Monnaies anciennes 96

Pièce républicaine (4)

IMG_2333-2349De prime abord cette pièce semble être un semis républicain anonyme dans un état assez beau (semis, G [Good], Cu/Ae [Cuivre/Bronze], 17 x 19 mm [±0.7 po], 4.565 g, payé environ $8 le 1985/12/17, caractérisée par une patine brune avec quelques tâches vertes; die-axis: ↑↙︎). L’avers présente une tête de Saturne laurée et barbue à droite, avec un large “S” derrière. Le revers illustre la proue (prora en latin; parfois armée d’un rostre) d’un navire (généralement une galère) à droite avec un large “S” au dessus. C’est une pièce assez typique et commune de la république romaine qui a été frappée dès le IIIe siècle AEC, un peu avant le début de la deuxième guerre punique (218-202 AEC), et jusqu’au Ier siècle AEC. 

Le “S” est une marque de valeur pour le semis (un demi as, qui devait peser environ quatre gramme et demi de cuivre). Il est dit “anonyme” car il ne comporte pas d’inscription qui nomme le magistrat responsable de la frappe monétaire (quoique certaines de ces pièces comporte l’inscription “ROMA” sous le navire, ce qui n’est pas le cas ici).  Saturne est une divinité fondatrice de Rome, patron entre autre de la richesse (son temple sur le forum abritait le trésor public), il n’est donc pas surprenant qu’il soit représenté sur les premières monnaies de la république. Le revers illustre le moment où, après avoir perdu un combat contre son fils Jupiter, Saturne quitte sa terre natale en bateau et arrive au Latium pour fonder une nouvelle civilisation qui verra l’âge d’or de l’humanité. 

Toutefois, le style un peu grossier du portrait de Saturne nous laisse croire qu’il s’agit probablement d’une imitation. Certains domaines privés d’Italie on frappé de ces imitations et, comme il n’y avait pas de magistrat pour s’assurer de l’uniformité, on retrouve une grande variété de styles. Toutefois, ces imitations — tolérées par l’état car celui-ci avait cessé momentanément au 1er siècle AEC de produire de la monnaie de bronze à cause de l’instabilité politique — étaient d’assez bonne qualité. Cela ne semble pas être le cas ici alors il s’agit possiblement d’une imitation “barbare” provenant d’Hispanie (Espagne). Les peuples “celtibères” (des Ibères qui ont adopté la culture celtique et qui occupaient le nord de la péninsule ibérique, le sud étant habité par des Ibères et des colonies puniques) sont reconnu pour avoir produit beaucoup de ces imitations de monnaie romaine.

Il est à noter que si le revers illustre la proue d’un navire et un large “S”, son apparence diffère considérablement des représentations que l’on retrouve communément sur ce type de pièces. Le navire comporte un mat (et possiblement une voile), on y voit ce qui semble être un ou deux passagers, et il y a deux barres verticales à l’extrême gauche dont la signification m’échappe. Je n’ai trouvé aucune représentation comparable dans toutes les références que j’ai consulté… Donc, aucune identification et datation précise n’est possible. Tout ce que l’on peut dire c’est qu’il s’agit probablement d’une variation d’imitation celtibère d’un semis républicain anonyme, frappé en Ibérie vers le 1er siècle AEC.

Sources: Wikipedia (Saturne [FR/EN], semis [FR/EN], Ancient Iberian coinage), FAC (Saturnus, semis, galley); Sear RCV (1983): 116; Réf. en ligne: semis anonyme: Google, acsearch, FAC, vcoins, WildWinds (Syd 143a/Sear 766, Crawford 56[3]: text, image); imitations: acsearch, BM, CoinArchives, CoinTalk, colleconline, eBay, FAC, vcoins. Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous quittons définitivement le domaine des pièces de monnaie romaine (et même de l’antiquité) pour entrer dans la période médiévale. Je vous présente une pièce de monnaie mystère mais qui appartient aussi à un royaume environnant…

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 95

Les royaumes environnants (4)

Pièce Séleucide (2)

Antiochos IX (113-95) SeleucideMa seconde pièce Séleucide est une assez belle dénomination de type “B” (AE18, G [Good], Ae [Bronze], 18 mm [0.7 po], 3.836 g, payé environ $8 le 1985/12/17, caractérisée par une patine noire avec des concrétions vertes, jaunes ou rougeâtres, une frappe décentrée sur l’avers, ainsi qu’un flan plutôt mince (1.5-2 mm), trapézoïdal et possiblement grugé (le revers est plus petit que l’avers de deux ou trois millimètres!); die-axis: ↑↑). L’avers présente le buste d’un personnage masculin lauré à droite avec aucune inscription et une bordure en pointillé (qui met évidence la frappe décentrée). Le revers illustre une divinité féminine ailée, debout de trois-quart à gauche, la main droite tendue (sans doute pour présenter un object) et le bras gauche replié sur la taille soutenant un pan de vêtement, avec une large inscription verticale dans le champs gauche et une inscription verticale partielle qui disparait dans le rebord droit de la pièce — dans les deux cas les inscriptions sont illisibles. 

La représentation masculine de l’avers pourrait être le portrait d’un monarque ou d’une divinité. Pour ce qui est du revers, la divinité féminine ailée la plus commune sur les pièces de monnaie est une Victoire. Comme cette pièce-ci a été acheté dans un lot qui contenait surtout des pièces séleucides et qu’elle en porte toutes les caractéristiques, il suffit de la comparer aux pièces séleucides pour trouver des représentations similaires et ensuite d’en confirmer la description et la datation avec les ouvrages académiques.

