Major Fatal

MajorFatal-covMajor Fatal est trop beau pour être vrai. On est jamais sûr d’entrer dedans. Et pourtant on ne parvient plus à en sortir. Un cercle vicieux. Une drogue! Eh quoi : nous avons lu ensemble dans Métal Hurlant, trois années de suite les aventures du Major Grubert. Pourquoi attendre trois ans pour se mettre dans des états pareils? A quoi je rétorquerai que le Major dans Métal et le Major en album sont deux choses totalement différentes. Major Fatal, c’est un poème.” (Jacques Goimard, en couverture arrière)

L’astéroïde modelé par le Major Grubert en trois mondes superposés, trois mondes avec chacun leur système, leur populace et leurs coutumes. Improvisés au rythme de la publication de Métal Hurlant, ces univers sont grouillants d’idées et de détails entremêlés. Autour de l’astéroïde, à bord du Ciguri, tournent son créateur et sa belle, Damalvina. Mais trois mondes ignorant leurs origines, dont quelques personnages en prennent peu à peu conscience, et ne sont pas tellement du genre à adorer leur créateur…” (Texte du site des Humanos)

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Ce troisième tome des “Oeuvres Complètes“ de Moebius compile les sept principales histoires où apparait le Major Grubert (dont plusieurs seront reprises dans Les vacances du major): “Une planche” (1 p.), “[Le] Major Fatal” (13 p.), “Le Major Grubert [: The Forbiden City Rides Again]” (2 p.), “Les Vacances du Major“ ( ou “La Chasse au Français en Vacances”, 6 p.), “Paradis 9” ( ou “La Flore de Paradis 9”, 2 p.), “Une aventure du Major [Grubert]” (2 p.), “Le Garage Hermétique [de Jerry Cornélius]” (98 p.). Cette dernière histoire constitue la majorité du volume, qui inclue aussi un avant-propos de Moebius, des postfaces de Jacques Goimard et d’Alexandro Jodorowsky, ainsi que “Apprends à Dessiner le Major Grubert” par Yves Chaland.

L’édition anglaise colorisée, publiée chez Epic/Marvel en 1987 sous le titre Moebius 3 (The Collected Fantasies of Jean Giraud): The Airtight Garage, n’offre quand à elle que deux histoires: “Major Fatal” et “The Airtight Garage”. À noter que pour l’édition anglaise, le nom de Jerry Cornélius (un hommage à Michael Moorcock) a été changé pour Lewis Carnelian…

La seule des histoires courtes qui mérite vraiment mention, car elle prépare la venue de l’oeuvre majeure, c’est “Le Major Fatal.” Houm Jakin et l’assassin Boaz recherche le Major car lui seul peut traiter avec le Bakalite. Ils tombent dans un piège mais Grubert intervient… Ce thème sera plus ou moins repris pour la fin du “Garage Hermétique”. Les autres histoires servent surtout à établir le décor de l’univers science-fictionnel créé par Moebius et dans lequel le Major évolue.

“Le Garage Hermétique” est la première histoire de SF d’importance que produit Moebius. Due à son procédé d’écriture épisodique et aléatoire, l’histoire est un peu complexe, mais l’essentiel tient au fait que le Major Grubert a construit un astéroïde, Fleur, constitué de trois niveaux de réalité dont plusieurs forces (Jerry Cornélius, le Bakalite, le Nagual, Sper Gossi) conspirent soit pour en prendre le contrôle, se libérer de son créateur ou simplement se venger du Major. Ce dernier quitte donc le Ciguri, son vaisseau spatial, pour descendre sur l’astéroïde et affronter ses adversaires…

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Il y aurait beaucoup à dire sur “Major Fatal”… Jean Giraud a commencé à dessiner des histoires de science-fiction humoristiques, d’abord sous le preudonyme de Gyr puis de Moebius, pour se distraire et se détendre de son travail principal sur Blueberry. Il les a publié ici et là (surtout dans Pilote, et même dans France-Soir, puis régulièrement dans Métal Hurlant). Le Major Grubert a subrepticement fait son apparition dans ces histoires courtes. Lorsqu’il a commencé à écrire “Le Garage Hermétique”, il n’avait pas de scénario préétabli et il improvisait au gré de ses humeurs, en essayant de créer de nombreux rebondissements (parfois ne se souvenant même pas ce qu’il avait fait dans l’épisode précédent). Le Major y est éventuellement apparu comme un anti-héros insouciant, presque absent, qui réalise tranquillement ses responsabilités envers le dénouement du récit. Le résultat est une histoire riche et surprenamment cohérente, pleine de symbolismes (tant religieux, politique, que philosophique).

