Un dimanche au musée

IMG_3412J’ai encore visité une exposition au Musée des beaux-Arts de Montréal in-extremis: en effet, l’exposition D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui se terminait aujourd’hui. Comme toujours, cela en valait la peine (malgré la foule).

Je n’ai jamais beaucoup aimé Picasso (et l’art abstrait en général) mais, comme il se situe aux limites du figuratif et que j’ai toujours été fasciné par la vision du monde qu’il exprime dans son art, il m’intéresse tout de même. J’ai toujours interprété son oeuvre avec l’entendement que, la photographie ayant rendu le besoin de représenter la réalité caduque, les artistes modernes ont délaissé le figuratif pour l’impressionisme, d’abord, puis pour l’expressionnisme et même carrément l’abstrait (cubisme, surréalisme, etc.). On déforme la réalité pour exprimer et inspirer des sentiments. Picasso a commencé à peindre durant une période troublée du XXe siècle, alors ce n’est pas surprenant qu’il exprime des sentiments perturbés, dérangés ou dérangeants. Je me suis toujours demandé comment il pouvait réussir à déformer la réalité d’une telle façon ou s’il voyait vraiment le monde comme cela. Quoiqu’il en soit, j’ai toujours trouvé son art plutôt laid. Mais bon, comme je dis souvent à mon épouse, pas besoin d’aimer ça pour l’apprécier! Pour apprendre, il faut aller au-delà de ses goûts et de sa zone de confort.

Toutefois, ce n’est vraiment qu’en visitant cette exposition, qui met en parallèle des oeuvres de Picasso et de l’art Africain (dans ses très multiples déclinaisons), que j’ai finalement compris son inspiration. À cette époque-là, les artistes tribaux africains tentaient de représenter les esprits de la nature, le divin, la terreur de leur démons. Et c’est dans ces formes là que Picasso a trouvé sa muse.

Étrangement, l’art africain m’a aussi toujours fasciné. J’y trouve quelques chose de surréel, et, là où l’artiste tentait de représenter le surnaturel (esprit, démon), j’y vois une vision d’outre-monde, tantôt lovecraftienne, tantôt l’expression d’une science-fiction accidentelle (extra-terrestre, créature “star trekienne” ou “alienesque”, robot, arme klingonne, etc.). 

Et c’est sous le prisme de ces deux considérations que j’ai visité, et apprécié, cette exposition…

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Samurai’s Promise

Chiri_Tsubaki-posterShinbei is exiled from his clan for investigating its activities too closely. Eight years later, when Shinbei’s dying wife pleads with him to go to help his former best friend, Umeme, he returns to the clan. Infighting has produced turmoil within the clan, allowing Shinbei to discover the truth behind incidents involving his wife and his friend. Confronting Umeme, he understands the reason for his wife’s last wish. (FFM)

This is a very good movie. Its most noticeable aspect is that it offers an excellent photography (which is not surprising since director Kimura acted as his own photography director, a job he has hold many times for other directors like Kinji Fukasaku, Yasuo Furuhata, or Shin’ichirô Sawai). He made great use of the superb location in the Toyama Prefecture (anciently the Etchû province) showing as backdrop the fantastic landscape of the Hida mountains in the Northern Japanese Alps. 

Another aspect that I quickly noticed was that the music was unfortunately very annoying. They used a soundtrack of classical music (which first accords sounded like The Godfather’s music by Nino Rota), playing it again and again recurrently. I think that, for a jidaigeki (samurai movie), a soundtrack of traditional Japanese music would have been better…

Shinbei (Jun’ichi Okada) is exiled from the clan after denouncing as corrupt a high-ranking officer of the clan — who is later mysteriously murdered leaving all the suspicion of culpability on Shinbei. Both Shinbei and his friend Uneme (Hidetoshi Nishijima) were courting Shino (Kumido Aso), but when Uneme’s family denies him the permission to wed Shino, she goes with Shinbei instead. The harsh condition of their exile put a toll on Shino’s health who eventually dies. She makes Shinbei promise to continue living, to go back to their village to observe the camellia falling in spring and to reconcile and help Uneme. When he tries to clear his name and find out the real assassin, he gets entangled in the complex politics of the clan…

Samurai’s Promise is a beautiful and interesting samurai movie. It has a smooth storytelling, although it is sometimes difficult (at the beginning) to understand who’s who and figure out all the plots and politics at play. The acting is good, and particularly the nice realistic combat scenes. It must not have been easy considering the fact that there was many fights in the rain or snow and that the dialogues were using an old form of Japanese. 

