Monnaies anciennes 21

Les femmes romaines (5)

Salonina

Salonina, dont j’ai trois antoniniani, était l’épouse de Gallienus, empereur romain du IIIe siècle qui a régné durant la période dite des “trente tyrans”, entre octobre 253 et septembre 268 EC. À la mort de son père et coempereur, Valérianus, aux mains des Perses, il devient seul empereur en 260 EC. Il hérite d’un empire assaillit de tout côtés par des envahisseurs (Perses et Alamands) mais surtout divisé par des rébellions et de nombreuses tentatives d’usurpations — principalement par Postume, qui créa l’Empire des Gaules au nord-ouest, et Odénat, qui fonda avec son épouse Zénobie le Royaume de Palmyre en Orient. Ce qui rend Gallienus intéressant c’est qu’il a été un empereur hellénisant et humaniste, adepte du néoplatonisme et tolérant envers le christianisme — ce qui a facilité son avancement. Il a également fait des réformes militaires où le commandement des armées a été confié à des Magister equitum, des officiers expérimentés d’origine illyrienne ou pannonienne. Il a été assassiné alors qu’il affrontait l’usurpateur Auréolus à  Mediolanum en septembre 268. Claudius Gothicus, l’un de ses maîtres de cavalerie illyriens, lui succède pour mettre fin à l’anarchie militaire — débutant ainsi l’époque des empereurs illyriens. J’ai de nombreuses pièces de monnaies de Gallienus, Postumus ainsi que de Claudius Gothicus et ses successeurs, alors j’y reviendrai bientôt. 

D’origine Bithynienne (selon l’Historia Augusta), Julia Cornelia Salonina épouse probablement Gallienus en 243 et est faite Augusta au début du règne de son beau-père, Valerianus, en 253. L’Histoire (par les monnaies et les inscriptions lapidaires) ne retient le nom que de seulement deux de ses enfants, Valerianus II et Saloninus (qui ont été associé au pouvoir mais sont mort jeunes), toutefois des allusions à sa grande fécondité et des monnaies illustrants plusieurs jeunes enfants semblent indiquer une plus large progéniture. Aucune source ne mentionne d’anecdote négative à son égard et elle semble avoir été aimé du peuple (comme l’indique une inscription sur un arc dédié à Gallien à Rome, la qualifiant de “très sainte Augusta Salonina”, SALONINAE SANCTISSIMAE AVG); elle aurait été une bonne épouse, très proche de Gallienus (des monnaies font l’éloge de la “concorde des augustes”, CONCORDIA AVGVSTORVM), participant même au pouvoir (puisque près de 10% du monnayage du règne lui fut consacré). Elle aurait visité les thermes de Berthemont-les-Bains, dans les Alpes-Maritimes, pour s’y soigner en 261 (cet événement est illustré dans la bande dessinée Ad Roman que j’ai récemment commenté) et y aurait professé la liberté de culte, se montrant particulièrement clémente envers les Chrétiens. Elle a probablement été exécuté avec l’entourage de Gallienus, après le décès de ce dernier en 268, dans une purge ordonnée par le sénat.

IMG_8753-8757Ce beau antoninianus (VG/G, billon/Ae, 19 mm, 1.740 g, payé $US 5.00 le 1985/04/14, caractérisé par des taches vertes d’oxyde de cuivre) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente une Pietas debout à gauche, la main droite levée et tenant une boite à parfums dans la main gauche, avec l’inscription PIETAS AVG[VSTI] (“piété de l’auguste”) — aucune marque d’officine (lettre “P” pour Rome ou lettre “P” à d. avec “II” à g. pour Siscia) ne peut être distingué dans le champs droit ou gauche (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas). Le type du revers représente la piété et la dévotion de l’impératrice envers les dieux et sa famille. Rien ne permet de dater précisément cette pièce (c. 260-268). 

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 22 (p. 193), Sear RCV (1983): 2942, C 77, vcoins, Wildwind (text, image), numismatics, Gallienus & family, ERIC, FAC (Salonina, Pietas). Voir aussi ma fiche.

IMG_8760-8764Cet assez beau antoninianus (G/P, billon/Ae, 20 mm, 2.781 g, payé $US 5.00 le 1985/04/14, flanc vaguement triangulaire du à l’usure, traces d’oxyde de cuivre) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente l’empereur (Valerianus ou Gallienus), à gauche, recevant une victoire de Rome, à droite, assise vers la gauche, une couronne (ou étoile?) dans le champs au-dessus, avec l’inscription ROMAE AETERNAE (Rome éternelle”). Il existe plusieurs variantes de cette pièce frappée en Asie (soit à Antioche ou à Samosate) durant le règne conjoint de Valerianus et Gallienus (253-260). Le revers commémore sans doute une victoire militaire, probablement contre les Perses Sassanides de Shapur Ier (puisque la pièce a été frappée en Asie). Certaines sources (dont le RIC) la date de 255-56 et d’autre de 258-60 (selon la variante). 

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 67 (p. 115), C 103, vcoins, CoinArchives, numiscmatics, ma-shops, Wildwinds (text, image), Wildwinds (text, image), acsearch, acsearch, acsearch,  ERIC, FAC (Salonina, Romae Aeternae). Voir aussi ma fiche.

IMG_8765-8768Cet antoninianus dans un état passable (G/Fair, Ae argenturé, 19 mm, 1.961 g, payé $US 15.00 le 1985/04/14, caractérisée par une couleur grisâtre et un aspect rugueux) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente une Vénus debout à gauche, tenant un casque (ou une pomme?) dans la main droite, un long sceptre dans la main gauche et avec un bouclier à ses pieds. L’inscription est VENVS VICTRIX (“Vénus victorieuse”). Aucune marque d’officine (comme la lettre “H” ou les chiffres “IV” ou ”VI”) ne peut être distingué dans le champs droit (le RIC indique bien une variante sans marque). Le type du revers fait référence à la légende du jugement de Pâris et de la fameuse “pomme de la discorde” et est sans doute une allusion à la beauté de Salonina. Il existe plusieurs variantes de cette pièce frappée à Rome et rien ne permet de la dater précisément, mais le RIC l’indique comme une pièce frappée sous le règne seul de Gallienus (c. 260-268). 

Toutefois, l’instabilité politique et le coût économique des constantes campagnes militaires ayant amené une importante dévaluation monétaire, les dénominations traditionnelles du IIe siècle disparaissent complètement et les antoniniani, d’abord frappé en billon (avec à peine 10% d’argent) au début du règne de Gallienus, ne sont plus à la fin de son règne que des pièces de cuivre argenturées (trempées dans l’argent ou plaquées). L’état de cette pièce (où le noyau de cuivre apparait sous l’argenture) semble indiquer une période tardive du règne de Gallienus (c. 267-68).

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 31 (p. 194), Sear RCV (1983): 2947, C 129, vcoins, Wildwinds (text, image), Wildwinds (text, image), Numista, Numista, numismatics, Gallienus & family, ERIC, FAC (Salonina, VENVS VICTRIX, billon). Voir aussi ma fiche.

Ces trois pièces de monnaie, à travers Salonina, représentent bien l’image de la femme romaine éclairée et forte.

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Monnaies anciennes 20

Les femmes romaines (4)

Herennia Etruscilla 

Herennia Etruscilla, dont je n’ai qu’une seule pièce de monnaie, était l’épouse de Trajan Decius (possiblement marié vers 230), qui règna de l’automne 249 à juin 251, pendant l’anarchie militaire qui suivi la dynastie des Sévères. Les sources sont pauvres à cette époque et on connait donc peut de choses d’elle. Elle serait d’une vieille famille sénatoriale italienne (possiblement d’une origine étrusque). Elle reçoit le titre d’Augusta lors de l’accession au pouvoir de son époux en 249. Elle a participé au pouvoir puisqu’elle gérait les affaires de l’Empire durant les campagnes militaires de Decius (et même, plus tard, comme régente d’Hostilianus). Son fils Herennius Etruscus fut très brièvement co-empereur (en mai et juin 251) aux côtés de son père mais tous les deux meurent durant la bataille d’Abrittus, alors qu’ils défendaient la frontière danubienne contre des envahisseurs Goths. Le gouverneur de Mésie, Trebonianus Gallus, est proclamé empereur par les troupes et succède à Decius. Elle leur survit et continue même d’être associé au pouvoir puisque son second fils, Hostilianus qui n’a que treize ans, est fait co-empereur de Trebonianus Gallus et que sa fille aurait possiblement été mariée au fils de Trebonianus, Volusianus. Etruscilla serait peut-être morte de la peste qui a aussi emporté Hostilianus en novembre 251 — quoiqu’il en soit, elle sombre dans l’obscurité après cette date. Elle demeure néanmoins un bon exemple de femmes romaines fortes qui ont joué un rôle politique.