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Les épisodes sont au début plus grossier, plutôt inégaux en qualité (tant graphiquement que narrativement), puis prennent de plus en plus d’assurance jusqu’à ce que vers la fin on réalise que Moebius maîtrise bien le genre, que son art a mûrit et qu’à partir de maintenant ce n’est plus de l’humour mais de la SF sérieuse et profonde qui laisse bien paraître ce que seront Les Aventures de John Difool, a.k.a. L’Incal

C’est une histoire de SF mythique qui vient nous chercher au tréfonds de notre être, comme si elle réveillait en nous quelque chose qui dort—ce genre d’impression mystique que l’on perçoit du coin de l’oeil ou dont on a vaguement le souvenir sans être capable de mettre le doigt dessus. C’est une oeuvre qui est loin d’être parfaite mais qui reste fascinante, intriguante et captivante! C’est donc à lire absolument si la BD et la SF vous intéresse moindrement!

“Le Garage Hermétique” a connu de nombreuses rééditions mais aussi des suites… (eh oui, après près de quarante ans, je réalise, “Quoi, il y a une suite!!!?”). Le flambeau a aussi été repris par d’autres artistes… À suivre, donc…

Moebius, Oeuvres Complètes tome 3: Major Fatal, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés, avril 1981. 156 p. ISBN 2-7316-0100-0. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-4-0

Moebius3-covMoebius 3, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Airtight Garage, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1987. 120 p. $US 12.95 / $C 16.95. ISBN 0-87135-280-X.

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© Les Humanoïdes Associés 1980.

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Cauchemar Blanc

Giraud_Cauchemarblanc_01Cauchemar Blanc est une compilation de neuf histoires courtes parues dans différents magazines entre 1972 et 1976: “Cauchemar Blanc” (dans L’Echo des Savanes #8, 1974, 12 p., publié en anglais dans Moebius 6: Pharagonesia), “Calque A” (planche sans titre ni dialogue, 1976), “Approche de Centauri” (dans Métal Hurlant, 1975, 6 p., scénario de Philippe Druillet, publié en anglais dans Moebius 4: The Long Tomorrow), “Il y a un Prince-Charmant sur Phenixon” (dans Pilote, 1973, 4 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4), “L’Artefact” (dans Pilote annuel, 1971, 4 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4), “Interview” (dans Schtroumph, 1974, 9 p.), “Calque B” (1 planche sans titre ni dialogue et une planche qui décrit le gommeux, une créature extra-terrestre (type encyclopédie galactique, noté “Essais, Vol. IV)”, 1976), “Deima” (inédit, 1975, 3 p., publié en anglais dans Moebius 0: The Horny Goof), et “Barbe Rouge et le cerveau Pirate” (dans Pilote annuel, 1972, 5 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4). Seulement cinq de ces histoires sont vraiment significatives.

Étrangement, “Cauchemar Blanc” n’est pas de la SF mais plutôt une histoire réaliste et malheureusement d’actualité… Moebius y parle de préjudice et de racisme. Le souhait de tout activiste de la tolérance est le cauchemar du bigot… Quatre bonhommes en voitures (Barjout, Jean-Pierre, René et Berthon) tentent d’écraser un arabe en mobylette mais celui-ci fait une embardée et la voiture se plante plutôt dans un camion stationné. Lorsqu’ils tentent de tabasser l’arabe, des passants interviennent, puis Barjout sort un revolver et tire Jean-Pierre dans la jambe par accident alors que celui-ci tente de l’arrêter… Soudainement Barjout se réveille dans son lit: ce n’était qu’un mauvais rêve. Il sort en voiture avec ses amis pour une expédition nocturne où, cette fois, ils frappent et tabassent vraiment un arabe sous le regard des voisins qui observent de leur fenêtres sans intervenir… Cette histoire a été adapté en un film court-métrage par Mathieu Kassovitz.