Of course, we should expect nothing less from such a veteran director. During his sixty-year career, Daisaku Kimura worked on over fifty films and won many awards. He started his career as camera assistant on Akira Kurosawa’s Hidden Fortress (1958). He worked five years with him (on movies like Yojimbo and Sanjuro) and he learned a lot during this time. Eventually, he cames to direct his own movies (Mt. Tsurugidake in 2009 and Climbing to Spring in 2014), mostly about mountain climbing. Samurai’s promise is his first jidaigeki and he made it as a tribute to Kurosawa. It is a beautiful and authentic movie, well worth watching. These days we don’t see much movies like this…

Samurai’s Promise (散り椿 / Chiri Tsubaki / lit. “Falling Camellia”): Japan, 2018, 111 mins; Dir./Phot.: Daisaku Kimura; Scr.: Takashi Koizumi (based on the novel by Rin Hamuro); Ed.: Tomoni Kikuchi; Mus.: Takashi Kako; Prod.: Yoshihiro Sato. Cast: Jun’ichi Okada, Hidetoshi Nishijima, Haru Kuroki, Hirofumi Arai, Kyôko Yoshine, Sosuke Ikematsu, Kumido Aso, Naoto Ogata.

Screened as opening movie (in the “World Competition” program) of the 42nd Montreal World Film Festival (at the Cinema Imperial on Thursday August 23, 2018 at 19:00). stars-3-5

[ AsianWiki / IMDb /  Official  / Youtube ]

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Un Siècle d’Animation Japonaise

Siècle-animation-covEn 2017, l’animation japonaise est plus que jamais un rouage essentiel de la pop culture mondiale. Studios hollywoodiens historiques ou diffuseurs modernes nés avec Internet, les géants du divertissement investissent dans ce média dont les spécificités graphiques ont été adoptées par plusieurs générations de spectateurs.

À la fois composante et reflet de sa culture nationale, l’animation japonaise trouve pourtant sa source dans les expérimentations cinématographiques occidentales de la fin du XIXe siècle. En remontant à ses origines, Un siècle d’animation japonaise parcourt les évolutions marquantes vécues tant par les créateurs que par le public de ce média jusqu’à  nos jours.

Avancées technologiques, prolifération des genres, mutations économiques, oeuvres et artistes majeurs, triomphes et débâcles, consécration mondiale publique et critique… Découvrez comment, en cent ans, une terre inexplorée est devenue un eldorado économico-culturel dont les ressources semblent aujourd’hui s’amenuiser. Accessible aux néophytes comme aux passionnés, Un siècle d’animation japonaise vous propose de revivre cette aventure afin de mieux comprendre un média définitivement ancré dans notre quotidien.

(Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière)

J’avais brièvement parlé de cet ouvrage en janvier et je viens tout juste de mettre la main dessus (en bibliothèque — car je n’en possède malheureusement pas de copie puisque mes demandes de service de presse sont restées sans réponse et que, comme je n’écris plus vraiment sur l’anime, je ne peu pas justifier de dépenser $50 pour un bouquin de référence aussi utile soit-il). Pas besoins de le consulter longtemps pour réaliser que c’est un excellent ouvrage. Je dirais même qu’il est essentiel pour tout amateur d’anime qui se respecte car il existe peu de références qui traitent de l’histoire de l’animation japonaise (surtout en français). Avec cet ouvrage, Animeland célèbre un siècle d’animation Japonaise…

L’ouvrage est divisé en quatre grandes périodes historiques:

  • Le cinéma noir et blanc (1917-1957): Balbutiements et premiers écueils (Premières explorations, premiers revers / Renouveau et avancées technologiques / La propagande dans l’animation / L’après-guerre: l’aube du modernisme)
  • Le cinéma couleur et la télévision (1958-1982): L’animation industrielle (Le cinéma, un nouveau modèle économique / Nouveau média, nouvelles méthodes / La grande expansion); Le nouveau marché (un marché installé / La consécration de la science-fiction / Le retour du celluloïd au cinéma)
  • Les trois médias (1983-1995): La crise d’adolescence (Un nouveau marché, l’OAV / Télévision: la fidélisation du téléspectateur / Cinéma: les licenses fortes); L’énergie canalisée (L’émancipation des artistes / Mutation économique / L’entrée dans un nouveau monde)
  • L’ère numérique (1996-2017): La folie des grandeurs (Liberté artistique / La révolution numérique / Le médiamix à son paroxysme / La consécration mondiale); Le tonneau des Danaïdes (L’otaku, ce héros des comptes modernes / Climat de crise / Élargissement des cibles / Globalisation)

