Le chat du rabbin 9. La reine du Shabbat

le_chat_du_rabbin_9-cov“Le rabbin revient sur un élément ancien, fondateur du principe de départ de la série mythique de Joann Sfar. Le jour de l’enterrement de sa femme, il décide de garder un chat. Le chat. Pour Zlabya. Pour ne pas « être deux ». Des années plus tard, le chat se mit à parler. Un événement hors du commun qui questionna le rabbin sur sa foi, ses croyances, autant qu’il joua un rôle dans le désir de liberté et d’indépendance de la jeune Zlabya. Nous suivons Zlabya dans une aventure située entre le tome 1 et 2.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

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Page 9

Le Malka des Lions raconte à des enfants incrédules l’histoire du chat du rabbin. Comme preuve il leur présente la longue tresse coupée de Zlabya, puis raconte l’histoire du jour où, se sentant incomprise, elle avait fugué de la maison et s’est fait passé pour un homme afin de pouvoir sortir avec sa copine Oreillette sans se faire emmerder par les hommes. Une fable féministe où Sfar ne manque pas, comme toujours, d’écorcher la religion (particulièrement la sienne, le judaïsme) au passage. Il discours sur l’absurdité de la religion et sur la névrose du juif, qui étouffe car il se sent pris entre les règles religieuses qui interdisent trop de choses et l’étrange hostilité du monde (l’antisémitisme). Si la situation est oppressante pour le juif Maghrébins, elle l’est d’autant plus pour la femme juive…

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Page 10

J’avais peur que le chat du rabbin n’ait plus rien à dire mais, rassurez-vous, Sfar a plus d’un tour dans son sac. Grâce à un judicieux retour en arrière le félin philosophe retrouve toute sa verve. Il récapitule d’abord l’histoire du chat, et donc l’album est un peu lent à partir, mais dès la page quarante-six c’est le début du véritable récit. J’aime bien l’écriture de Sfar qui aborde des sujets difficiles avec humour. Il y a toujours quelques bon gags dans ses albums. J’adore l’épisode où, tant bien que mal, le rabbin essai de donner son sermon à la synagogue et ses ouailles n’arrêtent pas de l’interrompre: “C’est vrai peut-être que les juifs c’est les meilleurs pour raconter les histoires juives. Mais raconter une histoire juive à des juifs, pardon, mais c’est la croix.” 

J’avais trouvé les derniers albums un peu décevants mais celui-ci nous offre à nouveau un récit fort, intéressant, intriguant et divertissant. Par contre, j’ai toujours des réserves quand au style de Sfar, caractérisé par les planches à six cases (il s’y tient les trois-quart de l’album), son dessin ondulant qui donne aux planches une apparence un peu brouillonne et criarde, de même que le texte des bulles parfois difficile à déchiffrer. Mais, bon, c’est son style: avec le temps on s’y habitue et ce n’est plus une distraction. Ses histoires sont suffisamment enrichissantes et amusantes pour pour lui pardonne cet écart.

Comme toujours (et même plus) c’est une excellente lecture. À lire absolument, surtout pour les amateurs de chats et de métaphysique! Et Sfar nous annonce déjà un dixième album intitulé “Retournez chez vous!”

Le chat du rabbin, 9: La Reine de Shabbat, par Joann Sfar. Paris: Dargaud (Coll. Poisson Pilote), octobre 2019. 76 pages. 22.5 x 29.8 cm, 15,00 € / $C 26.95, ISBN 978-2205-07950-0. Pour lectorat adolescent (12 ans et plus). stars-4-0

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© Dargaud 2019.

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents:

chat-rabbin-tome-1-bar-mitsva chat-rabbin-2-malka-lions chat-rabbin-3-exode chat-rabbin-4-paradis-terrestre
chat-rabbin-5-jerusalem-d-afrique chat_du_rabbin_6-cov Chat_du_Rabbin-v7-cov ChatDuRabbin08-cov

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Sherlock Holmes en bande dessinée (1)

La série des aventures du détective Sherlock Holmes constitue l’oeuvre la plus connue du prolifique auteur britannique Sir Arthur Conan Doyle — à qui l’on doit entre autre des romans historiques comme Les Exploits du brigadier Gérard (1896) ou de science-fiction comme Le Monde Perdu (1912). Le corpus de la série Sherlock Holmes, publié entre 1887 et 1930 et qui comprend quatre romans et six recueils (compilant cinquante-six nouvelles), a révolutionné le genre du roman policier. Il connu de nombreuses adaptations, principalement à la radio, au cinéma et à la télévision (dont la fameuse série mettant en vedette Jeremy Brett), mais aussi en dessins animés et en jeux vidéo. L’oeuvre a fait l’objet de nombreux pastiches ou hommages littéraires (dont La Maison de soie d’Anthony Horowitz) mais j’aimerais ici surtout souligner quelques adaptations des aventures du célèbre détective en bande dessinée.

Dans les adaptations canoniques du neuvième art, on retrouve principalement la série britannique écrite par Ian Edginton et illustrée par Ian Culbard qui a été publiée en anglais chez SelfMadeHero (2009-2011), puis traduite en français chez Akileos (2010-2011).

La vallée de la peur

ValleeDeLaPeur-cov“J’ai été dans la Vallée de la Peur…“

“Un – Danger…” Le message d’alerte décrypté par Sherlock Holmes arrive trop tard pour sauver John Douglas, du Manoir de Birlstone, dans le Sussex, un gentleman américain horriblement assassinée dans son bureau par un ou plusieurs personnages inconnues. Mais qui était John Douglas, pourquoi ne portait-il pas son alliance et quelle est la cruciale signification de l’haltère disparu?

“…je n’en suis pas encore sorti.“

[Texte de la couverture arrière]

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Page 3

Un message codé urgent que Holmes reçoit de la part d’un contact au sein de l’organisation de Moriarty l’averti qu’un certain Douglas, de Birlstone House, est en danger. Mais avant qu’il n’ait le temps de faire quoi que ce soit, Holmes reçoit la visite de l’inspecteur Macdonald qui vient lui demander s’il ne l’accompagnerait pas pour enquêter sur l’assassinat d’un Monsieur Douglas, du Manoir de Birlstone!

