Sous le ciel de Tokyo… 2

SousLeCielDeTokyo-2-cov“La situation est grave.

Shirakawa, bien conscient de l’écart du potentiel militaire entre les deux camps, continue à protéger la Capitale depuis les airs. Puis, le 25 mai 1945, des milliers de bombes sont envoyées dans la région où se trouve sa femme Mariko, rentrée chez ses parents. Inquiet pour elle dans le cockpit, Shirakawa s’efforce de chasser les B-29.

Quel est le destin du couple séparé entre les airs et le sol ?”

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Sous le ciel de Tokyo (東京物語 / Tōkyō monogatari / litt. “Histoire de Tokyo”) est un manga seinen par Seiho Takizawa qui a d’abord été publié en feuilletons dans Comic Taiga en 2010 avant d’être compilé en deux volumes chez Dai Nihon Kaiga (juin 2012 et mars 2013). Il a ensuite été republié chez Futabasha en août 2015 (c’est cette édition qui a été traduite en français par Delcourt / Tonkam en 2017). Seiho Takizawa a débuté comme illustrateur dans le magazine Model Graphix et se spécialise dans les récits aéronautiques qui se déroulent durant la Guerre du Pacifique. Un seul de ses mangas a été traduit en anglais (Who Fighter with Heart of Darkness publié chez Dark Horse en 2006) mais une demi-douzaine de ses titres (sur la vingtaine de publiée au Japon) ont été traduit en français, principalement dans la collection “Cockpit” des Éditions Paquet (J’en commenterai plusieurs bientôt). J’ai déjà commenté le premier volume de ce manga.

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T.2, p. 27

Dans ce second volume, la fin de la guerre approche. L’aviation Japonaise teste de nouveau appareils et surtout des carburants alternatifs (à base de bois ou d’huile de pin) car le Japon s’est vu couper l’accès à ses réserves d’essence. Kayo, la jeune soeur de Mariko, se fiance avec Ishimoto un pilote de la marine. Avec la conquête d’Iwo Jima et de son aéroport, les attaques Américaines se font plus fréquentes les bombardiers sont maintenant protégé par des escadrons de chasseurs ce qui rends la taches des pilotes japonais plus difficile, voir impossible. Tokyo est attaqué avec des bombes incendiaires et Hiroshima est détruite par une seule bombe d’un nouveau genre. Dans un discours à la radio l’Empereur accepte les termes des alliés. 

Avec un dessin beau et simple, ce manga nous présente la vie quotidienne des Japonais durant la guerre vue à travers un officier de l’aviation de l’armée vivant avec son épouse à Tokyo. Il offre un point de vue différent et plutôt intéressant (voir même instructif) sur la Guerre du Pacifique qui n’est évidemment pas dépourvu de tragédie. C’est une bonne lecture, agréable, qui sera surtout apprécié des amateurs de mangas historiques, d’aviation et de la deuxième guerre mondiale.

Sous le ciel de Tokyo…, t.2, par Seiho Takizawa. Paris: Delcourt / Tonkam (Coll. Seinen), janvier 2018. 208 pages, 12.8 x 18.2 cm, 7.99 € / $13.95 Can, ISBN 978-2-413-00086-0. Pour un lectorat adolescent (12+). stars-3-0

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© Seiho Takizawa 2015. Édition française © 2018 Éditions Delcourt.

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Olympia Kyklos vol. 4

Après Thermae Romae, la nouvelle comédie sportive de Mari Yamazaki !

Projeté une nouvelle fois depuis sa Grèce antique natale jusque dans le Japon contemporain, Démétrios se retrouve mêlé au conflit qui secoue les différentes générations de la famille Iwaya. Du catch ou de la lutte gréco-romaine, quelle discipline est la plus noble ? Quand votre père a été l’espoir olympique de toute une nation, difficile de faire entendre sa propre voix. Pour régler ce différend, il faudra l’intervention d’une vieille gloire du catch japonais, que Démétrios a croisé il y a bien longtemps…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Olympia kyklos (オリンピア・キュクロス / lit. “Cercles Olympique”) est un manga seinen par Mari Yamazaki qui est sérialisé au Japon dans le magazine bimensuel Grand Jump depuis mars 2018 et a été jusqu’à maintenant compilé en sept volumes chez Shueisha. Il a été traduit en français chez Casterman (six volumes de disponibles). C’est une comédie du style de Thermae Romae (voir aussi mon commentaire sur cette série) mais qui se situe dans l’antiquité grecque cette fois et traite de sujets autour du thème des jeux olympiques. Le manga a sans aucun doute été créé en anticipation des jeux olympiques de Tokyo de 2020 (mais qui furent reportés à l’année suivante à cause de la pandémie de Covid-19). J’ai déjà commenté le trois premiers volumes.

Page 3

Mari Yamazaki n’a as son pareil pour utiliser des artifices loufoques comme le voyage dans le temps pour nous faire réfléchir sur des sujets sérieux et comparer les cultures de l’antiquité et du Japon — cette fois grâce à la foudre de Zeus! Elle nous raconte les mésaventures de Démétrios, un jeune homme athlétique mais qui n’est pas du tout intéressé aux sports car il a l’âme d’un artiste (il peint des vases). Toutefois les circonstances le forcent toujours à faire de la compétition sportive. Pour l’édifier, les dieux l’envoient à tout bout de champs (et sans avertissement) dans le Japon moderne pour découvrir des aspects différents des disciplines olympiques. Dans ce volume, il découvre le catch (lutte professionnelle) et le compare à la lutte classique. Exceptionnellement, cette fois c’est le jeune Takuji qui est transporté à Athènes pour prendre quelques leçons auprès de l’entraîneur Platon qui allie discipline sportive et philosophie pour élever la conscience: “Toute pensée fausse qui traverse votre esprit entrave les mouvements de votre corps” !

Encore une fois Mari Yamazaki nous offre un récit qui non seulement nous diverti par sa mise en situation humoristique mais nous fait également réfléchir sur l’état de notre société. Son style est fort agréable car il est clair, détaillé et précis. Et, malgré les sauts dans le temps, la narration est fluide et facile à suivre. C’est donc une lecture tout à la fois plaisante, intéressante et même amusante. Comme toutes les oeuvres de Yamazaki, je recommande fortement ce manga. 

Olympia Kyklos, 4, par Mari Yamazaki. Bruxelles: Casterman (Coll. Sakka), août 2022. 200 pages, 13.2 x 18 cm, 8,45 € / $C 15.95, ISBN 978-2-203-22866-5. Pour lectorat adolescent (14+).

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© 2018 Mari Yamazaki. All Right Reserved.

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Marie-Antoinette

Marie-Antoinette-1-covSa véritable Histoire, pour la première fois en manga !