Comme tout ouvrage de référence qui se respecte, ce livre se termine avec un glossaire, un index des noms propres mentionnés (étrangement non paginé!) et une (trop) courte bibliographie.

C’est un ouvrage bien écrit, agréable à l’oeil, amplement illustré et très informatif. Il n’est pas rébarbatif pour les néophytes mais reste suffisamment détaillé pour intéresser aussi les amateurs endurcis. Personnellement, j’ai trouvé trois aspects particulièrement intéressants dans Un Siècle d’Animation Japonaise: 1) le premier chapitre, car il y a peu de documentation sur les débuts de l’animation Japonaise; 2) le dernier chapitre, car cela fait longtemps que je suis plutôt déconnecté du sujet et c’est intéressant de lire sur ce qui s’est produit dans la dernière décennie; 3) les auteurs nous présentent, “à la fin de chaque période (…), une sélection récapitulative de douze oeuvres synthétisant les tendances majeures de l’époque” qui peut servir de recommendation pour ceux qui se demandent quels anime valent la peine d’être visionné.

Finalement, un dernier aspect m’a fait grandement apprécié Un Siècle d’Animation Japonaise: j’ai eu le privilège de vraiment vivre l’aventure de l’anime à une époque où le medium était à son sommet (de la fin des années ’80 au début des années 2000) et cet ouvrage a réveillé en moi la douce nostalgie de cette période dorée. Ah!, la joie de découvrir des anime comme Macross, Megazone 23 Part 2, Area 88, Bubblegum Crisis, Ranma 1/2, Orange Road, Nausicaä, Laputa, Grave of the Fireflies, Wings of Honneamise, Akira, Nadia, Windaria, Record of Lodoss War, Patlabor, Porco Rosso, Whisper of the Heart, Gunbuster, Neon Genesis Evangelion, Ghost in the Shell, Vision of Escaflowne, Cowboy Bebop… Je dois bien avouer que ce temps-là me manque. J’en ai un peu revécu l’excitation récemment quand j’ai visionné Your Name. de Makoto Shinkai. Oui, quelle belle nostalgie… Mais cette époque semble bien révolue. Si par le passé l’anime a eut un impact culturel sur l’ensemble de la planète, je ne vois plus beaucoup d’animation nippone qui soit suffisamment originale et innovatrice pour m’impressionner… À moins que que soit parce que je suis devenu plus exigeant et difficile.

En conclusion, si l’animation Japonaise vous intéresse moindrement, c’est un ouvrage essentiel à lire (en bibliothèque) ou a conserver sur votre étagère de référence (si vous en avez les moyens).

Un siècle d’animation Japonaise, par Matthieu Pinon et Philippe Bunel. Paris: Ynnis Éditions, novembre 2017. 208 pages, 24 x 27 cm, 29,90€ / $49.95 Can. ISBN 9791093376806. Pour lectorat tout public. stars-4-0

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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© 2017, Ynnis Éditions.

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Notable News (w23-w31)

Since the last update, over two months ago, so much has happened. 

On the domestic front, it seems that I ran out of karma points because a series of unfortunate events kept happening to me, including frustratingly bad customer service experiences: I had trouble getting my bag of weekly flyers delivered, after eight long months the contractor finally came to finish the landscaping work in the backyard so I could work (hard) to set up the garden, and then the water heater broke down! Everything was just a big pain in the ass! I ended up so stressed and distressed by the whole ordeal that I forgot to do the accounting and pay the bills! This had never happened to me in fifteen years!

UltraBlinking

Out of energy !