Holmes, Watson et Macdonald se rendent sur les lieux pour enquêter sur les circonstances du crime, en compagnie d’un inspecteur des forces de police locales, M. White Mason. Ils interrogent la femme de Douglas, les domestiques ainsi que son associé et ami, M. Cecil Barker. Puis Holmes essaie d’en apprendre plus sur la passé de la victime, qui était un américain devenu riche après avoir été prospecteur d’or en Californie. Il aurait subitement quitté les États-Unis pour l’Angleterre. Une sorte de société secrète semblait être à ses trousses pour l’assassiner. Holmes se lance ensuite dans son lot habituel de questions et de comportements bizarres, puis finalement révèle qui est le coupable. Les aveux de celui-ci finissent d’éclaircir le mystère…

La vallée de la peur, publié en 1915, est le quatrième et dernier roman de la série Sherlock Holmes. L’adaptation qu’en fait Edginton est excellente et demeure très proche du texte original. J’ai déjà mentionné le travail de Culbard (pour ses adaptations de H.P. Lovecraft). Son style sobre (à la fois très British mais influencé par la BD Franco-Belge) et son utilisation d’une palette de couleurs glauque se prête bien à l’atmosphère victorienne des aventures de Holmes. Cette bande dessinée est une très bonne lecture et offre un raccourci pratique pour ceux qui veulent découvrir Sherlock Holmes d’une façon succincte et agréable.

La vallée de la peur : une histoire illustrée de Sherlock Holmes (t.4), écrit par Arthur Conan Doyle, adapté par Ian Edginton et illustré par Ian Culbard. Talence: Akileos, avril 2011. 130 pages couleurs (122 planches), 16.5  x 24 cm, ISBN 978-2-35574-078-7.  Inclus quatre pages de croquis et dessins préparatoires. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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© 2011 SelfMadeHero • Akileos pour la version française.

ValleyOfFear-BurbanksIl est impossible d’aborder La vallée de la peur sans mentionner l’adaptation en dessin animé Sherlock Holmes and The Valley of Fear réalisé pour la télévision australienne en 1983 par Burbank Films. Le film de 50 minutes a été produit par Tom Stacey et George Stephenson, adapté par Norma Green, animé sous la direction de Warwick Gilbert, et l’on note les voix de Peter O’Toole (Sherlock Holmes), Earle Cross (Dr. Watson) ainsi que Brian Adams, Colin Borgonon et Judy Nunn. Ce dessin animé faisait partie d’une série où Burbank Films avait adapté pour la télévision les quatre romans de Sherlock Holmes. L’animation est plutôt moyenne — quoique typique pour les années ’80 (loin de nos standards actuels) — mais l’adaptation est assez fidèle. On en trouve encore une version (d’assez mauvaise qualité) sur Youtube. [ IMDb ] stars-2-5

Le chien des Baskerville

ChienDesBaskerville-cov“Que signifie toute cette histoire, Holmes?”

Un bâton de marche noueux; une botte disparue; un portrait de famille négligé; un détenu criminel en cavale… et l’ancestrale malédiction d’un chien fantôme… Le grand détective Sherlock Holmes a besoin de toutes se forces de déduction “élémentaires”, ainsi que le soutien sans faille de son ami le Dr Watson, pour résoudre le terrifiant mystère de sa plus fameuse affaire…

”Il s’agit d’un meurtre, Watson…”

[Texte de la couverture arrière]

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Page 84


Le chien des Baskerville
est le troisième roman de Sherlock Holmes écrit par Doyle en 1902, après qu’il ait tué son personnage. C’est un récit où le duo de détectives célèbres doit résoudre plusieurs mystères: le meurtre d’un riche propriétaire terrien sur les landes du Devonshire, protéger son successeur d’une menace surnaturelle — qui s’avère bien réelle — lié à une malédiction qui afflige sa famille, ainsi que quelques autres intrigues périphériques (un prisonnier évadé, les comportements étranges des domestiques ou des voisins, etc.) plus ou moins reliés au cas.

C’est la première adaptation de Sherlock Holmes en bande dessinée par le duo Edginton/Culbard. L’adaptation est bien réussie car elle demeure assez fidèle au texte original tout en rendant la lecture agréable. L’ouvrage est complété par des croquis de travail où Culbard explique la genèse du design des personnages dont il exagère les traits tels que décrit dans le récit (ou dans d’autres histoires du canon de Sherlock Holmes) — dont le menton “proéminent et carré” de Holmes — ce qui les rends un peu caricatural. Il conservera plus ou moins ces designs pour les trois autres adaptations.

Comme dans le cas de La vallée de la peur, c’est une histoire intrigante et divertissante qui nous offre une très bonne lecture.

Le chien des Baskerville : une histoire illustrée de Sherlock Holmes (t.1), écrit par Arthur Conan Doyle, adapté par Ian Edginton et illustré par Ian Culbard. Talence: Akileos, juillet 2010. 138 pages couleurs (125 planches), 16.5  x 24 cm, ISBN 978-2-35574-068-8.  Inclus quatre pages de croquis et dessins préparatoires ainsi qu’un extrait de quatre pages de Une étude en rouge. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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© 2009 SelfMadeHero • Akileos pour la version française.

Une étude en rouge

EtudeEnRouge-cov“Le fil rouge du meurtre se mêle à l’écheveau incolore de la vie…”

Le corps d’un homme mort est retrouvé dans une pièce maculée de sang… alors même qu’il n’y a aucune trace de blessure sur celui-ci. Un nom a été partiellement écrit en lettres de sang sur le mur. Une alliance de femme a été trouvée… La sensationnelle histoire que Sherlock Holmes suit à la trace, d’un immeuble miteux de Londres aux plaines sauvages de l’Ouest américain, offre un cas de jurisprudence à sa “science de déduction”… alors que pour son nouvel ami le Dr Watson, la plus grande énigme c’est Sherlock Holmes lui-même.

“Et il est de notre devoir de le révéler!”

[Texte de la couverture arrière]

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Page 68

Une étude en rouge est le premier roman de Sherlock Holmes d’abord publié dans le magazine Beeton’s Christmas Annual en novembre 1887, puis en volume l’année suivante. C’est le récit initial qui forme la genèse des personnages. Doyle introduit d’abord le Dr Watson qui revient blessé d’Afghanistan et arrive à Londres où il se cherche un logis. Un de ses subalternes, rencontré par hasard, l’introduit à Holmes avec qui il pourrait partagé un appartement. Stamford le décrit comme un chimiste aux idées bizarres dont les recherches désordonnées et fantasques lui ont permis d’amasser d’énorme connaissances! Le personage intrigue Watson et il découvre que ce qui intéresse surtout Holmes c’est la science de la déduction. Lorsqu’un nouveau cas se présente, une affaire de meurtre bizarre sur lequel les deux inspecteurs en charge — Gregson et Lestrade — lui demandent conseil, Holmes invite Watson à se joindre à l’enquête. Avec la méthodologie qui le rendra célèbre (observation, filature — parfois en utilisant les “irréguliers de Baker Street”, déduction d’une rigueur scientifique) Holmes a tôt fait de mettre la main sur le coupable. Ce dernier raconte alors son histoire: comment il échappe à la secte des Mormons en Utah, la mort de celle qui aime, la poursuite de ses enemies en fuite et sa vengeance. 