Cet assez beau antoninianus (billon, 20 mm, 3.128 g, acheté à Paris le 1986/02/07 pour 80 FF) nous offre sur l’avers un buste diademé et drapé d’Etruscilla (les cheveux disposés horizontalement en vagues), regardant vers la droite et reposant sur un croissant, avec l’inscription HER[ENNIA] ETRVSCILLA AVG[VSTA]. On distingue un possible point dessous le buste. Sur le revers on retrouve une Pudicitia (représentant la pudeur et la modestie) debout de face, regardant à gauche, levant un voile de son visage avec la main droite et tenant de travers un long sceptre de la main gauche, avec l’inscription PVDICITIA AVG[USTAE]. Rien dans l’inscription, le portrait de l’avers ou le type du revers n’indique une datation précise. On doit donc se contenter de la dater entre 249 et 251 EC.

Les pièces d’Etruscilla comportent deux types de coiffures: le type (a), dont c’est le cas ici, où les cheveux sont disposés horizontalement en vagues (de façon similaire à ses prédécesseurs, Tranquillina (épouse de Gordianus) et Otacilia Severa (épouse de Philippus)), et le type (b) où les cheveux sont lisses et portés à l’arrière de la tête en une tresse. Les spécialistes ne s’entendent pas sur lequel de ces styles serait le plus ancien, mais j’aurais tendance à croire que c’est le type (a)…

Les pièces d’Etruscilla ont été frappé à trois ateliers (officines): Rome, Antioche et, quoique très rare, Mediolanum (Milan). Le type de revers avec Pudicitia aurait été frappé tant à Rome qu’à Antioche mais, si la frappe de Rome semble plus fréquente, la possible présence d’une marque de contrôle (a.k.a. Notae Monetales ou “mint marks”) de l’officine d’Antioche (le point dessous le buste) pourrait suggérer que la pièce ait été frappé à Antioche (quoique le RIC ne référence des Pudicitia frappées à Antioche seulement qu’avec le type de Pudicitia assise).

Cette pièce est le premier exemple d’antoninianus que je vous présente. C’est une dénomination monétaire de l’Empire Romain du IIIe siècle qui a été créé par Caracalla en 215. Il était théoriquement en argent et avait la valeur de deux deniers, mais il a rapidement connu une forte dévaluation alors qu’il était frappé en billon, un alliage moitié-moitié argent et cuivre. Le pourcentage d’argent de l’alliage (aloi ou titre en argent) diminue encore par la suite: sous Decius on estime qu’il était environ de 35% à 40% mais tombe à 10% sous Gallienus (en 260) et même dessous 3% sous Claudius Gothicus (268). Le titre en argent conserve toutefois un pourcentage raisonnable plus longtemps (jusqu’en 265) dans l’Empire des Gaules, qui avait accès à plusieurs mines d’argent.

Sources: Wikipedia, Sear RCV (1983): 2630, RIC IV Part 3: 58b, Sear RCV [M. Ed.]: 9494, C 17, CoinArchives, CoinArchives, CoinProject, Wildwinds, vcoins, vcoins, cointalk, numiscmatics, coincommunity, acsearch, deamoneta, ERIC, FAC (Etruscilla, Antioch officinae, PUDICITIA AVG, Pudicitia). Voir aussi ma fiche.

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Monnaies anciennes 19

Les femmes romaines (3)

Crispina

Crispina, dont je n’ai qu’une seule pièce, était la femme de Commodus. Bruttia Crispina est née en 164 EC d’une famille d’aristocrates d’origine italienne qui a toujours été proche du pouvoir. Son père, le sénateur Gaius Bruttius Praesens, a été proconsul d’Afrique (166-167) et a accompagné Marcus Aurelius dans sa seconde expédition militaire germanique contre les Marcomans et les Sarmates (176-179). Alors qu’elle n’a que treize ans, en 177, elle épouse Commodus lorsque celui-ci est fait co-empereur par Marcus et reçoit aussi le titre d’Augusta. On la décrit comme une femme “gracieuse et sensible” mais qui ne semble pas s’être impliquée politiquement. Certains types de revers de pièces de monnaie (Fecunditas et Juno Lucina) laissent croire qu’elle aurait pu être enceinte mais les textes ne mentionnent aucune progéniture (l’enfant serait peut être mort-né?). Cette union stérile serait possiblement la raison qu’elle fut accusée d’adultère et exilée à Capri en 188, où Commodus la fera assassiner quelques années plus tard, en 191, comme il l’avait fait pour sa soeur Lucilla (étrangement, le ERIC et le RIC place sa mort en 183, alors que d’autre sources la date en 193 ?!).

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Ce beau sesterce (Ae, 31-32 mm, 23.791 g, payé $35 le 1985/12/17, caractérisé par une fêlure) nous offre un buste de Crispina drapée à droite (chevelure nattée sur le front et rassemblée en chignon à l’arrière de la tête) avec l’inscription CRISPINA AVG[VSTA] – IMP[ERATORI] COMMODI AVG[VSTI] (Crispine Augusta femme de l’empereur Commode). Sur le revers on retrouve une Salus assise à gauche, nourrissant un serpent lové autour d’un autel à gauche avec une patère tenue de la main droite, le coude gauche appuyé sur le dossier, avec comme inscription simplement SALVS et, vraisemblablement, un S[ENATUS] C[ONSULTO] (“avec la permission du Sénat”) en exergue (quoique illisible sur cette pièce, mais il y aurait de la place). La représentation d’une Salus (déesse de la santé) pourrait invoquer un souhait de prompt rétablissement, possiblement suite à une fausse couche… Rien sur la pièce ne semble indiquer une possible datation (l’intervalle maximale serait 177-188) mais la plupart des sources semblent dater ce genre de pièces en 180-182/3… Sources: Wikipedia, Sear RCV (1983): 1589, Sear RCV [4th ed.]: 1686, RIC III 672b, CoinArchives, CoinArchives, Wildwinds (text, image), vcoins, cointalk, numismatics, Catawiki, CGB, British Museum, coinproject, POP, Wien Kunsthistorische Museum, FAC (Crispina, Salus). Voir aussi ma fiche.

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Monnaies anciennes 18

Les femmes romaines (2)

Lucilla

Je suis particulièrement attaché à Lucilla, dont j’ai deux pièces, car elle était non seulement la fille de Marcus Aurelius et Faustina Minor (et donc la soeur de Commodus, contre qui elle complota) mais elle était aussi l’épouse de Lucius Verus, à qui elle donna trois enfants.

Annia Aurelia Galeria Lucilla est née le 7 mars 149 et grandit à la cour d’Antoninus Pius. En 161, son père la fiance à son coempereur, Lucius, qu’elle épouse à Éphèse en 164. Elle reçoit alors le titre d’Augusta. Les époux ne passeront pas beaucoup de temps ensemble. Elle reste auprès de Verus à Antioche la première année, où elle accouche d’une  fille, Aurelia Lucilla, en 165, puis retourne à Rome alors que Verus reste en Asie Mineure pour superviser la campagne contre les Parthes puis se rend sur le front Danubien pour une campagne contre les Marcomans. Elle est considérée comme ayant été “une matrone respectable et influente”. Après la mort de Verus en 169, Marcus arrange un second mariage avec le général Tiberius Claudius Pompeianus Quintianus qui est deux fois plus âgée qu’elle et issue d’une famille syrienne modeste de rang équestre. Elle lui donnera deux fils. Dès 172, elle le suit sur le front Danubien et est donc au chevet de son père à Vindobona lorsqu’il décède en mars 180. Étant l’aîné, elle espérait qu’elle et son mari succéderait à Marcus, mais c’est plutôt Commodus qui devient empereur. En 182, elle participe à un complot pour assassiner son frère et prendre le pouvoir. Ayant échoué, elle est exilée à Capri, où son frère la fait aussitôt exécuter… Cela démontre bien que les femmes romaines n’étaient pas exclues des jeux de pouvoir et des manoeuvres politiques…

