Monnaies anciennes 47

Les empereurs Illyriens (5)

Probus (276-282 EC)

Marcus Aurelius Probus est né en août 232 à Sirmium (en Pannonie, anciennement partie de l’Illyrie). Il fait une brillante carrière militaire et déjà sous Valerianus il avait un important poste de commandement de légion. Il sert dans les campagnes d’Aurelianus et Tacitus le nomme commandant de l’armée d’Orient (dux orientis) à la fin de 275 ou au début de 276. À la mort de ce dernier, l’armée l’acclame empereur et, après avoir rapidement éliminé Florianus, son successeur, son pouvoir est confirmé par le sénat en septembre 276. Son intention est de complèter la restauration de l’empire débuté par ses prédécesseurs mais il doit d’abord continuer la consolidation des frontières. Durant les deux premières années de son règne (276-277), il se consacre à sécuriser la Gaule envahie par des Germains (des Francs et des Alamans), puis reprend le contrôle des Champs Décumates et réorganise le limes du Rhin. Les deux années suivantes (278-79), il fait campagne en Rhétie (contre les Vandales et les Burgondes) et en Thrace (contre des Sarmates) et il conclut même une trêve avec les Perses. En 280-81, il devra également étouffer quelques révoltes et tentatives d’usurpations (Saturninus, Bonosus et Proculus). Vers la fin de 281, il rentre finalement à Rome où il célèbre un triomphe et donne des jeux. Il semble croire (ou est-ce de la propagande?) que la crise est terminée et que l’Empire est pacifié. Il aurait déclaré “Brevi milites necessarios non habebimos” (“Sous peu, nous n’aurons plus besoin de soldats”)!

Pendant ce temps il poursuit les réformes économiques de Aurelianus, surtout en ce qui a trait à l’agriculture: il autorise la viticulture en Gaule et en Pannonie, donne des terres agricoles à coloniser à des Germains, qu’il enrôle également comme auxiliaires dans l’armée en Gaule belgique et le long du Rhin pour former une sorte de bande tampon contre les invasions. Il entreprend de nombreux travaux de constructions et rénovations sur les infrastructures de l’Empire (édifices publics, voirie, drainage, irrigation, plantation, etc.) et amnistie de nombreux acteurs des tentatives de révoltes et d’usurpations. Il nomme le préfet du prétoire Carus commandant de l’armée d’Occident.

En 282, il part faire campagne contre les Perses afin de reconquérir l’Arménie et la Mésopotamie. Les travaux de réfection des infrastructures avaient été confié à l’armée, pour que les troupes ne soient pas oisives en temps de paix. De passage à Sirmium en septembre ou octobre 282, lors d’une tournée d’inspection des travaux, Probus est pris à parti par des soldats mécontents de cette corvée et il est assassiné ! La nouvelle prends une semaine à parvenir à Rome et Carus lui succède. Il n’aura régné que six ans.

J’ai cinq pièces de monnaie de Probus. Les deux premières sont des “Restitutor Orbis” dont l’avers offre un buste de l’empereur radié, cuirassé et drapé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] PROBVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS] (L’Empereur Caesar Marcus Aurelius Probus, Pieux, Heureux, Auguste). Le revers illustre une femme (Orbis?) drapée, debout à droite, présentant une couronne de laurier de la main droite à l’empereur debout à gauche, tenant un globe de la main droite et un long sceptre de la main gauche, avec l’inscription latine RESTITVT[OR] O-RBIS (“Restaurateur du monde”). En exergue on retrouve un XX I (la marque de titrage de la réforme monétaire d’Aurelianus). La seule différence entre les deux pièces réside dans la marque d’officine. 

IMG_0184-0190La première pièce est donc un très beau aurelianus (VG / F [Very Good / Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20 mm, 3.871 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine verte avec trace de vert-de-gris; die-axis: ↑↑) qui se distingue par la marque d’officine dans le bas du champs centre: E ∆ (Epsilon Delta = la neuvième officine ?).

 

IMG_0195-0201La deuxième pièce est un très très beau aurelianus (F / VF [Fine / Very Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20.5 x 22 mm, 3.521 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brunâtre avec encore des traces importantes d’argenture sur le revers; die-axis: ↑↑) qui, cette fois, offre simplement un  B (Beta = seconde officine) dans la bas du champs centre.

Ce type de pièce (avec le Restitutor abrégé en RESTITVT) n’aurait été frappé qu’à Antioche et n’apparait probablement que vers la fin du règne, alors que le succès de l’empereur est apparent (probablement suite à ses victoires contre les Germains), c’est-à-dire vers 280-82 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, Orbis, scepter), ERIC (Probus); RIC v. 5, pt. 2: 925; Sear RCV (1983): 3264; CoinArchives (B), Numista, WildWind (B [text, image], E ∆ [text, image]). Voir aussi mes fiches (Epsilon Delta & Beta).

IMG_0207-0214La troisième pièce est un superbe antoninianus (VF/EF [Very Fine / Extra Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 22 mm, 3.746 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine grisâtre avec encore des traces d’argenture le long des reliefs; die-axis: ↑↓) qui présente un avers avec un buste de l’empereur radié et cuirassé (drapé sur l’épaule?) à droite, et l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] PROBVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Felicitas drapée, debout à droite, tenant un long caduceus (caducée) et une cornucopiae (corne d’abondance), avec l’inscription latine TEMPO-R[VM] FELICI[TAS] (“La Félicité du temps”), et un I en exergue (marque de la première officine).

Cette pièce exprime bien l’optimisme (ou la propagande) de Probus face à l’avenir et aurait été frappé à Lugdunum (Lyon). Si les sources en ligne ne s’entendent pas sur la datation (certaines proposent 277, d’autres 281-82), la majorité la situe à la période II, émission 6, 1ère officine, c’est-à-dire entre 278 et 279 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, caduceus, cornucopiae, Felicitas), ERIC (Probus); RIC v. 5, pt. 2:  104; Sear RCV (1983):  3273; AncientCoins, ARC, BeastCoins, calkinsc, catawiki, CGB, CoinProject, CoinTalk, Numismatics, Numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0215-2019La quatrième pièce est un très beau antoninianus (F/VG [Fine / Very Good], AE / BI  [Bronze argenté / Billon], 21.5 x 23 mm, 3.765 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine brun foncé avec légère traces de vert-de-gris sur le revers; die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite, avec la brève inscription latine PROBV-S P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un trophée militaire (tropæum) entre deux prisonniers, avec l’inscription latine VICTOR-IA GERM[ANICA] (Victoire sur les Germains), et un R A entourant une foudre (fulmen) en exergue (cette inscription n’est pas claire mais on peut tout de même la distinguer suffisamment pour l’identifier).

Le tropæum, un monument destiné à commémorer une victoire militaire, est composé d’une croix de bois à laquelle est accrochée une cuirasse, un casque, des boucliers et des armes (lances, épées, etc.) prisent à l’ennemi vaincu. Sur les monnaies, il est souvent représenté avec deux prisonniers de part et d’autre.

Cette pièce aurait été frappée à la première officine de Rome (R = Rome, A = première officine) durant la 6e émission, ce qui la date en 281 EC — et qui correspond probablement à l’époque de son triomphe à Rome.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN], foudre, fulmen, tropæum [FR/EN]), Google, FAC (Probus, fulmen, tropæum, Victoria Germ), ERIC (Probus), Roman Emperors; RIC v. 5, pt. 2:  223; Sear RCV (1983): 3275; CoinArchives, CoinTalk, Nomos AG,  Numismatics, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0233-0242-0227La cinquième et dernière pièce est un assez beau tetradrachme grec impérial d’Alexandrie (VG [Very Good], AE / BI [Bronze (Cu+Sn) avec fort taux de cuivre ? / Potin (Cu+Sn+Pb) ? / Billon (Cu+Zn+Ag)?], 17 mm [épaisseur variant entre 2.5 mm (à 70º) et 4 mm (à 335º)], 7.0864 g, payé environ $5, flan épais à épaisseur variable; exceptionnellement cette pièce a été brossée avec une laine d’acier douce et de l’huile minérale afin de diminuer les concrétions qui obscurcissaient le relief mais il subsiste encore de traces d’oxydation bleu foncé et vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré et drapé à droite avec l’inscription grecque A K M A𝝪𝝦 𝝥𝝦𝝧𝝗𝝧𝝨 𝝨𝝚𝝗 (Autokrator Kaisaros Markos AURelios PROBOS CEBastos = Imperator Caesar Marcus Aurelius Probus Augustus). Le revers illustre un aigle à gauche regardant derrière lui (vers la droite) et tenant une couronne de laurier dans son bec, avec un L E de part et d’autre dans le champs.

L’aigle représente bien sûr le dieu Jupiter, mais aussi la légion romaine (aquila) et, par extension, le pouvoir impérial. Comme je l’ai déjà expliqué pour les pièces de Quadratus et de Aurelianus (selon Sear GICV, p. xxv et le FAC), les pièces grecques impériales (ou provinciales) étaient souvent datées avec l’inscription ETOYΣ (έτος, parfois abrégé “ET” ou “L” à Alexandrie, qui signifie simplement “année”) suivie d’une date qui correspondait soit à une ère locale (Césarienne ou Actienne) ou à l’année de règne de l’empereur (ou du monarque local). Dans ce cas-ci, à Alexandrie (selon une tradition empruntée aux Ptolémés), “L E” correspond à la cinquième année du règne de Probus, soit du 29 août 279 au 28 août 280 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, Eagle, Potin), ERIC (Probus); BMCG v. 15: 2428; Sear RCV (1983): 3290; BeastCoins, Calkinsc, CoinArchives, CoinProject, CoinProject, CoinTalk. Voir aussi ma fiche (recto, verso).

Bibliographie:

Probus aura régné brièvement mais il a joué un rôle important en complétant les réformes d’Aurelianus (et permettant l’expansion de la culture de la vigne!). Suite à sa mort, le préfet du prétoire Carus (originaire de Narbo Martius) est acclamé empereur vers la fin 282 (entre septembre et décembre). Les assassins de Probus sont rapidement jugés et exécutés. Il associe ses fils Carinus et Numerianus au pouvoir et confit l’armée d’Occident au premier, puis part en campagne avec le second. Il rétablit d’abord l’ordre dans le nord (contre les Sarmates en Pannonie), puis poursuit la campagne de Probus contre les Perses. Il remporte une victoire en prenant les villes de Séleucie et de Ctésiphon mais meurt aussitôt foudroyé (littéralement) en juillet ou août 283 ! Il n’aura donc régné qu’une seule année. Ses fils lui succèdent et prennent le titre d’Auguste à l’automne mais Numerianus meurt en Thrace l’année suivante (novembre 284). Carinus, lui, règnera encore un an.

