Arzak Rhapsody

ArzakRhapsody-DVDPerché sur son fidèle Ptéroïde anti-gravité (où rien de grave ne peut l’atteindre), Arzak explore le Désert ‘B’, un monde parallèle peuplé de créatures étranges, situé aux frontières du rêve et d’une réalité au-delà du réel. Mais Arzak ne rêve-t-il pas d’un univers qui est en lui…ou en chacun de nous ?

(Texte promotionnel — voir aussi la couverture arrière de la jaquette)

Ce dessin animé est une série de quatorze capsules de 3:30 min. chacunes qui offrent un dessin minimaliste qui est terriblement animé. On y retrouve différentes aventures (et mésaventures) du célèbre guerrier solitaire et (généralement) silencieux alors qu’il parcours le désert B, affrontant l’herbe-serpent ou diverses autres créatures. C’est un peu sans queue ni tête mais les récits sont étoffés par une narration et Moebius donne, pour la première fois, la parole à Arzak. Tout comme les planches de Moebius, ces capsules sont un peu inégales en qualité (et en intérêt). L’univers d’Arzak est un peu tourné en ridicule avec des personnages clownesques (où l’on pourrait peut-être discerner une influence de Winsor McCay?). 

C’est mauvais mais tout de même amusant et intriguant. À la défense de cette curiosité décevante, il faut admettre qu’elle est définitivement produite pour un public jeune alors que la série originale s’adressait aux adultes. On s’attendrait néanmoins à mieux de la part d’un créateur comme Moebius. C’est trop court et plein de potentiel inexploité (quoique le graphisme s’améliore avec les derniers épisodes). Cela aurait pu être tellement mieux…

Il est intéressant de constater que l’on voit déjà le début de la convergence des différents univers (et styles) de Giraud / Moebius avec des éléments qui rappellent Le Garage Hermétique, d’autres qui font définitivement partie du monde SF déjanté et imaginatif de Moebius — parfois hilarant et absurde, parfois mystique et obscure (avec des allusions au Arzach original ou à Edena) — et même des relents d’atmosphère western à la Blueberry. Cette série d’histoires nous laisse donc présager la suite — L’Arpenteur

À voir par amusement ou par curiosité.

Arzak Rhapsody: France, 2002, 51 min., série télévisée d’animation (14 episodes); Dir., Scr., Des.: Moebius; Dir. Art.: Alexandre Brillant; Ass. Réal.: Francois Narboux; Mus.: Zanpano; Studio: Millimages Online; Prod.: Wolfland Pictures, Carrere Group, France 2. stars-2-5

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

[ AmazonGoogleIMDbWikipedia ]

 

[ Translate ]

Capsules

Moebius 2: Arzach & Other Fantasy Stories

Moebius-2_ArzachStrangely, this edition of Arzack, published by Epic / Marvel, offers the stories in a different order than the French edition.

In the first story, ”Arzach” (8 colour pages), the protagonist spies on a naked woman who dresses but he is surprised by her husband. He captures and suspends him to a giant skeleton but all for nothing because, finally, the beauty of the woman leaves something to be desired…

Arzach-p032In the second story, “Harzak” (8 colour pages), our heroes flies over the carnivorous plain on his faithful Pteroid, his luggage being on the back of a second bio-mechanical pterosaur. But after a long flight, the latter is tired and plunges into the killer grass. Harzak must rest his mount but the only haven possible is a kind of arch occupied by a giant primate, red and fierce. Full of nonchalance, the hero triumphs. This is my favorite story thanks to Moebius’ beautiful drawings. In my youth, I made a poster out of one of these boards.

In the third story, ”Arzak “(8 colour pages), a man arrives by car near some sort of stone temple. He enters, passes through a crowd of passive / aggressive green men, then enters a room where he repairs equipments. In the distance, an inanimate Pteroid wakes up. His task accomplished, the man leaves with his car…

Moebius-2_Arzach-p32-33The fourth “story” is a series of eight colour pages that do not seem related but which may form an enigmatic story titled Harzach… The quality and style of each is quite uneven, the best being a double-page fresco depicting an army.

When it comes to the “other fantasy stories”, this part includes a selection of completely different stories (except one).

In “The Detour” (7 p., B&W), Jean Giraud’s family take a detour on their way to the island of Re and makes strange encounters. The story doesn’t make much sense tout the art is beautifully detailed.