Les recherches (tant par comparaison d’images que par mots clés) révèlent que ce type (une portrait mâle en avers et une Niké ailée avec inscriptions verticales sur le revers) se retrouve semble-t-il uniquement sous le règne de Antiochos IX. L’avers représenterait un buste lauré et ailé d’Éros à droite (sur ma pièce on ne distingue pas ses ailes qui se perdent dans le bord décentré). Le revers illustrerait une Niké avançant à gauche, tenant une couronne de laurier dans la main droite, retenant sa robe de la main gauche, entouré de l’inscription grecque verticale ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΝΤΙΟΧΟΥ (à droite) et ΦΙΛΟΠΑΤΟΡΟΣ (à gauche) [Basileos Antiochou Philopatoros / “Roi Antiochus Philopator”], avec une datation en chiffres grecques verticale dans le champs gauche, sous la couronne (par exemple “ΑΣ” = 201 SE = 112/111 AEC). Sur ma pièce on devine la fin de l’inscription de droite (possiblement un “ΑΝΤΙ” mais ce n’est pas clair si c’est une abréviation ou si le reste de l’inscription se perd dans le rebord grugé de la pièce; le “ΒΑΣΙΛΕΩΣ” semble totalement absent) et l’on distingue un peu “ΦΙΛΟΠΑΤ” sur la gauche (encore une fois: est-ce une abréviation ou est-ce que le reste se perd dans la bordure grugée?). On peut également deviner deux lettres grecques superposées dessous la couronne (tenue par le bras qui traverse le “ΦΙΛΟΠΑΤ”) qui constitue probablement la datation mais que nous ne pouvons malheureusement pas lire. Il faut donc se contenter des années de règne de Antiochos IX pour datation. Cette pièce a donc probablement été frappé dans un atelier indéterminé de Phénicie entre les années 114/113 et 96/95 AEC.

J’ai déjà expliqué le contexte historique de cette pièce dans l’entrée précédente (#94). Antiochos IX est le fils de Antiochos VII et de Cléopâtre Théa. À la mort de son père en 129 AEC, il est trop jeune pour lui succéder alors sa mère l’envoi à Cyzique où il grandit (d’où son surnom de Cyzicenus, “le Cyzicène”). Le trône retourne donc à son oncle Démétrios II, puis à son demi-frère Antiochos VIII en 125 AEC (après qu’il ait réglé son compte à l’usurpateur Alexandre II). Considérant sans doute que sa mère (Cléopâtre Théa) avait trahie son père (Démetrius II) lorsqu’elle épousa son beau-frère (Antiochos VII) pendant que son époux était captif des Parthes, il la fait assassiner. Dès qu’il est âgé d’une vingtaine d’années (vers 114 AEC), Antiochos IX conteste le pouvoir de son demi-frère. Pour consolider son alliance avec les Ptolémées d’Égypte, il épouse la reine Cléopâtre IV. Le conflit dure presque vingt ans alors que chacun des demi-frères règne sur une partie de la Syrie: Antiochos VIII sur la région côtière (Antioche et Damas) et Antiochos IX sur la région intérieure (la Cœlé-Syrie, y compris la Phénicie). Ils font assassiner leurs épouses respectives. Cette pièce commémore donc l’une des victoires de Antiochos IX contre son demi-frère (possiblement lorsqu’il capture et fait exécuter Cléopâtre Tryphaena en 111 AEC).

Lorsque Antiochos VIII meurt dans une révolte en 96 AEC, Antiochos IX règne enfin sur toute la Syrie mais pas pour longtemps puisqu’il est défait l’année suivante par son neveu Séleucos VI… Cette querelle familiale affaiblira beaucoup la dynastie séleucide qui ne durera encore qu’une trentaine d’année avant que Pompée ne fasse de la Syrie une province romaine

Sources: Wikipedia (Séleucide [FR/EN], Dynastie Séleucide [FR/EN], Seleucid coinage, Antiochos IX [FR/EN]), FAC (Seleukid kingdom, Seleukid Era); BMC v.4: #27-29; S-GCV: 7173; Réf. en ligne: Google, acsearch, BM, cerberuscoins, CoinTalk, FAC (GY57102), nobleromancoins, numismatics, vcoins, vcoins, WildWinds Hoover 1254 (text, image). Voir aussi ma fiche (recto, verso).

Bibliogaphie: 

La semaine prochaine nous nous arrêtons à nouveau sur ce qui semble être une pièce de la république romaine.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 94

Les royaumes environnants (4)

Pièce Séleucide (1)

IMG_8541b-8542bMa première pièce Séleucide est une assez belle dénomination de type “C” (AE15, G [Good], Ae [Bronze], 14 x 15 mm [0.6 po], 5.363 g, payé environ $8 le 1985/12/17, caractérisé par une patine noire avec des concrétions de vert-de-gris et un flan assez épais (2-3 mm) trapézoïdal (le revers est plus petit que l’avers d’un bon millimètre);  die-axis: ↑➚). L’avers présente une tête de lion de Némée à droite, sans aucune inscription. Le revers illustre une massue, debout à droite, avec une inscription verticale sur plusieurs lignes malheureusement illisible. Dans les deux cas il s’agit d’une iconographie liée au demi-dieu grec Heraclès (Hercule): tuer le lion de Némée a été le premier de ses douze travaux et la massue taillée dans le tronc d’un olivier sauvage est l’un de ses attributs.