IMG_8727-8729Ce beau sesterce (AE, 30 mm, 25.7022 g) présente sur l’avers un buste de Lucilla,  les cheveux ondulés et attachés en un chignon bas à l’arrière de la tête, drapée à droite avec l’inscription LVCILLAE AVG[VSTAE] ANTONINI AVG[VSTI] F[ILIA] (“Pour Lucilla Augusta fille de l’Auguste Antoninus“). Sur le revers on retrouve une Vénus debout à gauche, tenant une pomme dans la main droite et un sceptre dans la gauche, avec l’inscription VE-NVS et un S[ENATUS] C[ONSULTO] (“avec la permission du Sénat”) dans le champ de part et d’autre. Cette représentation exprime probablement un thème de fertilité (puisqu’elle a donné à Verus trois enfants) — quoique la pomme fait allusion à la légende du jugement de Pâris et de la fameuse “pomme de la discorde” alors que le sceptre est un attribut d’autorité. Comme Lucilla a reçu le titre d’Augusta qu’à son marriage en 164 et qu’il est peu probable qu’on ait frappé monnaie à son nom après qu’elle eut cessé d’avoir un statut d’impératrice en 169, cette pièce a certainement été frappé entre ces dates. Par contre, certaines sources réduisent cet intervalle à 164-166. Sources: Wikipedia, RIC III 1763, CoinArchives, CoinArchives, Numismatics, acsearch, Wildwinds, CoinTalk, CoinProject, DeaMoneta, FAC, MAShops, FAC (Lucilla, Venus, Apple). Voir aussi ma fiche.

IMG_8731-8733Cet as (Ae, 24 mm, 10.091 g, payé $8 le 1985/12/17), d’une qualité passable (ou même médiocre), nous offre un buste de Lucilla à droite avec l’inscription LVCILLA – AVGVSTA. Le revers représente une Hilaritas debout de face, regardant à droite, tenant une longue feuille de palmier dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, avec l’inscription HILARITAS et un S[ENATUS] C[ONSULTO] (“avec la permission du Sénat”) dans le champ de part et d’autre. L’inscription est illisible mais la longue palme est assez typique pour identifier le sujet représenté sans le moindre doute. Hilaritas est une vertus, la personnification divine et allégorique de l’allégresse qui, dans ce cas-ci, exprime probablement la joie suscitée par le mariage de Lucius et Lucilla ou la naissance d’un enfant. Les branches de verdure (une longue palme) étaient signe de réjouissance et la cornucopia un signe d’abondance. Cela me rappel, sans y être vraiment lié, la fête romaine de Hilaria, qui était célébré le 25 mars (trois jours après l’équinoxe du printemps), en l’honneur de de Cybèle (la Magna Mater) et d’Attis — cette festivité carnavalesque serait possiblement à l’origine du “poisson d’avril”. Pour les même raison que la pièce ci-dessus, celle-ci aurait été frappée entre 164 et 169 (quoique la même source suggère que les pièces avec l’inscription “Lucilla Augusta” auraient probablement été frappé plus tardivement, soit en 166-169). Sources: Wikipedia, RIC III 1741, Wildwinds (text, image), acsearch, ACsearch, acsearch, British Museum, Numismatics, FAC, FAC (Hilaritas, Palm, Hilaritas), Hilaria. Voir aussi ma fiche.

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Monnaies anciennes 17

Les femmes romaines (1)

Les monnaies romaines ne représentent pas toujours l’empereur sur l’avers. Parfois il s’agit d’une pièce commémorative de la fondation d’une cité, comme Rome ou Constantinople, ou alors elles vont représenter des membres de la famille impériale, généralement les épouses des empereurs. Dans de très rare cas, on retrouve des monnaies d’impératrices. Dans les prochaines semaines, je vais vous monter une dizaine d’exemples de femmes romaines représentées sur les monnaies de ma collection.

Faustina I

Faustina Maior (c. 100-140 EC) était la nièce de Hadrianus et l’épouse de Antoninus Pius (c. 110~115). On dit d’elle qu’elle était belle et sage, et — comme toute première dame de nos jours — s’est consacrée à des entreprises de charité et d’éducation pour les jeunes filles. Elle meurt en octobre ou novembre 140 et est divinisé par Antoninus. Malgré les ragots, elle devait être une bonne épouse et Antonin devait l’aimer suffisamment pour qu’il obtienne une telle chose du sénat. Il est vrai qu’on le disait très pieux…

IMG_8303-8304Ce très beau denier de Faustine l’Ancienne (AR, 18 mm, 2.756 g, payé $8 le 1985/12/17) illustre bien cette apothéose. Sur l’avers, on retrouve un buste drapé à droite (avec les cheveux en chignon au dessus de la tête et un diadème de perles) avec l’inscription DIVA – FAVSTINA. Le revers illustre une Aeternitas (ou Providentia) debout à gauche, tenant un globe dans la main droite et un voile ondulant dans la gauche, avec l’inscription AETER – NITAS. Cette pièce a été frappée après 140/1 EC (soit dans les années suivant son décès, 140-144, ou pour le dixième anniversaire de sa consécration, c. 150-151). Sources: BMC 373, C 32, RIC III 351, RCV (2002): 4578, RCV (4th Ed.): 1348, CoinArchives, vcoins, Wildwinds, FAC, CoinTalk, acsearch, FAC (Faustina Senior, Diva Faustina, Aeternitas). Voir aussi ma fiche.

IMG_8722-8724Ce beau sesterce de Faustine l’Ancienne (Orichalque [laiton], 31×32 mm, 22.001 g, payé $10.75 le 1985/11/18) continue sur le même thème. Sur l’avers, on retrouve un buste drapé à droite (les cheveux minutieusement ondulés et enroulés en bandes sur la tête et tirés vers l’arrière, avec un chignon sur le dessus) avec l’inscription DIVA – FAVSTINA. Sur le revers il y a une Juno debout à gauche, tenant une patère (pour faire une libation) et un sceptre, avec l’inscription IVNO, puis un S[ENATUS] C[ONSULTO] (avec la permission du Sénat) dans le champ de part et d’autre. Il semble y avoir plusieurs variantes de ce type, la différence résidant dans la césure de l’inscription sur l’avers (DIVA – FAVSTINA versus DIVA FAV – STINA) et la position du “O” de IVNO sur le revers. Cette pièce a été frappée après 140/1 EC (quoique certaines sources la date de 141 et d’autres de 147). Une caractéristique intéressante est que cette pièce comporte sur l’avers un graffito à l’encre de Chine (dans le champs droit, possiblement “1707 / ?? AES”). Sources: RCV (2000): 4629, RCV (4th Ed.): 1365, RIC III 1143, C 210, BMC 1531, Wildwinds, CoinArchives, CoinArchives, Numismatics, Mantis, Numista, DeaMoneta, MA-Shops, FAC, FAC (Faustina Senior, Diva Faustina, Juno). Voir aussi ma fiche.

Note: Ce qui fait qu’une recherche peut devenir très chronophage c’est quand l’on passe des heures juste pour un petit hyperlien explicatif (l’équivalent des notes en bas de page d’antan) par soucis d’exhaustivité. J’avais prévu couvrir ce sujet en un seul billet mais par le temps que j’alloue habituellement à une entrée de cette série je n’avais recherché et décrit seulement deux des dix pièces prévues ! J’ai donc décidé de couvrir séparément chacune des femmes d’empereurs dont cette sous-série de billets fait l’objet. À suivre, donc.

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Monnaies anciennes 16

Commodus

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Je continue ma série sur les monnaies anciennes avec cet assez beau sesterce du dernier empereur de la dynastie antonine, Commodus. Son règne marqua le début du déclin de l’empire romain

Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Commodus

Règne: 

180 – 192 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

181 EC

Nature: 

Sestertius

Métal: AE (Bronze)

Qualité: G

Taille: 

28 x 29.5 mm

Poids: 

18.085 g

Obverse

     

Inscription:

M COMMODVS – ANTONINVS AVG

Description:

Tête laurée, à d.