Dans “Approche de Centauri” un pilote d’astronef se prépare à sauter dans l’hyper-espace mais le générateur ripe et le projecte plutôt hors du continuum, dans une sorte d’enfer druillesque, peuplé de démons cornus. De retour dans son propre espace-temps, il essuie le vomis de sa bouche et nie avoir vu quoi que ce soit… Superbe histoire courte de SF sur un scénario de… Druillet!

Dans “Il y a un Prince-Charmant sur Phenixon”, un couple (dont la femme est du type mégère) fait escale sur Phenixon pour y faire commerce. Alors que monsieur examine les peaux de Toc-Toc, madame fait une balade en colimassophant (une sorte de limace) qui se révèle être un pavacheux en pleine crise. Mais au lieu de la déchiqueter et de l’entraîner dans les abimes, c’est l’amour entre Janine et le pavacheux! Mais, bon, celui-ci le regrettera sûrement…

Dans “L’Artefact” deux voyageurs interstellaires découvrent une gigantesque planète de type terrestre. Ils descendent l’explorer. Il y a une vaste mer, puis une plage, sur laquelle ils trouvent un artefact: un château qui semble inhabité. Ils entrent pour explorer les ruines. Malheureusement, un petit vandale sur la plage détruit le château de sable et se fait gronder par sa mère…

Dans “Barbe Rouge et le cerveau Pirate”, Boomy est capitaine d’un cargo spatial et son seul compagnon est un Cervelec Major V (une sorte de robot flottant) qui cafouille et se prend pour le maître d’équipage de Barbe-Rouge… Évidemment tout cela tourne mal pour Boomy… Alors que le proprio du vaisseau demande au techno-concessionaire si le Major V peut tomber en panne, celui répond “Impossible, je l’ai règlé moi-même!” (Et derrière lui on aperçoit toute une paraphernalia d’histoire maritime du temps de la flibuste

D’une façon très similaire aux recueils comme Les vacances du Major, Cauchemar Blanc nous offre une collection d’histoires courtes de science-fiction humoristique qui reposent souvent sur un seul gag, mais qui restent très imaginatives. Le style est plutôt simple mais varie beaucoup d’une histoire à l’autre, allant du trait dépouillé au dessin très détaillé et texturé. C’est agréable à lire et très drôle. À lire surtout si vous êtes un amateur de Moebius.

L’édition que je possède n’est malheureusement plus disponible, mais toutes ces histoires ont été republiées en 2012 par Les Humanoïdes Associés dans la collection Moebius USA, qui reprend les versions colorisées des histoires courtes de Moebius telle que publiée chez Epic/Marvel et Dark Horse: Escale sur Pharagonescia, La Citadelle aveugle, et The Long Tomorrow.

Cauchemar Blanc, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés (Coll. Mirage), janvier 1977. 64 p. ISBN 2-902123-08-6. Pour lectorat jeune adulte (14+). [Merde ! La reliure fout le camp!] stars-3-0

Moebius4Moebius 4, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Long Tomorrow & Other Science-Fiction Stories, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1987. 72 p. $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-281-8.

Moebius6Moebius 6, The Collected Fantasies of Jean Giraud: Pharagonesia & Other Strange Stories, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1988. 72 p. $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-283-4.

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© Les Humanoïdes Associés 1977.

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Le bandard fou

BandardFou-cov“Sur Souldaï du Cygne, les érections, ce n’est pas avant l’automne. Quand un vendeur de pousse-boulettes se réveille avec une trique d’enfer, impossible de cacher l’évidence : il est devenu un bandard fou, traqué par la police anti-foutre et une dame Kowalsky qui peine à assouvir ses désirs. Son crime prenant jusqu’à des dimensions diplomatiques, le bandard peine à trouver le repos.” (Texte du site des Humanos, voir couverture arrière)

Originellement publié en janvier 1974 aux Éditions du Fromage (Écho des Savannes), Le Bandard Fou a connu de nombreuse rééditions. Cette bande-dessinée nous offre deux histoires. La première, sans dialogue et sans titre, se déroule en vingt-quatre planches d’une seule grande case chacune qui occupe le côté gauche du livre et qui nous montre un homme qui se métamorphose en un oeuf alienesque, qui se fracture pour révéler… un petit homme. 