Doyle réutilisera souvent la même structure de narration (dans La vallée de la peur par exemple) et, même si il l’utilise ici pour la première fois, ayant lu les histoires dans le désordre, j’ai l’impression que ce récit manque d’originalité — d’autant plus que Doyle s’est fortement “inspiré” d’une nouvelle de R.L. Stevenson pour l’épisode sur les Mormons. Il me semble que cette histoire manque de mordant et qu’elle est un peu maladroite — ce qui est possible puisque c’est la première aventure de Sherlock Holmes — sans que je puisse vraiment mettre le doigt sur le problème… Toutefois, Edginton et Culbard font — quant à eux — un excellent travail d’adaptation, sur le même niveau que les deux précédentes. Le mystère et l’intrigue est bien rendu. Le style caricatural et la palette de couleurs glauques de Culbard expriment bien l’atmosphère victorienne du récit. Malgré une impression un peu décevante, Une étude en rouge reste donc une bonne lecture, à la fois intéressante et divertissante. Une bonne façon de découvrir sans trop de tracas l’oeuvre de Doyle.

Une étude en rouge : une histoire illustrée de Sherlock Holmes (t.2), écrit par Arthur Conan Doyle, adapté par Ian Edginton et illustré par Ian Culbard. Talence: Akileos, août 2010. 138 pages couleurs (127 planches), 16.5  x 24 cm, ISBN 978-2-35574-069-5.  Inclus deux pages de croquis et dessins préparatoires ainsi qu’un extrait de quatre pages pour Le signe des quatre. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-0

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© 2010 SelfMadeHero • Akileos pour la version française.

Le signe des quatre

SigneDesQuatre-cov“Pour l’amour de Dieu, de quoi s’agit-il?”

Quand Mlle Mary Morstan passe au 221B Baker Street, l’histoire “totalement inexplicable” qu’elle raconte chamboule le coeur du Dr John Watson, et sort son ami Sherlock Holmes de la léthargie dans laquelle il s’était plongé. Qui d’autre que le seul détective en consultation de Londres pourrait résoudre le mystère de l’officier de l’armée disparu, de l’unijambiste, de son complice aux pieds nus, du coffre au trésor disparu et du… “signe des quatre” ?

“Il s’agit d’un meurtre…”

[Texte de la couverture arrière]

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Page 63

Alors que l’absence de défis et “d’exaltation mentale” pousse Holmes vers les stimulants (une solution de sept pour cent de cocaïne), il passe le temps en démontrant à Watson son talent de déduction (en utilisant sa montre) et parle de ses recherches et publications. Le duo de détective est sauvé de l’ennui par la visite de Mlle Morstan qui leur expose un mystère (depuis la disparition mystérieuse de son père elle reçoit chaque année une perle par la poste) et demande leur aide. Holmes résout une partie du mystère mais cela les mène vers le cas d’un meurtre en chambre close et du vol d’un trésor. Le coupable est vite identifié (un homme avec une jambe de bois et un complice de petite taille qui va pied nu) et, avec ses techniques habituelles (déguisement et surveillance à l’aide des “irréguliers” de Baker Street), Holmes ne tarde pas à lui mettre le main au collet. Celui-ci comble les dernières lacunes du cas en racontant son histoire et ses motivations. Le Dr Watson, impressionné par Mlle Morstan, lui demande sa main en mariage! 

Le signe des quatre est le second roman de Sherlock Holmes écrit par Doyle en février 1889 sur une commande de Joseph Stoddart, directeur de la revue américaine Lippincott’s Monthly Magazine, suivant un dîner littéraire où Stoddart avait rencontré Doyle et Oscar Wilde (ce dernier écrira Le Portrait de Dorian Gray pour le même magazine). Le récit sera réédité en volume en octobre 1890. C’est un excellent récit d’aventure qui comporte certes quelques incohérences (il a été écrit à la hâte en moins d’un mois) mais nous offre beaucoup d’action en peu de pages ainsi qu’une narration plus linéaire que le récit précédent. Doyle est plus intéressé à écrire des récits historique et considère ses romans policier plus comme de la littérature “alimentaire” et c’est pourquoi il décide, pour sauver du temps, de simplement réutiliser les personnages d’Une étude en rouge… Ce sera le début d’une série dont la popularité forcera Doyle à la continuer bien malgré lui.

L’adaptation qu’en font Edginton et Culbard est très bonne tant sur le plan du récit qui reste très fidèle à l’original que sur le plan graphique. Le travail d’illustration de Culbard est à la hauteur des autres volumes de la série. C’est sans aucun doute l’un de mes épisodes favoris de cette série (avec La vallée de la peur). Comme pour le reste de la série, c’est donc une bonne lecture, à la fois intéressante et divertissante qui nous offre une façon de découvrir aisément l’oeuvre de Doyle.

Le signe des quatre : une histoire illustrée de Sherlock Holmes (t.3), écrit par Arthur Conan Doyle, adapté par Ian Edginton et illustré par Ian Culbard. Talence: Akileos, janvier 2011. 130 pages couleurs (122 planches), 16.5  x 24 cm, ISBN 978-2-35574-074-9.  Inclus un extrait de quatre pages pour La vallée de la peur. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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© 2010 SelfMadeHero • 2011 Akileos pour la version française.

SherlockHolmesIntégrale-covL’adaptation de Edginton & Culbard n’est plus disponible en volume individuel mais il existe maintenant une compilation qui regroupe les quatre romans: 

Les Aventures illustrées de Sherlock Holmes (L’Intégrale), écrit par Arthur Conan Doyle, adapté par Ian Edginton et illustré par Ian Culbard. Talence: Akileos, novembre 2015. 536 pages, 16.5 × 24.1 cm, 29,50€ / $C 55.95. ISBN 978-2-35574-232-3. Pour un lectorat adolescent (14+). Voir la couverture arrière.

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Kébek t.1: L’Éternité

Kebek-t1-lEternite-covUn récit de science-fiction situé dans la province [sic] de Eeyou Istchee Baie-James, région des Monts Otish, au Québec.