However, that was not the end of it. Work is usually a real nut house where we have to run around like crazy, doing absurd stuff. Under normal circumstances it is already demoralizing and exhausting. But we had to go at it during a heat wave, for a whole week! We had a few days of respite and then, the air conditioning broke down—for another week! We were working at temperature between 27° C and 30° C, with relative humidity of 50-55% ! If you calculate the humidity factor (the way that it’s normally done on weather channels) it felt like working at temperature between 35° C and nearly 40° C ! (Of course, according to the charts used by management, it was barely over 33° C and we shouldn’t even brake a sweat! For them it was just uncomfortable conditions!). Damn it, we are working in a library, not a sweat shop! Management brought huge fans, but if you move hot air, it is still just hot air — in a very noisy environment. 

If it was just working at a desk with a fan in the face it would probably be tolerable, but we are standing up and moving around a lot to serve customers (lending, shelving and processing books, etc.) — contrary to what most people believe it is a very physical work. At my age and with my health I cannot work in such conditions for a long duration. One day, I was tired and feeling dizzy (the head-librarian had already left and a couple of colleagues were not feeling well either) so I decided to also leave work early. We were threatened of “consequences” (disciplinary measures) by management for doing so. We endured for the rest of the week, but, in the end, I couldn’t take it anymore, I was exhausted (completely out of energy), having sore throat, migraine and ear ache, so I took a day off.  I just don’t get it: why’s this obstinacy to force employees to work in unbearable conditions? Where is decency and respect of the workers? That’s what upsets me the most: absurd decisions and disrespect… I get it that there is nothing in the labor law (health & security) that prevent work in extreme heat conditions, but it is just common sense and thoughtfulness not to subject your employees to such suffering! Then again, why should I be surprised of such contempt for the workers?

At the same time, I had to deal with some garden theft which became “the sunflowers’ affair” and evolved into a real saga. Finally, as I was ready to blow a gasket, my blood pressure medication was recalled due to contamination with a potential carcinogen (the generic version is made in China, no wonder)! I had trouble at first to get the pharmacy to replace it for free, but now there is a class-action lawsuit being organized

Japon instantané

My mind elsewhere !

Thankfully, there was a few positive events to brighten my mood, like an occasional trip to the botanical garden or the park, Apple announcing their incoming new operating systems (iOS 12 and macOS 10.14 Mojave) or finally being able to finish watching the latest seasons of Poldark and McMafia. Strangely, as I handled all the bad karma with relatively great zen, I managed to write comments on quite a bunch of stuff (books, TV series and movies): The Dark Tower, The Terror, Crapule, American Made, Victoria & Abdul, Un simple monde, Le chat du louvre 1-2, Black Panther, Isabella Bird: femme exploratrice 1-2, Alien Resurrection & Alien: Covenant, Pline 5, Ad Astra 4-5, Justice League, Batman v Superman, Jumanji, Giacomo Foscari 1, Nos yeux fermés, Your name., In this corner of the world, and The Mummy. Fortunately, reading (or alternatively watching TV) and writing (comments, rants or even poetry) is a great help to bring my mind elsewhere!

On the world stage, we saw the usual fires, floods, volcanoes, storms, kids trapped in a cave, a couple of summits (G7 & North Korea), the World Cup, water was found on Mars and each day kept bringing more Trump insanities. If I wouldn’t know better I could think that Trump is the antechrist and that the end of the world is near! But, no, it’s just our daily lives in the 21st century… I just don’t understand: in 1953 the Rosenberg were tried and executed simply for spying for the Soviets; now, some politicians conspired with the Russians to interfere in the U.S. elections, make their own businesses profits, as well as contribute to undermine western democracies and absolutely NO uproar is being made about it? Delirant isti americani !

Through all this I did my best to stay (sane?) acquainted with the affairs of the world and gathered over two hundreds notable news & links — which I now share with you (in both french or english, slightly categorized, but in no particular order — note that, to save on coding time, the links will NOT open in a new window beyond this point), after the jump.

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Giacomo Foscari 1

GiacomoFoscari-covUne rencontre subtile entre deux cultures

Giacomo Foscari est un témoin sensible de l’évolution de deux sociétés chahutées au cours du XXe siècle : en Italie, pendant son enfance, il assiste à la montée du fascisme. Quelques années plus tard, il se retrouve jeune professeur au cœur du Tokyo intellectuel des années 1960, en pleines tensions d’émancipation de la jeunesse. C’est via son parcours et ses rencontres hautes en couleurs que Mari Yamazaki nous invite à voyager dans l’histoire, entre cultures japonaise et romaine. 

[ Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière ]

Un autre manga de Yamazaki qui m’avait échappé lors de sa parution! Giacomo Foscari (ジャコモ・フォスカリ / Jakomo Fosukari) est un manga josei serialisé dans le magazine Office You (Shueisha) en 2011 et qui a été compilé en volume en septembre 2012. La traduction française est parue chez Rue de Sèvre un an plus tard.

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Grâce à des flash-backs, Yamazaki établit assez vite le personnage de Foscari qui a grandi à Venise dans un milieu bourgeois et cultivé. En observant le bel Andrea, un camarade de classe plutôt voyou, il réalise qu’il n’est pas donné à tous de grandir dans un milieu favorisé et que certain individu sont peut-être encore sous la protection des vieux dieux romains, comme Mercure, le dieu des voleurs. Quelques années plus tard, l’approche de la guerre et la monté du fascisme rend la situation difficile pour sa famille. Il visite le Japon en 1960, invité par Owada, un collègue universitaire, et décide d’y rester. La “culture chrétienne” qui a profondément transformée l’Italie le rendait mal à l’aise et il se sent beaucoup mieux “dans ce Japon sans contraintes religieuses“ qui lui rappelle beaucoup le polythéisme du monde romain antique. Il est témoin de la tourmente étudiante qui frappe les universités japonaises à l’instigation de la nouvelle gauche et du syndicat étudiant Zengakuren. Le gros du récit se déroule en 1966, alors qu’il enseigne l’histoire gréco-romaine à l’Université de Tokyo. Par l’entremise de sa logeuse—la veuve de son collègue Owada—ainsi que ses amis Yoshio Kishiba et l’excentrique Mitsuharu Tabé, il découvre la culture japonaise. Dans un café qu’il fréquente avec Kishiba, il fait la rencontre de Shusuke Koba, un jeune serveur qui lui rappelle Andrea. Il est fasciné par le jeune homme mais aussi par la jeune femme qu’il fréquente (sa petite amie? sa soeur?). 

Après Thermae Romae, Yamazaki continue avec ce manga sa recherche pour établir des parallèles entre la culture nippone et la civilisation romaine. Elle avait déjà établi le bain public comme point commun et, cette fois, elle traite de la similarité religieuse (à Rome il s’agissait de polythéisme teinté d’animisme alors qu’au Japon on retrouve un animisme frôlant le polythéisme—sans parler de la relation syncrétique entre le Shinto et le Bouddhisme!) ou de vénération de la nature. La sensibilité du récit et l’ambiance introspective qui invite à la réminescence du passé me rappelle beaucoup l’oeuvre de Jirō Taniguchi. Ce n’est peut-être pas surprenant puisque Taniguchi et Yamazaki sont sans doute les deux mangaka le plus influencés par l’art et la culture occidentale. 

À l’opposé de ses oeuvres plus importantes (comme Thermae Romae ou Pline), le style que Yamazaki utilise ici est plutôt simple, sans beaucoup de détails ou d’arrière-plans, comme c’est le cas dans la plupart de ses one-shots (PIL, Un simple monde). Il n’en reste pas moins élégant et laisse ainsi plus de place au texte. Toutefois, comme la majeure partie du récit sert à établir le contexte et les personnages, on sent que l’histoire va vraiment démarrer avec le tome suivant. Malheureusement, le volume deux n’est jamais paru. Yamazaki en a suspendu la production (Temporairement? Définitivement?) pour se consacrer à d’autres projets (Pline, entre autres). Elle a promis à quelques reprises de s’attaquer à la suite (en 2014, puis en 2017) et on espère bien qu’elle tiendra promesse. Car Giacomo Foscari est fort intéressant à lire tant par son récit touchant que par son sujet captivant pour les historiens: l’intersection de deux cultures que tout semble séparer mais où l’on retrouve des similarités intrigantes. 

Giacomo Foscari, livre 1: Mercure, par Mari Yamazaki. Paris: Rue de Sèvre, septembre 2013. 192 pages, 15.2 x 21.5 cm, 12,50 € / $21.95 Can. ISBN 978-2-36981-007-0. Pour un lectorat adolescent (14 ans et plus). stars-3-0

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Giacomo Foscari © Mari Yamazaki / Shueisha Creative Inc., 2012. © Rue de Sèvre, Paris, 2013 pour la traduction française.