Les recherches (tant par comparaison d’images que par mots clés) ont démontré que cette combinaison de types (tête de lion/massue) n’est associée qu’au règne du roi séleucide de Syrie Antiochos VII. Normalement, ce genre de pièce était frappé à Antioche et comportait l’inscription grecque ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΝΤΙΟΧΟY EYEPΓETOY [Basileus Antíochou Evergetou / Roi Antiochos Évergète (“Le Bienfaisant”)] avec un monogramme identifiant l’atelier et une datation en chiffres grecques (trois lettres) exprimée en années de l’ère séleucide (par exemple: ZOP = 177 ES = 136/135 AEC). Malheureusement, comme l’inscription est illisible, nous ne pouvons êtes certain ni de l’atelier, ni de la datation. Dans ce dernier cas, nous devons nous contenter des années de règne du roi. Cette pièce a donc probablement été frappée à Antioche durant le règne du roi séleucide de Syrie Antiochos VII, c’est-à-dire entre 138 et 129 AEC (cependant le BMC ne recense que trois dates: ΔOP [174 SE = 139/8 AEC], EOP [175 SE = 138/7 AEC] et ZOP [177 ES = 136/135 AEC]).

Comme je l’ai déjà mentionné, à la mort d’Alexandre le Grand (en 323 AEC) ses généraux se sont partagés son empire et ont fondé plusieurs dynasties royales. Séleucos s’est d’abord vu accordé la satrapie de  Babylonie mais il conquiert rapidement le territoire de ses voisins et se proclame roi (vers 305 AEC) d’un empire oriental qui s’étend de la Babylonie à la Syrie (l’équivalent actuel de l’Iran et de l’Irak), initiant ainsi la dynastie Séleucide — dont Antiochos VII est le quinzième monarque. Fils cadet du roi Démétrios Ier Sôter et de Laodicé V, Antiochos grandit à Sidé (d’où son surnom de Sidètès). Lorsque son frère Démétrios II est fait prisonnier par les Parthes du roi Mithridate en 139, il accède au trône et épouse sa belle-soeur Cléopâtre Théa (fille de Ptolémée VI). Il écrase l’usurpateur Diodote Tryphon et conquiert la Judée. Il est un bon administrateur et apprécié du peuple (ce qui lui vaut sans doute le patronyme de Évergète [“Le Bienfaisant”]). Malheureusement, la situation est moins bonne sur la frontière orientale où les Parthes font des incursions. Les négociations avec le roi Phraatès II échouent et Antiochos VII meurt au combat en 129. Démétrios II, libéré dans les négociations, lui succède.

Sources: Wikipedia (Séleucide [FR/EN], Dynastie Séleucide [FR/EN], Antiochos VII [FR/EN], Lion de Némée [FR/EN], Seleucid coinage), FAC (Seleukid kingdom, Antiochus VII, Seleukid Era); BMC v.4: #64-68; Réf. en ligne: Google, CNG, CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, eBay, numismatics, vcoins, WildWinds (BMC 64var: text, image). Voir aussi ma fiche (recto / verso).

Bibliogaphie: 

La semaine prochaine je vous présente une deuxième pièce séleucide.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 93

Les royaumes environnants (3)

Pièce Ptolémaïque

IMG_2205-2220Cette pièce ptolémaïque est une Hemiobole ou TriChalkon dans un état de conservation relativement médiocre (AE18, P [Poor], Ae [Bronze], 17 x 18 mm [0.7 po], 3.110 g [48 grs], payé environ $5 le 1985/01/06, caractérisé par une patine vert foncé et une marque de poinçon au centre du flan des deux côté;  die-axis: ↑↑). Tant l’avers que le revers présente un portrait mais l’un des côtés offre une inscription grecque qui est heureusement assez lisible: ΒΑΣΙΛΕΩΣ – ΠΤΟΛΕΜΑΙΟΥ (Basileos Ptolemaioy / roi Ptolémée) — ce qui confirme qu’il s’agit bien d’une pièce ptolémaïque. Au départ je n’étais même pas sûr de quel côté était le revers. On pourrait présumer que l’inscription est une titulature et qu’elle se situe sur l’avers mais après comparaison c’est en fait le contraire… Étant donné l’état de la pièce, nous ne possédons que de deux indices pour l’identifier: le fait qu’elle comporte une double portrait et l’inscription du revers. Certaines pièces romaines grecques impériales comportent un double portrait mais si c’était le cas l’inscription serait différente. Ici, l’inscription indique clairement que c’est une pièce qui est associée à la dynastie ptolémaïque. Le problème est que dans cette dynastie tous les rois ont porté le même nom (Ptolémée) et qu’il y en a eut une quinzaine!

Deux éléments vont nous aider dans notre identification. Premièrement, j’ai découvert un troisième indice: le poinçon au centre du flan. J’avais initialement assumé qu’il s’agissait soit d’une contre-marque postérieure à la frappe ou un trou fait pour transformer la pièces en pendentif et qui a été comblé par la corrosion par la suite. Ce serait en fait une marque intentionnelle faite soit sur le flan avant la frappe ou qui a été créé au moment de la frappe. Selon P. Vassiliou et al. (voir bibliographie ci-bas), cette cavité de poinçon apparait systématiquement sur toutes les pièces ptolémaïques après la réforme monétaire de Ptolémée II vers 260 AEC.

Deuxièmement, la très grande majorité des revers frappés par les Ptolémées illustrait un ou deux aigle(s). D’après le guide des types et dénominations du “PtolemAE Project” les seules pièces ptolémaïques qui comportent un portrait tant sur l’avers que le revers seraient celle du type avec un portrait de Ptolémée I sur l’avers et une tête de la Libye sur le revers, frappé à Cyrène (Κυρήνη / Kurḗnē, ville de Cyrénaïque [Libye]) sous Ptolémée III et IV. Si l’on se fit à la dénomination (AE18) les types le plus proche serait Sv 856 (Obv/Rev) et Sv 872 (Obv/Rev).  Ce même type a aussi été utilisé sous Ptolémée VIII (Sv 1658 – Obv/Rev) et IX (Sv 1725 – Obv/Rev). Cyrène a été une cité satellite du royaume lagide (le roi était nommé par le satrape d’Égypte, Ptolémée I) dès 321 AEC et ce n’est qu’après la révolte de Magas, en 250 AEC, que le Cyrénaïque fut complètement absorbé par le royaume ptolémaïque. 