Mine de diamant de « La grande Ourse ». Fin d’été. Une secousse fait trembler la terre, suivie d’un effondrement de terrain dans un secteur proche de l’exploitation. Roy Koks, le responsable de la prospection et la géologue Natane se précipitent pour examiner la nature des dégâts. Une grande partie de la colline s’est effondrée dans un glissement de terrain sans doute dû aux pluies incessantes qui se sont abattues sur la région depuis des semaines. En recherchant les causes de l’accident, les prospecteurs vont découvrir une faille qui donne accès à une cavité souterraine. Au centre de cette cavité, un gigantesque bloc de rocher parfaitement sphérique…

[Texte du site de l’éditeur; voir la couverture arrière]

J’ai souvent parlé de Philippe Gauckler, qui est un auteur que je lis depuis pas mal de temps. J’ai d’abord fait un topo sur le début de sa carrière et commenté sa série Karen Springwell (Convoi). J’ai plus récemment renoué avec son oeuvre en lisant les quatre tomes de Prince Lao et les trois tomes de Koralovski. J’avais lu sur Facebook qu’il travaillait à un nouvel album et j’espérais une suite à Koralovski mais j’ai découvert en juillet, dans le #135 de dBD, qu’il avait plutôt choisi de s’attaquer à son vieux projet d’adaptation en bande dessinée du roman de René Barjavel, La nuit des temps. 

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Page 3

Je me souviens d’avoir lu dans l’introduction de Blue (Métal Hurlant #107 (jan. 1985): p. 42) que la première fois qu’il aborda Moebius et Jean-Pierre Dionnet, il leur avait montré quatorze planches de son adaptation du roman de Barjavel. “Trop long”, s’était exclamé Dionnet, “travaille sur une histoire courte, et passe me voir à Paris.” Assez rapidement par la suite, MH le mis en contact avec Charles Imbert (avec lequel Gauckler produira Suicide Commando [1983] et Duel [1984]) puis avec Joël Houssin (pour Blue [1985] et Phantom [1987], que je commenterai d’ailleurs prochainement). Il collaborera une fois encore avec un scénariste, Thierry Smolderen (pour Convoi en 1990-95), avant de se mettre à écrire ses propres histoires (Prince Lao en 2006-09 et Koralovski en 2015-16). Tout ce temps-là, l’idée d’adapter La nuit des temps est resté dans un tiroir. Je suis fort heureux qu’il ait finalement trouvé un éditeur intéressé au projet, car j’ai toujours beaucoup aimé ce roman de Barjavel que j’avais lu adolescent. 

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Page 6

C’est donc un Philippe Gauckler beaucoup plus expérimenté et maître de son art qui se remet sur l’adaptation. J’imagine que le scénario actuel est probablement assez différent du concept que Gauckler avait développé dans sa jeunesse. Dans une interview avec le magazine dBD (dans le #135), il admet volontiers que c’est une adaptation libre (et non textuelle) du roman de Barjavel. Il s’est même aussi inspiré du roman La sphère d’or de Erle Cox (qui avait lui-même probablement influencé Barjavel). De plus, il adopte une nouvelle technique en dessinant en couleurs directes sur papier (par opposition à travailler d’abord à l’encre et de mettre en couleurs dans un second temps) — ce qui fait sans doute de plus belles planches à exposer et vendre à la galerie Daniel Maghen…). Il semble que le récit ne sera constitué que de deux tomes, dont le second paraîtra en 2020. Le bon côté de cette nouvelle est que les lecteurs n’auront pas trop à attendre avant de lire la suite de cet album. Par contre, comme le récit jusqu’à maintenant n’a fait qu’introduire l’histoire (le premier tier du roman), je me demande bien comment Gauckler réussira à nous raconter la suite en seulement un autre tome (même de quatre-vingt pages)…

> Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs <<

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Page 7

Roy Koks, ex-hockeyeur professionnel autrefois surnommé “Kébek” et maintenant responsable de la prospection à la mine de diamant “La Grande Ourse” dans la région Eeyou Istchee Baie-James dans le Nord-du-Québec, fait sa déposition à son avocat alors que leur véhicule se dirige avec empressement vers l’aéroport. Il relate les événements qui entourent la découverte. Un tremblement de terre dans le “claim” des Trois Castors a causé un effondrement et une crevasse qui mena les prospecteurs à l’artefact: une sphère parfaite en carbonado (diamant noir). Les études préliminaires démontrent que ce type de matériau ne peut s’être formé que dans l’espace et que la sphère est creuse, contenant une autre sphère, séparée de la première par un liquide ou un gaz. La compagnie minière décide donc de rendre la découverte publique. Un comité scientifique international est alors créé pour étudier et analyser la sphère. 

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Page 8

Roy s’inquiète de la réaction de la communauté autochtone, membre de la Première Nation des Cris, qui considère que la terre (tant le sol que le sous-sol) est un bien commun qui doit être préservé. Sa copine, la géologue Natane (elle même une Crie), découvre dans une caverne adjacentes des pétroglyphes anciens représentant la sphère et qui dateraient de 400,000 ans! Roy fait des rêves étranges: une femme sans visage qui flotte dans l’eau. Un premier forage permet de confirmer que l’espace intercalaire de la sphère contient de l’eau — mais qui a des propriétés physiques bizarres. Quatre mois plus tard, on termine la découpe d’une ouverture sur le dessus de la sphère et Roy peut tenter d’y descendre en scaphandre. Un incident met sa vie en danger mais il réussi tout de même à apercevoir une sorte de sas et deux cocons. Il devient évident que la sphère tente de communiquer. Puis, subitement, la sphère expulse l’eau et les cocons. L’un d’eux semble endommagé et l’on tente de l’ouvrir, révélant un secret qui remet en question toute notre vision du Monde… 

Tout au long de l’album, Roy continue son récit à l’avocat. Toutefois la mauvaise météo les oblige à rediriger leur convoi de l’aéroport vers la prison de Bordeaux. La ville semble être la proie de violentes confrontations. “Des gangs” auraient pris le contrôle mais la nature du conflit reste (pour le lecteur) mystérieuse: il y a des snipers et des protestants lancent des cocktails molotov qui font du feu bleu! Un des véhicules du convoi saute sur une mine et Roy, alors qu’il tente de sauver les occupants, est gravement brûlé par les étranges flammes…

>> Fin de l’avertissement <<

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Page 9

Une expédition scientifique qui découvre un artefact remontant à la nuit des temps et qui semble une impossibilité pourrait constituer les prémices d’une nouvelle de Lovecraft. Et pourtant, Barjavel en a fait une double histoire d’amour au-delà du temps. Dans les grandes lignes, Gauckler respecte assez bien le récit de Barjavel: les deux ouvrages débutent même de façon très similaire, avec une lettre d’amour. Il y a quelques différences mineures: Simon est médecin et Roy est prospecteur; Simon est célibataire alors que Roy a une relation avec Natane, etc. Par contre, on retrouve deux différences importantes: d’une part, la sphère n’est pas en or mais en diamant; d’autre part, Gauckler déplace le cadre du récit de l’Antarctique vers le nord du Québec. Cela fait beaucoup de sens puisque l’Antarctique est un milieu un peu stérile pour développer un récit moderne, riche en intrigues socio-politiques (quoi que le récit de Barjavel se tramait tout de même sur un fond de guerre froide et de conflit nord/sud). L’idée d’y inclure les revendications autochtones est fort intéressante. Finalement, il n’y a pas tant de différences que cela et celles qu’on y retrouve étaient attendues (comme des éléments scientifiques plus à jour) ou nécessaires pour la fluidité du récit dans le cadre d’un medium graphique. Ce sont là, après tout, les prérogatives d’une adaptation… qui est somme toute assez bien réussie.