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Page 3 (Planche 2)

La deuxième histoire, qui occupe les pages de droite, est un récit de science-fiction humoristique en vingt-quatre planches. Le personnage principal se réveille un bon matin souffrant de priapisme hors-saison, ce qui est une déviance interdite car, en ce monde, la reproduction se fait uniquement en automne et passe par la Pondeuse. Poursuivit par les autorités génétiques (la P.A.F.), il fuit à l’aide d’un agent de dame Kowalsky, une aristo nymphomane. Il rejoint celle-ci sur son vaisseau où ils batifolent quelques mois mais quand ils arrivent sur Fleur, l’astéroïde paradisiaque de dame Kowalsky, c’est la débandade. Évidemment, la fuite du bandard a de lourdes implications commerciales et politiques qui mènent à la guerre entre la Fédération Terrienne et les Exotiques. La Pondeuse tente donc de récupérer le bandard à l’aide d’une faille spatio-temporelle mais le bon Zague intervient et la dure situation reprend son cours…

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Page 9 (Planche 5)

Le Bandard Fou est la toute première histoire de SF de Moebius (avant Arzach, Le Garage hermétique et même avant la création de Métal Hurlant). Elle introduit et annonce fort bien ce que sera son style drôle et très imaginatif (déjanté comme ils disent). Son dessin noir et blanc utilise un trait simple mais qui offre tout de même des illustrations détaillées et très texturées — qui sont toutefois d’une qualité variable d’une planche à l’autre. On y retrouve des caméo de l’éléphant Dumbo, des pirates de Astérix, des citations célèbres comme “Merde alors, mon conditionnement fout le camp!”, les premières apparitions de dame Kowalsky et de Fleur (le premier niveau du Garage Hermétique — avec la mention des “générateurs à effet Gruber”). C’est donc une oeuvre séminale de Moebius car on y voit déjà la genèse du Garage Hermétique et même des Aventures de John Difool (L’Incal). Une très bonne lecture, surtout pour les amateurs de Moebius.

Le bandard fou, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés (Coll. Jackpot, #5), juillet 1984. 48 p. ISBN 2-7316-0308-9. Pour lectorat jeune adulte (16+). [une édition récente se vend €18,99 mais en occasion on peut le trouvé à €15,00; je l’ai payé $C 6.95 dans les années ’90] stars-3-5

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© Les Humanoïdes Associés 1984 Moebius

HornyGoofL’édition anglaise du Bandard Fou, parue chez Dark Horse en 1990 (imitant le style des compilations de Epic/Marvel), est colorisée et inclue une préface de Jean-Marc et Randy Lofficier, une postface de Moebius, une illustration, une page titre, ainsi que (en plus des deux histoires principales, “The Horny Goof” et “Metamorphosis”) quatre histoires courtes: “Deima” (3 pages, compilée en français dans Cauchemard Blanc), “You’re the object of this and that” (4 pages), “Harzack” (2 pages en noir et blanc, où Harzack se fait prendre à pisser derrière un bâtiment) et “The Invaders” (1 page, compilée en français dans Les Vacances du Major).

Moebius 0, The Forbidden Work of Jean Giraud: The Horny Goof & Other Underground Stories, by Moebius. Milwaukie: Dark Horse, June 1990. 72 p. ISBN 1-878574-16-7. US$ 12.95 / C$ 15.55. Story & art © 1972, 1974, 1975 Moebius • Translation & text © 1990 Starwatcher Graphics.

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Les Vacances du Major

VacancesDuMajorEn feuilletant le catalogue de la bibliothèque, je tombe sur une BD de Moebius que je n’ai pas lu, alors je me la réserve. À la lecture, je me rend compte qu’en fait toutes ces histoires me sont familières. Je les ai déjà lu soit dans Métal Hurlant, soit dans la compilation Oeuvres Complètes 3: Major Fatal Mais, bon, c’était tout de même très agréable à relire.