Marie-Antoinette est l’une des personnalités historiques les plus adaptées en fiction. Sophia Coppola, Chantal Thomas ou Riyoko Ikeda… de nombreux créateurs ont donné naissance à un personnage en adéquation avec leurs idéaux.

Cependant, quand Fuyumi Soryo s’attaque au mythe, ce n’est pas pour reproduire une énième icône malmenée par la vision trop partiale de Stephan Zweig, mais pour restituer dans la réalité historique une jeune fille dénuée de tout artifice. 

Avec la précision qu’on lui connaît déjà sur Cesare et grâce au soutien du Château de Versailles, ce n’est plus un simple manga, mais une plongée virtuelle au cœur de la cour au XVIIIe siècle que l’auteur vous offre. Que vous soyez adepte des fresques historiques, lecteur de manga ou tout simplement curieux de nouveauté, ne passez pas à côté de cette création ! D’autant plus que les Éditions Glénat, co-éditeur dans ce projet, auront la chance de publier ce titre en avant-première de sa sortie japonaise !!”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Marie-Antoinette (マリー・アントワネット) est un manga historique seinen par Fuyumi Sōryō qui a d’abord été pré-publié en feuilleton dans Morning (et son pendant digital: D Morning), un magazine hebdomadaire de Kōdansha. Il a débuté dans le numéro 38 (18 août 2016) et s’est étalé sur quatre publications (se terminant dans le numéro 41). Chose rare, la publication en volume (tankōbon) s’est faite au Japon en septembre 2016, soit quelques jours après la parution du volume en français!

La vie de la reine Marie-Antoinette a déjà fait l’objet de plusieurs adaptations en mangas (notamment par Mamoru KURIHARA & Natsuko WADA, KOMAGATA & Mayuho HASEGAWA, et sans oublier Riyoko IKEDA) mais il n’est pas surprenant de voir Fuyumi Sōryō y consacrer un ouvrage puisqu’elle avait déjà touché à la biographie avec son superbe manga traitant de la jeunesse de Cesare Borgia (que j’admire beaucoup — voir mes commentaires sur ce manga. J’ai d’ailleurs récemment découvert qu’un treizième, et semble-t-il, dernier volume est paru au Japon en janvier 2022. J’ai bien hâte qu’il paraisse en France mais aucune date n’a encore été annoncée). Je avais déjà lu Marie-Antoinette en 2017 mais j’avais omis d’en parler sur le blog (j’en avais toutefois touché quelques mots lors de la découverte de son existence). Le visionnement d’un épisode de la récente sérié télévisée franco-britannique Marie-Antoinette (par les créateurs de la série Versailles) m’a donné le goût de le relire et d’en parler. J’ai vu beaucoup de similitudes entre le premier épisode de la série et le manga de Sōryō.

Ce que j’admire le plus dans le travail de Fuyumi Sōryō c’est la qualité extraordinaire de son dessin. Les traits sont fins, clairs et précis, les personnages sont beaux et, surtout, les décors et les arrières-plans sont incroyablement détaillés (probablement grâce à la contributions d’assistants). C’est tout simplement superbe. C’est ce que je croyais avec Cesare mais avec Marie-Antoinette Sōryō se surpasse encore une fois. Malheureusement, le récit est très décevant. D’une part il ne s’y passe pas grand chose et c’est même un peu ennuyant. Il n’offre qu’une tranche de vie très brève: suite à un mariage arrangé la jeune archiduchesse Maria-Antonia doit quitter avec appréhension son Autriche natale pour se rendre à Versailles, y découvrir la complexité et l’absurdité des rituels de la cour, et peu à peu apprivoiser l’affection du jeune prince Louis-Auguste, futur Louis XVI. En France, on a beaucoup reproché à ce manga son inexactitude historique et le fait que l’histoire est romancée. Cela me surprend car Sōryō est reconnue pour ses recherches rigoureuses et elle a d’ailleurs travaillé étroitement avec le château de Versailles lors de sa création. C’est justement là, selon moi, qu’est le problème: ce manga, malgré son réalisme, est de toute évidence une “commande” de Versailles et c’est pourquoi tant la future reine que la famille royale sont présenté sous un jour un peu trop positif et rose à mon goût. Cela reste une bonne lecture, divertissante et intéressante. À lire surtout par les amateurs de beaux mangas et d’histoire.

Marie-Antoinette: La jeunesse d’une reine, par Fuyumi Sōryō. Paris: Château de Versailles / Glénat (Coll. Seinen), septembre 2016. 180 pg., 9.50 € / $14.95 Can. ISBN: 978-2-344-01238-3. Recommandé pour public adolescent (12+). stars-3-0

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© 2016 Fuyumi Soryo. All rights reserved.

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Sous le ciel de Tokyo 1

SousLeCielDeTokyo-1-cov“Tout comme le film Le vent se lève de Hayao Miyazaki, Sous le ciel de Tokyo… suit le quotidien d’un couple en pleine Seconde Guerre mondiale.

Fin 1943. Shirakawa, un pilote de chasse ayant combattu dans diverses régions du monde, rentre enfin à Tokyo. Il vient d’être muté au Centre d’essais aériens de l’armée impériale. Après une longue absence, Shirakawa essaie de reprendre sa vie de famille auprès de sa femme Mariko. 

Sous le ciel de Tokyo… raconte le quotidien ordinaire d’un couple à une époque où la vie et la mort se côtoient chaque jour.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Sous le ciel de Tokyo (東京物語 / Tōkyō monogatari / litt. “Histoire de Tokyo”) est un manga seinen par Seiho Takizawa qui a d’abord été publié en feuilletons dans Comic Taiga en 2010 avant d’être compilé en deux volumes chez Dai Nihon Kaiga (juin 2012 et mars 2013). Il a ensuite été republié chez Futabasha en août 2015 (c’est cette édition qui a été traduite en français par Delcourt / Tonkam en 2017). Seiho Takizawa a débuté comme illustrateur dans le magazine Model Graphix et se spécialise dans les récits aéronautiques qui se déroulent durant la Guerre du Pacifique. Un seul de ses mangas a été traduit en anglais (Who Fighter with Heart of Darkness publié chez Dark Horse en 2006) mais une demi-douzaine de ses titres (sur la vingtaine de publiée au Japon) ont été traduit en français, principalement dans la collection “Cockpit” des Éditions Paquet.

