aurait été parfait si ce n’est de l’inégalable Seki Gohonmatsu qui demeure insensible au charme des femmes et qui n’aspire qu’à boire de l’alcool en si grande quantité qu’il pourrait en avaler la Terre entière. Cela lui donne courage et force, s’opposant à la conspiration des soeurs Zephyrus ne serait-ce que pour qu’elles le laisse en paix. Cependant, tant la soeur cadette, Milda, que leur mentor, miss Monte Christos, se trouvent ébranlées par l’innocence et l’intégrité de Gohonmatsu et en tombent amoureuses… La fin ne pourra être que tragique…

Avaler la Terre (地球を呑む / Chikyû wo Nomu) est un manga seinen par Osamu Tezuka qui a d’abord été publié en feuilletons dans le magazine Big Comic entre avril 1968 et juillet 1969 avant d’être compilé en deux volumes (tankobon) chez l’éditeur Shogakukan en mai et juin 1977. Il a connu une réédition en un volume (bunkoban) en septembre 1994, puis à nouveau en deux volumes en 2006. Il a été publié en français chez Milan en 2006 (deux volumes) puis en anglais chez Digital Manga en juin 2009 (un volume). Il également été réédité en français en un seul volume chez les Éditions FLBLB.

Osamu Tezuka, au Japon, est considéré comme le dieu du manga car il en a pratiquement inventé le genre. Bien sûr son style de dessin peut paraître vieillot et caricatural avec ses grands yeux et la simplicité de trait — après tout, au début de sa carrière,  il s’est beaucoup inspiré des dessins animés des Studios Fleischer, comme Betty Boop, et surtout de Walt Disney. Et c’est sans doute pour cela que son oeuvre est souvent négligé en Occident. Il a pourtant toujours produit des récits qui, malgré ses personnages caricaturaux et l’humour presque “slapstick”, abordaient des sujets vraiment sérieux. Si l’on regarde au-delà du style, son oeuvre est très intéressante et a toujours un petit aspect moralisateur, voir pédagogique.

C’est le premier récit d’envergure que Tezuka destine à un public plus âgé (jeune adulte, masculin; i.e. “seinen”). Alors que le Japon connait une explosion de prospérité d’après-guerre, Tezuka fait une mise-en-garde en dépeignant avec beaucoup d’ironie une société devenue dépravée à cause des femmes scandaleuses, de l’argent et de la politique corrompue. Évidemment, certains concepts peuvent nous paraître dépassés ou même choquants. Tezuka est, après tout, un homme de son époque: le Japon était alors une société patriarcale où le rôle de la femme est reproductif et décoratif. L’image qu’il donne aussi de la ségrégation raciale aux État-Unis peut paraître exagérée (presqu’hilarant) mais c’est sa façon de la critiquer. 

Le récit m’est apparu plutôt inégal au début mais Tezuka en explique la raison en post-face. La plupart des mangaka de l’époque publiaient des séries où chaque épisode constituait un récit indépendant mais Tezuka (à la demande de son éditeur) s’est distingué en présentant pour la première fois avec Avaler la Terre une histoire avec des épisodes à suivre. Inévitablement, comme le récit s’étire, les lecteurs perdent un peu intérêt et cessaient de suivre. Pour contrer cela, Tezuka à introduit quelques épisodes indépendants au milieu du récit.

Ce genre d’histoire me rappel étrangement la quatrième saison de la série télévisée Westworld… Que ce passerait-il si quelqu’un remplaçait un groupe de politicien ou en prenait le contrôle d’une façon ou d’une autre, comme pour orchestrer un coup d’état et un virage à droite rétrograde, voir autodestructeur? En fait cela a déjà été fait avec le série télé humoristique (hilarante et plutôt originale) BrainDead! Et l’on pourrait croire que ces derniers temps c’est aussi le cas avec l’aile trumpiste du parti républicain… Malgré tout c’est Tezuka qui reste le plus original puisqu’il a imaginé et publié ce manga à la toute fin des années soixante!