La semaine prochaine nous concluons l’époque des empereurs Illyriens (et celle de la crise du IIIe siècle) avec le principat de Carinus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 46

Les empereurs Illyriens (4)

Tacitus (275-276 EC)

Si, grâce à des empereurs comme Claudius Gothicus ou Aurelianus, la situation de l’Empire Romain s’est grandement améliorée, la crise du IIIe siècle n’est pas encore tout à fait terminée puisque l’anarchie militaire perdure et les empereurs se succèdent encore à un rythme accéléré. Après l’assassinat malheureux de Aurelianus, un nouvel empereur Illyrien prends le pouvoir…

Marcus Claudius Tacitus est né vers 200 à Interamna (Terni) en Ombrie dans une riche famille sénatoriale et se disait descendant de l’historien Tacitus. Il a été consul en 273 et était président du sénat. Après l’assassinat inopiné d’Aurelianus, l’armée ne trouve aucun candidats méritoires car les généraux expérimentés comme Probus sont tous en mission sur la frontière. Au bout de quelques mois d’interrègne, en septembre ou décembre 275, c’est au sénat que l’on demande de nommer un successeur et le pouvoir impérial est alors offert à Tacitus, qui est septuagénaire ! Ses premiers actes sont de faire diviniser son prédécesseur, de récompenser l’armée par un donativum, et de redonner certains pouvoirs au sénat. Il nomme Probus commandant de l’armée d’Orient (dux orientis) et Florianus (possiblement son demi-frère maternel) préfet du prétoire ainsi que commandant de l’armée d’Occident.

Au début de 276, il se rend lui-même en Asie Mineure pour repousser une invasion de Goths et de Hérules en Cilicie (possiblement des mercenaires de l’armée de Aurelianus). Après la victoire, il reçoit le titre de Gothicus Maximus, mais doit revenir immédiatement pour répondre à une invasion de Francs et de Alamans en Gaule. En chemin, en juin 276, il meurt à Tyane en Cappadoce soit d’une fièvre (selon Eutrope, Aurelius Victor et l’Historia Augusta), soit assassiné (selon Zozimus). 

IMG_0162-0169Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Tacitus et c’est un assez beau aurelianus (G [Good], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20.5 mm, 2.104 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brunâtre avec une importante usure; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre une buste de l’empereur radié, drapé (et possiblement cuirassé) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] CL[AVDIVS] TACITVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire (Victoria) ailée debout de face, la tête tournée à gauche, tenant une couronne de laurier de la main droite et une feuille de palmier de la gauche (contre son épaule), avec l’inscription latine VICT-O-RIA AVG[VSTA] (la victoire de l’empereur) et un XXIA en exergue (marques de titrage de la réforme d’Aurelianus et de la première officine de Rome — cela pourrait possiblement aussi être un “XXIR” — “R” pour Rome).

Cette pièce commémore sans aucun doute la victoire de Tacitus contre les Goths en Asie Mineure. La chronologie du règne de Tacitus est un peu floue. Certaines sources en ligne datent cette pièce de novembre-décembre 275 mais, comme la victoire contre les Goths semble avoir eut lieu au printemps 276, elle daterait probablement plus de mars à juin 276. Ce type de revers n’a été frappé qu’à l’atelier monétaire de Rome, et dans ce cas-ci à la première officine (A). Cette pièce est également le premier exemple que j’ai de la réforme monétaire d’Aurélien, où les nouvelles pièces de monnaie en “argent” (les aureliani) sont marqués d’un “XX I” pour garantir qu’elles contiennent un ratio 20 pour 1 de cuivre et d’argent (en fait elle sont donc en billon).

Sources: Wikipedia (Tacitus [FR/EN]), Google, FAC (Tacitus, Victoria), ERIC (Tacitus); RIC v. 5, pt. 1: 97; acsearch, acsearch,  CGB, CoinArchives,  leunumismatik, numismatics, numismatics, numista, RIC-MOM (3479, 3480), WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

À la mort de Tacitus, Florianus tente, avec l’appui du sénat, de lui succéder mais Probus est proclamé empereur par les troupes d’Orient (en Égypte, Syrie, Palestine et Phénicie) et le défait au bout de trois mois grâce à sa grande expérience militaire. L’armée de Florianus se révolte et l’assassine. Probus prend alors le pouvoir et peut ainsi offrir à l’Empire un petit peu plus de stabilité… car il règnera un gros six ans !

La semaine prochaine nous découvrirons donc le règne de Probus dont j’ai cinq pièces de monnaie forts intéressantes.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 45

Les empereurs Illyriens (3)

Aurelianus (270-275 EC)

Lucius Domitius Aurelianus est né le 9 septembre 214 (ou 215) à Sirmium en Pannonie (anciennement l’Illyrie). D’origine humble, il a fait une brillante carrière militaire: il commande d’abord une troupe d’auxiliaires, puis sous le règne de Gallienus il combat les Goths à la bataille de Naissus sous le commandement de Claudius, et sous le règne de ce dernier il est promu commandant de la cavalerie d’élite Dalamatienne (equites Dalmatae) puis Maître de cavalerie (magister equitum). Il vainc les Alamani à la bataille du lac Benacus, puis repousse une autre invasions dans les Balkans. À la mort de Claudius en janvier 270, son frère Quintillus est nommé empereur par le sénat mais en mai les légions acclament plutôt empereur leur général, Aurelianus. 

Il semble que dès le début de son règne Aurelianus s’est donné pour objectif de restaurer la grandeur de l’Empire. En 270-71, il écrase rapidement les nombreux usurpateurs qui contestent son pouvoir, puis repousse les envahisseurs germains du nord de l’Italie (bataille de Fanum Fortunae) et des Balkans — recevant ainsi les titres de Germanicus et Gothicus Maximus. Il abandonne la province de Dacie, qui est trop difficile à défendre, et relocalise les populations en Mésie. Aussi, sachant maintenant Rome vulnérable, il fait entourer la ville d’une fortification. Après avoir consolidé sa position, la priorité suivante est de réunifier l’Empire qui s’était scindé en trois à la suite d’une série de crises internes et d’invasions qui se succédèrent après la mort de Severus Alexander, entre 235 et 268. En 272, il s’attaque d’abord à reconquérir l’Empire palmyrénien. Après avoir défait la reine Zenobia et son fils Wahballat, acquérant le titre de Restitutor Orientis, Aurelianus se tourne vers l’ouest en 273 pour reconquérir l’Empire des Gaules alors sous l’autorité de Tetricus qu’il capture à la bataille de Châlons au printemps 274. Il recevra un triomphe à Rome (où il parade les captifs qu’il a gracié: Zenobia, Tetricus et leurs fils respectifs) ainsi que le titre de Restitutor Orbis (“Restaurateur du monde”).

Aurelianus savait bien qu’il aurait été inutile de rapiécer l’Empire si il ne corrigeait pas les causes même de la crise. Il entreprit donc une série de réformes administratives, religieuses et économiques: il a fait reconstruire des infrastructures vétustes, donne un rôle officiel au culte solaire de Sol Invictus (initiant une tendance vers le syncrétisme monothéiste), améliore la distribution alimentaire, organise les corporations de métiers, fixe le prix des denrées essentielles, combat la corruption des fonctionnaires et dans les ateliers monétaires, mais surtout établit une réforme monétaire en créant l’aurelianus, une pièce de bronze argenté ou de billon avec un meilleur aloi que l’antoninianus (5% d’argent) — réforme rendu possible par l’apport de métaux précieux généré par sa campagne en Orient et la reconquête des mines d’Hispanie et de Bretagne. Il aurait probablement accompli encore plus s’il n’avait été assassiné par des officiers qui craignaient la sévérité de sa discipline alors qu’il se rendait en Orient pour faire une nouvelle campagne militaire contre les Perses. Il meurt à Caenophrurium (en Thrace) en septembre 275. Il semble que son épouse, Ulpia Severina, assura l’interrègne pendant quelques mois en attendant que le sénat nomme Tacitus comme successeur.

J’ai trois pièces de monnaie d’Aurelianus.

IMG_0090-0097La première de ces pièces est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [Bronze / Billon]?, 20 x 21.5 mm, 2.055 g, payé environ $5 le 1985/04/14, patine brunâtre avec de légers dépôts de vert-de-gris et le flan est brisé en deux parties [17 x 20 mm et 4.5 x 14 mm]; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] AVRELIANVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une femme (Oriens? Pax?) drapée, debout à droite, présentant une couronne de laurier de la main droite à l’empereur lauré, en habit militaire, debout à gauche, tendant la main droite et tenant une lance (hasta) de la main gauche, avec l’inscription latine RESTITVT[OR] ORIE-NTIS (“Restaurateur de l’Orient”) avec un P en exergue (marque de la 1ère officine [Primus / Premier] de l’atelier de Mediolanum — j’avoue qu’elle est à peine visible et que ce pourrait être aussi bien un S [Secundus / Second], ou même un *S, *T ou *Q [Secundus / Second, Tertius / Troisième, Quartus / Quatrième, pour l’atelier de Siscia] mais selon moi cela ressemble plus à un “P”).

Cette pièce commémore sûrement la victoire de Aurelianus sur Zenobia, reine de l’Empire Palmyrénien (avec ses victoires à Immae et Émèse), et sur l’usurpateur Firmus en Égypte, ce qui lui a permis de réunifier (restaurer) l’Orient à l’Empire Romain et d’acquérir le titre de Restitutor Orientis. Elle date donc probablement de 273-74 (quoi qu’une source en ligne mentionne plutôt 271-272).

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Restitutor Orientis, Oriens), ERIC (Aurelianus); RIC v. 5, pt 1: 140; WildWinds (text, image), CoinArchives, CoinArchives, CoinProject (1, 2, 3), vcoins, numista, numismatics, Wikimoneda, CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

IMG_0100-0110La deuxième pièce est un assez beau tetradrachme d’Alexandrie (G / VG [Good/Very Good], AE / CU / BI [Bronze / Cuivre /  Billon]?, 22 mm, 8.987 g, payé environ $12, flan épais avec patine rougeâtre et trace de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré et cuirassé à droite, avec l’inscription grecque Α Κ Λ ΔΟΜ ΑΥΡΗΛΙΑΝΟC CΕΒ (Autokratos Kaisar Lucios DOMitios AURELIANOS CEBastos = IMP[ERATOR] C[AESAR] L[VCIVS] DOM[ITIVS] AVRELIANVS AVG[VSTVS]). Le revers illustre un aigle debout à gauche (les ailes fermées), la tête retournée vers la droite, une couronne de laurier dans le bec, avec une étoile dans le champs gauche et l’inscription grecque ΕΤΟΥϹ (année) et E (5) de part et d’autre. 

Comme je l’ai déjà expliqué dans le cas de la pièce de Quadratus (selon Sear GICV, p. xxv et le FAC), les pièces grecques impériales (ou provinciales) étaient souvent datées avec l’inscription ETOYΣ (έτος, parfois abrégé ET. ou L à Alexandrie, qui signifie simplement “année”) suivie d’une date qui correspondait soit à une ère locale (Césarienne ou Actienne) ou à l’année de règne de l’empereur (ou du monarque local). Dans ce cas-ci, à Alexandrie, ΕΤΟΥϹ E correspond à la cinquième année du règne de Aurelianus, soit du 29 août 273 au 28 août 274.