Reverse

     

Inscription:

FEL AVG T – R P VI IMP IIII COS III PP / S C (dans le champs)

Description:

Felicitas debout à g., tenant un caducée et un sceptre

Notes:

Payé $35 (1985/12/17)

 

Voir fiche

Réf.: 

C 106

 

RIC III 308a

Il est malheureusement difficile d’obtenir une lecture précise pour cette pièce. Toutefois, l’inscription de l’avers reste très lisible: M[ARCVS] COMMODVS ANTONINVS AVG[VSTVS]. Commode prend le titre d’Auguste lorsque son père le fait co-empereur le 1er janvier 177 mais il n’ajoute le nom de son père, Marcus, à sa titulature qu’après la mort de celui-ci, le 18 mars 180. Il prend le titre de Pius (absent de cette inscription) en 183. Nous pouvons donc déjà dire que cette pièce date du début de son règne (180-182).

La titulature du revers n’étant qu’en partie lisible, il serait normalement difficile de d’attribuer une date plus précise. Toutefois ce type de pièce (avec cette inscription de l’avers, “Commodus” en premier puis “Antoninus” sans le PIVS à la fin, et une Felicitas debout sur le revers) ne semble avoir connu qu’une seule titulature: FEL[ICITAS] AVG[VSTI] TR[IBUNICIA] P[OTESTE] VI IMP[ERATOR] IIII CO[N]S[VL] III P[ATER] P[ATRIAE] avec un S[ENATUS] C[ONSULTO] (avec la permission du Sénat) dans le champ de part et d’autre. Commode reçoit le titre de Père de la Patrie et est acclamé Imperator une quatrième fois à son accession au pouvoir en 180 (il sera acclamé une cinquième fois en 182). Il est nommé consul pour une troisième fois en janvier 181 (son quatrième consulat sera en 183) et reçoit la puissance tribunicienne pour une sixième fois en décembre 180. Encore une fois c’est cette dernière qui offre la datation la plus précise, entre le 10 décembre 180 et le 9 décembre 181. La pièce doit donc avoir été frappé entre janvier et décembre 181.

La représentation de la déesse Felicitas sur le revers peut faire référence soit à la prospérité de l’Empire (si l’inscription signifie Felicitas Augusta, i.e. l’auguste Félicité) ou simplement souhaiter à l’Empereur beaucoup de chance et de bonheur en ce début de règne (s’il s’agit de Felicitas Augusti, i.e. le bonheur de l’Auguste)…

Né Lucius Aurelius Commodus le 31 août 161, Commode a probablement été élevé à la cour auprès de son père, l’Empereur Marcus Aurelius. Il est associé très jeune au pouvoir, puisque son père le fait caesar dès 166 et Augustus (co-empereur) en 177. La même année il épouse Crispina, issue d’une famille d’aristocrate. À la mort de Marcus, le 17 mars 180, il règne seul sur l’Empire romain. Il conclut rapidement la paix avec les peuples germaniques de la frontière danubienne (Marcomans et Sarmates), puis revient à Rome, qu’il ne quitte presque plus par la suite. Il confie d’abord la gestion de l’Empire à ses subordonnés pour s’adonner à une vie de loisirs dépravées. Ayant été témoin de nombreuses traitrises et conspirations (d’abord la révolte d’Avidius Cassius en 175, puis, en 182, un complot pour l’assassiner ourdi par sa propre soeur, Lucilla) il devient de plus en plus paranoïaque et instable. Il resserre sur lui les rennes du pouvoir, au détriment du sénat, et règne, dit-on, avec cruauté. Il se présente comme la réincarnation du demi-dieu Hercule et aime tellement les jeux du cirque qu’il combat lui-même régulièrement dans l’arène comme gladiateur [ce qui fait d’ailleurs le sujet d’un film de Ridley Scott où Commodus est joué par Joaquin Phoenix]! Il est finalement assassiné le 31 décembre 192, ouvrant la porte à une nouvelle guerre civile où, encore une fois, quatre empereurs se succèderont en une année.

Tout comme son oncle Lucius Verus (avec qui il partage une partie de la nomenclature), Commodus est considéré comme un “mauvais empereur” au même rang que Caligula ou Néron. Pourtant son règne avait bien commencé puisqu’il a reçu l’assentiment du sénat (comme le prouve le S C sur cette pièce de monnaie) mais la méfiance et l’hostilité réciproque entre l’empereur et le sénat n’a cessé de croître tout au long du règne de Commodus, culminant avec des sénateurs impliqués dans les complots et les purges politiques qui s’ensuivirent. À sa mort, il ne sera pas divinisé par le sénat et recevra même la damnatio memoriae. Toutefois, quelques années plus tard, il sera divinisé par Septime Sévère, mais seulement pour plaire au peuple et à l’armée qui appréciaient Commodus et pour légitimer son pouvoir. Cependant, la différence avec Verus est que ses comportements répréhensibles ont été décrit par des sources contemporaines comme Dion Cassius, Hérodien ou Marius Maximus. Même Marcus semble se plaindre de lui dans ses Pensées pour moi-même. Il est donc évident qu’il y a beaucoup de vérité dans ces descriptions. Il ne faut toutefois pas oublier qu’on y retrouve sans doute aussi une bonne part d’exagération, car tous ces historiens étaient issus de la classe sénatoriale qui détenait une haine particulière pour les abus de Commode. 

Une lesson que l’on peut retenir de son règne est qu’il est clair qu’une succession par la sélection du meilleur candidat (par adoption) parmi la classe politique (ou même militaire) donne de meilleurs résultats qu’une succession héréditaire où le ou les candidats, souvent immatures, ont grandi à la cour dans un environnement opulent et oisif.

Il est étonnant de voir comment une pièce de métal comme celle-ci peut évoquer le passé et susciter la réflection…

Sources: CoinArchive, Numismatics, Wildwinds, acsearch, FAC (Felicitas, caduceus), Wikipedia, All That’s interesting, ancient(dot)eu, Classical Wisdom.

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Monnaies anciennes 15

Lucius Verus

J’ai débuté cette série de billets sur les monnaies anciennes avec un denier de Lucius Verus, mais je ne me suis pas attardé sur la vie fascinante de cet empereur mineur. J’y reviens donc avec deux sesterces. Il est étrange que je n’ai pas acquis plus de trois pièces de monnaies de cet empereur alors que j’ai consacré neuf ans d’études supérieures à sa biographie (vita veri) incluse dans l’Historia Augusta (un recueil de biographies d’empereurs du IIe et IIIe siècles, probablement écrit au IVe siècle).

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Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Lucius Verus

Règne: 

161 – 169 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

163

Nature: 

Sestercius

Métal: AE ou Orichalque

Qualité: F

Taille: 

33 mm

Poids: 

20.862 g

Obverse

     

Inscription:

IMP CAES L AVREL – VERVS AVG

Description:

Tête laurée, à d.

Reverse

     

Inscription:

TR POT III COS II / S C (dans le champ) / FORT RED (en exergue)

Description:

Fortuna assise, à g., voilée et drapée, tenant à la main d. un gouvernail qui repose sur un globe et une corne d’abondance dans la main g.

Notes:

Acheté $35 (1985/12/17)

 

Voir fiche

Réf.: 

S 1448; C 95

 

RIC III 1346

Ce très beau sesterce peut être aisément daté grâce à ses inscriptions. Sur l’avers la nomenclature est IMP[ERATOR] CAES[AR] L[VCIVS] AVREL[IVS] VERVS AVG[VSTVS] et sur le revers la titulature est TR[IBUNICIA] POT[ESTE] III CO[N]S[VL] II. On y retrouve également un S[ENATUS] C[ONSULTO] dans le champ de part et d’autre, ainsi qu’un FORT[VNAE] RED[VX] en exergue. Lucius est nommé consul pour une deuxième fois en janvier 161 (il ne le sera pour une troisième fois seulement en 167). Il reçoit les titres de césar, Imperator et Auguste lors de son accession au pouvoir le 8 mars 161. Plus précisément, il reçoit la puissance tribunicienne pour la troisième fois le 10 décembre 162 (renouvelable annuellement, donc jusqu’au 9 décembre 163). À la fin de l’année 163, il prends le titre d’Armeniacus et est acclamé Imperator pour une seconde fois (IMP II). Ces deux derniers titres, n’apparaissent pas sur la pièce, qui a donc due être frappé entre décembre 162 et décembre 163. 