In “The Ballade” (9 colour pages), a young explorer crosses the bio-forest reciting Rimbaud. He meets a fauness, who saves him from the attack of an Euchinus and decides to join him to discover distant human cities full of wonders. But in their first meeting with a troop of these townspeople, they are massacred without questions. Moebius said that he used an absurd, sudden and tragic ending because he was coming close to the deadline… This story shows us a beautiful, intriguing and original universe.

Moebius-2_Arzach-p59In “The White Citadel” (6 colour pages), a knight crossed for months the wilderness until he encountered a citadel carved in one single stone. An elf appears and tells him the story of a prideful king who wed a beautiful princess, but as soon she entered the nuptial chamber it closed down, trapping her. The king was barred from entering by a dark creature. Soon the knight fall asleep, possessed by the king spirit, and in his dream fights the dark creature again. In the morning the traveling knight wakes up blind, deaf and mute… Moebius notes in the preface that his friends commented that his stories were always very negative, so to prove them wrong he wrote this one but failed as it ended up again dark and morbid!

In “Ktulu” (5 colour pages), after a last meeting the president goes down a dark tunnel to meet the hunt master who will grant him the agreed privilege to hunt the Ktulon… A short and unremarkable story. Moebius notes that this is a little humorous fable referencing Lovecraft’s mythology and, at the same time, criticizing the French president “using the privilege of his office to go to Africa and hunt wild game” which he found shocking.

The book ends with one last “Arzach” story (5 colour pages) giving some humorous background to the character, the last ptero-warriors helping an artist retrieving the red stone stolen by an evil wizard. Amusing.

As for the French edition of Arzack and the compilation of stories that included it, this book offers some of the best examples of science fiction stories by Moebius. It is very interesting (and entertaining) to read.  It’s really worth a look.

Moebius 2, The Collected Fantasies of Jean Giraud: Arzach & Other Fantasy Stories, by Moebius. New York: Epic/Marvel, April 1987. 72 p. $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-279-6. stars-3-0

To know more you can consult the following sites:

[ AmazonGoodreadsGoogleWorldCat ]

© Starwatcher Graphics

[ Traduire ]

Moebius: Oeuvres Complètes 2

moebiusoeuvrescompletes02couvIl n’y a aucune raison pour qu’une histoire soit comme une maison, avec une porte pour entrer, les fenêtres pour regarder les arbres et une cheminée pour la fumée… On peut très bine imaginer une histoire en forme d’éléphant, de champ de blé ou de flamme d’allumette souffrée.” — Moebius 1976

[ Texte de la couverture arrière ]

Cette compilation de 45 planches regroupe deux différents albums de Moebius.

Le premier album est Arzach qui nous offre quatre histoires sans dialogues et un peu plus d’une douzaine de planches (dont une avec dialogues, certaines en couleurs, d’autres en noir et blanc, certaines sur deux pages) qui semblent plus être des illustrations que des histoires et qui n’ont pas de lien apparent entre elles. Les titres sont des variations orthographiques de Arzach: Harzack, Harzak, Arzak, Harzakc, Harzach, Arrzak. 

Arzach-p023Dans une première histoire qui précède la préface (deux planches, en N&B), Harzack pisse derrière un building et se fait prendre, mais la flaque d’urine prends des allures tentaculaires et saisie le policier. (Parue dans Métal Hurlant #3 (2e trim. 1975): 6-7)

Dans une deuxième histoire (huit planches couleurs), Arzach espionne une femme nue qui s’habille mais est surprit le mari de celle-ci. Il capture celui-ci et le suspend à un squelette géant mais tout ça pour rien car, finalement, la beauté de la femme laisse à désirer… (Parue dans Métal Hurlant #1 (1er trimestre 1975): 19-26)

Arzach-p032Dans une troisième histoire (huit planches couleurs), Harzak vole au-dessus de la plaine carnivore sur son fidèle Ptéroïde, son bagage étant sur le dos d’un deuxième ptérosaure bio-mécanique. Mais après un long vol, ce dernier fatigue et s’abime dans les herbes tueuses. Harzak doit reposer sa monture mais le seul havre possible est une sorte d’arche occupé par un primate géant, rouge et féroce. Plein de nonchalance, le héros triomphe. Celle-ci est mon histoire préférée grâce au superbe graphisme de Moebius. Dans ma jeunesse, j’avais fait un poster avec l’une de ces planches. (Parue dans Métal Hurlant #2 (2e trim. 1975): 19-26)