En conclusion, cette pièce présente donc sur l’avers une tête de Ptolémée I, à droite, coiffée d’un diadème (et portant possiblement une égide autour du cou). Le revers illustre un buste de femme (fort probablement une représentation de la Lybie), à droite, coiffée du bandeau (taenia) ou d’un diadème, [les cheveux en longues boucles à l’arrière de la tête, avec une cornucopia sous le menton] et l’inscription grecque ΒΑΣΙΛΕΩΣ – ΠΤΟΛΕΜΑΙΟΥ (Basileos Ptolemaioy / roi Ptolémée). Elle aurait été frappé à Cyrène par un monarque de la dynastie ptolémaïque vers 246-180 AEC— c’est-à-dire probablement sous les règnes de Ptolémée III (246-222 AEC), Ptolémée IV (222-204 AEC) ou Ptolémée V (204-180 AEC), et possiblement sous les règnes de Ptolémée II (283-246), Ptolémée VIII (170-163 AEC) ou Ptolémée IX (116-107 AEC).

Pour remettre cette pièce dans son riche contexte historique, il faut se rappeler (comme je l’ai mentionné dans les pièces grecques) que Alexandre le Grand, roi de Macédoine, a conquit un vaste territoire qu’il ne pouvait gouverner par lui-même. Il a donc confié l’administration de chaque province (satrapie) à ses généraux. Après sa mort (en 323 AEC) ses successeurs se partagent les territoires de son empire selon l’accord de Babylone: Antipater (et son fils Cassandre) conserve la Macédoine et la Grèce, Ptolémée reçoit l’Égypte, Antigone obtient la Phrygie, la Lycie et la Pamphylie, Lysimaque prends la Thrace, Léonnatos règne sur la Phrygie hellespontique,  Peithon sur la Médie, Peucestas sur la Perside, Asandros sur la Carie, Atropatès conserve la Médie, Néoptolème prends l’Arménie, et Eumène de Cardia reçoit la Cappadoce. Séleucos est d’abord simplement nommé chef de cavalerie (hipparque) mais une nouvelle répartition des territoires lui accorde finalement la Babylonie. Évidemment, l’ambition et la jalousie causa une dispute sur le partage des territoires (322-281 AEC) et ce qui en résulta fut, à l’aube de l’Époque hellénistique, la création de trois grandes dynasties: les Antigonides (fondée par Antigone le Borgne), les Lagides (ou ptolémaïques, fondée par Ptolémée I) et les Séleucides (fondée par Séleucos). Les descendants de Ptolémée règneront sur l’Égypte et le Cyrénaïque pendant deux siècles et demi. La dynastie prendra fin en 30 AEC avec Cléopâtre VII (qui co-règna d’abord avec son frère Ptolémée XIV, puis avec son fils Ptolémée XV (Césarion)) alors que la satrapie d’Égypte est finalement absorbée par la République Romaine…

Sources: Wikipedia (Royaume lagide / ptolémaïque [FR/EN], Dynastie lagide [FR/EN], Cyrène [FR/EN]), FAC (Ptolemaic Kingdom); BMC v.7: #87, 96-99 (Ptolémée V); Svoronos: Sv 856 (pl. XXXIV, 7), Sv 871 (pl. XXXIV, 33-34), Sv 872 (pl. XXXIV, 35-37), Sv 873 (pl. XXXIV, 38), Sv 1658 (pl. LXIII, 5), Sv 1725 (pl. LXIII, 10). Réf. en ligne: Google, acsearch, FAC (Sv 871), FAC (Sv 871), FAC (Ptolemy V), FAC (Sv 871), Hearst, MRB, numismatics, WildWinds: Ptolemy II, Sv 856 (text, image), WildWinds: Ptolemy IV, Sv 873 (text1, image1 / text2, image2), WildWinds: Ptolemy V, BMC 76 (text, image), WildWinds: Ptolemy IX, Sv 1725 (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie: 

La semaine prochaine nous continuons la présentation de pièces de monnaie des royaumes environnants l’Empire Romain avec une pièce Séleucide.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 92

Pièce grecque (6)

IMG_2075-2088Ma sixième pièce de monnaie grecque est une assez belle obole de bronze (AE23, G [Good], AE [Bronze], 20 x 23 mm [0.9 po], 6.079 g [93.8 grs], payé environ $5 le 1985/01/06, caractérisée par une patine verte avec quelques concrétions rougeâtres; die-axis: ↑↓). L’avers représente une tête d’Artémis, à droite, portant un bandeau (taenia), avec possiblement un arc et un carquois par-dessus l’épaule. Le revers illustre une lyre avec l’inscription grecque verticale PHΓI-NΩN (Ῥήγιον / Rhegion pour la cité grecque de Rhegium) dans le champs de part et d’autre.

Les sources (voir plus bas) s’entendent sur le fait que cette pièce a été frappé à Rhegium entre 270 et 203 AEC (quoique certain la date de 260-218 AEC).

