Mirages d’Emanon

MiragesEmanon-covEmanon a beau posséder une mémoire éternelle, c’est aussi une femme de chair et de sang, avec une mère, un père… et un frère, qu’elle a abandonné dès que leur génitrice a cessé de pouvoir s’occuper des deux enfants. Takuma a terriblement souffert de cette trahison : quand il retrouve enfin sa sœur, il est incapable de lui pardonner !

Trente ans se seront écoulés avant qu’il ne la rattrape à nouveau… Le temps pour la jeune femme de vivre bien des aventures ! De voyages en mirages, suivez-la à travers de nouvelles péripéties…

Emanon est un des personnages les plus fascinants de la science-fiction contemporaine japonaise. Le dessinateur Kenji Tsuruta, tombé amoureux du concept imaginé par l’écrivain Shinji Kajio, donne un visage aussi vivant que mélancolique à cette incarnation féminine du passé, du présent et du futur de l’humanité. Que l’on croie ou non à son histoire, impossible d’oublier Emanon. Et elle non plus ne vous oubliera jamais…

[ Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière ]

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Mirages d’Emanon (続さすらいエマノン / Zoku Sasurai Emanon / lit. “Errances d’Emanon Suite”) est le troisième tome d’un manga seinen publié au Japon en novembre 2013. La série, illustrée par Kenji TSURUTA, a été prépublié dans le magazine Comic Ryu et compilé en volumes chez Tokuma Shoten (quatre volumes paru en mai 2008, avril 2012, novembre 2013 et avril 2018). L’histoire est basée sur une série de sept romans de science-fiction par Shinji KAJIO (aussi publiés par Tokuma Shoten), débutée avec une nouvelle en 1983, qui met en scène le personnage de “Emanon” (“no name” en anglais [sans nom] épelé à l’envers), une mystérieuse jeune femme qui a l’étrange pouvoir de se souvenir des vies des tous les individus de sa ligne ancestrale maternelle depuis l’apparition du premier organisme unicellulaire, il y a trois millions d’année! Ce manga a été traduit en espagnol chez Ponent Mon, en anglais chez Dark Horse et en français chez Ki-oon. J’ai déjà commenté le premier tome, Souvenirs d’Emanon, ainsi que le second tome, Errances d’Emanon.

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Il ne se passe pas grand chose dans cet album. 1973, Emanon erre dans une forêt de la région de Aso. Elle est recueillie par Ryozo, un auteur qui faisait de la recherche pour un documentaire télé sur les traditions de la région. Fièvreuse, elle ne peut prononcer que les deux premières syllabes de son nom, Ema… donc il l’appelle Emma. Étrangement, celle qui était la mémoire du monde, ne se souvient plus de rien. Elle est complètement amnésique, mais la nuit elle fait d’étranges rêves qui sont des bribes de souvenirs: l’océan primordial, des dinosaures, etc. Elle s’installe en co-habitation chez lui, ils tombent en amour, elle tombe enceinte… Elle suppose, plus tard, que “ses souvenirs avaient été mis en veille pour faciliter le changement de génération…” Mais après la naissance, comme par le passé, l’amnésie se transforme en catatonie et elle devient un légume. Les mémoires se sont maintenant transmissent dans l’enfant qui vient de naître. Pour la première fois, grâce aux efforts de Ryozo et à un travail de réhabilitation, la mère réapprend à parler et à redevenir socialement fonctionnel. C’est pourquoi, Emanon reste beaucoup plus longtemps que d’habitude dans sa “famille”. 1980, Emanon attends avec sa mère sur une plateforme de train alors qu’un homme interpelle sa mère croyant la reconnaitre… Il s’agit de l’étudiant qu’elle avait rencontré sur le traversier dans Souvenirs d’Emanon