L’inscription Fortunae Redux (la Fortune qui ramène l’empereur en sécurité) et l’illustration d’une Fortuna assise, ayant en mains un gouvernail et une cornucopia (pour une bonne et prospère gouvernance), représente le fait que la fortune de l’empereur était ferme et stable et fait référence au rituel où les romains rendaient grâce à la déesses Fortuna Redux à l’aide de sacrifices afin de célébrer le retour ou de souhaiter que l’empereur, en voyage dans les provinces, retourne à Rome en toute sécurité. Évidemment, ce type de revers illustre le fait que Lucius Verus fait route vers l’est. Il quitte Rome à l’été 162 pour Brundisium afin de prendre un navire vers Athènes, en Grèce. Il doit toutefois faire une arrêt de quelques jours à Canosa, car il tombe malade (possiblement un léger AVC). De là, il traverse la mer Égée pour l’Asie mineure, et arrive à Antioche en Syrie vers le milieu de 163. Il y établit son camp, à partir duquel il supervisera la reconquête de l’Arménie et la campagne contre les Parthes qui durera jusqu’en 166.

Sources: Numismatics (detailed), CoinProject, Wildwinds (text, image).

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Ce beau sesterce (VG, AE ou Orichalque, 29 x 30 mm, 23 g, payé $US 30 le 1986/10/29, caractérisé par un dommage au milieu) est une pièce commémorative de Lucius Verus, décédé d’une crise d’apoplexie (AVC ou ACV?) en janvier 169 à Altinum en Vénétie alors qu’il revenait de Pannonie supérieure après avoir pacifié la frontière Danubienne. La pièce est donc postérieure à cette date.

Sur l’avers on retrouve la tête nue de Verus, regardant à droite, avec l’inscription DIVVS – VERVS (Divin Vérus). Sur le revers l’inscription est CONSECRATIO (Consécration, ou acte de rendre sacré) avec un S[ENATUS] C[ONSULTO] (avec la permission du Sénat) dans le champ de part et d’autre. L’illustration représente un bûcher funéraire (rogus funebris) à quatre étages surmonté d’un quadrige et orné de statues et de guirlandes. Tout comme Antonin l’avait fait pour Hadrien, la piété de Marcus et son affection pour son frère adoptif l’amènent à obtenir du Sénat la consécration et la divinisation de Verus.

Je pourrais disserter pendant des heures sur Lucius Verus mais je vais tout de même essayer de m’en tenir aux grandes lignes de son règne. Il nait Lucius Ceionius Commodus le 15 décembre 130 dans une famille de rang consulaire (les Ceiioni Commodi). En remplacement de son père, Aelius, et à la demande d’Hadrien, il est adopté par Antonin en 138, en même temps que Marcus (sur ce sujet voir mes billets sur les pièces d’ Hadrien, Antonin et Marcus) mais ne reçoit pas le titre de caesar comme Marcus. Il est élevé par la suite dans l’entourage d’Antonin et reçoit une bonne éducation sous le précepteur (grammaticus) Marcus Cornelius Fronto. Contrairement à Marcus, il ne participe pas à l’administration d’Antonin mais poursuit plutôt une carrière sénatorial alors qu’il devient préteur en 153 et consul en 154. Le 8 mars 161, à la mort d’Antonin, le sénat entendait donner le pouvoir seulement à Marcus, mais, à l’insistance de ce dernier et selon le souhait d’Hadrien, Lucius est fait co-empereur. Si, en théorie, les deux empereurs ont un pouvoir égal, le fait que Marcus soit le seul à être Grand Pontife lui donne une plus grande autorité et Lucius agit donc comme une sorte de lieutenant (Caesar). Pour renforcer les liens familiaux des deux frères adoptifs, Lucius est fiancé à la fille de Marcus, Lucilla (qu’il épousera à Éphèse à l’automne 163 ou au début de 164). Lucius abandonne aussi son nom de Commodus (qui sera donné au fils ainé de Marcus, né en août 161) et prends à la place le cognomen de Marcus: Verus.

Dès le début de leur coprincipat, de nombreux peuples transfrontaliers s’agitent et menacent l’intégrité de l’Empire: au milieu de 161 les Parthes envahissent l’Arménie mais on retrouve aussi des transgressions en Bretagne, en Rhétie et en Germanie supérieure. De plus, il y a un vent de rébellion en Syrie. À l’hiver, il est décidé que Lucius, qui est le plus robustes des deux empereurs, prendra le commandement des armées sur le front oriental, contre les Parthes. Il passera donc la majorité de son bref règne à l’extérieur de Rome, en campagnes militaires: en Orient de l’été 162 à 165, et en Pannonie de 168 jusqu’à sa mort en janvier 169.

Toutefois, ce que l’Histoire a le plus retenu de lui c’est sa personnalité. Il est considéré comme ayant été un empereur dissolu. On lui reproche une vie de luxure et de débauches et le compare aux “mauvais empereurs” (Caligula, Néron, Domitien). Par contre, si l’on étudie toutes les mentions de Lucius dans les sources antérieures au IVe siècle, on ne trouve pas vraiment d’évidence du portrait moral négatif que trace l’Histoire Auguste (et les sources subséquentes qui s’en inspirent — certaines d’en elles le confondaient peut-être avec le fils de Marcus, Commode, qui lui succéda). Celle-ci s’avère d’ailleurs être une source peu crédible. En effet, si l’on fait une analyse statistique de la structure syntaxique de la vita veri (ne serait-ce simplement que la moyenne de mots par phrase), on découvre que les chapitres contenant ce portrait moral négatif se distinguent de façon marquée du reste de la biographie. Ces allégations auraient été inventé par l’auteur du corpus biographique afin de soutenir son agenda qui visait à présenter sous une lumière favorable les empereurs d’origine aristocratique qui avaient soutenu le sénat en les opposant aux empereurs d’une nature plus militaire qui en avait réduit le pouvoir.

Si Lucius Verus mérite d’être réhabilité aux yeux de l’Histoire, il est clair qu’il y a aussi une part de vérité dans ces allégations. Lorsqu’il s’occupait de la logistique de la guerre parthique à Antioche, Lucius a eut une maîtresse nommée Panthea (qui est mentionnée par Marcus [Pensées pour moi-même, VIII, 37] et Lucien de Samosathe [Portraits]). Cependant, n’est-il pas normal que tout jeune aristocrate romain élevé dans le luxe de la cour s’adonne aux délices de l’Orient alors qu’il est à Antioche, et qu’il aime faire la fête ou se passionne pour le jeux du cirque et les courses de chars alors qu’il est à Rome ? Fronton, après sa brève maladie en 162, ne l’exorte-t-il pas à la tempérance ? (”Je vous prie et vous supplie, mon Seigneur, de prendre garde, comme il sied à votre éminent caractère, d’être sobre et tempéré et retenu dans tous vos désirs”, Ad Verum Imperator, II, 6). De plus, Marcus semble faire allusion au fait qu’il ait lui-même eut des maîtresses [I, XVII]. Lucius n’était peut-être pas un enfant de coeur mais était probablement loin d’être le monstre de débauches que décrit l’Histoire Auguste. En effet, si c’était le cas il n’aurait pas reçu autant de marques d’affection de Marcus ou de son maître Fronton, et le Sénat n’aurait jamais accepté de le déifier. De plus, malgré ses défauts, il semble toujours s’être acquitté avec diligence des tâches qu’on lui confia.

J’ai donc beaucoup d’affection pour mes trois pièces de monnaie de Lucius Verus (le denier mentionné plus tôt et ces deux sesterces). Non seulement elles évoquent le souvenir de mes années universitaires et de mon mémoire de maîtrise mais aussi elles représentent bien le règne de Lucius Verus: ses voyages en Orient pour faire campagne contre les Parthes et le fait qu’il fut un assez bon co-empereur pour que Marcus se donne la peine de le faire déifier.

Sources: Sear 1463, RIC III 1511, CoinArchive, CoinArchive, Numismatics, acsearch, vcoins, FAC (Consecratio, consecration, Rogus Funebris), Wikipedia, P. Lambrechts (“L’Empereur Lucius Verus; Essai de réhabilitation” in L’antiquité classique, Tome 3, fasc. 1, 1934, pp. 173-201). Voir aussi ma fiche.

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Monnaies anciennes 14

Marcus Aurelius

Je n’ai malheureusement qu’une seule pièce de Marcus Aurelius mais c’est un beau sesterce.