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T. 1, p. 34

Sous le ciel de Tokyo nous raconte la vie quotidienne d’un officier de l’aviation de l’armée vivant avec son épouse à Tokyo pendant la Guerre du Pacifique. Le récit suit en parallèle les missions d’entrainement et d’essai du pilote, le capitaine Shirakawa, et les difficultés journalières rencontrées par sa femme, Mariko, à cause de la militarisation de la société et du rationnement. On retrouve donc un mélange de scènes de combat et de scènes de la routine de tout les jours. C’est un récit plutôt simple et épisodique mais qui reste intéressant et même touchant. L’auteur semble faire un effort pour ne pas glorifier la guerre et démontrer que la population japonaise était elle-même victime d’un gouvernement militariste. Le style de dessin est beau et simple (un peu inspiré de celui de Katsuhiro Otomo) avec des traits fins et précis. L’utilisation de trames fines et de peu de détails d’arrière-plan laisse les cases assez aérées sauf pour les illustrations d’avions qui sont très riches en détails avec des explications sur la capacité des appareils et ce qui distingue les différents modèles. L’auteur rajoute également des cartes et de nombreux détails historiques sur le déroulement de la guerre et la débâcle de l’armée japonaise. C’est un bon manga qui offre une lecture agréable qui sera surtout apprécié des amateurs de mangas historiques, d’aviation et de la deuxième guerre mondiale.

Sous le ciel de Tokyo…, t.1, par Seiho Takizawa. Paris: Delcourt / Tonkam (Coll. Seinen), novembre 2017. 208 pages, 12.8 x 18.2 cm, 7.99 € / $13.95 Can, ISBN 978-2-413-00085-3. Pour un lectorat adolescent (12+). stars-3-0

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© Seiho Takizawa 2015. Édition française © 2017 Éditions Delcourt.

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Astérix #39 – Astérix et le griffon

AsterixEtLeGriffon-cov“Astérix, Obélix et Idéfix sont de retour pour une 39e aventure. Accompagnés du plus célèbre des druides, ils s’apprêtent à partir pour un long voyage en quête d’une créature étrange et terrifiante. Mi-aigle, mi-lion, énigmatique à souhait, le Griffon sera l’objet de ce grand voyage ! Toujours réalisée par le talentueux duo formé par Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin, nul doute que cette nouvelle aventure proposera une quête épique et semée d’embûches à nos héros à la recherche de cet animal fantastique ! Le duo, toujours à pied d’oeuvre pour imaginer de nouvelles aventures, s’inscrit dans le fabuleux univers créé par René Goscinny et Albert Uderzo.”

“Un totem de Griffon planté dans un paysage enneigé, sauvage et apparemment désertique, Astérix aux aguets sur son cheval affichant lui-même un regard inquiet, Idéfix dans tous ses états, appelé par un Obélix troublé… Par Toutatis, où sont donc nos héros ?!?

Promesse d’aventure aux confins du Monde Connu, au pays des Sarmates, l’illustration de la couverture laisse augurer d’un Western transposé dans le grand froid… Didier Conrad, auteur du dessin, nous en dit plus : « C’est un Eastern ! Vous retrouverez dans l’album tous les codes classiques du Western : de grands espaces, des héros venus de loin aider des innocents, des « sauvages » qui subissent l’arrivée conquérante d’une armée… mais à l’Est ! »”

[Texte promo et du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Les voyages d’Astérix. © Éditions Albert-René

Au delà des frontières de l’Empire Romain c’est le Barbaricum, le territoire des barbares. Astérix, Obélix, Idéfix et Panoramix s’y aventurent en plein hiver pour aider un ami chaman du druide, Cékankondine. Les troupes de César ont envahi le territoire Sarmate à la recherche de leur animal sacré, le griffon, que César aimerait exhiber au cirque. Car le géographe Terrinconus lui assure que le grand explorateur grec Trodéxès de Collagène y en a vu. La nièce de Cékankondine, l’amazone Kalachnikovna, est prise en otage par les romains. Après moult péripéties, l’expédition des romains est déjouée. Le géographe cherchait plutôt de l’or et le fameux griffon n’est en fait qu’un cératopsidé (un styracosaure) prisonnier d’un lac gelé. César doit se contenter d’une girafe et le périple des gaulois se termine avec un banquet.

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Page 23

Bon, il faut se rendre à l’évidence: Goscinny et Uderzo sont bel et bien morts et leur héritiers ne sont pas à la hauteur. Toutefois, cet album n’est pas si pire et semble offrir un légère amélioration par rapport aux précédents. On y trouve quelques bon gags (à par les habituels noms humoristiques j’ai bien aimé la yourte nature du chaman ou la livraison gratuite d’amazone). Le dessin est excellent et le récit est plutôt intéressant. J’aime bien l’idée de faire voyager nos héros au-delà de l’Empire jusque dans les steppes pontiques où l’on retrouve les Sarmates et les Scythes. Et il est bien vrai que les romains croyaient à l’existence d’un bestiaire aussi fabuleux qu’improbable (César mentionne dans la Guerre des Gaules l’existence de licornes en Germanie et Pline l’Ancien mentionne plusieurs créatures du même genre dans son Histoire Naturelle). Malheureusement, l’action du récit est un peu platte et je trouve irritant le fait d’attribuer aux peuples du passé nos propres excès de rectitude politique. Cela reste une bonne lecture assez divertissante.

Astérix #39: Astérix et le griffon, écrit par Jean-Yves Ferri et illustré par Didier Conrad. Vannes: Éditions Albert René, octobre 2021. 48 p., 22.8 x 29.4 cm.  ISBN 978-2-86497-349-2. 10.50 € / $14.95 Can. stars-3-0

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents.

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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© 2021 Les Éditions Albert René / Goscinny – Uderzo.

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Acquisition au 37e SLAM

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Nuremberg Chronicle

Le mois dernier je suis allé faire un tour au 37e Salon du Livre Ancien de Montreal qui s’est tenu au pavillon McConnell de l’Université Concordia les 1er et 2 octobre 2022. Comme toujours je recherche surtout des éditions du XVIe ou XVIIe siècle d’auteurs de l’antiquité, dans un état respectable et dans un budget de moins de deux-cent cinquante dollars. Avec des critères aussi restrictifs je ne risque pas trop de dépenser. J’ai trouvé des tas de livres intéressants mais beaucoup trop chers! Comme cet in folio du XVIIIe siècle des Commentaires de [Jules] César [sur la Guerre des Gaules et la Guerre Civile] pour 14,000$ !! Ou un in folio de 1604 des oeuvres de Sénèque pour 1500$ ! En plus petit format il y avait un Tite Live en trois tomes datant de 1634 pour 1250$, ou deux tomes des Tragédies de Sénèque (1659-1664) pour 500$. Un marchand avait plusieurs ouvrages en Flamand ou en Hébreux assez anciens mais dans un piètre état et malgré tout assez cher. Là où j’ai commencé à être intéressé c’est avec une édition de 1683 du Rerum Romanorum de Florus pour 325$ (encore un peu trop cher…). Et il y avait toujours cette page in-folio d’incunable que j’avait vue au salon précédent (à 350$) tirée de La Chronique de Nuremberg (édition allemande de 1493) qui était maintenant juste 300$ — encore au-dessus de mon budget mais si le marchand l’a toujours au prochain salon j’espère peut-être l’obtenir pour moins cher encore, le rêve! Mais pour cette fois-ci, afin de ne pas repartir les mains vides, j’ai porté mon dévolu sur une édition du XVIIIe siècle des Satires de Perse et Juvénal pour un petit 50$… Pas mal tout de même.