Cet album contraste beaucoup avec le volume précédent. D’une part, il ne peut pas être lu indépendamment. D’autre part, on s’attendrait à ce que ce volume poursuivre le récit avec son demi-frère Takuma, entamé dans l’opus précédent, mais il y est totalement absent (quoique Takuma tente de contacter Emanon télépathiquement à une ou deux reprises…). Finalement, alors que le second volume offrait beaucoup plus d’action, celui-ci nous présente un rythme lent, très contemplatif, avec peu de dialogue. C’est le récit d’une autre de ces rencontres éphémères, une tranche de la vie d’Emanon où rien de vraiment significatif ne se passe — sinon l’expression de ses sentiments: sa mélancolie, sa détresse, l’amour entendu de Ryozo…

Même si on se demande où l’auteur veut en venir, c’est une bonne lecture, tranquille, qui rappel un peu l’oeuvre de Taniguchi. C’est aussi très beau. Le style classique de Kenji Tsuruta, où les ombrages et les textures sont fait au trait d’encre (avec quelques trames pour les arrière-plans), offre des planches précises et détaillées qui sont plutôt agréable à regarder (d’autant plus qu’il y a peu de texte (mais attention, cet album contient de la nudité—apparemment Emanon aime beaucoup se promener toute nue!). Une histoire de science-fiction un peu mystérieuse qui mérite d’être lue — même si ce troisième tome est un peu décevant. Il ne resterait donc plus qu’un volume à paraître… (pas de date de parution annoncé, malheureusement; cela serait intéressant par la suite de publier aussi la traduction des romans…). À suivre…

Mirages d’Emanon, par Shinji KAJIO (scénario) et Kenji TSURUTA (dessin). Paris: Ki-oon (Coll. Latitudes), mars 2019. 228 pages (12 en couleurs), 17 x 24 cm, 15,00 € / $28.95 Can. ISBN 979-10-327-0399-1. Pour un lectorat adolescent (16 ans et plus; contiens de la nudité). stars-3-0

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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ZOKU SASURAI EMANON © Shinji Kajio, Kenji Tsuruta 2013 / TOKUMA SHOTEN PUBLISHING CO., LTD.

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Capsules

Bug 2

Bug-2-covLe deuxième volet de la série évènement d’Enki Bilal

BUG définition :
En français : se dit d’un défaut affectant un programme informatique.
En anglais : se dit d’un insecte, d’une bestiole, d’un virus…

En 2041, la Terre est brutalement et simultanément confrontée aux deux. Un homme taché de bleu, et au corps squatté par un alien, se retrouve dans la tourmente, convoité par le reste du monde.

[ Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière ]

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Page 8

Le récit, entamé dans le premier volume, se poursuit… Seul survivant d’une expédition vers Mars, Kameron Obb revient sur terre contaminé par un organisme extra-terrestre et une tâche bleue qui semble contagieuse. Au même moment, toute la technologie humaine cesse de fonctionner et toutes les données informatiques disparaissent. Les deux événements semblent liés d’autant plus que Obb se retrouve être le détenteur, dans sa mémoire, des données disparues. Il devient donc un homme très convoité. Alors que tout les gouvernements de la planète tentent de se réorganiser dans ce chaos, Obb n’a pour objectif que de sauver sa fille, Gemma, qui a été kidnappé par un groupe mafieux vénitien qui se sert d’elle comme appât. Toutes les factions politiques de la planète tentent de lui mettre la main dessus: les Néo-Marxistes Progressifs, son ex-employeur, la mafia italienne, l’armée française, des agents chinois, la CIA, des agents du Califat de Gibraltar, les Yakusa Concept, les Israéliens, les Russes, les Groupes Islamistes Unifiés, etc. Gemma est sauve, mais une faction réussie à le capturer. Le monde, lui, peut-il encore être sauvé?