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Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Marcus Aurelius

Règne: 

161 – 180 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

Mars -Décembre 161

Nature: 

Sestercius

Métal: AE ou  Orichalque

Qualité: VG / F

Taille: 

31 mm

Poids: 

22.451 g

Obverse

     

Inscription:

IMP CAES M AVREL – ANTONINVS AVG PM

Description:

Tête laurée, barbue, légèrement drapée sur l’épaule g., à d.

Reverse

     

Inscription:

CONCORD AVGVSTOR TR P XV / S – C (dans le champ) / COS III (en exergue)

Description:

M. Aurelius (à g., un rouleau dans la main g.) et L. Verus (à d.) debout, en toges, face à face, se serrant la main d.

Notes:

Payé $45 (1985/05/03)

 

Voir fiche

Réf.: 

S 1325; C 45; 

 

RIC III 795

La titulature des inscriptions nous permet une datation assez précise. Sur l’avers on retrouve IMP[ERATOR] CAES[AR] M[ARCVS] AVREL[IVS] – ANTONINVS AVG[VSTVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS]. Le revers ajoute CONCORD[IA] AVGVSTOR[VM] TR[IBUNICIA] P[OTESTE] XV, avec un S[ENATUS] C[ONSULTO] de part et d’autre du champ et un CO[N]S[VL] III en exergue. Marcus a reçu le titre de césar lors de son adoption en 138. Il reçoit la puissance tribunicienne pour la quinzième fois le 10 décembre 160 et son troisième consulat en janvier 161. Les autres titres (Auguste, Imperator et Grand Pontife) lui sont attribués lors de son accession au pouvoir le 8 mars 161. La puissance tribunicienne étant attribuée annuellement le 10 décembre de chaque année, la pièce a donc été frappée entre mars et décembre 161.

La représentation du revers est très intéressante car elle célèbres l’accession des deux co-empereurs, Marcus et Lucius, qui sont illustrés se serrant la main. L’inscription “concorde des augustes” souligne d’ailleurs le fait que cette accession se fait dans l’harmonie et la bonne entente. Elle se fait aussi “avec la permission du sénat” [S-C]. À la mort d’Antonin, le sénat aurait préféré acclamé Marcus comme unique successeur mais, celui-ci hésitant à prendre une telle responsabilité seul (il aurait sans doute aimé continuer ses études philosophiques), il insista pour que l’honneur soit accordé aussi à son frère adoptif, Lucius, en accordance avec le désir d’Hadrien. L’hésitation du sénat était compréhensible puisque c’était la première fois dans l’histoire de Rome que deux empereurs régnaient conjointement, avec les même pouvoirs (quoi que, en théorie, Marcus avait prédominance puisqu’il était le seul à détenir le titre religieux de Grand Pontife).

Il est important de noter que je n’ai trouvé dans les références aucunes autres pièces qui correspondent exactement à ce sesterce. Toutes les variantes présentent sur cette pièce se retrouvent sur d’autre types mais jamais ensemble. Et je suis pas mal sûr de ne pas me tromper: la tête de Marcus est bel et bien laurée car on voit clairement les lauriers qui dépassent sur le dessus de sa tête et les cordons qui l’attachent derrière. On voit aussi clairement un drapé sur son épaule. Les titulatures datées (TR P XV, COS III) sont également sans ambiguïté. Et cette pièce, par son poids et sa taille, est définitivement un sesterce. Pourtant, dans les références, je ne retrouve ce type de pièce qu’avec la tête nue (non laurée), avec un différent revers (où les empereurs sont assis et non debout), avec une autre date (TR P XVI) ou sur un as. Ma pièce serait-elle rare ?

Marcus Aurelius (Marc Aurèle en français) a été un empereur très respectable sur lequel il y aurait énormément de choses à dire. C’est un empereur très éduqué, qui avait un grand intérêt pour la philosophie stoïcienne et qui nous a laissé des textes écrits (son livre Pensées pour moi-même [Τὰ εἰς ἑαυτόν / Ta eis heauton] et une partie de sa correspondance avec son précepteur et professeur d’art oratoire, Marcus Cornelius Fronto). Il est reconnu pour sa grandeur d’âme et s’être appliqué à bien administrer l’Empire. Malheureusement, son règne correspond avec le début du déclin de celui-ci. Trajan ayant étendu les limites de l’Empire au-delà de ce qui était raisonnablement administrable et tant Hadrien que Antonin n’ayant fait qu’en consolider les défenses, il était inévitable que les peuples “barbares” frontaliers finissent par tenter de reprendre les territoires conquis par les romains. La grande majorité du règne de Marcus a donc été consacré à écraser des révoltes et à mener des guerres frontalières, principalement à l’est, contre les Parthes, et au nord contre les tribus germaniques des Marcomans et des Sarmates.

J’ai beaucoup d’admiration pour Marcus Aurelius, particulièrement après avoir lu (et relu) ses Pensées pour moi-même [BiblioGoodreadsWorldCat]. Sur le front des guerres marcomaniques, se sentant las et fatigué, près de la fin, il a couché sur le papyrus quelques réflexions sur sa vie, sa philosophie, sur la mort. Il en a résulté un ouvrage tout à fait édifiant. Il y dit, entre autre (mais je n’ai pas la citation exacte) qu’il est inutile de s’inquiéter des choses sur lesquelles nous n’avons pas le contrôle. Il faut avancer dans la vie avec un but précis, en se concentrant sur l’essentiel et en restant indifférent au choses qui sont superficielles et sans conséquences réelles. J’ai toujours essayé de l’émuler mais sans grand succès.

Marcus était un homme qui recherchait la simplicité et l’égalité d’âme. Aussi, ses Pensées reflètent parfois une incroyable lucidité. Il était pieu (car il parle des Dieux, de “principe directeur” et de la vertu comme voie du divin) et pourtant il parle de la mort comme “la cessation des représentations qui nous viennent des sens, des impulsions qui nous meuvent avec des cordons, du mouvement de la pensée et du service de la chair” ! [Pensées pour moi-même, Livre VI, Verset XXVIII] Il ne faut pas y voir autre chose que “la dissolution des éléments dont est composé chaque être vivant” [II, XVII]. “La nature (…) donne et reprends tout” [X, XIV].

Les choses matérielles n’ont pour lui que peu de valeur: “Tout est petit, inconsistant, en évanescence!” [VI, XXXVI] Pour se le rappeler il faut les mettre à nu, les “dépouiller de cette fiction qui les rends vénérables”; ainsi, pour lui, l’accouplement n’est que “le frottement d’un boyau et l’éjaculation, avec un certain spasme, d’un peu de morve”. [VI, XIII] (Cela ne l’a pas empêché, avant de se remettre le nez dans les livres, de faire une douzaine d’enfants à sa femme Faustine — dont seulement la moitié survivront jusqu’à l’âge adulte).

Il faut vivre dans le présent [I, XIV]. “Chacun ne vit que le moment présent, et (…) ce moment ne dure qu’un instant” [III, X]. Car tout est évanescence: “toutes ces choses que tu vois seront (…) transformées et ne seront plus” [IV, III]. “Car rien ne vient de rien, comme rien ne retourne à rien” [IV, IV]. “Les choses qui, dans la vie, sont les plus estimées ne sont que vide, pourriture, insignifiance (…)” [V, XXIII].

Comme Socrate (cité par Diogène Laërce dans Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre II, Socrate, XXXI), il semble vénérer la connaissance et mépriser l’ignorance. “Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance (…)” [II, I]. “Donne-toi le loisir d’apprendre quelque bonne vérité, et cesse de te laisser emporter par le tourbillon” [II, VII]. “Vénère la faculté de te faire une opinion” [III, IX]. “Aie toujours prêts les principes requis pour la connaissance des choses divines et humaines” [III, XIII]. “Qu’est-ce donc qu’une âme instruite et cultivée? C’est celle qui connait le principe et la fin, et la raison qui se répand à travers l’universelle substance (…)” [V, XXXII]. “Celui qui ne sait pas ce qu’est le monde ne sait pas où il est” [VIII, LII].

La vérité n’est pas dans les apparences mais dans les faits. “Ce n’est pas ce qu’il éprouve mais dans ce qu’il accomplit que se trouvent le bien et le mal d’un être raisonnable et social” [IX, XVI]. “Vois ce qu’ils sont lorsqu’ils mangent, dorment, s’accouplent, vont à la selle, etc.” [X, XIX].