L’aigle est un symbole qui revient souvent dans l’Histoire. Ici, il représente Jupiter, la légion romaine (aquila) et, par extension, le pouvoir impérial.  Il existe plusieurs variations sur la position de l’aigle (ailes ouvertes, fermées, avec une palmes en travers de l’épaule, entre deux étendards, debout à droite et debout à gauche sur une foudre) et ce type semble avoir été frappé durant toute la durée du règne d’Aurelianus (A = 1, B = 2, Γ = 3, ∆ = 4 — quoi que apparemment certaines pièces auraient été daté rétroactivement) mais semble avoir été plus fréquent les deux dernières années (E = 5, S = 6).  Cette recrudescence de la frappe d’Alexandrie les deux dernières années exprime encore une fois le fait que Aurelianus a reprit le contrôle de l’Orient peu de temps auparavant. Toutefois, il n’a pas eut le temps de rétablir le monnayage provinciale puisque durant son règne seulement trois régions frapperont des pièces grecques impériales: les ateliers de Pamphylie, de Pisidie et d’Égypte (Alexandrie).

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Eagle), ERIC (Aurelianus); Sear GICV (1982): 4751, BMCG v. 15: 2359 (Alexandria and the nomes, R.S. Poole, 1892); CoinArchives, CoinProject, CoinProject, numista, FAC. Voir aussi ma fiche.

IMG_0120-0113La dernière pièce est un intéressant et assez beau antoninianus (G [Good], AE / BI [Bronze / Billon], 20 mm, 2.648 g, payé 30 £ le 1985/04/14, patine bronze avec de petites tâches de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur Aurelianus radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] AVRELIANVS AVG[VSTVS] et un A (ou possiblement un ∆ ou H) en exergue (marque de la première [ou quatrième, ou huitième] officine). Le revers illustre un buste de Vabalathus lauré (avec possible diadème) et drapé à droite avec l’inscription latine VABALATHVS VCR IM DR (ce qui signifie probablement Vir Clarissimus Rex Imperator Dux Romanorum / “Homme (de rang sénatorial) très illustre, roi, chef de l’armée, duc sous [l’autorité de] Rome”).

Avec ce genre de pièce il est difficile de dire quel côté est l’avers et lequel est le revers. En fait, ici, il s’agirait non pas d’une pièce de Aurelianus mais bien une pièce frappé par Vabalathus (ou Wahballat — qui, en 270, succède à son père, Odeinath, à l’âge de onze ans et règne sur le royaume de Palmyre sous l’autorité de sa mère, Zenobia). Alors qu’ils accèdent au pouvoir et tentent d’affirmer et d’agrandir leur empire (avec la conquête de l’Égypte et d’une partie l’Asie Mineure), Vabalathus et Zenobia veulent démontrer qu’ils reconnaissent toujours l’autorité de l’Empire Romain, qu’ils s’y soumettent (pour l’instant) et désirent la paix. C’est sans aucun doute pourquoi ils ont émis cette pièce conjointe où Vabalathus apparait comme un subordonné (Aurelianus est radié alors que Vabalathus est seulement lauré). Cette pièce a été frappé à Antioche entre nov.-déc. 271 et mars 272. 

Vabalathus se montrera rapidement plus ambitieux et frappera des monnaies où il est radié et se déclare Augustus. Toutefois, Aurelianus ne peut pas tolérer cette tentative d’usurpation et dès la fin de 271 marche sur l’Orient pour reconquérir l’Égypte et Palmyre à l’été 272. Une seconde révolte l’amènera à complètement détruire Palmyre au printemps 273.

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN], Vabalathus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Vabalathus), ERIC (Aurelianus, Vabalathus); RIC v.5, pt. 1: 381, Sear RCV (1983): 3192; acsearch, CoinArchives, CoinArchives, CoinArchives, CoinProject (01, 02, 03, 04),  FAC, FAC, FAC, FAC, FAC, RIC-MOM, vcoins, WildWinds (text, image), WildWinds;  R. Bland, “The Coinage of Vabalathus and Zenobia from Antioch and Alexandria” in The Numismatic Chronicle Vol. 171 (2011), pp. 133-186. Voir aussi ma fiche.

J’ai précédemment beaucoup parlé de l’Empire des Gaules mais ces trois pièces démontrent qu’avant tout Aurelianus a désiré reconquérir et resoumettre l’Orient au pouvoir de Rome pour ainsi restaurer l’Empire Romain dans toute sa gloire. Toutefois, malgré tous les efforts d’Aurelianus, l’anarchie militaire perdure. La semaine prochaine nous traiteront de son successeur, Tacitus.

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Monnaies anciennes 44

Les empereurs Illyriens (2)

Quintillus (270 EC)

Nous ne connaissons que peu de chose de Marcus Aurelius Claudius Quintillus car les sources historiques de cette époque sont pauvres et contradictoires — seules les sources archéologiques, épigraphiques et numismatiques sont véritablement fiables. Il serait né soit en Mésie, soit à Sirmium en Pannonie Inférieure, et aurait fait une carrière militaire. Sous le règne de son frère, Claudius Gothicus, il aurait peut-être été procurateur de Sardinia ou en charge de la défense du nord de l’Italie. À la mort de Claudius, il est soit acclamé empereur par les troupes de son frère à Aquileia (selon Eutropius, Livre IX, 12), soit qu’il usurpe le pouvoir que son frère avait l’intension de passer à Aurelianus (selon l’Historia Augusta, “Vita Aureliani”, XXXVII, 5), mais il est beaucoup plus probable que ce soit le sénat qui l’ait nommé comme successeur de son frère (selon Zonaras 12: 26).

Il nous est connu comme un empereur modéré et capable (selon Eutropius, Livre IX, 12; Historia Augusta, “Vita Claudii”, XII, 3), défenseur du sénat mais dont le bref règne ne lui a pas permis d’accomplir quoi que ce soit. Une attitude aussi positive devant un règne si bref nous appel à la prudence, car toutes ces sources tardives pourraient être coupables de préjudice favorable ou de flatterie, d’une part parce que Quintillus avait soutenu le sénat (les historiens étant généralement issus de la classe sénatoriale) mais aussi parce que Constantinus tentera plus tard de justifier son pouvoir en faisant remonter son ascendance à la nièce de Claudius et Quintillus, qui aurait été la mère de Constantius Chlorus (Historia Augusta, “Vita Claudii”, 13: 1).

La durée de son règne varie beaucoup selon les sources. Ainsi il aurait été au pouvoir soit pour une durée de seulement dix-sept jours (selon Orosius, VII, 23,2), soit pour cent-soixante-dix-sept jours (6 mois). Toutefois, compte tenu d’une frappe monétaire abondante en son nom (environ 87 types différents selon le RIC), il est maintenant convenu qu’il a régné au moins deux mois, de août à octobre 270 (d’ailleurs le Chronographe de 354 mentionne qu’il a régné soixante-dix-sept jours). 

Après quelques mois, désabusé par les tentatives de Quintillus d’instaurer une plus grande discipline militaire, les troupes qui lui étaient jusqu’alors fidèles se rallient aux légions de Pannonie qui ont acclamé le grand général Aurelianus comme empereur. Quintillus, qui ne peut rien contre un opposant plus populaire et plus fort que lui, meurt alors à Aquileia soit en combat contre les troupes d’Aurelianus (Hieronymus Stridonensis, Chronica, 271), soit par suicide (Zonaras, 12: 26; Jean d’Antioche fragment 154, Fragmenta Historicorum Graecorum IV, p. 599), soit assassiné par ses troupes (Historia Augusta, “Vita Claudii”, 12, 5; Eutropius IX, 12; Epitome de Caesaribus 34, 5; Orosius VII, 23, 2). Cette dernière hypothèse est sans doute la plus probable. Le pouvoir impérial de Rome passe donc entre les mains de Aurelianus, qui réussira à unifier l’Empire à nouveau.

IMG_9207-9210Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Quintillus et c’est un beau antoninianus (VG [Very Good], AE [Bronze] / BI [Billon], 19.5 x 18.5 mm, 3.159 g, payé environ $8 le 1985/12/17, patine verte avec un important dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et drapé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] CL[AVDIVS] QVINTILLVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire ailée et drapée, avançant à droite et tenant dans la main droite une couronne de laurier et une palme dans la main gauche, avec l’inscription latine VICTORIA AVG[VSTI] (la victoire de l’empereur) et un 𝝘 (gamma, marque dénotant la 3e officine de l’atelier de Rome) dans le champs droit. Cette pièce aurait donc été frappé à Rome vers la fin de 270 EC (aucun événement du règne de Quintillus ne peut être lié à l’émission de ce type de Victoire mais comme son bref règne s’est déroulé dans la deuxième moitié de 270, de août à octobre, cette datation est assez juste). 

Sources: Wikipedia (Quintillus [FR/EN]), Google, FAC (Quintillus, Victoria Aug, Victory, wreath, laurel wreath, palm), ERIC (Quintillus);  RIC V-I: 33; CoinArchives, WildWinds (text, image), vcoins, acsearch, catwiki, CoinTalk, Numismatics, nomosag. Voir aussi ma fiche.

Encore une fois, le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, vol. V, part I, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 201-209, 238-247) nous fournit quelques commentaires en guise de conclusion. D’abord, la monnaie frappée sous Quintillus est très similaire à celle de son frère, Claudius Gothicus [RIC, p.201]. “Les frères avaient une forte ressemblance familiale, mais les pièces représentent fidèlement Quintillus comme un homme plus jeune, plus beau, mais manquant de la force de caractère de Claudius” [RIC, p. 205].

Aussi, “De nombreux historiens limitent le règne de [Quintillus] à dix-sept jours, mais la masse de son monnayage qui nous est parvenu contredit cela et soutient l’opinion de Zosimus selon laquelle il a duré quelques mois. Ceci est corroboré par le fait que des pièces ont été frappées à son nom dans tous les ateliers  qui avaient frappé pour son frère, sauf celui d’Antioche, où (…) il est probable que l’ambition de Zénobia l’a amenée à tenter de se débarrasser du joug de l’Empire romain. Ses pièces de Siscia et de Cyzicus sont rares en Europe occidentale, mais apparaissent en nombre dans les trouvailles orientales. Cela s’explique par le fait que “Aurelianus, qui a été proclamé par les légions de Pannonie, a dû dès le moment de la proclamation couper Quintillus, qui était en Italie, de Siscia et de Cyzicus (…)“. Une telle “distribution des monnaies de Quintillus“ rend improbable la “déclaration de Zonaras selon laquelle Claudius sur son lit de mort a investi Aurelianus de la pourpre (…). Ces faits suggèrent certainement que [Quintillus] a eu une courte période de pouvoir incontesté” [RIC, p.201].

Finalement, il note que “Les marques d’atelier sont maintenant devenues un élément beaucoup plus important sur les pièces de chaque atelier qu’elles ne l’étaient sous les règnes précédents (…). Les preuves d’un contrôle central et d’une organisation précise sont moins nombreuses qu’elles ne le seront après la réforme d’Aurelianus (…). Les maîtres des monnaies avaient évidemment plus de latitude qu’on ne leur accorda plus tard” [RIC, p. 208].

La semaine prochaine nous abordons un point tournant du IIIe siècle romain avec le règne d’Aurelianus (dont je possède trois pièces de monnaie).