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Page 9

Les histoires post-apocalyptiques de Bilal me semblent un peu répétitives. Mais qu’importe. Il nous offre ici un scénario catastrophe tout à fait plausible avec un crash technologique qui a des conséquences affectant en cascade la géo-politique de la planète: un total chaos politique, économique, social et même médical. C’est une réflection intéressante. Dans une telle situation, que pourrait-on faire pour s’en sortir? Toutefois, c’est sur le plan artistique que Bilal se distingue, avec son superbe style graphique mélangeant crayonné et peinture, tons sombres et vifs, détails et flous. Bilal demeure encore et toujours un incontournable. J’ai bien hâte de lire la suite…

 

 

Bug, livre 2, par Enki Bilal. Paris: Casterman, avril 2019. 80 pages, 19.2 x 26.9 cm, 18,00 € (ePub/PDF: 12,99 €) / $34.60 Can. ISBN 978-2-203-16361-4. Pour lectorat jeune adulte (14+). Extraits disponible sur le site de l’éditeur. stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Casterman 2019

Bilal sur la couleur Bleu dans son oeuvre:

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Capsules

Dans l’abîme du temps (Culbard)

danslabimedutemps-cov“Université de Miskatonic, Arkham, 1908. Le professeur Nathaniel Peaslee s’évanouit devant une classe d’étudiants, ne recouvrant ses sens que cinq ans plus tard. Horrifié de découvrir que, durant l’intervalle, son corps n’est pas resté inactif — et en proie à des cauchemars étranges et inquiétants — Peaslee tente de reconstituer la vérité sur les années manquantes de sa vie. Effrayant voyage à travers le temps, l’espace et les profondeurs de l’esprit, cette adaptation offre une mise en image terrifiante à l’un des derniers récits de Lovecraft.”

[Texte de la couverture arrière]

Avec Dans l’abîme du temps, Ian Culbard adapte en bande dessinée un autre court roman de H.P. Lovecraft (j’ai déjà commenté son adaptation des Montagnes Hallucinées). Il s’agit d’une histoire assez similaire et qui constitue en quelques sorte une suite. Écrite entre novembre 1934 et février 1935, c’est l’une des dernières histoires à être publiée du vivant de Lovecraft en juin 1936 par Astounding Stories. L’adaptation de Culbard est d’abord paru en anglais chez l’éditeur britannique SelfMadeHero en 2013 et a été traduite en français la même année chez Akileos.

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Le professeur Nathaniel Peaslee perd connaissance durant un cours à l’université. Lorsqu’il se réveille quelques heure plus tard il est non seulement amnésique mais doit réapprendre à parler et à marcher. Sa femme est horrifié et prétend que ce n’est plus le même homme. Après cinq ans de voyages de recherche autour du monde, la mémoire lui revient soudainement et il tente de retrouver une vie plus ou moins normale. Il se demande ce qu’il a bien pu faire durant cette période. On lui raconte qu’il faisait preuve d’une grande soif de savoir et d’une énorme capacité à apprendre le plus possible sur la science et la culture contemporaine. Il se comportait étrangement et semblait même faire preuve d’un savoir sur le passé ou le futur qu’il lui aurait normalement été impossible d’avoir… 

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Aussi, toutes les nuits, il fait des rêves étranges qui semble être des bribes de mémoires qui lui permettent avec le temps de reconstituer ce qui lui est arrivé. Son esprit aurait été substitué avec celui d’un être venu d’un passé pré-humain. La Grande Race des Yith utilise ainsi ce subterfuge pour voyager dans le temps et collecter de l’information sur toutes les civilisations tant du passé que du futur. Pendant qu’un Yith était dans son corps à collecter de l’information sur notre civilisation, Peaslee était dans le corps du Yith à leur enseigner ce qu’il savait et à apprendre sur les civilisations ayant habitées ou envahis la Terre à un moment ou l’autre (c’est incroyable le nombre de civilisation extra-terrestre ayant passé par la Terre — mais n’était-ce pas le cas de la Grèce ou de l’Égypte dans l’antiquité?). Par leur savoir sans limite, les yithiens étaient la plus grande race de toutes. Ils ne craignaient que la race des polypes géants, sortes de grands bulbes en partie matériel, armés de tentacules, qui s’attaquaient à tous ceux qu’ils rencontraient. Grâce à des rayons d’énergie, les yithiens avaient réussit à les contenir dans de grandes tours noires sans fenêtres et dans les profondeurs de la terre. Mais ils savaient qu’un jour les polypes se libèreraient et exerceraient leur vengeance exterminatrice…