Dans la quatrième histoire (huit planches couleurs), un homme arrive en voiture près d’une sorte de temple en pierre. Il y entre, traverse une foule d’hommes verts passifs/agressifs, puis entre dans une pièce où il répare un équipement. Au loin, un Ptéroïde inanimé se réveille. Sa tâche accomplie, l’homme repart avec sa voiture… (Parue dans Métal Hurlant #4 (4e trim. 1975): 19-26)

Le deuxième album, L’Homme est-il bon?, nous offre onze histoires courtes: “Les clans de la lune alphane” (1 p.), “Le jeudi noir” (2 p.), “L’Homme est-il bon?” (10 p.), “Quelques books” (1 p.), “Le cerveau du Major (The Long Tomorrow, 16 p.)”, “Le café” (1 p.), “Science Fiction Chronicle” (1 p.), “Babel 17” (1 p.), “Une famille de nageur” (1 p.), “L’univers est bien petit” (8 p.) , et “Ballade” (9 p.). La plupart de ces histoires sont très courtes et souvent constituent une sorte de commentaires de lecture illustrés de romans de SF. Seulement quatre histoires méritent vraiment notre attention.

HommeEstIlBon--p078Dans l’histoire titre, un soldat est poursuivi par une troupe de créatures féroces et vertes. Ils le rattrapent, lui arrachent ses vêtements, puis leur chef lui arrache l’oreille gauche à l’aide d’un tentacule et la goûte. Il fait une grimace, et la recrache! La troupe poursuit son chemin laissant l’homme penaud et nue. On en déduit donc que la réponse à la question du titre est, non, l’homme n’est pas bon!

TheLongTomorrow-p094Dans de “The Long Tomorrow”, un détective privé est engagé par une riche dame pour récupérer un colis dans les bas fonds de la cité (dans un casier à bagage de la station de sub du 199e niveau). Il récupère la malle sans trop de mal, mais lorsqu’il revient au 12e niveau pour la remettre à la dame, le conapt de celle-ci est occupé par la police. La fille a été tué et torturé abominablement. On lui apprend qu’un espion arcturien rôde dans la ville à la recherche du cerveau du Major. Sur le chemin du retour, un assassin tente de le tuer mais il réussit à l’éliminer près de l’astroport. Chez lui, il ouvre la malle qui contient, bien sûr, le cerveau du Major. La fille lui rend visite inopinément, expliquant que la morte était un double androïde. Alors qu’il baise la fille, le lieutenant Fy l’appelle pour l’avertir que l’espion est en fait la fille. Le camouflage télépathique de celle-ci étant tombé, elle lui apparait comme une masse tentaculaire, qu’il élimine malgré ses suppliques. Le cerveau retrouve son propriétaire… affaire classée! Cette superbe histoire, ma favorite de l’album, créée sur un scénario de Dan O’Bannon, est en quelques sorte la genèse de l’Incal. 

Dans “L’univers est bien petit”, un couple en voyage interstellaire atterrit sur une planète et y découvre un naufragé qui s’avère être un vieil ennemi. Toute le monde s’entretue…

Ballade-p114Dans “Ballade”, un jeune explorateur traverse la bio-forêt en récitant du Rimbaud. Il rencontre une faunesse, qui le sauve de l’attaque d’un Euchinus et décide de se joindre à lui pour découvrir des villes humaines lointaines et pleines de merveilles. Mais dès leur première rencontre avec une troupe de ces citadins, ils sont massacrés sans questions. Moebius aime bien ces fins absurdes, subites et tragiques… Cette histoire nous montre un bel univers original et intriguant.

Cette compilation nous offre quelques uns des meilleurs exemples d’histoires de science fiction par Moebius. Très intéressant (et divertissant); à lire. 

Cette édition compilant les deux albums n’est plus disponible mais ils sont sans doute encore disponible séparément (comme dans l’édition couleur USA: Arzach [ AmazonBiblio ], L’Homme est-il bon? [ AmazonBiblio ])…

Moebius, Oeuvres Complètes tome 2: l’Homme est il bon ? / Arzach, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés, février 1981. 124 p. ISBN 2-7316-0098-5. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-0

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleHumanosWikipediaWorldCat ]

© Les Humanoïdes Associés 1981.