Rhegium est une cité de la Grande-Grèce situé à l’extrémité ouest de la Calabre (région que les romains appelait Bruttium, d’après le peuple qui y habitait: les Bruttii). Elle occupait une position stratégique sur le détroit de Messine, juste en face de la ville du même nom, en Sicile. Fondée vers 730 AEC, elle a été l’une des premières colonies grecques en Italie. C’était une cité importante surtout pour le commerce maritime. Elle a longtemps été une allié d’Athènes (particulièrement durant la Guerre du Péloponèse (431-404 AEC), qui opposait Athènes à Sparte, Corinthe et Syracuse). Durant la troisième Guerre gréco-puniques (opposant les Cathaginois et Syracuse pour le contrôle de la Sicile en 398-393 AEC) elle est tombé sous le contrôle de Syracuse. Elle s’est allié à la République Romaine en 282, peu de temps avant la guerre de Pyrrhus. Le romains se sont par la suite emparé de la cité et ont restauré son indépendance en 271 AEC. Elle conserva alors ses coutumes et sa langue grecques ainsi que le droit de frapper monnaie. Toutefois, après la deuxième guerre punique (218-202 AEC) elle fut définitivement absorbée par la République Romaine.

Sources: Wikipedia (Artémis [FR/EN], Lyre [FR/EN], Rhegium [FR/EN]), FAC (Artemis, Bruttium, Lyre); Head B.V., H.N.: pp. 75-77, 91-92, 95; Poole R.S., BMCG v.1: Italy: p. 380. Réf. en ligne: Google, acsearch, eBay, Thirion, WildWinds (SNG ANS 729 (text, image), 729ff (text, image), 731 (text, image)). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous reprenons la présentation de pièces de monnaie des royaumes environnants l’Empire Romain avec une pièce ptolémaïque.

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Westmount Antiquarian Book Fair

Antiquarian Book FairI have often talked about my fondness for old books (see entries “Old Books”,  Cabinets of curiosities”, “2020 Antiquarian Book Fair”, “Latest acquisition” and “Natural History – Final research”). This interest was put on hold for a while since there was no antiquarian book fair during the pandemic. Until now. I was recently informed by Mr. Wilfrid de Freitas that the 29th Westmount Antiquarian Book Fair would be held on Saturday May 21 2022 at the Centre Greene (1090 Avenue Greene, Westmount) from 10:00 to 17:00. I couldn’t miss this.

I first took a quick tour of the place to spot interesting books. It was quick since it is a very small fair (“Canada’s Smallest Book Fair !”). I was mainly looking for 16th or 17th century editions of classical authors. Also, since I have books mostly in Greek, Latin and old French, I was looking maybe for a 17th or 18th century book in English. However my budget was limited to about $200. I found many interesting books but most of them were way over my budget, like a collection of letters from Italian artists by Giovanni Bottari (Italian, 1754-57, 2 vol. for $375) or The Shepherd Calendar by the poet Edmund Spencer (English, 1653, $3000 !!). Within five or ten minutes I had spotted two or three possible candidates for purchase: 

I looked around several time to make sure I didn’t miss anything and to ponder the expanse. After thirty minutes I took the plunge. I chose the first option, the 17th century edition of Aristotle’s Politics. The seller was Ayers Books (owned by Lindsay Bignell, they don’t have a physical location, sell only in book fair or by appointment and can be reach only by email or phone — see the contact information in the list of members of the “Confrérie de la Librairie Ancienne du Québec [CLAQ]”). Seeing that I was still hesitating, the nice lady offered me a discount of fifty dollars which brought the price right within my budget! Lucky me! Apparently the book was acquired from the succession of an old monk. It is a nice addition to my collection of old books. It is not my oldest book but it is one of the nicest (well preserved, my third oldest, second biggest and, above all, a very interesting subject). 

Here’s the title page:

API𝚺TOTELOY𝚺 𝚷O𝚲ITIK𝛀N BIB.[λία] O.[κτώ] (Aristoteloys Politikon, Biblia Októ)

ARISTOTELIS POLITICORVM LIBRI VIII (Aristotle’s Politics, in eight books)

cum perpetua Danielis Heinsii (with the continuous Daniel Heinsius’)

in omnes libros paraphrasi (paraphrase of all the books)

accedit accuratus rerum index (including an accurate index of things)

LVGDVNI BATAVORVM (Leyden, Netherland)

Ex Officinâ ELZEVIRIANA (from the Elseviers’ Printing House)

ANNO clↄ Iↄ CXXI. (MDCXXI / Year 1621)

This book is an in octavo (8vo, i.e. about 5.25 x 7.25 inches / 13 x 18 cm), set in contemporary full vellum, yapp edges, handwritten title on the spine (faded in this case). Besides a few stain, annotations and worm holes it is in pretty good shape. It has 1045 pages, plus sixteen introductory pages and a forty pages index (so it is 2.5 inches thick). It is a first Elzevir edition, presenting the Greek and Latin texts in parallel, with a commented synopsis (in Latin) by Daniel Heins for each book. According to the colophon, the typesetting was done by Isaac Elzevir. [ Abe BooksGoogleWorldCat ]

As we all know, Aristotle (Ἀριστοτέλης / Aristotélēs) was a greek philosopher, student of Plato, that lived in Athens and Macedonia (where he tutored Alexander the Great!) during the 4th century BCE (384–322). His thinking had a profound influence on the medieval scholars and it endured through the Renaissance up to the Enlightenment when new philosophers (like Descartes, Hume, Kant, Spinoza) built upon his work to develop a modern way of thinking. Aristotle wrote over one hundred and fifty treaties but only a third of his corpus survived and is available to us. It includes his Πολιτικά (Politiká / lit. “the things concerning the πόλις [polis]” i.e. Politics) which is a treaty of political philosophy. In it he discusses the various forms of communities, what constitute the best political regime, citizenship, welfare, constitutions, the education in an ideal state and even music theory! 