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 43

Les empereurs Illyriens (1)

Claudius Gothicus (268-270 EC)

Marcus Aurelius Claudius est né en Illyrie (ou une province environnante) le 14 mai 213 ou 214. Les sources sur cette époque étant pauvres, tout ce que l’on sait de lui est qu’il a fait une brillante carrière militaire. Déjà sous Trajan Decius (249–251) il était tribun militaire. Suite à la tentative d’usurpation de Auréolus en 268, Gallienus le nomme maître de cavalerie. Il est possible qu’il ait participé au complot des généraux (Heraclianus, Marcianus et Aurelianus) pour assassiner l’empereur mais, quoi qu’il en soit, il est choisi par les conspirateurs pour le remplacer (ou il est choisi par Gallienus lui-même sur son lit de mort, les sources ne s’entendent pas à ce sujet) et il est acclamé empereur par les légions basées à Mediolanum (Milan). Malgré qu’il ait promis la vie sauve à Aureolus, il laisse ses troupes le massacrer. Il devient ainsi le premier des empereurs illyriens.

Si la principale préoccupation du nouvel empereur était de rétablir de l’ordre dans l’Empire en mettant fin à l’anarchie militaire et aux incessantes révoltes qui étaient à la source de la crise, il a cependant dû d’abord faire face à une nouvelle invasion de Hérules, cette fois accompagnés du renfort d’autres tribus Goths (Greuthungi et Thervingi), Gépides et Peucini. Avec l’aide de son maître de cavalerie Aurelianus, il les a vaincu en 269 à la bataille de Naissus, méritant ainsi son surnom de Gothicus (vainqueur des Goths). À peine quelques mois plus tard, alors qu’Aurelianus termine de repousser les Goths au-delà du Danube, Claudius doit répondre à une invasion d’Alamans qui ont traversé les Alpes pour attaquer le nord de l’Italie. À la fin de l’automne 268, il les repousse à la bataille du lac Benacus, ce qui lui mérite le titre de Germanicus Maximus. Il tourne alors son attention vers l’Empire des Gaules et en reprend une partie (l’Hispanie et la vallée du Rhône) mais ne réussira pas à le reconquérir. À la fin de 269, il doit se rendre à Sirmium pour faire campagne contre les Vandales qui faisaient du pillage en Pannonie. Toutefois, il contracte la peste de Cyprien (possiblement une épidémie de variole ou de rougeole, ou même de fièvre hémorragique virale similaire à la fièvre jaune ou l’ébola) qui ravageait l’Empire à ce moment là. Il succombe au début janvier 270. Son jeune frère Quintillus lui succède brièvement.

J’ai quatre pièces de monnaie de cet empereur que, vous le devinerez, j’aime beaucoup (parce qu’il s’appelait Claudius, évidemment).

IMG_8259-8260La première pièce est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], BI [Billon], 19.5 mm, 2.4681 g, payé $18, de couleur gris mat; die-axis: ↑↑). L’avers nous présente un buste de l’empereur radié et drapé (et possiblement cuirassé?) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] CLAVDIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre Isis Pharia debout à gauche, tenant un sistrum de la main droite et un panier de la gauche, avec l’inscription latine SAL-V-S AVG[VSTI] (la santé de l’empereur) et un Є (epsilon, marque de la cinquième officine) en exergue. La pièce aurait été frappé à Antioche (cf. RIC, p. 207) vers la fin 268 / début 269 ou en 269-70.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], sistrum [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II, Billon, Isis, Pharia Isis, Salus Aug, sistrum), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 217; WildWind (text, image), CoinArchives, acsearch, BeastCoins (image), CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

IMG_9617-9622La seconde pièce est un beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 3.253 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et drapé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] CLAVDIVS P[IVS] F[ELIX] (pieux et heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Felicitas drapée, debout à gauche, tenant un caduceus dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, avec l’inscription latine FELI-C[ITAS] T-EMPO[RVM] (temps heureux). Il n’y aucune marque d’officine de lisible en exergue mais il y en avait probablement une (un T). Ce type a été frappé à l’atelier de Rome mais sans marque d’officine en exergue et sans  P F dans titulature. Il est donc plus probable que cette pièce ait été frappé à Mediolanum (Milan). Toutefois, rien ne permet de la dater avec précision.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], Felicitas [FR/EN], caduceus [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II, caduceus, Felicitas), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 145, Sear RCV (1983):  3099; MinautorCoins, Numista, Numismatics. Voir aussi ma fiche.

IMG_9640-9644La troisième pièce est beau antoninianus (VG [Very Good], AE [Bronze], 17 x 18 mm, 2.880 g, payé environ $5 le 1985/06/16, patine brunâtre avec des traces de vert-de-gris sur le revers; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre une tête de l’empereur radiée, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] CLAVDIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Providence debout à gauche, les jambes croisées, appuyée sur une colonne et tenant un baton (sceptre) dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, un globe à ses pieds, avec l’inscription PROVIDENT[IA] AVG[VSTI] (prévoyance de l’empereur). Il n’y a pas de marque d’officine dans le champs droit (quoi que l’exergue a disparu dans la rognure). Cette pièce aurait été frappé à Rome mais nous n’avons aucune indication qui permettrait de la dater avec précision.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], Providentia [FR/EN], cornucopia [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II,  Providentia), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 91, Sear RCV (1983):  3117; WildWinds, Numismatics, vcoins, Numista, Numista, CoinProject. Voir aussi ma fiche.

IMG_9625-9635La dernière pièce est un petit mais assez beau antoninianus commémoratif (G [Good], AE [Bronze], 13.5 x 14 mm, 1.192 g, patine verte foncée, rognure sur toute la circonférence, payé $US 12.50 le 1985/04/14;  die-axis: ↑↓). L’avers nous présente une tête radiée (ou un buste radié et drapé?) de l’empereur à droite, avec l’inscription DIVO CLAVDIO (Divin Claude). Le revers illustre un grand autel enflammé (la flamme centrale est bordée de part et d’autre de deux objets qui semblent sphériques — représentant de la fumée?) décoré de quatre panneaux carrés avec des points en leur centre, avec l’inscription CONSECRATIO (Consecration, i.e. acte de rendre sacré ou divin). L’exergue a disparu dans la rognure mais pourrait avoir comporté une marque d’officine (P, S, R ou Q dans le cas de Mediolanum ou XII dans le cas de Rome) ou pas. Cette pièce aurait donc été frappé à Rome ou à Mediolanum (Milan) dès le décès de l’empereur, en 270, et jusqu’à l’année suivante — c’est-à-dire sous le très bref règne de son frère Quintillus ou sous le début du règne de Aurelianus.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], ), Google, FAC (Claudius II,  ), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 261, Sear RCV (1983):  3128; acsearch, acsearch, rcs, CoinArchives, CoinArchives, acsearch, CoinTalk, CoinProject, Numismatics, vcoins, beastcoins. Voir aussi ma fiche.

Les types de revers produit par Claudius Gothicus nous montre encore une fois la volonté de présenter au peuple romain une propagande positive en ces temps difficiles: ainsi on fait la promotion de la santé et de la prévoyance de l’empereur et l’on promet des temps heureux alors que l’on tente de stabiliser l’empire. Claudius était en bonne voie d’y réussir mais malheureusement une épidémie à mis fin prématurément à son règne et c’est son successeur qui achèvera la tâche. La crise du IIIe siècle n’est donc pas encore tout à fait terminée.

La priorité a été de sécuriser les frontières et l’économie reste donc très fragile. Sous son règne, comme nous le dit le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, vol. V, part I, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 201-237) “La majeure partie de la monnaie du règne se compose d’antoniniani qui, bien que saucés dans l’argent au moment de l’émission, montrent rarement des traces de ce traitement maintenant. Il existe cependant quelques exemplaires (…) qui sont frappés en alliage blanc [billon?] (…)” [p. 202].

Toutefois, la pièce la plus intéressante des quatre est sans doute la dernière. “En effet, l’une des caractéristiques les plus intéressantes des monnaies qui portent le nom de Claudius est le témoignage qu’elles rendent à l’extraordinaire honneur dans lequel il a été tenu, et la durée pendant laquelle sa mémoire a été chérie, car nous ne trouvons pas moins de trois séries dédicatoires publiées en cet honneur. (…) [Tel que] Les monnaies inscrites DIVO CLAUDIO (…) avec une légende de revers CONSECRATIO (…) [et] avec des types posthumes: l’autel, l’aigle ou le bûcher funéraire. Ces pièces ont commencé à être émises immédiatement après sa mort et se trouvent dans tous les ateliers monétaires, y compris Antioche. Ils sont aussi communs dans les ateliers irréguliers de la Gaule, et certains spécimens barbares qui ont été trouvés semblent être d’origine orientale” (RIC, pp. 202-203).

La semaine prochaine nous nous arrêterons brièvement sur une pièce du frère de Claudius Gothicus, Quintillus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 42

Crise du IIIe siècle (3): L’Empire des Gaules (3) 

Tetricus I & II (271-274 EC)

Gaius Pius Esuvius Tetricus est né dans une noble famille Gauloise. À cause du manque de sources contemporaines, on connait peu de choses sur lui sinon qu’il est devenu sénateur et, qu’au printemps 271, il était gouverneur de Gallia Aquitania lorsque, à la mort de Victorinus, il fut acclamé empereur des Gaules par les troupes basées à Burdigala (Bordeaux). Son pouvoir est reconnu par la plupart des provinces Gauloises (Gaule lyonnaise, Gaule aquitaine, Gaule belgique) et par la Bretagne. La Gaule narbonnaise (partiellement reconquise par le général Placidianus), l’Hispanie et la cité germanique de Argentoratum (Strasbourg) se rallient plutôt à Aurelianus qui, après la mort de Claudius Gothicus (puis de son frère Quintillus), est acclamé empereur romain en septembre 270 par ses troupe de Pannonie basées à Sirmium.

Vers la fin de 271, la pression incessante des tribus germaniques sur la frontière du Rhin amène Tetricus à déplacer sa capitale de Colonia (Cologne) à Augusta Treverorum (Trière). Il les contient d’abord avec succès mais doit éventuellement retraiter et, par la fin de son règne, les excursions de pillages germaniques pénètrent jusqu’à la Loire! Profitant qu’Aurelianus est occupé à reconquérir l’Empire Palmyrénien de la reine Zenobia en Orient, Tetricus reconquiert la Gaule narbonnaise et le sud-est de la Gaule aquitaine. En 273-274, il doit aussi écraser la révolte du gouverneur de la Gaule belgique, Faustinus. Pour l’aider dans ces tâches, au début de 273, il associe son fils, Tetricus Iunior (ou Tetricus II), au pouvoir en lui décernant les titres de caesar et de princeps iuventutis. En janvier 274, il est fait consul et même aussi, possiblement, augustus, c’est-è-dire co-empereur avec son père.