[ Translate ]

Major Fatal

MajorFatal-covMajor Fatal est trop beau pour être vrai. On est jamais sûr d’entrer dedans. Et pourtant on ne parvient plus à en sortir. Un cercle vicieux. Une drogue! Eh quoi : nous avons lu ensemble dans Métal Hurlant, trois années de suite les aventures du Major Grubert. Pourquoi attendre trois ans pour se mettre dans des états pareils? A quoi je rétorquerai que le Major dans Métal et le Major en album sont deux choses totalement différentes. Major Fatal, c’est un poème.” (Jacques Goimard, en couverture arrière)

L’astéroïde modelé par le Major Grubert en trois mondes superposés, trois mondes avec chacun leur système, leur populace et leurs coutumes. Improvisés au rythme de la publication de Métal Hurlant, ces univers sont grouillants d’idées et de détails entremêlés. Autour de l’astéroïde, à bord du Ciguri, tournent son créateur et sa belle, Damalvina. Mais trois mondes ignorant leurs origines, dont quelques personnages en prennent peu à peu conscience, et ne sont pas tellement du genre à adorer leur créateur…” (Texte du site des Humanos)

MajorFatal-p006

Page 6

Ce troisième tome des “Oeuvres Complètes“ de Moebius compile les sept principales histoires où apparait le Major Grubert (dont plusieurs seront reprises dans Les vacances du major): “Une planche” (1 p.), “[Le] Major Fatal” (13 p.), “Le Major Grubert [: The Forbiden City Rides Again]” (2 p.), “Les Vacances du Major“ ( ou “La Chasse au Français en Vacances”, 6 p.), “Paradis 9” ( ou “La Flore de Paradis 9”, 2 p.), “Une aventure du Major [Grubert]” (2 p.), “Le Garage Hermétique [de Jerry Cornélius]” (98 p.). Cette dernière histoire constitue la majorité du volume, qui inclue aussi un avant-propos de Moebius, des postfaces de Jacques Goimard et d’Alexandro Jodorowsky, ainsi que “Apprends à Dessiner le Major Grubert” par Yves Chaland.

L’édition anglaise colorisée, publiée chez Epic/Marvel en 1987 sous le titre Moebius 3 (The Collected Fantasies of Jean Giraud): The Airtight Garage, n’offre quand à elle que deux histoires: “Major Fatal” et “The Airtight Garage”. À noter que pour l’édition anglaise, le nom de Jerry Cornélius (un hommage à Michael Moorcock) a été changé pour Lewis Carnelian…

La seule des histoires courtes qui mérite vraiment mention, car elle prépare la venue de l’oeuvre majeure, c’est “Le Major Fatal.” Houm Jakin et l’assassin Boaz recherche le Major car lui seul peut traiter avec le Bakalite. Ils tombent dans un piège mais Grubert intervient… Ce thème sera plus ou moins repris pour la fin du “Garage Hermétique”. Les autres histoires servent surtout à établir le décor de l’univers science-fictionnel créé par Moebius et dans lequel le Major évolue.

“Le Garage Hermétique” est la première histoire de SF d’importance que produit Moebius. Due à son procédé d’écriture épisodique et aléatoire, l’histoire est un peu complexe, mais l’essentiel tient au fait que le Major Grubert a construit un astéroïde, Fleur, constitué de trois niveaux de réalité dont plusieurs forces (Jerry Cornélius, le Bakalite, le Nagual, Sper Gossi) conspirent soit pour en prendre le contrôle, se libérer de son créateur ou simplement se venger du Major. Ce dernier quitte donc le Ciguri, son vaisseau spatial, pour descendre sur l’astéroïde et affronter ses adversaires…

MajorFatal-p087

Page 87

Il y aurait beaucoup à dire sur “Major Fatal”… Jean Giraud a commencé à dessiner des histoires de science-fiction humoristiques, d’abord sous le preudonyme de Gyr puis de Moebius, pour se distraire et se détendre de son travail principal sur Blueberry. Il les a publié ici et là (surtout dans Pilote, et même dans France-Soir, puis régulièrement dans Métal Hurlant). Le Major Grubert a subrepticement fait son apparition dans ces histoires courtes. Lorsqu’il a commencé à écrire “Le Garage Hermétique”, il n’avait pas de scénario préétabli et il improvisait au gré de ses humeurs, en essayant de créer de nombreux rebondissements (parfois ne se souvenant même pas ce qu’il avait fait dans l’épisode précédent). Le Major y est éventuellement apparu comme un anti-héros insouciant, presque absent, qui réalise tranquillement ses responsabilités envers le dénouement du récit. Le résultat est une histoire riche et surprenamment cohérente, pleine de symbolismes (tant religieux, politique, que philosophique).