I recently started to pay more attention to who were the publishers of those old books. They were often both printer, librarian, distributor and even scholar. This book was published by the Elzevir. The Elzeviers House (Wikipedia [FR/EN]; Encyclopedia Britannica; National Library of Belarus) is a publishing house founded by Lodewijk (Louis) Elzevir (1540-1617). He learned the trade by working at the printing shop of Christoffel Plantijn in Antwerp. He moved to Leyden around 1580 and his descendants continued publishing until 1791. When he died, his son Bonaventura took over the business. Bonaventura Elzevir (1583–1652) began publishing in 1608, and in 1626 he took into partnership his nephew Abraham Elzevir (son of his brother Matthijs [Matthieu]; (1592-1652)). In 1617, his other nephew (Matthijs’ second son), Isaac Elzevir (1596–1651), had acquired printing equipment that he gave to his oncle and brother in 1626 when he decided to change career (he purchased a tavern in Rotterdam).

Old books are fascinating objects even if you cannot read them. They open the door to so many questions and just thinking about who might have manipulated and read them throughout the centuries is quite enthralling. I hope I will have the chance to discover (and acquire — if my budget allows it) many more.

Incidentally, the next Antiquarian book fair will be held at the Concordia University (Pavillon McConnell (1400 Boul. De Maisonneuve O.) on October 1st (from 12:00 to 18:00) and 2nd (from 11:00 to 17:00). It is organized by the “Confrérie de la Librairie Ancienne du Québec” and will be a little bigger than the Westmount book fair. 

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Monnaies anciennes 91

Pièce grecque (5)

IMG_8543-8544Ma cinquième pièce de monnaie grecque est un beau drachme (5 lirai / AE20, VG [Very Good], AE [Bronze], 20 mm [0.79 po], 6.196 g [95.6 grs], payé environ $10 le 1985/05/03, caractérisée par une patine verte due à une légère concrétion de vert-de-gris; die-axis: ↑↙︎). L’avers représente une tête de Poséidon à gauche portant un bandeau (taenia). Le revers illustre un trident avec des volutes marines entre les branches, entouré de deux dauphins (la tête en bas), avec l’inscription IEΡΩ-NOΣ (Hieronos, qui est le nom d’un tyran de la cité de Syracuse en Sicile entre 275 et 215 AEC) et ΘΦ (thêta & phi — marques d’atelier, de séquence ou datation?) en dessous de part et d’autre du manche. 

La comparaison iconographique et la recherche par mots-clés (confirmées par les sources — voir ci-bas) nous apprends que ce drachme a été frappé à Syracuse (en Sicile) durant le règne de Hieron II. Malheureusement, il n’est pas possible de dater cette pièce plus précisément que les dates de règne du monarque, soit entre 275 et 215 AEC.

Toutefois, Hieron II se révèle un personnage fort intéressant qui se situe dans le contexte des suites de la guerre de Pyrrhus (280-275 AEC).  La jeune République Romaine, alors en pleine expansion, attaque la ville de Tarente. Celle-ci fait appel au soutien du roi d’Épire, Pyrrhus, qui y voit l’occasion d’étendre sa domination sur la Grande-Grèce. Après deux grandes (mais coûteuses) victoires contre les Romains à Héraclée (280), puis à Ausculum (279), il en profite pour tenter de chasser les Carthaginois de Sicile mais, si il réussit à “délivrer” Syracuse, il rencontre une forte résistance et, après une défaite navale à Messine, décide de retourner en Italie. Il reprend les hostilités contre les Romains mais est défait à Beneventum (275). Il abandonne donc ses projets de conquête et retourne à Épire.

Après le départ de Pyrrhus, les syracusains nomment Hieron (un des officiers de Pyrrhus) général des armées. Ayant eut du succès contre les Mamertins, des mercenaires campaniens qui attaquaient la ville, il est nommé basileus (roi) par le peuple. Il règne sur la cité pendant une soixantaine d’année, qui furent une période de grande prospérité. Il développe une importante force navale, fortifie la forteresse d’Euryale et renforce les défenses de la ville grâce aux machines de guerre de l’ingénieux Archimède. En 263, il signe un traité avec les Romains qu’il honorera jusqu’à sa mort en 215. Toutefois, durant la deuxième guerre punique, son petit-fils Hieronymus, qui lui succède, rompt le traité avec les Romains ce qui amène le siège de Syracuse (en 212), l’assassinat d’Archimède et l’annexion de la cité par la République Romaine…

Sources: Wikipedia (Hieron II [FR/EN]), FAC (Syracuse); Réf. en ligne: Google, acsearch, ACT, catawiki, CoinTalk, CoinTalk, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Les pièces de monnaie c’est un peu comme les gens: quand on apprend à les connaître il n’y en pas une qui n’a pas une histoire à raconter…

La semaine prochaine je vous présente une sixième et dernière pièce de monnaie grecque.

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Monnaies anciennes 90

Pièce grecque (4)

IMG_1950-1957Ma quatrième pièce de monnaie grecque est une très petite dénomination de bronze (AE12, G [Good], AE [Bronze], 12 mm [0.47 po], 1.665 g [25.7 grs], payé environ $8 le 1985/12/17, caractérisée par une patine bronze recouverte d’une légère concrétion de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers représente une tête d’Athena (ou du monarque?) à droite coiffée d’un casque corinthien à crête (parfois orné d’une corne de taureau?). Le revers illustre la proue d’une galère à droite, entourée en haut de l’inscription “BA” (dont je ne suis pas sûr de la signification; peut-être Basileus Asia [roi d’Asie] ou simplement basileus [roi]?), à droite d’un labrys (hache à double tranchant ou bipenne, symbole de pouvoir — sur ma pièce, si l’on se fie au rebord pointillé du revers, il ne semble pas y avoir de place à droite pour un symbole mais par contre il y aurait de l’espace à gauche où l’on distingue une forme qui est peut-être un labrys) et d’un monogramme en-dessous (sur ma pièce on ne le distingue pas bien mais, si l’on compare aux pièces similaires, ce serait un “AP” ligaturé qui est le monogramme d’un monarque, Démétrios Poliorcète (Δημήτριος ὁ Πολιορκητής / “Demetrios le preneur de ville”), qui a régné sur une partie de l’Asie Mineure (306-301 AEC) et sur la Macédoine (294-288 AEC).