Ce recueil rassemble seize histoires courtes de science-fiction: “Escale sur Pharagonesia” (26 pages), “Le Major Grubert: The Forbiden City Rides Again” (2 pages), “La Flore de Paradis 9” (1 page), “Une Aventure du Major Grubert” (2 pages), “Paradise Nine’s Strange Flowers – Continuation” (1 page), “Sans Titre” (1 page), “Une Planche” (1 page), “Deima” (3 pages), “Tueur à Gages” (12 pages en trois épisodes), “Grand Hôtel B” (2 pages), “Split le petit pionnier de l’espace” (2 pages), “Fable-Vite no 317” (1 page), “Y’a pas moyens” (2 pages), “La Chasse au Français en vacances” (6 pages en six épisodes), “L’Envahisseur” (1 page) et “Une aventure de John Watercolor le justicier anti-pique poquett’, avec sa fameuse redingote qui tue” (1 page).

Split le petit pionnier de l’espace

La majorité de ces histoires ne font qu’une page ou deux et certaines seront reprises dans le recueil Oeuvres Complète 3: Major Fatal. Les récits les plus significatifs sont “Escale sur Pharagonesia” (où des touristes découvrent que lorsque vous faites escale sur un monde étranger, il peut vous arriver des choses plutôt étranges!), “Tueur à Gages” (le tueur à gages Edouardo est pris au piège par l’inspecteur Briggs, mais il s’échappe pour commettre un hold-up cinq ans plus tard; il rencontre par hasard l’inspecteur qui lui raconte l’histoire de la vieille mine…) et “La Chasse au Français en vacances” (qui donne d’ailleurs sont titre à l’album: suite à une chasse infructueuse le Major décide de prendre des vacances et tel est pris qui croyait prendre!).

Escale sur Pharagonesia (extraits)

Quelques unes de ces histoires seront traduites en anglais chez Epic/Marvel (et malheureusement mises en couleurs — car les amerloques ça n’aiment pas le noir et blanc) dans les recueils de la série “The Collected Fantasies of Jean Giraud”: Moebius 4: The Long Tomorrow (“Split the little space pioneer”) et Moebius 6: Pharagonesia (“Shore leave on Pharagonesia”, “The hunt for the vacationing frenchman”).

Jean Giraud (Gir) est surtout connu pour avoir dessiné la série western Blueberry (créée par Jean-Michel Charlier  et publiée dans Pilote entre 1963-1974, puis compilée en albums chez Dargaud jusqu’en 2005). Toutefois, lorsqu’il voulait écrire des histoires de science-fiction, il le faisait sous le pseudonyme de Moebius. Ce dernier est maintenant probablement beaucoup plus célèbre.

Ce sont surtout des histoires humoristiques et insouciantes qui reposent parfois sur un seul gag, avec un récit plutôt absurdes ou, comme disent les français, complètement déjantées (i.e. cinglées). C’est aussi parfois de l’excellente science-fiction, songée, avec des concepts plutôt innovateurs pour l’époque. Le dessin est toujours en noir et blanc, avec un niveau de complexité qui varie beaucoup d’une histoire à l’autre (ou même parfois d’un planche à l’autre!), allant du trait très simple aux arrière-plans très riches et texturés. On retrouve ici et là une petit influence de Blueberry, avec des paysages désertiques et ou des chevaux. Ce que j’ai surtout trouvé très intéressant, c’est la préface de Moebius où il explique que ces histoires sont nées d’un besoin de se faire son propre cinéma, de se laisser aller au délire créatif et libérateur afin de se détendre entre ses périodes d’activités professionnelles intenses (notamment lorsqu’il travaillait sur Blueberry). Il a adopté un style rapide offrant “un juste équilibre entre l’énergie consacrée au dessin et celle qui doit demeurer disponible pour la narration” sans “perdre le fil du récit”. Cela lui a permis d’expérimenter et de sortir du cadre traditionnel des genres. Et nous lui en sommes infiniment reconnaissant.

C’est donc une bande-dessinée amusante et intéressante dans le sens qu’elle nous permet de voir l’évolution de l’auteur et de comprendre la genèse de son oeuvre. Ça se lit vite et bien et on se marre. Que demander de plus? stars-3-0

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© 2011 Les Humanoïdes Associés

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dBD #130

dBD130-covJe feuillette le plus récent numéro de dBD (février 2019) dans l’espoir de découvrir de nouveau titres intéressants. Malheureusement, je suis déçu car je n’y trouve rien de bien passionnant pour moi. Toutefois, ce numéro nous offre un hommage à Stan Lee par une interview avec Jean-Marc Lainé (biographe de l’artiste américain) et une interview avec Didier Tarquin (Lanfeust de Troy) qui revient avec U.C.C. Dolores, une BD de SF très prometteuse où une nonne hérite d’un croiseur de guerre et se lance vers la Frontière spatiale (voir le sommaire de ce numéro pour plus de détails sur le contenu). 