Cette pièce de monnaie, la seule que j’ai de Marcus, représente tout cela pour moi — le fait qu’il ait invité son frère adoptif à partager le pouvoir, sa philosophie. C’est pourquoi j’ai pour ce sesterce un fort attachement sentimental.

Sources: Numismatics, CoinArchives, acsearch, vcoins, coinproject (bare head), coinproject (as), Ancient Roman Coins, Wildwinds.

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Monnaies anciennes 13

Antoninus Pius

J’ai quatre pièces de monnaies au nom d’Antoninus Pius: trois as et un denier. Je vous présente d’abord le plus beau des as.

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Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Antoninus Pius

Règne: 

138 – 161 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

142/3-144 EC

Nature: 

As

Métal: AE (bronze)

Qualité: VF

Taille: 

25 x 26 mm

Poids: 

10.187 g

Obverse

     

Inscription:

ANTONINVS AVG PI – VS PP TRP COS III

Description:

Tête barbue, laurée, à d.

Reverse

     

Inscription:

IMPERA – TOR II

Description:

Jupiter torse nu, assis sur un throne à g., tenant un éclair dans la main d. et un sceptre dans la g.

Notes:

Payé ± $20 (1985/01/25)

Voir fiche

“crevasse” sur le revers, au-dessus de l’éclair de Jupiter

Réf.: 

RIC 727  

BMC 1618

 

Ce très bel as d’Antonin le Pieux semble rare car très peu de sources le mentionnent (principalement RIC III: 727; il est absent de Sear (RCV 4th Ed.)). Les inscriptions nous permettent de le dater: ANTONINVS AVG[VSTVS] PIVS P[ATER ] P[ATRIAE] TR[IBVNICIA] P[OTESTATE] CO[N]S[SUL] III sur l’avers et IMPERATOR II sur le revers. À noter que les sources indiquent un S[ENATUS] C[ONSULTO] en exergue sur le revers mais, sur ma pièce, il ne semble pas y avoir assez de place pour une telle inscription (une variante qui semble n’apparaitre que sur l’aureus)! Antonin a reçu la plupart de ces titres (Auguste, Pieux) lors de son accession au pouvoir le 11 juillet 138, puis a été fait Père de la Patrie en 139. La puissance tribunicienne, comme c’est souvent le cas, n’est pas datée (elle a été reçu en février 138, lors de son adoption par Hadrien, et renouvelée annuellement par la suite en décembre). Toutefois, il a reçu le consulat pour la troisième fois en janvier 140 (quoiqu’il a été Consul Designatus III en 139) et ce titre ne fut pas renouvelé avant janvier 145 (il fut aussi Cos. Des. IIII en 144). Il reçoit le titre d’Imperator pour la seconde fois en 142 (quoique Sear, lui, place cette nomination en 143). La pièce aurait donc été frappé entre 142/143 et 144 EC. (Sources: Wikipedia, Numismatics, Numismatics, acsearch, FAC, CoinTalk).

IMG_8268-8269Cet autre as est aussi très beau (F, AE (bronze), 26×27 mm, 8.950 g, payé environ $20 à la même date que le précédent) mais l’inscription du revers est seulement à moitié lisible. Sur l’avers on retrouve une tête barbue de l’empereur, laurée, regardant vers la droite avec l’inscription ANTONINVSAVG[VSTVS] PIVS P[ATER] P[ATRIAE]. Le revers illustre une Pax (Paix) debout à gauche, tenant une branche d’olivier dans la main droite et une corne d’abondance dans la main gauche, entourée de l’inscription TR[IBUNICIA] POT[ESTATE] – CO[N]S[UL] II avec un S[ENATUS] C[ONSULTO] dans le champs de part et d’autre, et un PAX en exergue. Cela nous permet une datation précise (enfin!) puisqu’il a été consul pour la seconde fois seulement de janvier à décembre 139 (quoique, encore une fois, il a été cos. des. II dès 138). La représentation de la Paix fait sans doute allusion au fait que le règne d’Antonin a été très paisible et prospère. (Sources: RIC III 569a, Wikipedia, Numista, Numismatics, Wildwinds [Text / Pic]). Voir aussi ma fiche.

IMG_8553-8555Si l’on continue dans l’orde descendant de la qualité, cet as est seulement “beau” (VG, AE, 26 mm, 9.085 g, payé $13 le 1985/11/18) car l’inscription de l’avers est à peine lisible. On y retrouve un buste (tête?) de l’empereur, lauré, à droite avec l’inscription ANTONINVS AVG[VSTVS] – PIVS P[ATER] P[ATRIAE] TR[IBVNICIA] P[OTESTE] CO[N]S[VL] IIII — à noter que plusieurs des exemples que j’ai trouvé sur l’internet donne la césure au-dessus de le tête au milieu du “PI – VS”. Sur le revers on peut lire SPQR (Senatus Populusque Romanus) / OPTIMO / PRINCIPI (“[dédié] au meilleur des princes”) / S C (Senatus Consulto) dans une couronne de chêne. Antonin a été consul pour la quatrième et dernière fois en 145, ce qui fait que cette pièce peut dater à partir de cette date jusqu’à la fin de son règne, le 7 mars 161 — quoiqu’une source la date précisément à 147 sans autre explication (toutefois la pièce aurait pu être frappée en l’honneur des decennalia de 148 — qui correspondait aussi au neuf-centième anniversaire de fondation de la ville de Rome; cela fait du sens considérant l’inscription “le sénat et le peuple de Rome dédient cette pièce au meilleurs des princes”). (Sources:  Sear RCV [4th ed.]: 1292, Sear RCV [1983]: 1192, RIC III 827a, Wikipedia, CoinArchives, Numismatics, vcoins, Wildwinds, CoinProject). Voir aussi ma fiche.

IMG_8556-8557Finalement, ce denarius est dans un état encore assez beau (G, AR [argent], 18 mm, 3.192 g, acheté à Londres pour 5£ le 1986/02/05), quoique les inscriptions demeurent difficiles à lire et que les bords du flanc sont dentelés par l’usure et qu’il est partiellement recouvert de dépôts brunâtres. Étrangement, cette pièce est la plus intéressante du lot. Sur l’avers on retrouve la tête de l’empereur laurée à droite avec la probable inscription ANTONINUS AVG[VSTVS] PIVS TR[IBVNICIA] P[OTESTE] XXIIla lecture du numéral est incertaine car il pourrait s’agir de XXI ou même de XXIII mais XXII semble être l’occurence la plus fréquente. Sur le revers, l’inscription est TEMPLVM DIV[I] AVG[VSTI] REST[ITVTVM] avec CO[N]S[VL] IIII en exergue. L’inscription “Temple du divin Auguste restauré” commémore la restoration du temple d’Auguste et de Livie par Antonin en 912 AUC (159 EC). Le revers est illustré d’un temple octastyle, contenant deux figures assises (Divus Augustus et Livia), avec un podium de trois marches et surmonté d’un quadrige, d’un fronton au tympan décoré et de Victoires sur les angles. Le quatrième consulat d’Antonin date la pièce de 145 à 161 mais la vingt-deuxième puissance tribunitienne (TR P XXII) précise cette datation à 158-159 EC. (Sources: Sear RCV [1983]: 1142, Sear RCV [4th ed.]: 1292, Seaby RSC v.2: 799a, RIC III 290a, Wikipedia, CoinArchive, acsearch, CoinProject, FAC, numismatics, Catawiki, CoinTalk, BM Collection, Frederic Weber, NAC, Noble Roman Coins, DeaMoneta). Voir aussi ma fiche.