MajorFatal-p063

Page 63

Les épisodes sont au début plus grossier, plutôt inégaux en qualité (tant graphiquement que narrativement), puis prennent de plus en plus d’assurance jusqu’à ce que vers la fin on réalise que Moebius maîtrise bien le genre, que son art a mûrit et qu’à partir de maintenant ce n’est plus de l’humour mais de la SF sérieuse et profonde qui laisse bien paraître ce que seront Les Aventures de John Difool, a.k.a. L’Incal

C’est une histoire de SF mythique qui vient nous chercher au tréfonds de notre être, comme si elle réveillait en nous quelque chose qui dort—ce genre d’impression mystique que l’on perçoit du coin de l’oeil ou dont on a vaguement le souvenir sans être capable de mettre le doigt dessus. C’est une oeuvre qui est loin d’être parfaite mais qui reste fascinante, intriguante et captivante! C’est donc à lire absolument si la BD et la SF vous intéresse moindrement!

“Le Garage Hermétique” a connu de nombreuses rééditions mais aussi des suites… (eh oui, après près de quarante ans, je réalise, “Quoi, il y a une suite!!!?”). Le flambeau a aussi été repris par d’autres artistes… À suivre, donc…

Moebius, Oeuvres Complètes tome 3: Major Fatal, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés, avril 1981. 156 p. ISBN 2-7316-0100-0. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-4-0

Moebius3-covMoebius 3, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Airtight Garage, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1987. 120 p. $US 12.95 / $C 16.95. ISBN 0-87135-280-X.

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

[ AmazonBiblioGoodreads – GoogleWikipediaWorldCat ]

© Les Humanoïdes Associés 1980.

[ Translate ]

Cauchemar Blanc

Giraud_Cauchemarblanc_01Cauchemar Blanc est une compilation de neuf histoires courtes parues dans différents magazines entre 1972 et 1976: “Cauchemar Blanc” (dans L’Echo des Savanes #8, 1974, 12 p., publié en anglais dans Moebius 6: Pharagonesia), “Calque A” (planche sans titre ni dialogue, 1976), “Approche de Centauri” (dans Métal Hurlant, 1975, 6 p., scénario de Philippe Druillet, publié en anglais dans Moebius 4: The Long Tomorrow), “Il y a un Prince-Charmant sur Phenixon” (dans Pilote, 1973, 4 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4), “L’Artefact” (dans Pilote annuel, 1971, 4 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4), “Interview” (dans Schtroumph, 1974, 9 p.), “Calque B” (1 planche sans titre ni dialogue et une planche qui décrit le gommeux, une créature extra-terrestre (type encyclopédie galactique, noté “Essais, Vol. IV)”, 1976), “Deima” (inédit, 1975, 3 p., publié en anglais dans Moebius 0: The Horny Goof), et “Barbe Rouge et le cerveau Pirate” (dans Pilote annuel, 1972, 5 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4). Seulement cinq de ces histoires sont vraiment significatives.

Étrangement, “Cauchemar Blanc” n’est pas de la SF mais plutôt une histoire réaliste et malheureusement d’actualité… Moebius y parle de préjudice et de racisme. Le souhait de tout activiste de la tolérance est le cauchemar du bigot… Quatre bonhommes en voitures (Barjout, Jean-Pierre, René et Berthon) tentent d’écraser un arabe en mobylette mais celui-ci fait une embardée et la voiture se plante plutôt dans un camion stationné. Lorsqu’ils tentent de tabasser l’arabe, des passants interviennent, puis Barjout sort un revolver et tire Jean-Pierre dans la jambe par accident alors que celui-ci tente de l’arrêter… Soudainement Barjout se réveille dans son lit: ce n’était qu’un mauvais rêve. Il sort en voiture avec ses amis pour une expédition nocturne où, cette fois, ils frappent et tabassent vraiment un arabe sous le regard des voisins qui observent de leur fenêtres sans intervenir… Cette histoire a été adapté en un film court-métrage par Mathieu Kassovitz.