Avaler la Terre nous présente un récit de vengeance, doublé d’un complot de fin du monde, qui offre de l’action et du suspens mais aussi beaucoup de sensualité et d’humour. C’est une série ambitieuse que Tezuka considère comme parmi ses oeuvre les plus importantes. Hélas! Ce genre de manga n’attire pas les foules — heureusement qu’il y a des éditeurs qui en reconnaissent l’importance historique et ont le courage d’en faire la traduction — donc un grand merci à FLBLB! Malgré la complexité du récit et le style caricatural, c’est un excellent manga, agréable et intéressant à lire. Une oeuvre de Tezuka mérite toujours d’être lue.

Avaler la terre (Intégrale), par Osamu Tezuka (Traduit du japo­­nais par Jacques Lalloz et Patrick Honnoré). Poitiers: Éditions FLBLB, septembre 2021. 520 pages, 15,5 × 22 cm, 20€ / $36.95, ISBN 978-2-35761-307-2. Pour lectorat adolescent (14+). stars-4-0

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© 2021 by Tezuka Productions. All rights reserved.

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Pictorial chronicles [002.022.191]

Otium et Lectio

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[ iPhone 13 Pro, domus, 2022/07/10 ]

Aujourd’hui est la journée idéale pour se complaire dans l’oisiveté et la lecture d’un bon manga, confortablement assis sur ma terrasse fleurie et tout en écoutant du enka sur Apple Music… Que la vie peut être douce parfois…

Today is the perfect day to indulge in idleness and read a good manga, comfortably seated on my flowery terrace and while listening to enka on Apple Music… How sweet life can be sometimes…

Oggi è il giorno perfetto per abbandonarsi all’ozio e leggere un bel manga, comodamente seduti sul mio terrazzo fiorito e ascoltando l’enka su Apple Music… Come può essere dolce la vita a volte…

今日は、花の咲くテラスに座って、アップルミュージックでエンカを聴きながら、怠惰にふけり、良い漫画を読むのに最適な日です。

Natsuko no sake #5-6

NatsukoNoSake-5-covTome 5

“Les drames s’enchainent dans la petite communauté de Niigata. Un hélicoptère d’épandage aérien se crashe dans un champ. Le père de Saeko renonce et détruit ses plantations, accablé de solitude, il ne peut plus assurer son travail. Natsuko mobilise une fois de plus les habitants pour lui venir en aide et une violente tempête menace les récoltes. Mais Saeko, jadis méprisante du métier d’agricultrice, décide finalement de reprendre la plantation à son compte, alors que Natsuko sauvegarde le Dragon Merveilleux jusqu’au moment tant attendu de la récolte. La plantation est fauchée et le processus de production de sake peut s’enclencher. Le moment le plus important de la création artisanale repose désormais sur les épaules de Kusanabe et Natsuko, pourtant moins expérimentés que leurs aînés.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

Natsuko no Sake t.5, par Akira OZE. Paris: Dupuis / Vega (Coll. Seinen Manga), septembre 2021. 464 pages, 18 x 13 cm, 11,00 € / $C 19.95, ISBN 9782379501159. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-0

NatsukoNoSake-6-covTome 6

“Natsuko jette ses dernières forces dans la fin du brassage du Dragon merveilleux. L’heure du verdict a ainsi sonné pour tous les habitants de la Kura, mais aussi pour chaque aventure humaine. Saeko aura trouvé son équilibre humain dans le travail de la terre, le village est en plein renouveau économique grâce à cette nouvelle agriculture biologique, Kusakabe s’affirme en nouveau chef de la production, Natsuko elle-même finit par trouver l’amour. Mais le papy Yamada, lui, aura laissé ses ultimes forces dans cette dernière saison, et la maladie finit par l’emporter dans la tombe. Le Dragon merveilleux aura bouleversé la vie de tous et la récompense sera à la hauteur du prix à payer.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