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Pline, vol. 5

Pline-v5-covDans le tome précédent : A Rome, la folie croissante de Néron semble laisser toute latitude à Poppée. De son côté, Pline, après le tremblement de terre qui a ravagé Pompéi, fait la connaissance d’un mystérieux voyageur revenu de lointaines contrées.

Plus que jamais assoiffé de connaissance, Pline comprend que les écrits de ses contemporains ou des auteurs du passé ne lui suffiront pas. L’heure du départ a sonné, cap vers l’Afrique !

Pline-v5p019Pline écoute les récits de Larcius (fils d’un négociant en vin de Pompéi qui a beaucoup voyagé) et cela lui donne l’appétit de faire ses propres voyages de découvertes. Pline, Euclès et Félix raccompagnent donc Larcius à Pompéi afin de voir comment la situation y a évolué. La reconstruction de la ville se fait de façon inégale, au gré des besoins de la politique et des moyens financiers des habitants. Ils retrouvent l’ingénieure Mirabela et font la rencontre de Aselina Eumachia, une riche et influente commerçante de la laine. Sur l’un de ses bateau, à Naples, ils prennent la mer sur la Mare Nostrum en direction de l’Afrique!

Après une tempête, ils rencontrent l’épave d’un navire attaqué par des pirates. Le seul survivant est un enfant très doué pour la navigation et son corbeau. Les vents ont fait dériver leur navire vers les Iles Éoliennes. Ils font escale à Strongyle pour attendre que se calment les vents et charger un cargaison d’obsidienne mais l’équipage les abandonne sur l’île! Le Stromboli choisit ce moment pour faire éruption et Pline désir observer le phénomène en détail et de près. Il constate que les volcans forment une ligne du sud vers le nord, de l’Etna au Vésuve en passant par Vulcano et Stromboli. Il remarque aussi que l’éruption du Stromboli est différente de celle de l’Etna qu’il a observé précédemment…

Avec ce cinquième volume, il me semble que l’action commence vraiment alors que Pline décide de se lancer dans l’aventure. Il est surtout amusant de constater que le destin de Pline est décidément marqué par les volcans: l’Etna, puis le Vésuve, et maintenant le Stromboli! Réussiront-ils tous à survivre à cette éruption et s’échapper de cette île volcanique? C’est ce que nous saurons dans le volume six, qui vient tout juste de paraître en Europe!

Ce manga historique demeure tout aussi fascinant. Le récit est bien mené et capte notre attention alors que Mari Yamazaki et  Tori Miki nous font découvrir de nombreux aspects de la société romaine: géographie, politique, architecture, commerce, etc., sans oublier quelques anecdotes d’histoire naturelle! Le travail des deux artistes nous offre un graphisme toujours aussi beau et détaillé, et qui gagne même en assurance. Un très bon manga historique qui s’avère une lecture à la fois agréable et instructive. Vivement recommandé!

Pline, vol. 5: Sous les vents d’Éole, par Mari Yamazaki et Tori Miki. Paris: Casterman (Coll. Sakka), Jan. 2018. 200 pg, 13.4 x 18 cm, 8,45 € / $15.95 Can (ePub/PDF: 5,99 €), ISBN: 978-2-2031-5359-2. Pour lectorat adolescent (14+). Voir couverture arrière. stars-3-5

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Pline © 2015-2016 Mari Yamazaki, Tori Miki. © 2017 Casterman pour la traduction française.

Voir mes commentaires sur les volumes précédents:

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Capsules

Ad Astra, vol. 4-5

“Bravoure, complots et stratégie… Plongez au coeur des batailles qui opposèrent les légendaires Hannibal et Scipion !”

AdAstra-v04-cov“Fabius parvient à attirer Hannibal près de Capoue, dans la plaine de Campanie, où les troupes romaines l’attendent de pied ferme. Hélas, son plan est réduit à néant lorsque son maître de cavalerie, lassé par sa stratégie d’usure, contrevient à ses ordres : grâce à une nouvelle ruse, les Carthaginois réussissent à briser l’encerclement romain.”