Dans “Approche de Centauri” un pilote d’astronef se prépare à sauter dans l’hyper-espace mais le générateur ripe et le projecte plutôt hors du continuum, dans une sorte d’enfer druillesque, peuplé de démons cornus. De retour dans son propre espace-temps, il essuie le vomis de sa bouche et nie avoir vu quoi que ce soit… Superbe histoire courte de SF sur un scénario de… Druillet!

Dans “Il y a un Prince-Charmant sur Phenixon”, un couple (dont la femme est du type mégère) fait escale sur Phenixon pour y faire commerce. Alors que monsieur examine les peaux de Toc-Toc, madame fait une balade en colimassophant (une sorte de limace) qui se révèle être un pavacheux en pleine crise. Mais au lieu de la déchiqueter et de l’entraîner dans les abimes, c’est l’amour entre Janine et le pavacheux! Mais, bon, celui-ci le regrettera sûrement…

Dans “L’Artefact” deux voyageurs interstellaires découvrent une gigantesque planète de type terrestre. Ils descendent l’explorer. Il y a une vaste mer, puis une plage, sur laquelle ils trouvent un artefact: un château qui semble inhabité. Ils entrent pour explorer les ruines. Malheureusement, un petit vandale sur la plage détruit le château de sable et se fait gronder par sa mère…

Dans “Barbe Rouge et le cerveau Pirate”, Boomy est capitaine d’un cargo spatial et son seul compagnon est un Cervelec Major V (une sorte de robot flottant) qui cafouille et se prend pour le maître d’équipage de Barbe-Rouge… Évidemment tout cela tourne mal pour Boomy… Alors que le proprio du vaisseau demande au techno-concessionaire si le Major V peut tomber en panne, celui répond “Impossible, je l’ai règlé moi-même!” (Et derrière lui on aperçoit toute une paraphernalia d’histoire maritime du temps de la flibuste

D’une façon très similaire aux recueils comme Les vacances du Major, Cauchemar Blanc nous offre une collection d’histoires courtes de science-fiction humoristique qui reposent souvent sur un seul gag, mais qui restent très imaginatives. Le style est plutôt simple mais varie beaucoup d’une histoire à l’autre, allant du trait dépouillé au dessin très détaillé et texturé. C’est agréable à lire et très drôle. À lire surtout si vous êtes un amateur de Moebius.

L’édition que je possède n’est malheureusement plus disponible, mais toutes ces histoires ont été republiées en 2012 par Les Humanoïdes Associés dans la collection Moebius USA, qui reprend les versions colorisées des histoires courtes de Moebius telle que publiée chez Epic/Marvel et Dark Horse: Escale sur Pharagonescia, La Citadelle aveugle, et The Long Tomorrow.

Cauchemar Blanc, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés (Coll. Mirage), janvier 1977. 64 p. ISBN 2-902123-08-6. Pour lectorat jeune adulte (14+). [Merde ! La reliure fout le camp!] stars-3-0

Moebius4Moebius 4, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Long Tomorrow & Other Science-Fiction Stories, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1987. 72 p. $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-281-8.

Moebius6Moebius 6, The Collected Fantasies of Jean Giraud: Pharagonesia & Other Strange Stories, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1988. 72 p. $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-283-4.

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleHumanosWikipediaWorldCat ]

© Les Humanoïdes Associés 1977.

[ Translate ]

Capsules

Le bandard fou

BandardFou-cov“Sur Souldaï du Cygne, les érections, ce n’est pas avant l’automne. Quand un vendeur de pousse-boulettes se réveille avec une trique d’enfer, impossible de cacher l’évidence : il est devenu un bandard fou, traqué par la police anti-foutre et une dame Kowalsky qui peine à assouvir ses désirs. Son crime prenant jusqu’à des dimensions diplomatiques, le bandard peine à trouver le repos.” (Texte du site des Humanos, voir couverture arrière)

Originellement publié en janvier 1974 aux Éditions du Fromage (Écho des Savannes), Le Bandard Fou a connu de nombreuse rééditions. Cette bande-dessinée nous offre deux histoires. La première, sans dialogue et sans titre, se déroule en vingt-quatre planches d’une seule grande case chacune qui occupe le côté gauche du livre et qui nous montre un homme qui se métamorphose en un oeuf alienesque, qui se fracture pour révéler… un petit homme. 