On devine derrière le travail de Gauckler beaucoup de recherches et de repérages, ce qui donne au récit un aspect véridique ou tout au moins vraisemblable: le décor montréalais, la géographie et le patois local, les moeurs autochtones, la rigueur scientifique, etc. Si la région de Eeyou Istchee est surtout connue pour ses gisements d’uranium, on retrouve en effet des mines de diamants dans le nord du Québec (dont la Mine Renard (Stornoway Diamonds) dans les monts Otish près du lac Kaakus Kaanipaahaapisk, 250 km au nord de la communauté crie de Mistissini; d’autre cheminées [dykes] de kimberlite ont également été découvertes au complexe Lynx-Hibou — malheureusement ces projets sont pour l’instant déficitaires). Le nom de la mine “La Grande Ourse” est sans doute inspiré par la rivière La Grande (et possiblement aussi la constellation) mais ne peut manquer d’évoquer pour moi le nom de la série télévisée du même nom ! Le seul élément qui m’embête et que je trouve peu vraisemblable est le fait que les protestations aient dégénéré au point que les rue de Montréal ressemble à la Syrie de Bachar el-Assad ou à Beyrouth pendant la guerre civile ! L’armement nécessaire pour créer ce type de dégâts n’y est simplement pas disponible — mais, bon, la suite du récit offrira peut-être des explications satisfaisantes…

Je n’ai vraiment pas trop à me plaindre puisque cette bande dessinée offre un de mes romans préférés adapté par un artiste que j’admire beaucoup! Le récit est complexe, captivant et bien rythmé alors que la qualité du dessin est tout simplement superbe (on a même droit à trois illustrations double-page!). Le style réaliste de Gauckler a définitivement mûri — l’utilisation de la couleur bleue pour inspirer une atmosphère froide et mystérieuse est bien réussie. Toutefois, si je voulais être tatillon, je dirais que le lettrage script adopté pour la narration de Roy est un peu difficile à lire, mais c’est un détail insignifiant. Pour le reste, c’est beau, c’est très bon et intelligent tout en restant divertissant, alors que demander de plus sinon que de pouvoir lire la suite très bientôt! Kébek t.1: L’Éternité est donc un très bon thriller d’anticipation (et j’oserais peut-être même dire excellent — mais je réserve mon jugement final tant que je n’ai pas lu la conclusion). Néanmoins, à lire absolument ! 

Kebek T.1: L’Éternité par Philippe Gauckler. Paris: Éditions Daniel Maghen, août 2019. 96 pages couleurs (84 planches), 24.5  x 32.5 cm, 19€ / $C 37.95, ISBN 978-2-35674-074-8.  Inclus huit pages de croquis et dessins préparatoires. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5 ou stars-4-0

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© 2019 DM.

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Revue de ‘zines [002.019.364]

Bon, c’est de temps de passer en revue, encore une fois, quelques périodiques consacrés à la BD et aux manga pour voir ce qui ce fait d’intéressant…

Animeland #228 (Sept.-Nov. 2019)

AL228Dans la section “Anime” de ce numéro, on note d’abord un dossier sur la SF dans l’anime (en six impacts: Astro Boy, Mazinger Z, Yamato, Gundam [avec un entretien avec Yoshiyuki Tomino], Evangelion et Haruhi Suzumiya), puis un article sur le dernier Makoto Shinkai: Tenki no ko / Weathering with you, sur les séries Demon Slayer, Vinland Saga, Given, Dr. Stone, Arifureta shogokyô de Sekai Saikyô, Kanata no Astra, et Ensemble Stars! On retrouve aussi des interviews avec Kiyotaka Oshiyama (Dennô Coil, Flip Flappers, Space Dandy) et Nobuyoshi Habara (co-créateur du studio Xebec), ainsi qu’un reportage sur Kyoto Animation.

Dans la section “Manga”, je remarque, entre autre, un dossier sur les trente ans de Glénat manga, le reportage sur “Comment éditer un manga 4: Communication, Presse et Marketing”, des chroniques sur Demon Slayer, Himizu, Valkyrie Apocalypse, Gigant, Chiisako Garden, Quand Takagi me taquine, un portrait de Junichi Nôjô (L’Empereur du Japon), des interviews avec Tsuyoshi Takaki (Black Torch, Heart Gear), Ryo Sumiyoshi (Centaures, MADK), Daiki Kobayashi (Ragna Crimson), Inio Asano (Bonne nuit punpun, Errance), Rie Aruga (Perfect World), et Suehiro Maruo (Dr Inugami, Vampyre, La chenille).

Comme d’habitude, un numéro riche en information. stars-3-0

dBD #138 (Novembre 2019)

dBD138Dans les actualités nous découvrons que Kurokawa lance la collection Kuro Savoir consacrés à l’adaptation pour adolescents (16+) de classiques littéraires. Cela rappel beaucoup ce que faisait Soleil Classique. La collection débute entre autre avec Le Capital de Karl Marx (par Iwashita Hiromi), Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche (par Ichiro et Aki) et Psychologie des foules de Gustave Le Bon (par Team Banmikas). On mentionne également que les éditions Ynnis ont publié un autre ouvrage de référence thématique: Hommage à Akira: Héritage de l’apocalypse par Stéphanie Chaptal.

À la une on retrouve une interview avec Jérôme Félix et Paul Gastine sur leur western Jusqu’au dernier (Éditions Bamboo, Coll. Grand Angle). Le magazine poursuit avec des interviews de Mathieu Kassovitz (cinéaste et acteur connu pour son adaptation de Cauchemar blanc de Moebius) sur l’influence qu’a eut Métal Hurlant sur son travail, avec Matz au sujet de son prequel à Transperceneige: Extinctions t.1 (avec Rochette chez Casterman) et sur le volume trois de Tango: À l’ombre du panama (avec Xavier chez Le Lombard), avec Jean-Claude Carrière et Jean-Marie Michaud sur leur volumineuse adaptation Le Mahâbhârata (chez les Éditions Hozhoni, 440 pages), avec Riff Reb’s pour l’adaptation de Jack London Le Vagabond des étoiles t.1 (chez Soleil, coll. Noctambule), avec Antoine Ozanam sur Klaw t.11: Coma (avec Jurion chez Le Lombard), et avec Flix sur Spirou à Berlin (chez Dupuis).