IMG_3366La page titre de l’ouvrage se présente comme telle: “TRADUCTION DES SATIRES DE PERSE, ET DE JUVÉNAL. Par le Reverend Pere TARTERON, de la Compagnie de JESUS. NOUVELLE EDITION. Augmentée d’Argumens à chaque Satire. A PARIS, De la Compagnie des Libraires. M DCC LII. [1752] AVEC PRIVILEGE DU ROI.”

On peut décrire l’ouvrage comme un In-12 (10 x 17 cm), 1 feuillet blanc, xxxiv et 355 p., et 10f. (Table, errata, privilège). C’est une édition bilingue (latin et français en regard). C’est une reliure d’époque en veau, en assez bon état (quelques égratignures), basane, dos orné, 5 nerfs, pièce de titre brune, tranches rouges, coins frottés, coiffes limées, une garde marbré détachée. L’intérieur est très beau (à part quelques rares tâches). Le premier feuillet blanc contient un ex-libris moderne au stylo (“Geo.?Caron”). C’est un peu récent selon mes critères mais c’est tout de même un bon achat. [WorldCat]

En fait c’est une acquisition qui tombe à point car je prévois bientôt traiter de l’humour à Rome (et dans l’antiquité) et des auteurs comme Perse, ou même plus particulièrement Juvénal, en sont de bon exemples. Perse est moins intéressant car son style est notoirement obscure. Juvénal est plus léger et se moque sans vergogne, par la satire, de la décadence morale de ses contemporains… À suivre donc.

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Pline #10-11

Tome 10 – Les fantômes de Néron

“L’Histoire a retenu son nom. Mais que savons-nous du plus grand savant de l’Antiquité ?

Trahi par son entourage, rattrapé par son passé, c’est un Néron déjà acculé qui apprend que soulèvements et rébellions se multiplient… Il regagne Rome, mais c’est pour prendre la mesure de toutes les haines qu’il a attisées…

Pline et sa suite, qui ont repris leur périple, quittent précipitamment la Forêt des Cèdres et le courroux de son gardien, et se lancent à travers le désert en direction de Palmyre, le carrefour entre Orient et Occident.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi  la couverture arrière]

Pline, vol. 10: Les fantômes de Néron, par Mari Yamazaki et Tori Miki (Traduction par Wladimir Labaere et Ryôko Sekiguchi). Paris: Casterman (Coll. Sakka), septembre 2021. 200 pages, 13.2 x 18.3 cm, 8,45 € / $15.95 Can (ePub/PDF: 5,99 €), ISBN: 978-2-203-22164-2. Sens de lecture original, de droite à gauche. Pour lectorat adolescent (14+).


Tome 11 – Une jeunesse romaine

“La naissance du plus grand savant de Rome

Après avoir avoir dépeint la mort de Néron, Mari Yamazaki et Tori Miki nous emmènent loin du chaos de cette fin de règne et nous proposent un saut dans le temps et l’espace. Direction le pied des Alpes, au bord du lac de Côme, où est né et a grandi Pline. C’est là, au contact quotidien d’une nature effervescente, que le futur naturaliste s’éveille à l’observation scientifique du monde qui l’entoure. Puis vient l’arrachement à ce havre de paix : Pline part pour Rome où il se plonge dans l’étude, avant de débuter sa carrière militaire en Germanie”.

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi  la couverture arrière]

Pline, vol. 11: Une jeunesse romaine, par Mari Yamazaki et Tori Miki (Traduction par Wladimir Labaere et Ryôko Sekiguchi). Paris: Casterman (Coll. Sakka), mars 2022. 200 pages, 13.4 x 18.0 cm, 8,45 € / $15.95 Can (ePub/PDF: 5,99 €), ISBN: 978-2-203-22163-5. Sens de lecture original, de droite à gauche. Pour lectorat adolescent (14+).

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Pline (titre original: プリニウス / Plinius ) est une biographie du naturaliste romain Pline l’Ancien par Mari Yamazaki (Thermae Romae) et Miki Tori. Prépublié au Japon par Shinchôsa dans le périodique Shinchô 45 et dans le magazine littéraire Shinchô depuis le chapitre 54, ce manga seinen est traduit en français chez Casterman (Collection Sakka). Jusqu’à maintenant il y a onze tomes de disponibles en français. Le douzième tome (à paraître au Japon probablement vers la fin de l’année 2022 ou le début 2023) devrait conclure la série. Le manga original est également disponible en ligne sur le site de Kurage Bunch.  Voir mes commentaires sur les volumes précédents.

T. 10, p. 149

Dans le tome dix (chapitres 64 à 70), Pline et ses compagnon quitte Tyr pour la Forêt des Cèdres de Dieu (appelé ainsi car son bois estimé impérissable est souvent employé pour faire les statues des divinités). Pline y découvre la légende du protecteur de la forêt Humbaba (ici les auteurs trichent un peu car ce récit est tiré non pas de l’Histoire Naturelle de Pline mais de l’Épopée de Gilgamesh) mais lorsque Euclès tente de cueillir de la résine de cèdre pour soigner le mal de dent de Felix, nos compagnons découvrent que la forêt possède des gardiens bien réels! Arrivé à Palmyre, la cité leur révèle un univers multi-culturel jusqu’alors inconnu d’eux et des marchands venu non seulement des coins les plus reculés de l’Empire mais aussi d’au-delà de ses frontières (Parthie, Inde, Chine, Pakistan, etc.) leurs dévoilent des épices et des légendes jusqu’alors inconnues. Intrigué par un relief sculpté, Pline demande au moine qui le vend de le lui expliquer: il vient du Gandhara et représente le bouddha… Pendant ce temps, Néron quitte Corinthe pour revenir à Rome car la révolte gronde. Les machinations de Tigellin viennent enfin à terme et ses motivations deviennent claires. Plusieurs gouverneurs de provinces et généraux se révoltent: Vindex, Galba, et Othon. Dans son délire, Néron se croit toujours aimé du peuple. Il tente de fuir vers Alexandrie mais doit se donner la mort… Toujours à Rome, Priscilla, la jeune esclave muette nouvellement acquise par la maison de Pline, se révèle d’une grande aide pour retranscrire les manuscrits…

Ce manga nous a offer jusqu’à maintenant un double récit: la vie et l’oeuvre scientifique de Pline d’une part et le règne de l’empereur Néron d’autre part. Les auteurs avouent s’être servi de ces deux personnages pour créer une opposition d’ombre et de lumière “l’un symbolisant la part sombre de l’empire, quand l’autre incarne une forme d’idéal romain.” Néron disparu le récit peut maintenant se consacrer entièrement à Pline…