BandardFou-p03

Page 3 (Planche 2)

La deuxième histoire, qui occupe les pages de droite, est un récit de science-fiction humoristique en vingt-quatre planches. Le personnage principal se réveille un bon matin souffrant de priapisme hors-saison, ce qui est une déviance interdite car, en ce monde, la reproduction se fait uniquement en automne et passe par la Pondeuse. Poursuivit par les autorités génétiques (la P.A.F.), il fuit à l’aide d’un agent de dame Kowalsky, une aristo nymphomane. Il rejoint celle-ci sur son vaisseau où ils batifolent quelques mois mais quand ils arrivent sur Fleur, l’astéroïde paradisiaque de dame Kowalsky, c’est la débandade. Évidemment, la fuite du bandard a de lourdes implications commerciales et politiques qui mènent à la guerre entre la Fédération Terrienne et les Exotiques. La Pondeuse tente donc de récupérer le bandard à l’aide d’une faille spatio-temporelle mais le bon Zague intervient et la dure situation reprend son cours…

BandardFou-p09

Page 9 (Planche 5)

Le Bandard Fou est la toute première histoire de SF de Moebius (avant Arzach, Le Garage hermétique et même avant la création de Métal Hurlant). Elle introduit et annonce fort bien ce que sera son style drôle et très imaginatif (déjanté comme ils disent). Son dessin noir et blanc utilise un trait simple mais qui offre tout de même des illustrations détaillées et très texturées — qui sont toutefois d’une qualité variable d’une planche à l’autre. On y retrouve des caméo de l’éléphant Dumbo, des pirates de Astérix, des citations célèbres comme “Merde alors, mon conditionnement fout le camp!”, les premières apparitions de dame Kowalsky et de Fleur (le premier niveau du Garage Hermétique — avec la mention des “générateurs à effet Gruber”). C’est donc une oeuvre séminale de Moebius car on y voit déjà la genèse du Garage Hermétique et même des Aventures de John Difool (L’Incal). Une très bonne lecture, surtout pour les amateurs de Moebius.

Le bandard fou, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés (Coll. Jackpot, #5), juillet 1984. 48 p. ISBN 2-7316-0308-9. Pour lectorat jeune adulte (16+). [une édition récente se vend €18,99 mais en occasion on peut le trouvé à €15,00; je l’ai payé $C 6.95 dans les années ’90] stars-3-5

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

[ AmazonBAnQGoodreadsGoogleWikipediaWorldCat ]

© Les Humanoïdes Associés 1984 Moebius

HornyGoofL’édition anglaise du Bandard Fou, parue chez Dark Horse en 1990 (imitant le style des compilations de Epic/Marvel), est colorisée et inclue une préface de Jean-Marc et Randy Lofficier, une postface de Moebius, une illustration, une page titre, ainsi que (en plus des deux histoires principales, “The Horny Goof” et “Metamorphosis”) quatre histoires courtes: “Deima” (3 pages, compilée en français dans Cauchemard Blanc), “You’re the object of this and that” (4 pages), “Harzack” (2 pages en noir et blanc, où Harzack se fait prendre à pisser derrière un bâtiment) et “The Invaders” (1 page, compilée en français dans Les Vacances du Major).

Moebius 0, The Forbidden Work of Jean Giraud: The Horny Goof & Other Underground Stories, by Moebius. Milwaukie: Dark Horse, June 1990. 72 p. ISBN 1-878574-16-7. US$ 12.95 / C$ 15.55. Story & art © 1972, 1974, 1975 Moebius • Translation & text © 1990 Starwatcher Graphics.

[ AmazonGoodreadsWorldCat ]

[ Translate ]

Les Vacances du Major

VacancesDuMajorEn feuilletant le catalogue de la bibliothèque, je tombe sur une BD de Moebius que je n’ai pas lu, alors je me la réserve. À la lecture, je me rend compte qu’en fait toutes ces histoires me sont familières. Je les ai déjà lu soit dans Métal Hurlant, soit dans la compilation Oeuvres Complètes 3: Major Fatal Mais, bon, c’était tout de même très agréable à relire.