Toutefois, dès qu’Aurelianus en a terminé avec Zenobia en 273, il tourne son attention sur l’Empire des Gaules qu’il envahit par le nord. La confrontation a lieu en février ou mars 274 près de Duro Catalaunum (Châlons-en-Champagne) lors de la bataille des champs Catalauniques. Tetricus doit capituler et est capturé. Aurelianus le fait figurer, au côté de son fils et de Zenobia, dans un faste défilé triomphal à Rome. C’est donc la fin de l’Empire des Gaules et l’Empire Romain est de nouveau unifié. Chose exceptionnelle, Aurelianus octroie aux captifs le pardon et donne même à Tetricus un poste de corrector (un sénateur supervisant la gestion des cités) en Lucanie (ou dans toute l’Italie, les sources ne s’entendent pas à ce sujet). Il mourra de mort naturelle plusieurs années plus tard. Tetricus II n’est pas mentionné par les sources après le triomphe d’Aurelianus. Il a probablement été épargné lui aussi et obtenu une position sénatoriale ou a simplement fini ses jours comme simple citoyen.

IMG_9500-9510J’ai une pièce de monnaie de chacun de ces co-empereurs. La première pièce est un assez beau antoninianus de Tetricus Senior (VG [Very Good] / G [Good], AE [bronze], 18 x 20 mm, 2.239 g, payé environ $5 le 1985/06/16, rogné dans le bas, patine verdâtre et argentée [probablement une pièce “saucée”]; die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] TETRICVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Fides, drapé, debout à gauche, tenant deux enseignes militaires, avec l’inscription latine FIDES MILITVM (“la fidélité des soldats”).

Le revers illustre de façon frappante l’élément le plus important pour le maintient au pouvoir d’un empereur en pleine crise du IIIe siècle: la fidélité des soldats. Le RIC (Webb, Percy H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. The Roman Imperial Coinage Vol. 5, Part II (From Probus to Maximian). London: Spink & Son, [1933] 1972, pp. 399-425) indique cette pièce comme ayant été frappée dans un atelier du sud de l’Empire des Gaules (et avance Vienne, en Gaule narbonnaise, comme possible localisation) sans donner de datation précise. Toutefois, les sources modernes (en ligne) identifient ce deuxième atelier comme étant plutôt situé à Colonia Agrippinensium (Cologne) et datent la pièce (sans pourtant fournir de justificatif) à 272-73 EC.

Sources: Wikipedia (Tetricus I [FR/EN], Fides), Google, FAC (Tetricus I, Fides, Military Ensigns, Signa militaria, Legionum Insignia, Roman standard, vexillum), ERIC (Tetricus I);  RIC v. 5, pt. 2: 71, Sear RCV (1983): 3076; Numismatics, WildWinds (text, image), GallicEmpire, FAC [Cologne Mint, issue 3, FIDES MILITVM type], CoinProject, CoinSpot. Voir aussi ma fiche.

IMG_9515-9520La deuxième pièce est un assez beau antoninianus de Tetricus Junior (VG [Very Good] / G [Good], AE [bronze] ou billon, 16.5 x 17 mm, 2.599 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14, flan déchiqueté, décentré, la patine grisâtre et argentée semble indiquer que le flan de billon a été “saucé”; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste du césar drapé et radié à droite (on remarque le portrait juvénile) avec l’inscription latine C[AIVS] PIV[S] ESV[IVS] TETRICVS CAES[AR]. Le revers illustre de façon fort intéressante divers emblèmes du pontificat et instruments sacrificiels comme les aspergillum (arroseur ou goupillon), simpulum (louche), capis (cruche avec la hanse à droite), secespita (couteau rituel) et lituus (bâton augural), avec l’inscription latine PIETAS AVGVSTOR[VM] (“la piété des Empereurs”) — l’usure et la rognure ayant fait disparaître la fin de l’inscription, celle-ci pourrait en fait être PIETAS AVGG mais la distance, la taille et le positionnement des lettres rendent AVGVSTOR plus probable.

Ici, les co-empereurs veulent de toute évidence promouvoir leur grande piété et ainsi s’attirer les faveurs des dieux (ils en avaient bien besoin!). Tout comme la pièce précédente, le RIC attribut cette pièce au deuxième atelier (que l’on suppose être situé dans le sud, possiblement à Vienne) sans avancer de date précise. Toutefois, les sources modernes (en ligne) identifient ce deuxième atelier comme étant plutôt situé à Colonia Agrippinensium (Cologne) et datent la pièce à 273-74 EC. Dans ce cas-ci on peut facilement justifier cette datation par le fait que Tetricus II aurait reçu le titre de caesar au début de 273 et que son principat prit fin avec l’avénement d’Aurelianus à la fin de 274.

Sources: Wikipedia (Tetricus II [FR/EN]), Google, FAC (Tetricus II, Pietas, PIETAS AVGG, aspergillum, simpulum, capis, Secespita, lituus), ERIC (Tetricus II); RIC v. 5, pt 2: 254 ou 258, Sear RCV (1983): 3088; CoinProject, ARC, numismatics, FAC (Cologne Mint, issue 6, PIETAS AVGVSTOR type), WildWinds (text, image), GallicEmpire, BeastCoins, vcoins, CoinArchives (1, 2, 3), HarvardMuseum, FralinMuseum. Voir aussi ma fiche.

Le RIC nous dit que “la plupart des monnaies régulières de Tetricus et de son fils (…) suivent si étroitement le style de l’atelier du sud de Victorinus qu’il ne laisse aucun doute qu’elles proviennent de la même source” (p. 399) et il propose que ce second atelier pourrait être situé à Vienne (en Gaule narbonnaise). Toutefois, les sources récentes semblent n’indiquer que deux ateliers monétaires: celui de  Augusta Treverorum (Trière), caractérisé par ses bustes radiés, cuirassés et drapés, et celui de Colonia (Cologne), caractérisé par des bustes qui sont uniquement radiés et cuirassés. 

Avec Tetricus, la cohésion de l’Empire des Gaules semble s’étioler. En effet, “Le déclin de la fabrication, de la taille, du poids et de l’individualité [des pièces de monnaie], dont les signes commencent à apparaître après la mort de Postumus, a maintenant avancé jusqu’à indiquer l’épuisement de l’esprit qui, sous ce grand empereur, a provoqué l’établissement de la Imperium Galliarum” (RIC, p. 400). Il était donc bien mûr pour la reconquête par Aurelianus… Ce dernier réunifie l’Empire Romain qui échappe ainsi de peu à l’extinction par le fractionnement. Toutefois, la fin de l’Empire des Gaules et de l’époque des Trente Tyrans ne signifie pas pour autant la stabilité de l’Empire: la crise du IIIe siècle (et l’arnachie militaire qui l’a provoqué) n’est pas encore tout à fait terminée et il y aura encore de très nombreux usurpateurs du pouvoir. Par exemple, Carausius (commandant de la flotte navale Classis Britannica sous Maximianus Herculius) se révolte et réussit à se tailler un Empire de Bretagne, qui demeurera modeste (n’incluant que la Bretagne et le nord de la Gaule) et éphémère (puisqu’il ne durera que six ans, de 286 à 293).

La semaine prochaine nous reprenons le fil de notre récit des empereurs romains au travers de leur monnaie avec le premier des empereurs Illyriens, Claudius Gothicus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 41

Crise du IIIe siècle (3): L’Empire des Gaules (2) 

Victorinus (269-271 EC)

Marcus Piavonius Victorinus est issue d’une riche famille gauloise et sert dans l’armée sous Postumus où il gravit rapidement les échelons: il est nommé tribunus praetorianorum en 266/267, puis co-consul avec Postumus en 268 et fut peut-être même nommé préfet du prétoire. Après la mort de Marius, il est acclamé empereur des Gaules par les troupes basées à Augusta Treverorum (Trière). Comme la plupart des usurpateurs, son règne fut bref et le manque de sources contemporaines fait que nous n’en connaissons peu de chose. Son pouvoir ne fut reconnu que par les provinces de Gaule, de Germanie et de Bretagne. L’Hispanie se rallia à l’empereur légitime de Rome, Claudius Gothicus. Ce dernier redouble les efforts pour reprendre l’Empire des Gaules sous son contrôle. Il envoi le général Placidianus pour reconquérir le sud-est de la Gaule mais seulement la ville de Cularo (Grenoble) est reprise. Toutefois, la ville de Augustodunum (Autun) en profite pour se rebeller aussi mais Victorinus la reprend (et ses soldats Bataves la pillent) après un siège de sept mois au printemps 270. Claudius Gothicus ne pousse pas plus loin sa tentative de reconquête car il doit porter son attention sur des invasions d’Alamands en Italie et de Goths dans les Balkans. Au début de l’année 271, Victorinus est assassiné par l’un de ses officiers, Attitianus, jaloux de l’attention qu’il portait à son épouse. Il est remplacé par Tetricus, qui était alors gouverneur de Gallia Aquitania.

J’ai quatre pièces de monnaie de Victorinus: deux Pietas et deux Salus. 

Les deux premières pièces sont deux antoniniani très similaires avec un type de Pietas. L’avers présente un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] VICTORINVS P[IVS] F[ELIX] (pieux heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Pietas drapée (et diadémée?) debout à gauche, sacrifiant de la main droite au-dessus d’un autel allumé et tenant une boîte à encens (acerra) de la gauche avec l’inscription latine PIETAS AVG[VSTI] (la piété de l’empereur).

IMG_9456-9461Le premier est un beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], AE/AR [bronze argenté], 17.5 x 19 mm, 1.728 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14, le flan est partiellement rogné et déchiqueté et la patine présente une étrange iridescence sans doute due au fait que la pièce est “saucée“; die-axis: ↑↑).  Le début de la titulature de l’empereur est perdu dans la rognure et le revers est en moins bon état que l’avers mais la pièce demeure toutefois identifiable par comparaison. La pièce aurait été frappé un deuxième atelier (le principal étant Cologne) dans le sud de l’Empire mais aucun indice ne nous permet une datation précise. 

IMG_9476-9480La deuxième pièce est un assez beau antoninianus (G [Good] / VG [Very Good], AE [bronze], 20 x 21 mm, 3.211 g, payé environ $5.60 le 1985/06/16, le flan est relativement épais et couvert d’un dépôt aquamarine ou vert-de-gris qui masque les détails de la pièce; die-axis: ↑↓). L’inscription de l’avers est pratiquement illisible (sauf pour le IMP C initial qui est assez clair). Celle du revers se distingue bien mais on note que le “S” de PIETAS ressemble plus à un “O”… La pièce aurait également été frappé au deuxième atelier mais aucun indice ne nous permet une datation précise. 

Sources: Wikipedia (Victorinus [FR/EN]), Google, FAC (Victorinus, PIETAS AVG), ERIC (Victorinus); RIC v. 5, pt 2: 57, Sear RCV (1983): 3067; WildWinds (1 [text, image], 2 [text, image]), ARC, CoinProject (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7), CoinArchives, vcoins, beastcoins, numismatics, GallicEmpire, classicalcoins; Voir aussi mes fiches [1 & 2].

Les deux pièces suivantes sont deux antoniniani également très similaires mais cette fois avec un type de Salus. L’avers présente un buste de l’empereur radié, cuirassé et drapé  à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] VICTORINVS P[IVS] F[ELIX] (pieux heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Salus debout à gauche, tenant un long sceptre vertical de la main gauche et une patère dans la main droite, nourrissant un serpent qui s’élève d’un autel, avec l’inscription latine SALVS AVG[VSTI] (la santé de l’empereur). 