Ce type de pièce, combinant une tête d’Athéna et une proue de navire surmonté d’un “BA”, ne semble être associé qu’à Démétrios 1er. Toutefois, les pièces recensées ont une format plus grand (avec un diamètre de 14 à 16 mm) que la mienne (qui fait à peine 12 mm). Cette pièce se situe dans le contexte historique de la guerre des Diadoques — les généraux d’Alexandre le Grand, qui lui succédèrent, se sont partagé son Empire selon l’accord de Babylone et ont formé plusieurs dynasties dont les principales furent les Lagides (Ptolémée), les Séleucides (Séleucos) et les Antigonides (fondée par Antigone le Borgne, père de Démétrios). Antigone et son fils tentent de se tailler une place dans le monde méditérannéen en s’opposant à leur rivaux que sont Ptolémée, Séleucos, Cassandre et Lysimaque. Après un début mitigé (une première victoire à Gabiène en 316, puis une défaite à Gaza en 312), une victoire navale décisive contre Ptolémée à Salamine de Chypre en 306 leur permet de s’imposer en Asie, où ils se proclament roi, initiant l’époque des monarchies hellénistiques. Après le siège de Rhodes en 305, ils étendent leur conquêtes vers le Péloponnèse et, malgré la défaite d’Ipsos en 301 (où meurt Antigone), Démétrios se saisit du trône macédonien. Il commet toutefois l’erreur de se retourner contre son allié Pyrrhus, qui se ligue avec les autres Diadoques contre Démétrios. Il perd la Macédoine (en 388) et, après une tentative de siège à Athènes, décide de regrouper ses forces en Asie Mineure où il finit par être vaincu par Séleucos en 385 puis par mourrir de maladie à Apamée (en 283). 

Cette pièce aurait donc été frappé par Démétrios en 306 AEC (ou dans les années subséquentes, soit 306-288 AEC — Karagiorgis propose 300-295 AEC) pour célébrer sa victoire navale contre Ptolémée à Salamine. La pièce aurait peut être été frappée à Salamine même (ou du moins dans un atelier d’Asie Mineure, comme Tarse en Cilicie). Fait intéressant, Démétrios aurait aussi, possiblement, pour célébrer cette même bataille, fait ériger une statue à Samothrace représentant une Victoire (Niké) sur la proue d’un navire (la célèbre “Victoire de Samothrace” qui réside maintenant au Musée du Louvre à Paris).

Sources: FAC (Demetrius, Labrys); Sear 6775, Newell 20, SNG Cop 1185cf; Réf. en ligne: Google, CoinArchives, CoinTalk, CoinWeek, ebay, numismatics, vcoins, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

La semaine prochaine je vous présente une cinquième pièce de monnaie grecque.

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Monnaies anciennes 89

Pièce grecque (3)

IMG_1867La troisième pièce de monnaie grecque est malheureusement dans un état assez médiocre. Elle présente toutefois assez de détails pour que l’on ait une bonne idée de ce qu’elle est mais pas assez pour pouvoir faire une attribution précise. C’est donc une pièce qui échappe à l’identification. Malgré tout, il est cependant certain qu’il s’agit ici d’une pièce de monnaie grecque de petite dénomination en bronze (AE17, quatre chalkoi ou un hemiobole) datant du IVe siècle AEC (P [Poor], AE [Bronze], 16 x 17 x 2.5 mm [0.67 po], 5.562 g [85.8 grs], payé environ $7, caractérisée par un flan épais, bombé sur l’avers, avec un relief prononcé mais recouvert d’une épaisse concrétion rougeâtre et un peu de vert-de-gris dans les creux; die-axis: ↑↑). 

IMG_1852-1857L’avers présente une tête de Hercule (barbu?) à droite, coiffée d’une peau de lion. Le revers pause un peu plus de difficulté. Si la thématique de l’illustration est claire (les attributs d’Hercule: l’arc et le gourdin) les détails sont rendu flous par la concrétion et la disposition des objets est incertaine. J’y vois deux possibilités. Dans la première, le revers illustre (de gauche à droite) un arc, une massue et un carquois d’où dépasse une flèche avec, à l’extrême droite, une possible inscription à la verticale (HPA? pour Herakleia). Dans la seconde possibilité, le revers illustre (de gauche à droite) un arc et un carquois superposés, une inscription verticale complètement embrouillée par la concrétion (possiblement AΛEΞANΔ[POY] [Alexandre], ou BAΣIΛEΩΣ [Basileos = roi], ou B.A. [pour Basileos Alexandroy, roi Alexandre], ou ΦIΛIΠΠOY [Philipoi], ou encore le nom d’une cité émettrice), une massue et, à l’extrême droite, un pictogramme (éclair, trident) ou une lettre grecque (Delta, Epsilon, etc., comme marque d’atelier).