T. 11, p. 8

Le tome onze (chapitres 71 à 77), nous fait le récit de la jeunesse de Pline. Il est né dans le nord de l’Italie, à Côme, et a grandit dans les montagnes entouré de la nature. C’est ce contact journalier avec une flore et une faune diversifiée qui a sans aucun doute aiguisé sa curiosité pour les sciences naturelles. Adolescent, il est envoyé à Rome pour parfaire son éducation. Il a dix-huit ans lors de l’accession de l’empereur Claude. Il retranscrit des textes pour lui et côtoie des individus vénérables comme Castor et Apion. Après un chagrin d’amour (qui le marquera sans doute car il ne se mariera jamais) il entre dans l’armée. Il se retrouve en Germanie inférieure sous les ordre du général Corbulon, puis en Germanie supérieure sous les ordres de Pomponius Secundus. Durant cette période il s’illustre militairement (il est nommé préfet) mais commence à avoir des problèmes de santé (asthme). Il écrit également plusieurs ouvrages: une biographie de Pomponius Secundus, un traité sur l’art de lancer le javelot à cheval, et une histoire des guerres germaniques. Aucun de ces ouvrages ne nous est parvenu. 

Comme nous ne connaissons rien de la véritable enfance et adolescence de Pline, cette partie du récit est pure spéculation de la part des auteurs. Toutefois, cela nous offre tout de même une bonne histoire qui apparait fort plausible. Le récit va se conclure avec le prochain tome qui aborde la rencontre fatidique entre Pline et le Vésuve… J’ai à la fois hâte de lire la suite mais j’appréhende également la fin d’une série qui est parmi les meilleure mangas historiques que j’ai lu…

Comme je l’ai dit mainte fois, Pline est un excellent manga dont le récit est à la fois captivant, divertissant et surtout très éducatif. Le sujet est fort bien documenté et la narration est fluide et agréable. Toutefois, plus que tout, c’est le dessin précis et détaillé de Mari Yamazaki et Tori Miki qui donne à ce manga sa superbe qualité artistique. Beau et intéressant, Pline offre une lecture passionnante pour tout amateur de manga historique et de la Rome antique. Vivement recommandé!

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© 2021 Mari Yamazaki, Tori Miki • 2022 Casterman pour la traduction française.

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Monnaies anciennes 107

— EN BONUS —

Sesterce (et autres pièces) de Trajan

J’ai récemment parlé d’un livre qui racontait un voyage aux quatre coins de l’Empire Romain où l’on suit un sesterce frappé à l’effigie de Trajan qui passe de main en main. Cela m’a rappelé que j’avais dans ma collection non seulement un sesterce de Trajan (certes en piètre condition) mais aussi un as et un dupondius — car jusqu’à maintenant, quand j’ai présenté le règne de Trajan, je n’ai parlé que de ma plus belle pièce à son effigie: un denier.

IMG_2974-2975La première de ces pièces est un bel as de Trajan (VG [Very Good], Cu [Cuivre], 27 mm, 10.728 g, payé environ $20 le 1985/01/25, caractérisée par une patine brune sur l’avers et une importante concrétion de vert-de-gris sur le revers; axe: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur lauré et drapé (sur l’épaule gauche) à droite avec l’inscription latine IMP[erator] CAES[ar] NERVAE TRAIANO AVG[vstvs] GER[manicvs] DAC[icvs] P[ontifex] M[aximvs] TR[ibunicia] P[otestate] CO[n]S[vl] VI [Sextvm] P[ater] P[atriae] (Imperator [commandant suprême des armées], César de Nerva, Trajan, Vainqueur des Germains et des Daces, Grand Prêtre, [détenteur du] Pouvoir Tribunicien, Consul pour la sixième fois, Père de la Patrie). Le revers illustre une Félicité, drapée, debout à gauche, tenant un caducée (caduceus) ailé dans la main droite levée et une corne d’abondance (cornucopia) dans la gauche, entourée d’un large S C (Senatus Consultum / “Décret du sénat”) dans le champs de part et d’autre, avec l’inscription latine FELICITAS AVGVST[i] (“Pour la bonne fortune de l’Empereur”).

L’as est la dénomination de base de la monnaie romaine durant l’Empire. Il vaut un demi dupondius, un quart de sesterce et un seizième de denier. Trajan a été empereur entre le 28 janvier 98 et le 9 août 117 EC. Son règne est l’un des plus hauts points de Rome alors que ses conquêtes militaires amène l’Empire au maximum de son expansion. À cette époque toutes les pièces de monnaie étaient frappées à Rome. La dimension et le poids de la pièce, le fait qu’elle est en cuivre et que l’empereur porte une couronne de laurier nous indique qu’il s’agit d’un as. La partie clairement lisible de la nomenclature et de la titulature de l’empereur (IMP CAES … TRAIANO AVG GERM DAC …) nous confirme qu’il s’agit bien de Trajan. Il a reçu la puissance tribunicienne et le titre de Germanicus lors de son adoption par Nerva en 97, et la plupart de ses autres titres (IMP, PM, PP) lors de son accession au pouvoir en janvier 98. Le titre de Dacicus lui est décerné en 102. Comme la fin de la titulature a été oblitéré par l’usure la titulature incomplète ne nous permet pas de dater la pièce plus précisément que entre 102 et sa mort en 117. Toutefois, le titre de Optimus (décerné par le sénat en 114) n’apparait pas encore dans la titulature ce qui nous permet de réduire la datation à 102-114. Aussi, l’utilisation de l’accord TRAIANO ne se retrouve que sous son cinquième (en 103) et sixième consulat (en 112). Finalement, le revers avec une Felicitas n’est utilisé que durant son sixième consulat (à partir de 112). Nous pouvons donc conclure qu’il s’agit ici d’un as de Trajan, frappé à Rome entre 112 et 114 EC.

Sources: Wikipedia, Google, acsearch, numismatics, numista, WildWinds (text, image). RIC v.2: 625. Voir aussi ma fiche.

IMG_2970-2972La seconde pièce est un assez beau dupondius de Trajan (G [Good], Ae [Bronze], 25 mm, 11.875 g, payé environ $7, caractérisé par une patine uniforme verte; axe: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur radié et drapé (sur l’épaule gauche) à droite, avec l’inscription latine  IMP[erator] CAES[ar] NERVAE TRAIANO AVG[vstvs] GER[manicvs] DAC[icvs] P[ontifex] M[aximvs] TR[ibunicia] P[otestate] CO[n]S[vl] V [quintum] P[ater] P[atriae] (Imperator [commandant suprême des armées], César de Nerva, Trajan, Vainqueur des Germains et des Daces, Grand Prêtre, [détenteur du] Pouvoir Tribunicien, Consul pour la cinquième fois, Père de la Patrie). Le revers illustre une Salus (Santé) drapée, assise à gauche sur un trône, nourrissant de sa patère (dans la main droite) un serpent enroulé autour d’un autel, le bras gauche reposant sur l’appui-bras du trône, avec l’inscription latine S·P·Q·R· (Senatus Populusque Romanus / “Le sénat et le peuple romain”) OPTIMO PRINCIPI  (“pour le meilleur des princes”) et un S C (Senatus Consultum / “Décret du sénat”) en exergue. 