Ce recueil rassemble seize histoires courtes de science-fiction: “Escale sur Pharagonesia” (26 pages), “Le Major Grubert: The Forbiden City Rides Again” (2 pages), “La Flore de Paradis 9” (1 page), “Une Aventure du Major Grubert” (2 pages), “Paradise Nine’s Strange Flowers – Continuation” (1 page), “Sans Titre” (1 page), “Une Planche” (1 page), “Deima” (3 pages), “Tueur à Gages” (12 pages en trois épisodes), “Grand Hôtel B” (2 pages), “Split le petit pionnier de l’espace” (2 pages), “Fable-Vite no 317” (1 page), “Y’a pas moyens” (2 pages), “La Chasse au Français en vacances” (6 pages en six épisodes), “L’Envahisseur” (1 page) et “Une aventure de John Watercolor le justicier anti-pique poquett’, avec sa fameuse redingote qui tue” (1 page).

Split le petit pionnier de l’espace

La majorité de ces histoires ne font qu’une page ou deux et certaines seront reprises dans le recueil Oeuvres Complète 3: Major Fatal. Les récits les plus significatifs sont “Escale sur Pharagonesia” (où des touristes découvrent que lorsque vous faites escale sur un monde étranger, il peut vous arriver des choses plutôt étranges!), “Tueur à Gages” (le tueur à gages Edouardo est pris au piège par l’inspecteur Briggs, mais il s’échappe pour commettre un hold-up cinq ans plus tard; il rencontre par hasard l’inspecteur qui lui raconte l’histoire de la vieille mine…) et “La Chasse au Français en vacances” (qui donne d’ailleurs sont titre à l’album: suite à une chasse infructueuse le Major décide de prendre des vacances et tel est pris qui croyait prendre!).

Escale sur Pharagonesia (extraits)

Quelques unes de ces histoires seront traduites en anglais chez Epic/Marvel (et malheureusement mises en couleurs — car les amerloques ça n’aiment pas le noir et blanc) dans les recueils de la série “The Collected Fantasies of Jean Giraud”: Moebius 4: The Long Tomorrow (“Split the little space pioneer”) et Moebius 6: Pharagonesia (“Shore leave on Pharagonesia”, “The hunt for the vacationing frenchman”).

Jean Giraud (Gir) est surtout connu pour avoir dessiné la série western Blueberry (créée par Jean-Michel Charlier  et publiée dans Pilote entre 1963-1974, puis compilée en albums chez Dargaud jusqu’en 2005). Toutefois, lorsqu’il voulait écrire des histoires de science-fiction, il le faisait sous le pseudonyme de Moebius. Ce dernier est maintenant probablement beaucoup plus célèbre.

Ce sont surtout des histoires humoristiques et insouciantes qui reposent parfois sur un seul gag, avec un récit plutôt absurdes ou, comme disent les français, complètement déjantées (i.e. cinglées). C’est aussi parfois de l’excellente science-fiction, songée, avec des concepts plutôt innovateurs pour l’époque. Le dessin est toujours en noir et blanc, avec un niveau de complexité qui varie beaucoup d’une histoire à l’autre (ou même parfois d’un planche à l’autre!), allant du trait très simple aux arrière-plans très riches et texturés. On retrouve ici et là une petit influence de Blueberry, avec des paysages désertiques et ou des chevaux. Ce que j’ai surtout trouvé très intéressant, c’est la préface de Moebius où il explique que ces histoires sont nées d’un besoin de se faire son propre cinéma, de se laisser aller au délire créatif et libérateur afin de se détendre entre ses périodes d’activités professionnelles intenses (notamment lorsqu’il travaillait sur Blueberry). Il a adopté un style rapide offrant “un juste équilibre entre l’énergie consacrée au dessin et celle qui doit demeurer disponible pour la narration” sans “perdre le fil du récit”. Cela lui a permis d’expérimenter et de sortir du cadre traditionnel des genres. Et nous lui en sommes infiniment reconnaissant.

C’est donc une bande-dessinée amusante et intéressante dans le sens qu’elle nous permet de voir l’évolution de l’auteur et de comprendre la genèse de son oeuvre. Ça se lit vite et bien et on se marre. Que demander de plus? stars-3-0

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

AmazonBiblioGoodreadsHumanosWikipediaWorldCat ]

© 2011 Les Humanoïdes Associés

[ Translate ]