IMG_9464-9468La troisième pièce est un très beau antoninianus (F [Fine], AE/AR [bronze argenté], 17 x 18.5 mm, 2.286 g, payé environ $5 le 1985/06/16, le flan est partiellement déchiqueté et la patine brunâtre présente la même iridescence argentée que la première pièce mais, s’il n’y a aucun dépôt, certains détails ont été effacé par l’usure; die-axis: ↑↑). Le début de la titulature est perdu mais le reste est bien lisible. Sur le revers, ce qui distingue les deux pièces, est la césure du S-ALV-S et le fait que le AVG est absent ou a été effacé par l’usure. La pièce aurait été frappé par l’atelier du sud en 271 (selon certaines sources en ligne, mais je n’ai pas trouvé de justification pour cette datation).

IMG_9485-9490La dernière pièce est un assez beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], AE [bronze], 18 x 16 mm, 2.588 g, payé environ $8 le 1985/12/17, patine brun & vert foncé avec des traces de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). Ici aussi le début de la titulature a été effacé et, sur le revers, il n’y a pas de césure dans le SALVS et le AVG est clairement présent (quoique le “A” soit illisible). Compte tenu de ces différences entre les deux pièces, peut-on attribuer à celle-ci le même atelier et la même datation? Ce n’est pas très clair…

Sources: Wikipedia (Victorinus [FR/EN]), Google, FAC (Victorinus, SALVS AVG), ERIC (Victorinus); RIC v. 5, pt 2: 71, Sear RCV (1983): 3070; WildWinds (text, image), coinarchives (1), beastcoins, CoinTalk, numismatics, GallicEmpire (image), FAC, numista; Voir aussi mes fiches [3 & 4].

On note une grande variation dans la taille et le poids des antoniniani sous Victorinus. Et, si l’atelier de Colonia Claudia Ara Agrippinensium (Cologne) généralement préfère le buste drapé au cuirassé, produit des pièces dont le dessin est agréable et bien exécuté et le lettrage bien formé, on remarque toutefois que près de la moitié de la production monétaire de Victorinus est dans un style différent. Le nez est large et le lettrage moins précis: les M et N sont disjoints et les V ont une base ouverte. Victorinus a clairement utilisé un autre atelier mais le style ne ressemble pas non plus à celui de Lugdunum (Lyon). Le RIC (Webb, Percy H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. The Roman Imperial Coinage Vol. 5, Part II (From Probus to Maximian). London: Spink & Son, 1972, pp. 379-385.) propose un atelier dans le sud, possiblement Moguntiacum (Magnence), qui fut l’atelier de Laelianus, ou alors soit Vienna (Vienne) ou Valentia (Valence) dans la Gallia Narbonensis (une source en ligne propose Augusta Treverorum). Il semble, toujours selon le RIC, que les types de Pietas et de Salus aient tous deux été frappé par ce second atelier du sud. 

La semaine prochaine nous terminons notre aparté sur l’Empire des Gaules avec l’empereur Tetricus et son fils, Tetricus II.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 40

Crise du IIIe siècle (3): L’Empire des Gaules (1) 

Postumus (260-269 EC)

En plein coeur de l’anarchie militaire qui a plongé l’Empire Romain dans la crise du IIIe siècle, on retrouve un territoire autonome qui s’est scindé du reste de l’Empire. Il s’agit de l’Empire des Gaules qui a été créé par l’un des nombreux usurpateurs du pouvoir romain, surnommés les “Trente Tyrans” par l’Histoiria Augusta : Marcus Cassianus Latinius Postumus. 

Nous ne savons pas grand-chose sur Postumus et ce que nous savons provient principalement de sources peu fiables comme l’Historia Augusta. On croit qu’il était d’une origine provinciale modeste et, comme il a émis des monnaies dédiées à une divinité locale (Hercules Deusoniensis), serait né à Deusone (Diessen en Hollande) près de la frontière Batave. Il aurait donc des origines gauloises ou bataves. Très doué, il aurait rapidement gravi les échelons militaires jusqu’à devenir gouverneur de Germanie Inférieure sous le règne de Valerianus. Lors d’une invasion germanique en 259 (Alamans, Francs et Juthunges), Gallienus — qui est en charge de l’occident alors que son père Valerianus est en charge de l’orient — confit à son fils Saloninus (à peine âgé de dix-sept ans) la défense de la frontière du Rhin et Postumus y commandait l’une des armées.

À l’été 260, son armée écrase une colonne de Juthunges qui revenait d’Italie chargée de prisonniers et du fruit de leurs pillages. En septembre, suite à une dispute sur la distribution du butin (l’armée n’appréciant pas la décision du jeune Saloninus et de son préfet du prétoire Silvanus de s’accaparer le trésor; et la nouvelle de la capture de Valerianus par les Perses a sans doute aussi été un facteur), les soldats proclament leur général empereur et entreprennent de faire le siège de Colonia Agrippinensium (Cologne). Ils prennent la ville rapidement, puis assassinent Saloninus et Silvanus (quoi que plus tard ils blâmeront les gaulois pour le meurtre). Le pouvoir “Impérial” de Postumus est immédiatement reconnu par les troupes de Gaule, de Germanie et de Rhétie. L’année suivante, il contrôle également la Bretagne, la Gaule Narbonaise et l’Hispanie. Étrangement, plutôt que de marcher sur l’Italie pour devenir l’Empereur de Rome, il établit plutôt son propre fief dans le coin nord-ouest, l’Empire des Gaules, et choisit pour capitale soit Colonia Agrippinensium (Cologne), soit Augusta Treverorum (Trèves). Postumus structure l’administration de son “empire” en prenant exemple sur Rome: il est nommé consul et Pontifex Maximus, reçoit la puissance tribunicienne, établit un sénat et une garde prétorienne, frappe de nombreuses monnaies (principalement avec des types de victoires ou une série importante dédiée aux Travaux d’Hercules), et il défend avec succès son territoire contre les invasions germaniques et les tentatives de Gallienus de le reconquérir (ce dernier réussi bien à faire le siège de Augusta Treverorum, mais il doit abandonner après avoir été blessé d’une flèche).

Toutefois, si Postumus réussit à maintenir la paix et la prospérité dans son empire pendant plus d’une demi-douzaine d’années, les troubles présents dans le reste du monde Romain finissent par le rattraper. Grâce aux apports d’argent provenant du front du Rhin et des mines d’Hispanie, il a réussi à maintenir une monnaie forte jusqu’en 265 mais, par la suite, la quantité d’argent dans la monnaie chute à des niveaux comparable au reste de l’Empire causant une crise économique. Il n’était pas non plus exempt à voir son pouvoir contesté  par un usurpateur puisqu’en janvier 269, Laelianus, le gouverneur de Germanie Supérieur, se révolte et est nommé empereur par ses troupes (Legio XXII Primigenia et Legio VIII Augusta). Postumus recapture la ville de Mogontiacum (Mayence) et fait tuer Laelianus, mais durant l’été 269 il est assassiné à son tour par ses propres troupes qu’il tentait d’empêcher de piller la ville! Il semble que ceux-ci lui reprochait aussi son manque d’ambition… Les légions acclament un certain Marius, un simple soldat, pour le remplacer mais celui-ci ne jouira du pouvoir que quelques mois puisqu’il est assassiné à l’automne 269 et remplacé par le préfet du prétoire Victorinus

IMG_9197-9203Je n’ai qu’une seule pièce de Postumus et c’est un très beau antoninianus (VF [Very Fine] / VG [Very Good], AR (Billon ou flan de bronze saucé), 21 mm, 3.504 g, payé 95 FF, caractérisé par un très très bel avers mais un revers un peu plus usé et un peu flou, die-axis: ↑↑). L’avers présente une buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] POSTVMVS P[IVS] F[ELIX] (pieux et heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire ailée avançant à gauche, une couronne de laurier dans la main droite et une palme dans la gauche, un prisonnier à ses pieds, avec l’inscription latine VICT-OR-IA AVG[VSTI] (“Victoire de l’Empereur”).

Selon le RIC  (Webb, Percy H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. The Roman Imperial Coinage Vol. 5, Part II (From Probus to Maximian). London: Spink & Son, 1972, pp. 310-368.) ce type n’a été frappé qu’à Lugdunum (Lyon) mais il n’offre aucune datation précise (260-268). Toutefois, les sources en ligne (sans justificatif apparent, possiblement en se basant sur des données archéologiques) mentionnent que ce type aurait pu être frappé aussi à Augusta Trevorum (Trèves) ou à Colonia Agrippinensium (Cologne), et avance comme date le début du règne (260-261). Le motif de victoire peut faire référence soit aux victoires de Postumus contre les envahisseurs Germains (peut être sur les Juthunges), soit au fait qu’il ait résisté à toute les tentatives de Gallienus pour reconquérir son territoire.

Sources: Wikipedia (Postumus [FR/EN], Empire des Gaule [FR/EN]), Google, FAC (Postumus, VICTORIA AVG, laurel wreath, victory, palm), ERIC (Postumus), GallicEmpire; RIC 5.2: 89, Sear RCV (1983): 3032; CoinArchives, acsearch, arc, WildWinds (text, image), numista, numismatics, vcoins, CoinTalk, FAC, YorkCoins, ACG, WorthPoint, CoinProject.  Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous nous attardons sur le règne de Victorinus dont j’ai quatre pièces de monnaie.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 39

La crise du IIIe siècle (2): Les Trente Tyrans 

Gallienus (253-268 EC) (3)

En 267, Gallienus doit faire face à une nouvelle invasion de tribus Germaniques (parfois appelé génériquement Goths ou même, par erreur, Scythes). Cette fois il s’agit des Hérules qui, à l’aide d’une flotte de centaine de navires, pillent la côte sud de la Mer Noire, assiégeant sans succès Byzance et Cyzique. La marine romaine les repousse en Mer Égée où ils continuent leur pillage sur les îles de Lemnos et Skyros, avant de s’attaquer aux villes d’Athènes, de Corinthes, d’Argos et de Sparte. La milice athénienne dirigée par Dexippus les repousse au nord, où ils sont intercepté par l’armée romaine sous le commandement de Gallienus. Ils sont défait lors d’une bataille à la frontière entre la Macédoine et la Thrace, près de la rivière Nessos. Toutefois, Gallienus n’a pas le temps de savourer sa victoire. Après avoir accepter la reddition du chef Hérule, Naulobatus, il doit laisser la suite des opérations à Marcianus et partir précipitamment pour l’Italie afin de réprimer la révolte de son maître de cavalerie Aureolus. Ce dernier, campé à Mediolanum (Milan), devait protéger le nord de l’Italie contre une attaque de l’usurpateur Postumus, mais au lieu de cela il donne son support à ce dernier et tente lui-même d’usurper le pouvoir impérial. Gallienus gagne une première bataille près de Pontirolo Nuovo et fait le siège de Mediolanum. 