Le dupondius est une dénomination intermédiaire de bronze ou d’orichalque (laiton), d’un poids assez lourd (son nom, duo pondus, signifie “deux livres” mais elle n’a jamais pesé autant, son poids se situant entre douze et quatorze grammes) et qui, depuis Vespasien, représente toujours l’empereur avec une couronne radiée (ce qui est bien le cas avec cette pièce). Elle vaut deux as, un demi-sesterce ou un huitième de denier. Le portrait et la partie lisible de l’inscription de l’avers nous confirme qu’il s’agit bien d’une pièce de Trajan (98-117). Comme nous l’avons vu avec la pièce précédente, l’orthographe TRAIANO n’apparait que sous les cinquième (103-111) et sixième (112-117) consulats. Toutefois, le type de revers avec une Salus et l’inscription SPQR Optimo Principi, lui n’apparait que sous le cinquième consulat. Cela nous permet donc de conclure que ce dupondius de Trajan a été frappé à Rome entre 103 et 111 EC.

Sources: Wikipedia, Google, CoinArchives, numismatics, WildWinds (text, image). RIC v.2: 516. Voir aussi ma fiche.

IMG_2978-2985La troisième est un sesterce de Trajan dans un état de conservation plutôt médiocre (P [Poor], Orich. [Orichalque/laiton], 31 mm, 17 g, payé environ $5 le 1986/09/21, caractérisé par une grande usure, de la corrosion et des traces de vert-de-gris; axe: ↑↓). L’avers semble présenter une buste de l’empereur lauré et drapé à droite avec une inscription probablement similaire au deux pièces ci-haut (COS V ou COS VI, toujours sans le titre d’Optimus décerné en 114). Les quelques indices que nous fournit le revers sembleraient indiquer qu’il illustre une Arabia, debout de face, la tête tournée à gauche, tenant une branche de la main droite et un objet indistinct (un fagot de cannes ou de bâtons de cannelle?) dans la gauche, avec à ses pieds un chameau, entouré de l’inscription SPQR OPTIMO PRINCIPI, un S C dans le champs de part et d’autre, et ARAB[ia] ADQ[vis] (“Annexation de l’Arabie”) en exergue.

Le spécimen frappé durant le COS V comporte en l’exergue l’inscription longue (ARAB ADQVIS) alors que pour celui frappé durant le COS VI l’inscription est abrégée (ARAB ADQ). L’espacement laisse supposer qu’il s’agit ici de cette dernière. Ce sesterce de Trajan aurait donc été frappé à Rome entre 112 et 114 EC pour célébrer l’annexion de la province d’Arabie à l’Empire (en 106 EC).

Sources: Wikipedia, Google, acsearch, CoinArchives, CoinTalk, FAC, numismatics, WildWinds (COS V [RIC 466]: text, image; COS VI [RIC 610]: text, image). RIC v. 2: 610. Voir aussi ma fiche.

IMG_8602-8604J’ai déjà parlé de mon denier de Trajan mais je vous le présente à nouveau brièvement. Il s’agit d’une très belle pièce de Trajan (F [Fine], Ar [Argent], 17 x 18 mm, 2.0 g, payé environ $35 le 1987/09/21; axe: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur lauré et partiellement drapé (sur l’épaule gauche), à droite, avec l’Iinscription latine IMP[erator] TRAIANO AVG[vstvs] GER[manicvs] DAC[icvs] P[ontifex] M[aximvs] TR[ibvnica] P[otestate]. Le revers illustre une Aequitas (Équité) assise à gauche, tenant une balance dans la main droite et une cornucopia dans la gauche, avec l’inscription latine CO[n]S[vl] V [quintum] P[ater] P[atriae] S[enatus] P[opvlvs] Q[ve] R[omanvs] OPTIMO PRINC[ipi] (“Consul pour la cinquième fois, Père de la Patrie, [proclamé par] le sénat et le peuple de Rome meilleur des princes”).

Le consulat nous offre la meilleur datation possible. Trajan a été nommé consul une cinquième fois en 103 et nommé une sixième fois en 112. Ce denier de Trajan a donc été frappé à Rome entre 103 et 111 EC.

Sources: Wikipedia, Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, FAC (Optimus), numismatics, Wildwinds. RIC v.2: 119. Voir aussi ma fiche.

Trajan est considéré comme l’un des meilleurs empereurs romains. Bon administrateur et grand militaire, ses conquêtes (notamment en Dacie et les territoires Parthes) ont non seulement considérablement étendu les frontières de l’Empire mais ont aussi renfloué ses coffres, ce qui a permis de payer pour un imposant programme de constructions publiques (aqueducs, routes, thermes, temples, forum, marchés, et monuments — dont la fameuse colonne Trajane). Il institue également une aide alimentaire pour les citoyens les plus pauvres. Il adopte son petit-neveu Publius Aelius Hadrianus qui lui succède lorsqu’il meurt le 8 ou 9 août 117 à Selinus (Turquie) des suites d’un accident vasculaire cérébral (possiblement lié à une crise de paludisme) sur le chemin de retour d’une campagne contre la révolte judéo-parthe.

Bon, après cent-sept entrées et un peu plus de deux ans de chroniques hebdromadaires (ça c’est quand on boss dur toute les semaines!), là je le jure c’est la dernière entrée de cette chronique! 😅

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Monnaies anciennes 106

Pièces modernes d’autres pays (4)

La Russie

Comme tous les pays d’Europe, la Russie a une histoire riche et complexe. Cette pièce de monnaie va toutefois nous permettre d’ouvrir une toute petite fenêtre sur le passé de cette grande nation (avec plus de vingt millions de kilomètre-carrés, c’est déjà à cette époque la plus grande nation du globe [même aujourd’hui avec seulement 17 M km2], devant le Canada [9.9 M km2], les États-Unis [9.63 M km2] et la Chine [9.6 M km2] — elle est même plus grande que l’Union Européenne [4.2 M km2] ou l’Empire Romain à son apogée en 117 E.C. [5 M km2]!).