Dans le premier cas il s’agit de pièces frappées par des cités-états grecques dont le patron est Hercule (Ἡρακλῆς / Herakles) ou dont le nom de la cité est Herakleia ou Heraklea (il est existe plusieurs). Cela a été ma première hypothèse lorsque j’ai acheté la pièce dans les années ’80. Toutefois si le type d’avers avec la tête de Hercule est assez fréquent par contre le type de revers avec la combinaison arc-massue-carquoi l’est beaucoup moins. Et comme la documentation sur les pièces est répartie sur une multitude de volumes j’ai maintenant de la difficulté à confirmer cette hypothèse (il y a surtout très peu de visuel pour comparer les pièces). J’ai tout de même trouvé des pièces similaires émisent par les cités de Heraklea (Lucanie) [CGBM v. 1: p. 234; Head HN: p. 60], Herakleia (Iles d’Illyrie?) [Head HN, p. 268], Herakleia Pontica (Bythinie) [CGBM v. 13: p. 140; Head HN, p. 441], Heraclea Lyncestis (Illyrie/Thessalie) [CGBM v.6: p. 78] et, après avoir consulté les catalogues de plusieurs autres régions, je n’ai trouvé aucune pièce qui correspondait exactement à la mienne. Celle qui s’en rapproche le plus est celle de Herakleia Pontica…

Toutefois, en consultant les sources en ligne (voir ci-bas), je me suis rendu compte que les pièces du type “tête d’Hercule avec peau de lion” avec la combinaison “arc-massue-carquoi” étaient beaucoup plus fréquentes en Macédoine. Ce type semble avoir été très utilisé par les rois de cette région, particulièrement Philippe II (359-336), Alexandre III (336-323) et Philippe III (323-316) — quoique j’en ai trouvé un exemple aussi sous Archelaos I (413-399) [Head HN, p. 194; CGBM v.5: p. 166]. Et, à bien y regarder, cette seconde hypothèse offre une similitude avec ma pièce qui est encore plus grande. Il est malheureux que le manque de détails de la pièce nous empêche de préciser sous quel roi, dans quelle cité ou à quelle époque précise cette pièce a été frappé mais il est excitant de penser qu’elle pourrait très bien avoir été frappé sous le règne d’Alexandre le Grand!

Sources: En ligne: Google, acsearch, akropolis, ancients, BeastCoins, CoinArchives, ELO, hourmo, vcoins, vcoins, wikimedia, WildWinds (Herakleia [Illyria], Herakleia [Lucania], Herakleia Pontika [Bithynia]). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

La semaine prochaine je vous présente une quatrième pièce de monnaie grecque.

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Monnaies anciennes 88

Pièce grecque (2)

Laissons maintenant de côté l’Empire Romain et reculons de quelques siècles en arrière. La civilisation grecque s’est développée en une myriade de cités-états d’abord sur et autour du Péloponnèse, puis dans la mer Égée (incluant la côte anatolienne) et finalement en plusieurs colonies sur le pourtour de la Méditerranée. J’ai déjà parlé de la plus puissante de ces cités-états, Athènes, en vous présentant un superbe tétradrachme de chouette. Avec cette nouvelle série d’articles je vais vous présenter cinq autres de ces cités-états ou colonies.

Camarina (413-405) SicileLa première de ces pièces de monnaie grecques est un très très beau Tetras (F/VF [Fine/Very Fine], Ae [Bronze], 13.5 mm [0.5 po], 2.994 g [46.2 grs], rare, patine d’un vert foncé, très bel état de conservation;  die-axis: ↑↓). L’avers nous montre une tête de Pallas Athena à gauche, coiffée d’un casque athénien à cimier avec une aile sur le côté. Le revers illustre une chouette debout à gauche, tenant un lézard dans ses serres de la patte droite, avec dans le champs droit l’inscription rétrograde KAMA (pour la cité de Camarina en Sicile) et trois points (•••) en exergue (comme marque de valeur, indiquant une dénomination de trois onkia ou un Tetras).

Entre les VIIIe et VIe siècles, une explosion démographique amène un mouvement de “colonisation” où les Grecs fondent de nouvelles cités-états sur le pourtour du bassin Méditerranéen en commençant par la Grande-Grèce (sud de l’Italie et Sicile). La cité de Camarina a été fondé vers 598 AEC par des colons de Syracuse. Elle a connu de nombreux conflits qui l’on opposé à Syracuse, à Athènes (lors de la Guerre du Péloponnèse, en support à Syracuse durant l’expédition de Sicile de 415-413 AEC) et à Carthage (en 405 AEC) ce qui fait qu’elle a été détruite et reconstruite à de nombreuses reprises. 

Le métal de préférence pour les pièces de monnaie grecques a presque toujours été l’argent mais certaines régions d’Italie et de Sicile ne possédaient pas de mines de ce métal et ont donc été parmi les premières régions a frapper leur monnaie en bronze (vers 440-420 AEC). La dénomination sicilienne de base est le onkia. Le tetras vaut trois onkia et le trias vaut quatre onkia. Le litra — l’équivalant de l’obole athénienne (un drachm vaut 6 oboles [5 litra / 60 onkia] et un tetradrachm vaut donc 24 oboles [240 onkia]) — vaut douze onkia. Tetras et trias sont souvent confondu.

Selon les sources (en ligne et académiques — voir ci-bas) cette pièce aurait donc été frappée par la cité grecque de Kamarina vers 420-405 AEC (quoique certains la date plutôt de 415-405 ou même 413-405).

Sources: Wikipedia (Athena [FR/EN], Camarina [FR/EN], Monnaie grecque antique [FR/EN]), FAC (Greek coins, Greek Coin Denominations, Bibliography, SNG, SNG ANS); Réf. en ligne: Google, FAC, CoinTalk, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

La semaine prochaine je vous présente une autre pièce de monnaie grecque.

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