Dans le Cahier Critique je note Le Mahâbhârata par Carrière & Michaud chez Hozhoni (Top! “Après trois ans de travail acharné (…) le résultat est prodigieux”), la réédition de Kirihito par Osamu Tezuka chez Delcourt (Top! “Graphiquement (…) c’est plein d’expérimentation, tant dans l’expression des émotions que dans le découpages. Cela se lit d’une traite”), une BD sur Mishima, Ma mort est mon chef-d’oeuvre, par Li-An & Weber chez Vents d’Ouest (Super), Dans l’abîme du temps une autre superbe adaptation de Lovecraft par Gou Tanabe chez Ki-oon (Super, “Quelle ambiance oppressante (…) Ki-oon (…) a une nouvelle fois soigné à l’extrême la fabrication de son album”), L’Empereur du Japon t.1 par Eifuku, Hando, Shiba & Nojo chez Delcourt (Super, “Superbement dessiné”) et Une femme et la guerre où Yoko Kondô adapte deux nouvelles par Ango Sakaguchi chez Picquier (Top! “Une belle lecture à la gloire de la complexité humaine”). 

Un numéro riche en découvertes. stars-3-5

dBD #139 (Déc.-Janv. 2019/20)

dBD139Un numéro “double” (128 pages) où les actualités annoncent un manga de Persona 5 par Hisato Murasaki chez Mana Books et où la une nous offre un interview avec Philippe Druillet, Dimitri Avramoglou et Xavier Czaux-Zago sur Babel, un ambitieux remake de Lone Sloane chez Glénat. Ce numéro se poursuit avec des interviews de Christophe Blain au sujet de Blueberry t.1: Amertume apache (chez Dargaud, en collaboration avec Sfar), avec Balak et Bastien Vivès sur Lastman t.12 (chez Casterman), avec Juan Giménez sur sa série de La Caste des Méta-Barons (aux Humanoïdes Associés), avec Stéphane Levallois sur Léonard 2 Vinci (chez Le Louvre/Futuropolis), avec Minaverry sur Dora t.4: Amsel, Vogel, Hahn (chez L’Agrume) et Rebecca Rosen pour Morveuse (chez L’Employé du moi).

Au coeur de ce numéro on retrouve un spécial sur les cinq coups de coeur de fin de l’année qui offre des interviews avec des artistes dont l’oeuvre a été négligé par la rédaction: Jérémie Moreau pour Penss et les plis du monde (chez Delcourt), Alfred pour Senso (chez Delcourt), Georges Bess pour Dracula (chez Glénat), David Lopez pour Black Hand & Iron Head (chez Urban Comics), et Marc-Antoine Boidin & Jean-André Yerlès pour Legio Patria Nostra t.1: Le tambour (chez Glénat). Le numéro se conclu sur un article commémorant le soixantième anniversaire de la série Tanguy et Laverdure, qui avait débuté dans le premier numéro du magazine Pilote en 1959 sous la plume de Charlier et Uderzo et qui se poursuit avec un trente-troisième album, Retour aux Cigognes, par Zumbiehl, Buendia & Philippe (chez Dargaud).

Dans le Cahier Critique je note La fille de Vercingétorix par Ferri & Conrad chez Albert René (Super; cet album réponds à tous les critères qui font un bon Astérix mais les aventures des héros “n’ont plus la même saveur que quand nous étions adolescents. Pire nous ne sommes pas sûrs qu’après avoir refermé ce livre, nous penserons à le relire, contrairement aux premiers albums de la série”), Samurai 8 t.1 par Masashi Kishimoto & Akira Okubo chez Kana (Bien, “un air retrofuturiste inédit (…) mais la mise en scène ne suit pas (…) tout va trop vite (…) trop de digressions, trop de nouvelles intrigues parallèles (…) dommage car (…) l’univers créé par Kishimoto est, lui, vraiment intéressant”), Mon cancer couillon par Kazuyoshi Takeda chez Pika (Bien, manga autobiographique [Sayonara Tama-chan / lit. “Adieu mon petit testicule”] où l’ancien assistant de Hiroya Oku [Gantz] raconte sa lutte contre le cancer), ainsi que Natsuko no sake t.1 par Akira Oze chez Vega (Super, une histoire sur les coulisses du monde de la production de sake originalement publié en 1988, “belle histoire à l’ancienne (…) la narration est douce, le dessin de bonne facture”).

Des tonnes de suggestions de lectures pour les vacances et l’année à venir… stars-3-5

Animeland #229 (Déc. 2019 – Fév. 2020)

AL229Dans la section “Anime” de ce numéro, on note d’abord un dossier sur la tendance des éditeurs de manga à créer des nouvelles collections pour adultes qui traitent de sujets plus réfléchi et sérieux: comme la collection “Moonlight” chez Delcourt/Tonkam et la collection “Life” chez Kana. Puis on retrouve un autre dossier sur la série Chihayafuru (incluant un interview avec son directeur, Morio Asaka). S’ajoute des chroniques, entre autre, sur Weathering with You, Violet Evergarden, L’Habitant de l’infini, Beastars, No Guns Life, Hoshiai no Sora, Babylon, Cobra et un interview avec Tadayoshi Yamamuro (Dragon Ball).

Côté manga, on note dans les nouvelles parutions le premier volume de l’édition intégrale (pour le 90e anniversaire!) de Phénix: L’Oiseau de feu de Osamu Tezuka chez Delcourt/Tonkam dès le 8 janvier, Sengo [Areyo Hoshizuku] par Sansuke Yamada chez Casterman dès le 22 janvier (un manga gay situé dans l’après-guerre), L’Amant (d’après le roman de Marguerite Duras) par Kan Takahama chez Rue de Sèvre aussi le 22 janvier, ainsi que La couleur tombée du ciel une adaptation de Lovecraft par Gou Tanabe chez Ki-oon dès le 5 mars. On retrouve également un dossier sur les quinze ans de Ki-oon, de nombreuses chroniques sur Jujutsu Kaisen (Ki-oon), Shaman King (Kana), Asadora ! (de Naoki Urasawa!, chez Kana), Samurai 8 (Kana), Doppelgänger (Kazé), Aria (Ki-oon), The Quintessential Quintuplets (Pika), Elle ne rentre pas celle de mon mari (Lézard Noir), Zenkamono (Lézard Noir), En proie au silence (Akata), Libraire jusqu’à l’os (Soleil), Parasite / Neo-Parasite (Glénat), Un monde formidable (Kana), Inio Asano Anthology (Kana), La petite faiseuse de livres (Komikku), Dans le sens du vent (Soleil), Les liens du sang (Ki-oon), et My Pretty Policeman (Boys Love IDP). La section se conclue sur des interviews avec Takeshi Obata (Hikaru no go, Death Note, Bakuman, Platinum End), Taiyô Matsumoto (Amer Béton, Sunny), Ken Wakui (Tokyo Revengers) et Laura Negro (assistante d’édition chez Akata) ainsi que l’article “Comment éditer un manga 5 (dernière partie): Diffusion, Librairie et lecteurs…”