Le rouble (рубль, ₽) a toujours été l’unité monétaire de la Russie, quoi qu’au XIIIe siècle (au temps de la République de Novgorod) il n’était pas une monnaie mais simplement un petit lingot d’argent que l’on découpait en morceaux en échange de marchandises (son nom vient d’ailleurs du verbe russe рубить [roubit] qui signifie découper). Au Moyen-Âge, la “Russie” (qui a prit naissance avec l’état Rous de Kiev) est composée de plusieurs petits royaumes dont les plus importants sont la République de Novgorod et la Principauté de Moscou. Avec le mariage de Ivan III et de Sophie Paléologue (fille du dernier empereur Byzantin) en 1472, le Tsarat de Moscou s’impose comme le successeur de Byzance et devient la “Troisième Rome.” Mais ce n’est qu’avec l’unification du territoire, sous Ivan IV Le Terrible (1533-1584), qu’apparaissent les premières pièces de monnaie grossièrement frappées. Elle devient une véritable monnaie avec l’Empire Russe fondé par Pierre 1er le Grand (1682-1725, cinquième tsar de la dynastie des Romanov).  S’inspirant des états européens il déplace la capital à Saint-Petersbourg et entreprend plusieurs réformes pour moderniser la Russie, dont une réforme monétaire qui fait du rouble une monnaie basé sur l’argent (thaler) et décimale (qui se divise en cent kopecks) ce qui lui permet d’intégrer les échanges internationaux et de faire commerce avec l’Europe.

La modernisation et l’expansion de l’Empire se poursuivra avec ses successeurs (notamment Catherine II la Grande, 1762-1796) mais au XIXe siècle, la surextension du territoire, de nombreuses guerres et une industrialisation tardive appauvrissent l’Empire, amènent une instabilité monétaire et causent un mécontentement populaire. Le Tsar Nicolas II (dix-neuvième monarque Romanov, 1894-1917) tente quelques réformes (dont une réforme monétaire qui ajuste le rouble sur l’étalon-or) mais c’est trop peu, trop tard. Après une première révolution en 1905, il doit abdiquer en mars 1917 puis est assassiné l’année suivante, mettant ainsi fin à l’Empire et à la dynastie des Romanovs. De la Révolution Russe de 1917 nait d’abord la République Russe, puis l’URSS en 1922 et finalement, depuis 1992, la Fédération de Russie. Durant toutes ces périodes plutôt troubles, le rouble est resté l’unité monétaire russe.

IMG_3047-3050Ma seule pièce de monnaie russe est une très belle pièce de trois Kopecks de 1903 (F [Fine], Cu [Cuivre], 28 mm, 9 g, axe: ↑↑). L’avers illustre un aigle impérial bicéphale couronné, entouré (dans une cartouche d’entrelacs carrés) de l’inscription cyrillique МѢДНАЯ РОССІЙСКАЯ МОНЕТА (MEDNAYA ROSSÍYSKAYA MONETA / “monnaie russe en cuivre”) en haut et ТРИ КОПѢЙКИ (TRI KOPEYKI / “trois Kopecks”) en bas. Le revers présente simplement la valeur nominale de la pièce en cyrillique flanquée de deux étoiles à l’intérieure d’un cercle perlé (★ 3КОПѢЙКИ / 3 KOPEYKI / “3 Kopecks” avec, en dessous d’une bordure décorative, l’inscription С.П.Б. — S.P.B., abréviation pour St.Petersburg), entourée d’une couronne ouverte formée de deux branches (de laurier?) attachées par un ruban, et, au-dessus, l’inscription cyrillique 1903 ГОДА (1903 GODA / “An 1903”). C’est donc une pièce en cuivre russe d’une valeur de trois kopecks frappée à Saint-Petersbourg en 1903.

Il est a noter que ce type de pièce n’offre aucun portrait d’empereurs mais plutôt un symbole de l’Empire. L’aigle bicéphale n’est que l’évolution de l’Aigle Impériale romaine qui acquiert deux têtes dans l’héraldique byzantine de la dynastie des empereurs Paléologue (pour représenter la division de l’Empire Romain). Il est transmis, par la dot de son épouse, au Tsar Ivan III (de la dynastie ruthène, puis moscovite, des Riourikides), et devient un symbole de l’Empire Russe, de plusieurs nations slaves et même du Saint-Empire-Germanique. Ici ce sont les petites armoiries de l’Empire Russe qui sont représenté: l’aigle à deux tête (dont chacune est couronnée) est surmonté d’une grande couronne d’où descendent deux rubans; il est couvert par neuf boucliers (au centre: l’écu de saint Georges, entouré de la chaîne de l’ordre de Saint-André, avec de part et d’autre les armoiries d’Astrakhan, de Sibérie, de Géorgie, de Finlande, de KievVladimirNovgorod, de Tauride, de Pologne et de Kazan) et tient dans ses serres un sceptre (patte dextre) et une orbe crucigère cerclée (patte sénestre).

Ce type de pièce a été frappé tel quel entre 1867 et 1914 durant les règnes d’Alexandre II (1855-1881), Alexandre III (1881-1894) et Nicolas II (1894-1917). À cette époque on a frappé, en argent, des pièces de un rouble, de cinquante, vingt-cinq, vingt, quinze, dix et cinq kopecks, et, en cuivre, des pièces de cinq, trois, deux, un, un-demi et un-quart de kopecks. Un rouble valait alors deux francs et soixante-sept centimes ou deux shilling et un pence et quart. De nos jours, le rouble ne vaut guère mieux, soit environ deux cents canadiens (2¢ soit €0.062 ou US$0.016). Autant dire que le kopeck (un centième de rouble) ne vaut pas grand chose, d’où l’expression “ça ne vaut même pas un kopecks”! Ou encore, un anglais pourrait dire “Ruble, is that your currency or the state of your economy?” (Le rouble c’est votre monnaie ou l’état de votre économie? [rubble = décombres, gravats])! Cette pièce de trois kopecks vaut donc trois fois rien. Quoiqu’il en soit, elle a tout de même pour moi un intérêt historique puisqu’elle a été frappé sous le dernier des tsars, juste deux ans avant la première révolution russe.

Sources: Wikipedia (Kopeck [FR/EN], Rouble [FR/EN], Rouble Impérial [FR/EN], Empire Russe [FR/EN], Nicolas II [FR/EN]), Google, CGB, CoinsBook, eBay, ngccoin, numista, ucoin, vcoins.

C’est déjà la fin de cette aventure monétaire… Un jour peut-être, lorsque je serai à la retraite, je prendrai le temps de cataloguer la collection de mon père et je vous en présenterai les plus belles pièces… Toutefois, dans un premier temps je vais d’abord prendre une pause (car une chronique hebdomadaire assidue demande beaucoup de temps et d’énergie et, avec un nouveau travail, je reprend un horaire sur cinq jours ce qui va me laisser moins de temps pour faire des recherches et écrire). Cela va me permettre de me reposer mais aussi de me consacrer un peu à mes lectures. Par la suite, je vais probablement me lancer dans un projet un peu plus littéraire et traiter de la littérature romaine: les ouvrages écrits par des empereurs mais aussi des thèmes particuliers (comme l’humour à Rome) et quelques-uns de mes auteurs favoris dont Lucien de Samosate — et peut-être aussi quelques romans historiques ayant pour sujet la Rome antique. Ce ne sera cependant pas une chronique régulière mais qui viendra plutôt au gré du temps disponible… À bientôt!