“Le dictateur perd donc la confiance du sénat et voit ses pouvoirs transférés à Minucius, qui contre toute attente vient de l’emporter sur un détachement ennemi ! Enivré par sa victoire, le guerrier se lance à la poursuite d’Hannibal à la tête de deux légions, mais se retrouve bien vite en difficulté… Et si tout cela faisait partie du plan du monstre de Carthage ?” [Texte de la couverture arrière]

Ad Astra: Scipion l’Africain & Hannibal Barca (アド・アストラ -スキピオとハンニバル- / Ad Astra – Scipio to Hannibal) est un manga seinen historique par Mihachi KAGANO (dont c’est le premier titre) qui raconte les faits saillants de la deuxième guerre punique qui opposa Rome et Carthage. Il a été prépublié dans le magazine Ultra Jump (entre mars 2011 et février 2018), puis compilé en treize volumes chez Shūeisha. La version française paraît chez Ki-oon. J’en ai déjà commenté les trois premiers volumes.

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Dans le volume quatre, avec maintenant le support du Sénat, Minucius décide d’attaquer avec tous ses hommes les troupes d’Hannibal qui semblent prendre position sur une colline. Mais c’est évidemment une embuscade et des soldats carthaginois sortent de derrière chaque rocher ou crevasse, alors que les frondeurs bombardent les romains du haut de la colline. Trop fier, Minucius refuse de sonner la retraite. Il est blessé par Giscon en combat singulier. Il y aurait laissé la vie si Hannibal n’avait pas retraité à l’arrivée des renforts de Fabius, que Scipion avait convaincu d’intervenir. De retour à Rome, Scipion sauve sa jeune fiancée Aemilia qui est prise à partie par la foule car son père, Aemilius, se présente au Consulat en même temps que Varron.

AdAstra-v05-cov“À Gerunium, Minucius paie au prix fort son entêtement : ses troupes sont décimées, et lui-même n’échappe à la mort que de justesse grâce à l’intervention de Fabius ! Ultime humiliation pour le guerrier, son combat contre Giscon lui coûte deux doigts de la main droite.”

“Mais sa dictature, tout comme celle de Fabius, touche à sa fin. Après une campagne acharnée, c’est Varron qui est nommé consul, aux côtés d’Aemilius ! Et le nouveau chef des armées compte bien écraser l’ennemi par le nombre. C’est donc 86 000 soldats qu’il envoie contre Hannibal dans la plaine de Cannes, théâtre d’une des plus grandes batailles de l’histoire…” [Texte de la couverture arrière]

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Dans le cinquième volume, Varron est élu premier Consul et promet de lancer une armée de quatre-vingt-six-mille hommes contre Hannibal. Fabius compte sur Aemilius, élu second Consul, pour tempérer l’audace de Varron. Les deux armées convergent vers la plaine de Cannes pour ce qui deviendra l’une des batailles majeures et décisive de la guerre. Malgré son infériorité numérique (seulement cinquante-mille hommes), Hannibal profite de son avantage tactique et attaque en premier. Grâce à sa fine stratégie il réussi à prendre l’armée romaine en tenaille!

Ad Astra est le manga parfait pour les amateurs d’histoire et de la Rome Antique. Il nous donne une vue intéressante de la politique et des stratégies militaires de l’époque, tout en nous donnant un récit captivant des intrigues et des sentiments qui opposent et rattachent les personnages.

Le style graphique de Kagano est clair et précis, souvent très détaillé, et même si il dépeint bien les scènes d’action et de combat, il me semble toutefois que le dessin est statique et manque un peu de vie.

Un manga très beau et passionnant, mais qui étire le récit un peu trop. Cependant, j’ai quand même hâte de lire la suite: plus que huit volumes (si l’on compte le treizième et dernier tome qui paraîtra en France en novembre 2018) avant d’en découvrir le dénouement!

Ad Astra: Scipion L’Africain & Hannibal Barca Vol. 4, par Mihachi KAGANO. Paris: Ki-oon,  décembre 2014. 178 pages, 13 x 18 cm, 7,90 € / $16.98 Can. ISBN 978-2-35592-752-2. Pour un lectorat adolescent (14 ans et plus). stars-3-0

Ad Astra: Scipion L’Africain & Hannibal Barca Vol. 5, par Mihachi KAGANO. Paris: Ki-oon, mars 2015. 178 pages, 13 x 18 cm, 7,90 € / $16.98 Can. ISBN 978-2-35592-797-3. Pour un lectorat adolescent (14 ans et plus). stars-3-0

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Ad Astra Publius Cornelius Scipio Africanus Major & Hannibal Barca © 2011 by Mihachi Kagano / SHUEISHA Inc.

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