Titus Aurelius Fulvus Boionus Arrius Antoninus est né le 19 septembre 86 dans une famille sénatoriale originaire de Nemausus (Nîmes) en Gaule Narbonnaise. Antonin fait une longue carrière dans la magistrature: questeur, puis préteur, il devient consul en 120, puis proconsul d’Asie (probablement en 134-135). Il a épousé Faustina (en 110~115), nièce de Sabina (femme d’Hadrien) et, ayant gagné les faveurs de ce dernier, il est adopté le 25 février 138. Hadrien en fait son successeur à condition qu’il adopte à son tour et prenne comme successeurs ses favoris Marcus et Lucius. Antonin accède au pouvoir le 11 juillet 138, à l’âge de cinquante-deux ans. À cause de son âge avancé, Hadrien espérait probablement qu’il règne juste assez longtemps pour que Marcus et Lucius deviennent adultes (ils avaient respectivement dix-sept et huit ans) mais Antonin règnera vingt-trois ans! En considération pour sa grande dévotion envers son père adoptif (qu’il fait diviniser par le sénat) et la patrie, il reçoit le titre de “Pius” (Pieux).  Son règne a été tellement paisible et sans incidents que l’Histoire n’en a pas retenu grand chose. Il est considéré comme un bon et juste administrateur qui, comme Hadrien, s’est concentré à consolider les frontières de l’Empire (en doublant par exemple la frontière créée par Hadrien en Bretagne avec le mur d’Antonin un peu plus au nord). Toutefois, une paix prolongée signifie aussi la stagnation et cela sera ultimement une des causes du déclin de l’Empire. Il meurt de la fièvre (possiblement dues au paludisme) le 7 mars 161.

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Monnaies anciennes 12

Hadrianus

J’ai trois pièces d’ Hadrien: un as et deux sesterces. Je m’attarderai surtout sur le sesterce de très bonne qualité (F+/VF) et ne mentionnerai que brièvement les deux autres qui ne sont que d’une qualité “bonne” (G), voir passable (Fair). 

L’as (bronze, 26 x 28 mm, 9.591 g) nous offre sur l’avers un buste d’Hadrien lauré à droite, l’épaule gauche légèrement drapée, avec l’inscription HADRIANVSAVGVSTVS. Sur le revers on retrouve une Salus (Santé) drapée, debout à gauche, tenant un sceptre de la main gauche et une patère de la main droite avec laquelle elle nourrit un serpent enroulé autour d’une colonne ou d’un autel. L’inscription est SALVS – AVGVSTI (santé de l’Auguste) avec un S – C (Senatus Consulto) dans le champs et un COS III (consul tertium) en exergue. Hadrien a obtenu le titre d’Auguste à son accession au pouvoir le 11 août 117 et le consulat pour une troisième et dernière fois en janvier 119. La pièce est donc postérieure à ces dates. Les sources consultées en ligne (CoinArchive, Numista) la date soit de 125-126/7 ou 125-128. David R. Sear (Sear RCV (M): 3692) la date plus spécifiquement à 126 EC. Je l’ai acquise pour $10.75 le 1985/11/18. (Autres Réf.: C1367; RIC 678, RIC II.3 828). Voir aussi ma fiche.

Ce sesterce (bronze?, 31 x 32 mm, 23.278 g) nous offre sur l’avers un buste lauré (drapé?) et cuirassé d’Hadrien, à droite, avec la probable inscription HADRIANVSAVGVSTVS. Le revers est plus lisible et intéressant avec la représentation d’une galère à gauche (au-dessus des vagues, cinq rameurs avec un timonier [hortator] à la poupe sous un abris, devant l’acrostolium, et flanqué d’un enseigne [signum] et d’un étendard [vexillum]; à la proue, un mât et une voile repliée), surmontée de l’inscription FELICITATI AVG[VSTI] (pour le succès ou la bonne fortune de l’Auguste), flanquée de chaque côté de S – C (Senatus Consulto, “avec la permission du Sénat”) et de COS III (consul tertium) P P (Pater Patriae) en exergue. Hadrien ayant reçu le titre de Père de la Patrie seulement en 128, la pièce doit donc être postérieure à cette date. Certaines des sources en lignes (vcoins, vcoins, CoinArchives, acsearch, cointalk, British Museum) datent la pièce de 129-130, d’autres de 132-134/5 car cela correspondrait à la période où Hadrien parcours l’empire (à Athènes et en Asie [Syrie, Égypte] de 129 à 133, en Judée de 133 à 134). Il semble difficile d’établir quelle variante (tête vs buste, drapée ou cuirassée, nombre de rameurs et gréements de la galère) correspond à quelle date. Je l’ai acquise pour environ $5 (1985/01/06). (Autres Réf.: Sear RCV (83): 1013; RIC 706). Voir aussi ma fiche.

Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Hadrianus

Règne: 

117-138 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

128-138 EC

Nature: 

Sestercius

Métal: Orichalque

Qualité: VF/F+

Taille: 

30-31 mm

Poids: 

29.686 g

AVERS

     

Inscription:

HADRIANVS – AVG COS III PP

Description:

Tête laurée, barbue, à droite

REVERS

     

Inscription:

FELICI – TAS AVG / S C (dans le champs)

Description:

Felicitas drapée, debout à g., tenant une branche dans la main d. tendue et un long caducée dans la g.

Notes:

Payé $35 (1985/12/17)

 

Voir fiche

Réf.: 

RIC II: 750

C 620

Sear RCV (M): 3595 

Finalement, ce superbe sesterce nous offre sur l’avers la tête d’Hadrien laurée, regardant à droite, avec l’inscription HADRIANVSAVG[USTVS] CO[N]S[UL] III P[ATER] P[ATRIAE]. Hadrien a reçu le titre d’Auguste lors de son accession au pouvoir en 117, son troisième consulat en 119 et le titre de Père de la Patrie en 128. La pièce a donc été frappée après cette dernière date.

Sur le revers, on retrouve une représentation de la Felicitas (Félicité), drapée [stola], tenant une branche et un long caducée, avec l’inscription FELICITTAS AVG[VSTI] et S[ENATUS] C[ONSULTO] dans le champs de part et d’autre. Ici le Caduceus est un symbole de paix, Felicitas Augusti signifie “pour la bonne fortune de l’empereur [ou l’Auguste]” et Senatus Consulto signifit “avec la permission du sénat”. Le sénat souhaite donc à l’empereur un bon succès dans une entreprise quelconque (par exemple dans ses voyages) ou dans le maintient de la paix de l’Empire.

Les pièces d’Hadrien ne semble jamais comporter de datation très précise. Toutefois, les sources consultées en ligne (CoinArchive, numismatics, numismatics, wildwinds) datent cette pièce soit de 134-138 ou plus précisément de 136 — mais aucunes n’indiquent vraiment quelle est la base pour parvenir à cette datation.

Hadrien est sans aucun doute l’un des empereurs que j’admire le plus. Ce que Trajan fit pour l’expansion du territoire et de l’économie de l’Empire, Hadrien le fit pour les arts et la culture. Il est né à Italica, en Espagne, le 24 janvier 76 EC. Son père meurt lorsqu’il n’a que dix ans et son tuteur devient le cousin-germain de son père, le futur empereur Trajan (dont il épousera la nièce, Sabine, en 100 EC). Il poursuit le cursus honorum en devenant magistrat (en 94), puis tribun militaire (en 95, 96 et 97), questeur (en 100), tribun de la plèbe (en 102), préteur (en 104), consul suffect (en 108) et finalement légat (général d’armée, en 113 durant la campagne contre les Parthes et légat de Syrie en 116). Sur son lit de mort, Trajan le nomme son successeur en l’adoptant légalement et il lui succède le 11 août 117. 

Il n’a pas poursuivit la politique expansionniste de son prédécesseur mais a plutôt travaillé à en maintenir l’acquit: en protégeant les frontières (construction de fortifications [limes], dont le célèbre mur d’Hadrien par exemple), en construisant de nombreux monuments (aqueducs, temples, bibliothèques, l’Athenæum, etc.) et en réorganisant l’administration de l’Empire. Il a beaucoup voyagé au travers de l’Empire pour voir aux besoins des différentes provinces et a été un véritable patron pour les arts et les lettres.

À partir de 134, des problèmes de santé le confine à sa villa de Tibur. En 136, il adopte et nomme caesar Lucius Ceionius Commodus (possiblement son fils naturel) qui prend alors le nom de Lucius Ælius Verus. Toutefois, celui-ci meurt de pneumonie en janvier 138. Il aurait aimé adopter et choisir comme successeurs son protégé Marcus Aurelius Antoninus et le fils d’Aelius, Lucius Aurelius Verus, mais ceux-ci sont alors trop jeunes. À la place il adopte comme successeur le vieux consul Aurelius Antoninus, mais à la condition qu’il adopte à son tour Marcus et Lucius pour en faire ses successeurs. Hadrien meurt à la station thermale de Baïes le 10 juillet 138.

Une belle série de pièces de monnaies qui nous font voyager dans l’Empire Romain auprès d’Hadrien…

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