Natsuko no Sake t.6, par Akira OZE. Paris: Dupuis / Vega (Coll. Seinen Manga), décembre 2021. 448 pages, 18 x 13 cm, 11,00 € / $C 19.95, ISBN 9782379501166. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-5

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Natsuko no Sake (夏子の酒 /  lit. “Le sake de Natsuko”) est un manga seinen par Akira OZE qui a été serialisé dans le magazine Morning en 1988-1991 puis compilé en douze volumes chez Kodansha. La traduction française est disponible chez Vega en six volumes doubles (paru entre septembre 2019 et décembre 2021). J’ai déjà commenté le premier volume de cette série ainsi que les volumes deux à quatre.

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t.5, page 8

Dans le cinquième tome, Saeko se lance à plein dans l’agriculture contre l’avis de son père et devient même l’apprentie de Goda, le gourou local de l’agriculture biologique. Natsuko continue son apprentissage en visitant d’autre kura (brasserie de saké) et en écoutant les conseils de Eiji Utsumi, brasseur du fameux junmai Bisen. Toutefois, elle est bouleversée par la dégustation du ginjô “N”, brassé il y a trois ans par son frère Yasuo et qui représentait pour lui le saké idéal. Natsuko devient alors très intransigeante sur ce qu’elle veut faire de son saké ce qui cause beaucoup de friction avec les autres membres de la brasserie… Natsuko récolte enfin le fruit de son labeur: le tatsu-nishiki est planté, cultivé, récolté, décortiqué, et poli. Il reste à choisir une levure dans un duel entre Natsuko et Yamada, le tôji de la kura. Le tatsu-nishiki est maintenant prêt pour le brassage!

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T.6, page 14

Dans le sixième et dernier tome, nous assistons à la naissance du saké de Natsuko. Le tatsu-nishiki est lavé, cuit, ensemencé de kôji, malaxé, fermenté en cuve, pressé, filtré, pasteurisé et finalement mis en bouteille. C’est un processus long et complexe. Pendant ce temps, Kasuko (la veuve de Yasuo) décide de rester dans la famille Saeki malgré la demande de son frère de revenir s’occuper de sa mère. Il y a assez de tatsu-nishiki pour faire trois cuvées. Malheureusement, la première a un très léger arrière-goût due à des sacs mal lavés — mais que seul Natsuko perçoit. Toutefois, la filtration devrait régler le problème. Maître Ueda visite la kura et est impressionné par leur travail; il offre quelques conseils. La seconde cuvée ne se déroule pas non plus sans incident car Yamada tombe à nouveau malade mais il se rétablit est le résultat du brassage est excellent. Toutefois, il demande pour la troisième cuvée que Kusakabe prenne la relève comme tôji (mais il le supervisera). Kusakabe s’y met corps et âme. Le résultat est encore meilleurs et satisfait finalement Natsuko. Par la suite, Saeko et Goda se marient. Natsuko décides d’assumer l’héritage de la brasserie Saeki et doit également choisir un nom pour le nouveau junmai daiginjô. Durant l’hiver, Yamada décède. Tout au long du récit, Natsuko a eut trois prétendants: Shingo (le fougueux héritier de la brasserie Kuroiwa), Eiji Utsumi (brasseur du fameux Bisen) et Wataru Kusakabe (ami de Yasuo à l’université qui a joint la brasserie Saeki comme kurabito et en est devenu le nouveau tôji). Lequel gagnera finalement son coeur?

Natsuko no sake est un très beau manga qui nous offre une bonne histoire tout à la fois captivante et touchante. Le style graphique classique, qui est plutôt simple mais efficace, est typique des mangas des années ’80 et ’90. Même si il prêche l’agriculture biologique et nous éduque sur l’art complexe du brassage du saké, ce manga constitue une lecture agréable et divertissante. C’est donc un bon vieux manga qui plaira surtout aux amateurs de culture japonaise et de saké. Moi, j’ai adoré.

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© 2016 Akira OZE. All rights reserved. © 2021 Éditions Vega pour l’édition française.

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