Dans le cahier critique on retrouve notamment Nymphéas Noirs de Cassegrain, Duval & Bussi chez Dupuis (adaptation d’un thriller de Bussi qui se déroule à Giverny, “quoi de plus naturel que d’adapter un roman policier aux airs impressionnistes en BD”), Journal d’une vie tranquille par Tetsuya Chiba (Ashita no Joe) chez Vega (autobiographie de son enfance en Mandchourie, “extrêmement séduisant”), Avant de partir par Jung & Koo chez Sarbacane (manhwa coréen “merveilleusement étrange”), ABCD de la typographie chez Gallimard (ce collectif, scénarisé par David Rault, ambitionne de tracer “l’histoire de la typographie latine, intimement liés à celle de la BD”), Ragna Crimson par Daiki Kobayashi chez Kana (dark fantasy, histoire de chasseurs de dragons avec des personnages attachants, qui “tient pour l’instant ses promesses”), et Talentless t. 3 de Looseboy & Furuya chez Doki-Doki (“un peu la rencontre entre Battle Royale et les X-Men). Un magazine riche en information pour les amateurs de BD.

dBD #130 — Février 2019. [collectif dirigé par Frédéric Bosser] Boulogne-Billancourt: dBD sarl, février 2019. 100 p., 23 x 30 cm, 8.90 €. ISSN 1951-4050. Lectorat adolescent (12+). stars-2-5

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Capsules

dBD #121

dBD-121dBD c’est toute l’actualité de la bande dessinée.

dBD, c’est chaque mois de longues et courtes interviews, des dossiers, des analyses, des portraits d’auteurs, un portfolio qui revient sur les images et les planches marquantes d’un créateur, des visites d’ateliers, des retours sur le passé et sur des albums majeurs dans l’histoire de la bande dessinée, des coups de gueules et de cœur mais également un important cahier critiques et un tableau des étoiles établi par des journalistes spécialisés.

dBD n’est pas un magazine que je lis régulièrement, même si je suis un grand amateur de BD et qu’il couvre aussi un peu le manga — que j’adore encore plus que la BD en générale. Et je n’en ai parlé qu’une seule fois jusqu’à maintenant lorsque j’ai commenté le numéro 215, qui mettait Valérian en couverture.

Dans ce cas-ci, dBD #121 a attiré mon attention à cause de sa couverture sur Naoki Urasawa (pour les détails sur le contenu, je vous renvoi au sommaire du numéro sur le site du magazine). Apparemment, c’est la première fois que dBD consacre sa couverture à un artiste japonais — et ce à l’occasion d’une exposition à l’Hôtel de Ville de Paris des planches d’Urasawa, qui avait déjà été mis à l’honneur à Angoulème. L’article de cinq pages passe en revue la carrière du mangaka qui est très connu en France pour ses nombreux succès: Monster, 20th Century Boys, Pluto, Billy Bat. Mais il ne faut pas oublié Master Keaton, Happy!, Yawara!, ou Pineapple Army. Je l’ignorais mais Kana a même publie une anthologie intitulé Histoires courtes de Naoki Urasawa. 

J’ai feuilleté le reste du magazine avec intérêt. Il faut dire que, dans le cas de dBD, c’est surtout les actualités et les critiques qui sont intéressantes. Je connais très peu les auteurs de BD qui publie de nos jours. La scène BD est très différente de l’époque de mon enfance où elle se limitait surtout aux auteurs et artistes orbitant autour des périodiques Pilote et Tintin. La quantité de titres publiés annuellement de nos jours est tout simplement époustouflante! Ah, si j’avais des centaines d’heures pour lire chaque semaine!