Toutefois, plusieurs de ses hauts officiers (Heraclianus, Marcianus, Claudius et Aurelianus) complotent contre lui durant le siège et il est assassiné en septembre 268. Le sénat, apprenant sa mort, fait exécuter sa famille (son frère Valerianus, son neveu Marinianus et sa femme Salonina) et leurs partisans. L’un de ses maîtres de cavalerie Illyriens, Claudius, lui succède (soit qu’il a été choisi par Gallienus lui-même sur son lit de mort, ou par ses co-conspirateurs). Ce dernier doit aussitôt faire face à une nouvelle invasion de Hérules, cette fois accompagnés du renfort d’autres tribus Goths (Greuthungi et Thervingi), Gépides et Peucini. Leur attaque sur les côtes occidentales de la mer Noire, sur la mer de Marmara (Propontis) et en Mer Égée est inefficace et Claudius les vaincra en 269 à la bataille de Naissus, méritant ainsi son surnom de Gothicus (vainqueur des Goths). Son bref règne annoncera la fin de l’anarchie militaire et débutera l’époque des empereurs illyriens.  

Voici donc mes trois dernières pièces de monnaie de Gallienus:

La première de ces pièces est un assez beau antoninianus (G [Good], AE [bronze], ± 18 mm, 2.823 g, payé $9.50 US le 1985/04/14, patine brunâtre et le quart de la bordure du flanc est déchiquetée, die-axis: ↑↙︎). L’avers présente une tête de l’empereur radiée à droite avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une antilope marchant à gauche avec l’inscription latine (partiellement lisible) DIANAE CONS[ERVATORI] AVG[VSTI] (“Diana, protectrice de l’empereur”) et un XII (marque de la douzième officine de l’atelier de Rome) est légèrement discernable en exergue.

À la toute fin du règne de Gallienus (probablement en 267-68), les ateliers de Rome produisirent une émission monétaire qui honorait neuf divinités romaines afin d’obtenir leur protection en ces temps très troublés. Chacune des divinités était représentées par un ou plusieurs animal réel ou mythique: Apollo (centaure, griffon), Diana (biche, cerf, antilope / gazelle), Hercule (lion, sanglier), Juno (biche / élan / chevreuil), Jupiter (bouc), Liber Pater (panthère / tigresse), Mercure (hippocampe / Criocampus [créature mi-bélier, mi-poisson]), Neptune (capricorne [animal mythique mi-chèvre, mi-poisson], hippocampe) et Sol (Pegasus, taureau). On appel cette série soit “Conservatio”, soit la série animalière de Gallienus. Chacune des officines a produit un type différent de ces pièces. Le groupe le plus fréquent était celui dont l’inscription référait à Diana (43.5%) et le type illustrant une antilope (ou gazelle) a été frappé par la onzième (XI), avec l’antilope à droite, et douzième (XII) officine, avec l’antilope à gauche. Quelques rares pièces de ces types auraient pu également être frappées à l’atelier de Siscia. Cette pièce a donc fort probablement été frappée à Rome, par la douzième officine, vers 267-68.

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], Diana [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Diana, DIANAE CONS AVG, Conservator, zoo collection), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 181, Sear RCV (1983): 2853; vcoins, vcoins, vcoins, Numista, Numista, CoinArchives, MA-Shops, acsearch, coinproject, CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

La pièce suivante est un très beau antoninianus (F [Fine], AE [bronze], 18 x 21 mm, 2.946 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14, importante patine verte [oxyde de cuivre] et le bas de la pièce est rogné, die-axis: ↑↑). L’avers présente une tête de l’empereur radiée à droite avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Mars, casqué, en tenue militaire, debout ou marchant à gauche, tenant une branche d’olivier dans la main droite, s’appuyant sur un bouclier de la main gauche et une lance posée sur son bras gauche, avec l’inscription latine MARTI PACIFERO (“pour Mars, le pacificateur”) et un A (marque d’officine, alpha = première officine) dans le champs gauche.

Comme je l’ai mentionné la semaine dernière, l’une de quatre grandes thématiques que l’on retrouve dans les différents types de pièces de monnaie émises sous Gallienus (selon Troy Kendrick, A Reassessment of Gallienus’ reign, lui-même citant Erika Manders) est l’association de l’empereur aux divinités. Si c’est la deuxième plus importante thématique après les représentations militaires durant le règne conjoint, l’association divine devient la catégorie incluant le plus grand nombre de pièces frappées après 260 — c’est-à-dire près du quart de l’émission monétaire. L’exemple précédente, qui évoque Diane (la déesse chasseresse), fait partie de cette catégorie. C’est aussi le cas pour cette pièce qui évoque Mars le Pacificateur, un dieu qui amène la paix mais par la victoire. Cette pièce fait partie non seulement du groupe d’association divine mais également de celui des représentations militaires. “Se présenter comme un dieu, un héros, un sauveur ou le médium par lequel le pouvoir divin apportait la paix et la prospérité était un élément standard de la propagande parmi les empereurs. [KENDRICK, p. 57] (…) La «série animale» et la proclamation de tant de dieux protégeant Gallienus étaient probablement un effort pour simultanément impressionner et rassurer toutes ses troupes, qui choisissaient des divinités individuelles à qui prier et faire des sacrifices. [p. 61] (…) Gallienus a tenté de donner à son règne un fondement religieux, faisant appel à un large éventail de divinités qui étaient adorées dans tout l’Empire” [p. 63]. Cette pièce est donc un autre exemple où Gallienus promet au peuple de l’Empire la victoire, la paix et la prospérité, en disant “Ne vous inquiétez pas, avec moi ça va bien aller.”

La nomenclature (GALLIENVS AVG) nous indique encore que la pièce a été frappée durant la période où Gallienus régnait seul, c’est-à-dire après 260. Malheureusement, aucun élément ne nous permet une datation plus précise. Cette pièce aurait donc été frappée à Rome, par la première officine, vers 260-268.

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], Mars [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Mars, Marti, Mars), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 236, Sear RCV (1983): 2880; Numista, vcoins, CoinArchives, CerberusCoins, MA-Shops, Numismatics, acsearch, acsearch. Voir aussi ma fiche.

Mon dernier exemple est une pièce grecque impériale (monnaie provinciale romaine). J’ai toujours cru qu’il s’agissait d’un tétradrachme mais en fait c’est un decassarion, “une dénomination de bronze valant dix as (assarion en grec) qui était généralement frappé par les ateliers provinciaux romains. Il ne respectait pas une norme de poids standard mais suivait plutôt la norme locale, ainsi il s’agissait simplement d’une pièce qui avait pour valeur dix fois la dénomination de base locale” [ACG]. 

C’est donc un très beau decassarion frappé à Perga, en Pamphylie, sur la côte sud de l’Anatolie (F+ [Fine+], AE [bronze], 29.5 mm, 15.087 g, payé environ $5 le 1985/01/06, surface rugeuse et dépôt rougeâtre, die-axis: ↑↑). L’avers présente une tête de l’empereur laurée, cuirassée et drapée à droite avec l’inscription grecque AVT KA𝚰 𝞟𝞞 𝞚𝞘  𝚪𝚨𝚲𝚲𝚰𝚮𝚴-𝚶 CEB (Aut[okratos] Kai[sar] Po[blios] Li[cinios] Gallieno Ceb[astos] = Imperator Ceasar Publius Licinius Gallienus Augustus) et un grand “𝚰” devant le buste (un indice de la dénomination). Le revers illustre un coffre à trois pattes avec trois bourses au-dessus, et l’inscription grecque 𝚷𝚬𝚸-𝚪𝚨𝚰-𝛀𝚴 (Pergaion / Perga, le nom de la cité qui a frappée la monnaie).

La symbolique de ce type de revers est incertaine. Cela pourrait faire référence à des offrandes divines ou à une libéralité de l’empereur (distribution d’argent au peuple) car le coffre et des bourses évoque une idée d’argent (sacs de monnaies). J’aurais probablement besoin de faire plus de recherches sur ce sujet. De plus, aucun élément de cette pièce ne permet de la dater avec précision, donc tout ce que l’on peut dire c’est qu’elle a été frappée à Perga vers 253-268 (quoique la présence de “AVT KAI” suggère que c’était durant le règne conjoint, soit 253-260).

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], atelier monétaire), Google, FAC (Gallienus), ERIC (Gallienus), ACG (Decassarion), ; CoinProject (1, 2, 3), CoinArchives, SNG, WildWind (text, image). Voir aussi ma fiche.

En conclusion, comme je l’ai déjà mentionné quand j’ai parlé de son épouse Salonina, ce qui rend Gallienus intéressant c’est que, malgré le fait qu’il ait été un empereur-soldat, il a aussi été un empereur hellénisant et humaniste, adepte du néoplatonisme et tolérant envers les cultes orientaux (Allat, Sol, religions à mystères), particulièrement envers le christianisme — ce qui a d’ailleurs beaucoup facilité son avancement. Il a également fait des réformes militaires où le commandement des armées a été confié à des Magister equitum (des officiers expérimentés d’origine illyrienne ou pannonienne) et où il a créé de nouvelles divisions de cavalerie, plus aptes à répondre rapidement aux invasions et plus adaptées aux tactiques des germains.

Gallienus a pris le pouvoir au pire moment de la crise du troisième siècle, quand l’Empire aurait dû s’effondrer, mais d’une manière ou d’une autre, il a réussi à tout garder ensemble probablement principalement grâce à sa réforme de l’armée. Il a comprit que l’armée était celle qui faisait et défaisait les empereurs et que s’il pouvait garder les soldats payés, occupés et heureux, il pourrait rester au pouvoir. Pour ce faire, il a entre autre créé de nouveaux ateliers monétaires (Mediolanum et Lugdunum) pour frapper des pièces plus près des légions du nord afin de leur assurer un salaire stable. 

Toutes ces luttes intestines avec les usurpateurs et les guerres pour tenir les envahisseurs à distance coûtaient énormément cher à l’Empire. Et le fait que les mines d’argent d’Espagne étaient soit épuisées, soit sous le contrôle de l’Empire des Gaules a contribué à aggraver la crise économique. Malheureusement, Gallienus ne pouvait rien faire à ce sujet, sinon continuer à produire de la monnaie avec au moins une apparence de normalité. Comme la teneur en argent des pièces devenait de plus en plus basse, on cachait ce fait en sauçant les pièces dans une solution d’argent pour leur donner un bel aspect argenté. Il a également utilisé sa monnaie pour diffuser une forte propagande affirmant que tout allait bien et qu’il garderait l’empire en sécurité et prospère. Et, d’une manière miraculeuse, il a réussi à rester au pouvoir pendant quinze ans, à tenir les envahisseurs et les usurpateurs à distance et l’empire en marche. C’est pourquoi son règne a marqué un point tournant dans l’Empire romain au troisième siècle.