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Empire

Empire-cov“En suivant l’itinéraire d’une pièce de monnaie à l’effigie de l’empereur Trajan, nous sillonnons tout l’Empire romain à l’époque de son extension maximale et découvrons toutes les couches de la société au travers de ses propriétaires successifs : un véritable docufiction sur papier qui rend l’Histoire plus passionnante qu’un roman et s’est vendu à 200 000 exemplaires en Italie.

Romancées et émaillées d’exemples savoureux, voici la vie et les aventures d’une… pièce de monnaie romaine du IIe siècle de notre ère, de sa fonderie d’origine jusqu’à son retour du sud de l’Inde ! En l’espace de trois années, ce sesterce en bronze va parcourir l’Empire romain d’un seul tenant, et nous faire découvrir le modèle économique de ce qui fut et reste la base de nos racines européennes. On découvre (ou redécouvre) que l’Empire Romain a conquis de nouveaux territoires et leurs populations par le glaive mais tout autant par la soie : qui devient citoyen romain accède à un univers lui donnant une armée le protégeant, des lois, des routes, des bains publics, une monnaie reconnue et acceptée dans le monde romain et au-delà, un État gérant les ressources servant à créer les pièces en bronze, en or, en cuivre – c’est la mondialisation avant l’heure ! Un confort pour celui qui décide de partir à la conquête de sa richesse personnelle… mais aussi un enfer pour celui qui n’est pas au bon bout de la pyramide sociale, écrasé par le règne absolu de la puissance par l’argent. Entre un esclave et l’empereur, c’est une liste de mots qui sépare : népotisme, cupidité, clientélisme. Ou parfois rapproche : mansuétude, altruisme, désintéressement. Avec toute sa cohérence et toutes ses inégalités, l’Empire Romain se révèle étonnamment contemporain !”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Publié en Italie en 2010 (sous le titre Impero:Viaggio nell’impero di Roma seguendo una moneta), cet essai de l’anthropologue Alberto Angela me rappel beaucoup La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire de Jérôme Carcopino (publié chez Hachette en 1939 et toujours disponible au Livre de Poche) mais enrobé dans une histoire romancée. D’ailleurs, ce livre s’insère dans une trilogie de l’auteur sur l’Empire Romain: il fait suite à Une Journée dans la Rome Antique (Una giornata nell’antica Roma. Vita quotidiana, segreti e curiosità, publié en 2007 [ Goodreads • Nelligan ]) et est complété par Amour et sexe dans la Rome antique (Amore e sesso nell’antica Roma, publié en 2012). L’ouvrage a également été traduit en anglais (The Reach of Rome, New York: Rizzoli Ex Libris, 2013, ISBN 978-0-8478-4128-8). Une collègue des bibliothèques m’a dit que ma chronique hebdomadaire sur la monnaie ancienne lui rappelait cet ouvrage et elle me l’a chaudement recommandé.

Empire nous raconte les différents aspects de la vie quotidienne à l’époque de Trajan mais, au lieu de s’attarder seulement sur la ville de Rome, il nous fait voyager à travers tout l’Empire à la suite d’un sesterce, qui passera de main en main. Les personnages, les lieux et les événements de ce récit sont véridiques et ont été tiré des sources anciennes (Martial, Juvénal, Ovide, Pline l’Ancien et le Jeune, Dion Cassius, Flavius Josèphe, etc.), épigraphiques (stèles funéraires, graffiti et autres inscriptions) ou même archéologiques. L’histoire débute à Rome dans l’atelier monétaire où le sesterce est frappé. Puis les pièces fraîchement frappées sont livrées aux quatre coins de l’Empire (capitales régionales, villes commerciales, forts de l’armée, etc.) par un escadron de cavalerie appelé turme qui amène notre sesterce d’abord à Londinium, puis au fort frontalier de Vindolanda. Aux thermes, la pièce change de propriétaire et passe dans le main d’un marchand de vin qui l’amène à Lutèce, puis à Augusta Treverorum. Un centurion l’amène ensuite sur le champs de bataille en Germanie. Et un marchand d’ambre l’amène à Mediolanum. Puis un soldat l’amène à Modena, où il passe à un esclave qui se rend à Rimini, puis il est de retour à Rome où il passe à un prétorien, et ensuite à un vieil homme qui va faire des paris sur les courses de chars au Circus Maximus. Et ainsi de suite… Il passe par le port d’Ostie, va à une mine d’or en Hispanie, est amené par un marchand de garum à Massilia, puis à un banquet à Baïes, traverse la Méditerranée jusqu’à Carthage, puis Thamugadi, Leptis Magna, Alexandrie, Thèbes, le port de Bérénice sur la mer Rouge vers un comptoir commercial en Inde appelé Muziris. Finalement, il revient à Charax en Mésopotamie, passant par Antioche, Ephèse et Athènes pour revenir à Rome et être enterré avec un défunt… pour être découvert par une archéologue près de deux mille ans plus tard! Quel périple!

J’ai déjà parlé dans ma chronique de numismatique d’un denier de Trajan. J’ai toutefois aussi un as, un dupondius et un sesterce de cet empereur et je vous en parlerai très bientôt. Je me suis souvent moi-même demandé en manipulant mes pièces de monnaie romaine par combien de mains et de gens différents elles avaient bien pu passer. Cet ouvrage nous en donne une idée. Aussi, on me demande souvent ce que valait un sesterce dans la vie de tout les jours des romains. L’auteur de cet ouvrage mentionne qu’un sesterce valait environ deux Euros (2€) c’est à dire environ $2.60 canadien (ou $2 US). Probablement de quoi s’acheter une grosse miche de pain. Toutefois, le sesterce de ce livre m’aura permis de faire le tour du monde romain…

À travers ce voyage du sesterce l’auteur raconte de nombreux anecdotes et parle d’à peu près tous les aspects de la vie et de la culture romaine au début du IIe siècle. C’est un ouvrage fascinant et très riche en informations mais qui demeure une lecture abordable et agréable qui diverti tant l’érudit que le profane. Je l’ai trouvé très intéressant et je suis sûr que tout amateur d’histoire en fera autant. Je vous le recommande donc à mon tour.

Empire: Une fabuleux voyage chez les Romains avec un sesterce en poche, par Alberto Angela. Paris: Éditions Payot & Rivages, avril 2016. 462 pages, 20.5 x 14 cm, prix, ISBN 9782228915397. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Arnoldo Mondadori, Editore S.p.A., Milan, 2010 • Éditions Payot & Rivages, Paris, 2016, pour la traduction française.