Quelques titres ont attiré mon regard: la revue L’Histoire consacre un numéro Hors-Série à la série de BD Alix de Jacques Martin; San Antonio de Frédéric Dard fait un retour en BD avec San-Antonio chez les Gones par Michaël Sanlaville chez Casterman; Delcourt/Tonkam réédite Fruits Basket par Natsumi Takaya en douze volumes doubles (Perfect) et en rajoute avec la publication du spin-off Fruits Basket Another; critique de Le coeur des amazones par Bindi & Rossi chez Casterman (“une relecture féministe du mythe” troyen); critique de Le goût d’Emma par Takahama, Maisonneuve & Pavlowitch chez Les Arènes (les aventures d’une critique culinaire); critique de Osamu Tezuka, Une vie en manga chez Pika (“biographie colossale”); critique de Souvenirs d’Emanon par Kajio & Tsuruta chez Ki-oon (histoire décevante mais “graphisme enchanteur (…), trait d’une élégance rare”); et une critique de L’Atelier des sorciers par Kamome Shirahama chez Pika (“une belle découverte”). Un magazine riche en information pour les amateurs de BD.

dBD #121 — mars 2018. [collectif dirigé par Frédéric Bosser] Boulogne-Billancourt: dBD sarl, mars 2018. 100 p., 23 x 29.7 cm, 8.90 €. ISSN 1951-4050. Lectorat adolescent (12+). stars-3-0

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Capsules

Prince Lao

PrinceLao-01-covDans la haute montagne, Lao passe ses journées à courir après les animaux. Il ne sait pas encore que ces derniers vont devenir ses meilleurs amis après qu’une avalanche ait enseveli son village et sa famille. Recueilli par Chabala, un immense yéti blanc, Lao découvre alors qu’il peut parler le langage des animaux. Un nouveau monde s’offre à lui : de nouveaux amis, des paysages où nul de ses semblables n’a jamais posé le pied… mais aussi une lutte incessante contre la cupidité et la cruauté des humains ! 

Un magnifique conte initiatique en haut des cimes himalayennes.

ATTENTION: Peut contenir des traces de “divulgâcheur” [spoilers]! Les personnes allergiques à toutes discussions d’une intrigue avant d’en avoir eux-même pris connaissance sont vivement conseillées de prendre les précautions nécessaires pour leur sécurité et devraient éviter de lire plus loin! 

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Entre Convoi et Koralovski, Philippe Gauckler a produit une bande-dessinée d’aventure pour enfants. Prince Lao est le récit des aventures d’un jeune garçon de sept ou huit ans, fils de bergers nomades qui vivent dans les pâturages himalayens de ce qui apparait être le Tibet. Lorsqu’une avalanche détruit leur campement, Lao se retrouve seul en plein blizzard. Il est recueillit par un gentil yéti blanc nommé Chabala. Ils retournent tous deux sur les lieux du campement ensevelit mais ne trouvent traces de personnes, seulement le coller de jade de Mamidahy, sa grand-mère. Lorsque les amis de Chabala, le léopard des neiges Sheyen et le gypaète géant Mirro, sont capturé par des chasseurs (vraisemblablement chinois car, selon Sheyen, ils “font de plus en plus d’incursions sur notre territoire”), Chabala et Lao partent à leur recherche, se lançant ainsi dans un long périple initiatique qui ultimement permettra à Lao de se découvrir. 

La présence de Chabala confère à Lao une partie de ses pouvoirs et il peut ainsi parler aux animaux. Avec l’aide de plusieurs compagnons d’infortune (les chats siamois Yin et Yan, le panda Zazen, la belette Shépa, la petite humaine Amala et le dompteur Pok), ils retrouvent finalement leurs amis dans le repère des chasseurs, l’île aux Loups. Après quelques péripéties et un combat contre le loup-ours Himal, ils rendent leur liberté à tous les animaux capturés par l’infâme colonel Kayen.

Gauckler nous offre ici un beau conte sous la forme d’une BD dans un format plus traditionnel que Convoi. Le trait est simple et les couleurs à plat sont plus claires et sobres. C’est très agréable à l’oeil. Le récit est fluide et assez dynamique, alors que chaque page se termine sur une sorte de suspense qui nous appel à poursuivre la lecture.  Cela en fait une excellente BD pour enfants (et aussi pour grands).

Prince Lao T. 1: L’Île aux Loups, par Philippe Gauckler. Bruxelles: Éditions Le Lombard, juin 2006. 48 pages, 22.5 x 29.7 cm, 10.60 € / C$17.95. ISBN 9782803621682. Pour lectorat jeune (3+). stars-4-0

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