Pour les trois prochaines semaines, avant de nous attaquer aux empereurs Illyriens, nous ferons un petit détour pour discuter de l’Empire des Gaules fondé par Postumus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 38

La crise du IIIe siècle (2): Les Trente Tyrans 

Gallienus (253-268 EC) (2)

À partir de 260, Gallienus règne seul sur l’Empire. Toutefois, son règne continue d’être en proie aux même menaces qui persistaient durant les années de règne conjoint avec son père: révoltes, usurpations du pouvoir et invasions, le tout sur un fond de crise économique. Après la défaite de la bataille d’Édessa et la capture de Valerianus, l’armée Sassanide du roi Shapur attaque la Cilicie et la Cappadoce pillant une trentaine de cités. Ce qui restait de l’armée romaine s’est rallié sous le commandement de Ballista et de Fulvius Macrianus pour repousser les Sassanides avec l’aide d’Odenathus et de ses cavaliers Palmyriens. Fort de ce succès, Macrianus décide de nommer empereur ses fils Quietus et Iunius Macrianus. Les deux Macrianus, gagnant à leur cause les légions de Pannonie, marchent sur l’Italie mais sont défait en Illyrie par le général Aureolus au printemps ou au début de l’été 261. Au même moment, Odenathus pousse plus profondément en territoire Sassanide. Il assiège sans succès la capital de Ctesiphon mais réussi néanmoins à reprendre tout le territoire que les romains avaient perdu depuis le siège de Nisibis en 252. Par 262, Odenathus contrôle une bonne partie de l’Orient romain (le Levant, la Haute Mésopotamie et l’est de l’Anatolie) et ne peut résister à s’en déclarer le roi (avec son fils Herodianus), fondant ainsi l’Empire palmyrénien. Gallienus, préoccupé par la situation à la frontière nord de l’Empire, n’a pas le choix de le tolérer — il lui donne même le titre de dux Romanorum (commandeur des Romains). Lorsque Odenathus est assassiné en 267, le pouvoir passe à son fils Waballath (sous la régence de son épouse Zenobia) qui parvient à en agrandir le territoire (ajoutant une partie de l’Arabie et l’Égypte — qui s’était déjà rebellée sous Macrianus, puis sous le préfet Aemilianus en 262) jusqu’à ce qu’Aurelianus y mette fin en 273.

Pendant ce temps, Gallienus est au prise avec un autre usurpateur au nord de l’Empire. Suite à la défaite d’Edessa et à la révolte de Macrianus, le commandant des légions du Rhin, Postumus, est proclamé empereur par ses troupes en septembre 260. Il assiège et prends Colonia Agrippinensium (Cologne) et y établit sa capitale. Il y fait également assassiner Saloninus, le fils de Gallienus. Son pouvoir est immédiatement reconnu par les troupes de Gaule, de Germanie et de Rhétie. L’année suivante, il contrôle également la Bretagne, la Gaule Narbonaise et l’Hispanie. Étrangement, plutôt que de marcher sur l’Italie pour devenir l’Empereur de Rome, il établit plutôt son propre fief dans le coin nord-ouest: l’Empire des Gaules. Gallienus, affaiblit par la rébellion de Macrianus et de nouvelles invasions Goths au nord-est, ne réussira jamais à éliminer cet empire. Il réussit bien à assièger Postumus mais il est blessé par une flèche tirée du rempart et doit abandonner. Et lorsque Aureolus revient de l’Orient avec des renforts, celui-ci le trahit, donne son support à Postumus et tente d’usurper le pouvoir à son tour… L’Empire de Postumus (à qui succèdera Victorinus, puis Tetricus) ne sera reconquit que par Aurelianus en 274. À suivre…

Cette semaine, je vous présente trois autres pièces de monnaie de Gallienus.

IMG_9150-9154La première pièce est un assez beau antoninianus (G [Good], AR [argent], 17.5 x 18 mm, 2.344 g, payé environ $6 le 1985/04/14, die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite, avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Liberalitas drapée, debout à gauche, tenant une tessera de la main droite levée et une corne d’abondance (cornucopiae) de la main gauche, avec l’inscription latine LIBE-RAL[ITAS] AVG[VSTORVM] (la générosité de l’empereur) et un S (marque d’officine, S[ecundus] = deuxième officine) dans le champs droit. 

La nomenclature (GALLIENVS AVG) nous indique que la pièce a été frappée durant la période où Gallienus régnait seul, c’est-à-dire après 260. Le RIC (vol V, pt 1: p. 33) nous apprend que ce type de Liberalitas a été frappé seulement à Rome. Il commémore une libéralité, ou distribution d’argent au peuple. Celles-ci eurent lieu en 253, 254, 256 et — la seule du règne de Gallienus — en 263. Ces libéralités sont bien représenté par les attributs de la divinité allégorique: la cornucopiae, qui représente l’abondance, et la tessera, qui est une sorte de planche avec des trous utilisées pour compter rapidement le nombre approprié de pièces à distribuer. Cette pièce a donc été frappée durant le règne unique de Gallienus, à Rome, en 263.

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], Liberalitas [FR/EN], corne d’abondance [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Liberalitas, tessera, cornucopiae), ERIC (Gallienus); RIC  vol. V, pt 1: 227, Sear RCV (1983): 2877; Numista, WildWinds (text, image), CoinProject, Numismatics. Voir aussi ma fiche.

Les deux pièces suivantes sont des antoniniani représentant des Providentiae mais, si elle offrent les inscriptions similaires, elles illustrent la divinité avec des attributs différents.

IMG_9188-9193La première Providentia est un assez beau antoninianus (VG [Very Good] / G [Good], AR / Billon ?, 21 x 17 mm, 2.257 g, payé environ $8 le 1985/12/17, l’avers est assez bien conservé mais il y a un important dépôt sur le revers et tout le bas de la pièce est rogné; die-axis ↑↑). L’avers nous offre une tête de l’empereur radiée avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Providentia drapée, debout à gauche, tenant un globe dans la main droite et un long sceptre transversal dans la gauche avec l’inscription PROVID[ENTIA] AVG[VSTORVM] (la providence [protection? prévoyance?] de l’empereur). Il ne semble pas y avoir de marque d’officine dans le champs (et l’exergue a disparu dans la rognure, donc impossible de savoir si elle contenait une marque quelconque…).

Encore une fois, la nomenclature (GALLIENVS AVG) nous indique que la pièce a été frappée durant la période où Gallienus régnait seul, c’est-à-dire après 260. Dans ce cas-ci nous nous retrouvons devant deux possibilité. La première (RIC 270) est une frappe aux ateliers de Rome qui normalement comporterait un “P” dans le champs droit mais certaines sources en ligne indique qu’il existerait un type sans aucune marque — toutefois, pour cette frappe, personne n’ose avancer de datation donc nous restons avec l’intervalle du règne seul, soit 260-268. La seconde possibilité (RIC 508a) est une frappe à l’atelier de Mediolanum (Milan) qui comporterait soit un “P” dans le champs droit (ce qui n’est pas le cas) ou un “MP” en exergue (ce qui est impossible à vérifier avec cette pièce). Je juge plus probable qu’il s’agisse de la seconde possibilité. Le sources en ligne date le type de cette frappe à 265-66 mais je n’ai pas pu trouver de justification pour cette datation. Il me faudrait sans doute faire des recherches plus approfondies…

Sources: Wikipedia (Gallienus, Providentia [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Providentia), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 270 / 508a, Sear RCV (1983): 2888; CoinArchives, Numismatics, WildWinds (RIC 270: text, image; RIC 508: text, image),  bnumis, CoinProject, MA-Shops. Voir aussi ma fiche.

IMG_9171-9175L’autre Providentia est un beau antoninianus (VG [Very Good], AE [bronze], 21 x 22 mm, 3.946 g, payé environ $6 le 1985/04/14, die-axis: ↑↑) qui nous offre en avers une tête de l’empereur radiée à droite avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Providentia debout à gauche, tenant un bâton dans la main droite et une cornucopiae dans la main gauche; à ses pieds, à gauche, il y a un globe et l’on retrouve l’inscription latine PROVIDEN[TIA] AVG[VSTORVM] (la providence [protection? prévoyance?] de l’empereur). Il n’y a aucune marque d’officine dans le champs ou en exergue.

La nomenclature (GALLIENVS AVG) nous indique encore que la pièce a été frappée durant la période où Gallienus régnait seul, c’est-à-dire après 260. Ce type de Providentia (avec cette inscription et pas de marque d’officine) ne semble se retrouver que dans les pièces frappées à l’atelier de Siscia. Les sources en ligne la date de 267-68 (mais, encore une fois, je n’en ai pas trouvé le justificatif).

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], Providentia [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Providentia, Siscia), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 580; vcoins, WildWinds (text/image), bnumis, CoinProject. Voir aussi ma fiche.

L’utilisation du type de revers avec une Providentia est très révélateur d’un aspect important de la propagande impériale de Gallienus. Elle montre quelle image il voulait donner de lui-même et de son règne principalement à travers ses portraits officiels et les différents types de frappes monétaires. Cela nous permet indirectement de connaitre l’idéologie et les politiques qu’il voulait communiquer au peuple. Selon Troy Kendrick (A Reasses­sment of Gallienus’ reign, lui-même citant Erika Manders), on retrouve durant le IIIe siècle quatre grandes thématiques dans les différents types de pièces de monnaie émises: les représentations militaires (22.5%), la promotion d’un âge d’or ou saeculum aureum (19.2%), la glorification des vertus de l’empereur (17.4%) et l’association de l’empereur aux divinités (21.8%). La frappe monétaire sous Gallienus suit les mêmes proportions. La prédominance des types militaires (qui évoquent des victoires ou vantent la valeur d’une légion pour la fidéliser) reflète bien l’importance qu’il accordait à l’armée — et pour cause! Le message qu’il veut faire passer à travers les types de frappes est qu’il est favori des dieux et, par ses propres mérites et vertus (pietas, clementia, justicia, aequitas, liberalitas, providentia, indulgentia, etc.), il est l’homme de la situation pour maintenir la paix et la prospérité de l’Empire. C’est l’habituel “Ça va bien aller” et ceux qui disent autrement font des “fake-news” (Quoi? Quelle crise?)…

Comme pour les pièces présentées la semaine dernière, celles-ci sont une bonne évidence de la dévaluation monétaire sous Gallienus (voir aussi RIC v. 5 pt 1, pp 7-8). Le coût élevé des campagnes militaires, l’épuisement des mines d’argent et l’émission constante de nouvelle monnaie par une succession d’empereurs et d’usurpateurs causent une importante inflation à laquelle on répond par une dépréciation monétaires et les pièces contiennent donc de moins en moins d’argent. L’antoninianus, qui lors de sa création par Caracalla, contenait 50% d’argent n’en contient plus que 10% au début du règne de Gallienus. On compense en frappant des pièces en billon (ce qui donne un aspect plus terne aux pièces) ou en trichant par l’utilisation de pièces saucées (un flan de bronze est trempé dans une solution d’argent pour lui donner une apparence argenté). Toutefois avec le temps et l’usage ce plaquage tend à disparaître et l’antoninianus prend l’apparence d’une simple pièce de bronze. À la fin du règne de Gallienus, les pièces ont moins de 3% d’argent et cela tombe à près de 1% dans la décennie suivante!

La semaine prochaine je vous présenterai mes trois dernières pièces de monnaie de Gallienus et je vous entretiendrai de sa mort et de son legs.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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