Comme toujours, un numéro riche en information et en découverte. stars-3-5

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Yoko Tsuno #29: Anges et faucons

YokoTsuno29-AngesEtFaucons-cov“Nous sommes à l’ombre de l’église de Cornstone, près d’Édimbourg, où Émilia et Bonnie viennent fleurir la tombe de la tante Gloria. Le Pasteur Macduff leur raconte la triste histoire de ces deux jeunes orphelins tués dans un accident de train alors que la voiture qui les transportait était immobilisée sur un passage à niveaux. Ils reposent dans “l’enclos des anges”, un lieu à l’écart et à l’abandon, où un ange veille sur eux. 

Étrangement, la statue, don d’un bienfaiteur anonyme, date de 1934, un an avant l’accident funeste. Bouleversée par cette tragédie, Émilia décide de demander à son arrière-grand-père (qui était vivant en 1935) de sauver la vie des deux enfants. Pour ce faire, une solution : utiliser la machine temporelle qui dort dans l’annexe. C’est ainsi qu’Émilia part pour 1935, laissant Bonnie désemparée. Cette dernière alerte Yoko qui part sur les traces de l’adolescente et qui tentera d’éviter la catastrophe ferroviaire…”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 3

Ce vingt-neuvième album de la série Yoko Tsuno a d’abord été prépublié dans le magazine hebdomadaire Spirou (du no 4239 [10 juillet 2019] au no 4246  [28 août 2019]) à raison de huit planches par numéro. Cet album nous offre deux récits distincts. Roger Leloup raconte dans son introduction à la prépublication (Spirou #4239: p. 4) qu’à quatre-vingt-six ans il n’est pas à l’abris de problème de santé et c’est pourquoi il a décider de “faire une histoire courte de façon que, s’il m’arrivait quelque chose, je puisse peut-être au moins finir le scénario…”

Dans le premier récit (de vingt-sept planches), Bonnie et Émilia vont au cimetière pour fleurir la tombe de leur tante Gloria. Le pasteur McDuff leur parle alors de l’enclos des anges, où deux jeunes enfants sont enterrés. L’histoire de ce jeune garçon et d’une fillette qui sont mort happé par un train à un passage à niveau en 1935 les intrigue. Grâce à la machine temporelle de Sir Archibald (l’arrière-grand-père d’Émilia), et avec l’aide de Yoko, ils vont tenter de sauver les enfants en remontant dans le temps!

Le deuxième récit (de trente-cinq planches) s’enchaîne sans heurt. Leloup raconte que “Yoko, à peine sortie du cimetière, reçoit un message du chef des services secrets britanniques pour lui proposer de raccompagner une princesse égyptienne dans sa tombe qui avait été pillée.” Évidemment tout cela cache un mystère plus tragique qui se décline comme une aventure “à la Agatha Christie.” Yoko et son équipe arrive à la Scottish Aircraft Company (SAC) où elle fait la rencontre de Sir Harold (mécène et propriétaire des lieux) et de sa pupille, Miss Dinah, pour qui elle effectuera la mission de rapatriement des momies (la princesse et sa servante) à bord du H.P. 42 Horus. Yoko et son entourage devront survivre à la mission tout en dénouant le mystère du meurtre de l’épouse de Sir Harold (dont le cadavre, selon Dinah, serait l’une des deux momies) et le complot d’une secte fantôme!

Dans son introduction, Roger Leloup révèle que si il a choisi d’installer le quartier général de Yoko au château de son amie Cécilia en Écosse, c’est que le lieu est très isolé ce qui permet à Yoko d’opérer en secret ses engins à la technologie très avancée. Il annonce également qu’il travaille déjà à la prochaine aventure de Yoko, qui devra faire face à un dilemme alors qu’elle se retrouve devant des humains robotisés!

Pour une fois, le récit est assez fluide (alors que souvent les aventures de Yoko me semblent un peu précipitées car Leloup tente de raconter son récit en trop peu de pages — on note que cet album est d’ailleurs plus long avec soixante-deux pages au lieu des quarante-six habituelles). Le fait qu’il y ait deux récit dans l’album est une bonne idée et nous offre une lecture plus satisfaisante. Toutefois, je note quelques maladresses ici et là: des tournures de phrases un peu bizarres et le fait que le dessin des personnages secondaires me semble parfois un peu bâclé (toutefois les arrière-plan — décors et équipements mécaniques — sont toujours impeccablement dessinés). Le style de Leloup a, bien sûr, beaucoup évolué depuis les premières aventures de Yoko, et il demeure très beau (pour un album jeunesse — et surtout pour l’oeuvre d’un artiste de quatre-vingt-six ans !).

Dans l’ensemble, Anges et Faucons, nous offre donc une bonne lecture, agréable et divertissante.

Yoko Tsuno 29: Anges et Faucons, scénario et dessin par Roger Leloup (mise en couleur par Studio Léonardo). Paris: Dupuis, septembre 2019. 64 pages (62 planches), 21.8 x 30 cm, 10.95 € / C$17.95 , ISBN: 979-1-0347-3803-8. Recommandé pour public jeune (9+). Un extrait peut être consulté sur le site de l’éditeur. stars-3-0

Pour plus d’information vous pouvez aussi consulter les sites suivants:

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Anges et Faucons © Dupuis, 2019.

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents:

YokoTsuno-Integrales2-AventuresAllemandes-cov yoko26fr Yoko_Tsuno_27-Le_secret_de_Khâny-cov YokoTsuno-28_temple_des_immortels-cov

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Paul à la maison

Paul-a-la-maison-cov“Paul à la maison est le 9e tome de la série. Cette fois-ci, l’action de déroule en 2012, Paul est auteur de bande dessinée à temps plein et lance un nouvel ouvrage au Salon du livre de Montréal. Entretemps, sa fille part travailler en Angleterre, Lucie n’habite plus avec lui et sa mère ne va pas bien… 

Paul à a maison traite du deuil, sous de multiples formes. Un album émouvant.”

[Texte du site de l’éditeur]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 34

J’adore cette série mais malheureusement je n’en ai que très peu parlé (voir mon commentaire sur Paul dans le nord). Dans ce neuvième tome de la série nous faisons un saut dans le temps. En effet, Paul à Québec se déroulait en 1999 et les deux albums suivant, Paul au Parc et Paul dans le nord, étaient des flash-back dans la jeunesse de Paul (respectivement situé en 1970 et 1976). À l’automne 2012, Paul Rifiorati est maintenant dans la cinquantaine et dessine de la BD à temps plein, ce qui l’amène à faire des rencontres d’auteur dans les écoles et à faire des séances de signature au salon du livre. Il doit non seulement dire adieu à sa tendre jeunesse (il a toutes sortes de petits troubles de santé), mais aussi à son marriage (il est séparé de sa femme Lucie), à sa mère Aline (qui a été diagnostiquée d’un cancer et décide de ne plus combattre) et à sa fille (qui a maintenant dix-neuf ans et décide de déménager à Londres). Il doit faire face à ce deuil généralisé mais aussi à la solitude et au harcèlement de son voisin anglo-italien. Il a de la difficulté à gérer tout cela et se laisse aller un peu. Tout semble à l’abandon autour de lui: son apparence, sa cour arrière, son pommier, sa piscine… Le printemps amènera peut-être un renouveau…

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Page 41

C’est un très bon album de bande dessinée qui nous ouvre une fenêtre sur la vie quotidienne d’un artiste de BD (Paul est de toute évidence l’alter égo de Michel Rabagliati et le récit est probablement très auto-biographique) et nous offre en bonus une introduction amusante à la typographie et à des techniques d’encrage. Ce qui est fascinant, c’est que Rabagliati réussisse avec un récit un peu triste, mais sincère et sans prétention, un style graphique simple mais très expressif, à toucher beaucoup de gens de ma génération. Comme beaucoup je me reconnais un peu dans le personnage de Paul: j’ai été chez les Scouts, ado j’ai voulu faire un voyage sur le pouce avec un copain, j’ai été en vacance sur les plages de la Nouvelle-Angleterre, J’ai fait du graphisme, j’ai travaillé dans le milieu de l’édition, ma mère est décédée du cancer, etc. C’est aussi un bel hommage à sa ville, car beaucoup de montréalais reconnaitrons leur quartier dans les décors de cet album: la rue Fleury dans Ahuntsic, la rue Masson dans Rosemont, le Parc de l’Île de la Visitation, le boulevard des Laurentides à Laval, le métro, la Place Bonaventure, etc.

Paul à la maison, comme toute l’oeuvre de Rabagliati, est un ode à la vie. C’est une très bonne lecture qui mérite d’être savourée. À lire.

Paul à la maison, écrit et illustré par Michel Rabagliati. Montréal, Les Éditions de la Pastèque, novembre 2019. 208 pages, 19,1 x 20,3 cm, 31,95$, ISBN 978-2-89777-072-3. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

© Michel Rabagliati. Tout droit réservé. 2019 • © Les Éditions de la Pastèque.

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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Astérix: la fille de Vercingetorix

Asterix-LeFilledeVercingetorixAprès Astérix chez les Pictes (2013), Le Papyrus de César (2015) et Astérix et la Transitalique (2017), les personnages créés par René Goscinny et Albert Uderzo reviennent pour une nouvelle aventure dans La Fille de Vercingétorix, le nouvel album signé Jean-Yves Ferri et Didier Conrad.

C’est cette fois au Village que nous retrouvons nos héros préférés, qui nous prouvent une fois de plus qu’il n’est nul besoin de traverser le monde pour vivre de palpitantes péripéties. Effervescence et chamboulements en perspective ! La fille du célèbre chef gaulois Vercingétorix, traquée par les Romains, trouve refuge dans le Village des irréductibles Gaulois… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la présence de cette ado pas comme les autres va provoquer moults bouleversements intergénérationnels…” [Texte du site de l’éditeur]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 5

Astérix et Obélix affrontent dans cet album ce qui est probablement leur plus terrifiant adversaires jusqu’à maintenant: une bande d’ados! En effet, peu avant de se rendre à César après la défaite d’Alésia, Vercingétorix confit la protection de sa fille à deux subordonnés de confiance, les chefs Arvernes Monolitix et Ipocalorix (d’où leur accent auvergnat!). Mais le traître Adictosérix les piste. Ils demandent donc au village gaulois de protéger Adrénaline le temps qu’ils organisent les préparatifs d’un voyage en Bretagne. Mais attention, elle fugue! En fait, ce n’est pas tant la fille elle-même que les romains redoutent, mais plutôt le torque de Vercingétorix qu’elle porte et qui est un symbole de pouvoir…

blinix-et-selfix

adrenalineLa jeune fille rebelle, qui s’habille gothique, se lie rapidement d’amitié avec les ados du coin: Blinix et Surimix (les fils du poissonnier Ordralafabetix) et Selfix (le fils du forgeron Cétautomatix). Ils flânent sous le regard protecteur d’Astérix et d’Obélix, mais Adrénaline (que la rumeur veut être inspiré par Greta Thunberg, ce que les auteurs ont nié) rêve de fuir sur une île lointaine couverte de fleurs. L’aventure et les péripéties habituelles s’en suivent, impliquant légionnaires romains, pirates, caméos humoristiques (dont un hommage à Aznavour) et un banquet à la fin. La jeune fille poursuivra son rêve d’îles paradisiaques avec le jeune marin Letitbix…

Ce trente-huitième album de la série Astérix (qui en marque d’ailleurs le soixantième anniversaire!) est très fidèle aux dessins originaux, conserve assez bien l’esprit de l’humour de Goscinny et Uderzo (il y a bien quelques excellents gags mais toutefois la plupart sont plutôt plat) et nous offre un récit amusant, dans l’air du temps (pacifisme, libertarianisme). Même si ce n’est certes pas aussi fort que les Astérix de l’âge d’or de la série (disons les vingt ou vingt-cinq premiers albums) et que la critique est plutôt mitigée, l’album se lit tout de même fort bien. À lire pour se distraire et par tradition.

Astérix #38: La fille de Vercingétorix, écrit par Jean-Yves Ferri et illustré par Didier Conrad. Vannes: Éditions Albert René, octobre 2019. 48 p., 22.8 x 29.4 cm.  ISBN 978-2-86497-342-3. 9.99 € / $14.95 Can. stars-3-0

© 2019 Les Éditions Albert René / Goscinny – Uderzo.

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Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents:

Asterix_chez_les_Pictes-cov Asterix-Papyrus_de_Cesar-cov Asterix_et_la_transitalique-cov

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