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Peaslee publia une série d’articles sur ses “souvenirs” et la psychologie de ses rêves mais ceux-ci ne suscitèrent que peu d’intérêt. Pourtant, une vingtaine d’année plus tard, un chercheur australien le contacta car il avait découvert les ruines d’une civilisation inconnue ressemblant à celle qu’il avait décrit dans ses articles. Avec son fils et quelques collègues de l’université Miskatonic (incluant le Pr Dyer qui avait fait une découverte similaire en antarctique — voir Les Montagnes Hallucinées), il monta une expédition archéologique sur ce site australien. Une nuit, alors qu’il se promenait seul parmi les blocs cyclopéens dispersés dans les dunes de sable, il trouve “par hasard” l’entrée vers les profondeurs de la cité. Il explore des bâtiments miraculeusement préservés à la recherche d’une preuve de son expérience passé. Il trouve un message annonçant le réveil des polypes. Il en rencontre un qui le poursuit mais il lui échappe. Au matin, il se réveille dans les dunes. Était-ce un rêve? Il tente néanmoins de convaincre son fils d’arrêter les fouilles car il ne faut pas réveiller l’horreur qui dors dans les profondeurs…

S’il diverge un peu du récit de Lovecraft et prend quelques raccourcie, Culbard reste tout de même fidèle à l’oeuvre original et l’adapte bien au format illustré. Le texte de Lovecraft constitue une example parfait du fantastique selon Todorov, où les événements peuvent avoir une explication tant rationnelle (ayant souffert d’un AVC ou de troubles de personnalité, Peaslee compense son amnésie en “inventant” des souvenirs à travers ses rêves) que surnaturelle (l’esprit de Peaslee a bel et bien voyagé dans l’abîme du temps et des créatures cauchemardesque se terrent au creux de la terre). Cet aspect est brillamment rendu dans l’adaptation de Culbard. Tout comme pour Les Montagnes Hallucinées, son style sobre et un peu candide donne au récit un charme innocent qui peine à exprimer l’univers terrifiant de Lovecraft.

C’est une bonne bande dessinée qui mérite d’être lue si vous êtes curieux de découvrir Lovecraft sans trop faire d’efforts.

Dans l’abîme du temps, par I.N.J. Culbard (adaptation/illustration) et H.P. Lovecraft (histoire). Talence: Akileos, septembre 2013. 120 p. 16.5 x 24 cm, 15 € / $C 29.95. ISBN 978-2-355-74147-0. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-3-0

Malheureusement, cette édition n’est plus disponible mais elle a été remplacée par un gros volume qui compile quatre des adaptations de Lovecraft par Culbard (La Quête onirique de Kadath l’inconnue, L’Affaire Charles Dexter Ward, Les Montagnes hallucinées et Dans l’abîme du temps): Lovecraft: Quatre classiques de l’horreur (Akileos, novembre 2018, 520 pages, ISBN 9782355743641).

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© 2013 SelfMadeHero • © 2013 Akileos pour la version française.

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The Predator

Predator-dvdIs this a comedy or an action flick? A little of both, I guess… It has great action scenes, although not always believable. In a nutshell, it tells the story of a group of misfit soldiers fighting against an alien monster in pursuit of another alien monster. They get help from an unsuspected genius and one of the bad guys is not what it seems. The story is not really original but it is entertaining enough. In fact, the whole movie is just setting up the ground for the next one (or two — but no release date has been announced yet). It might push the Predator franchise into superheroes territory ! Powersuit, yeah! I can’t wait to see that! 

The movie did relatively well at the box office (returning nearly twice its investment) but disappointed the fans of the franchise and the critics (getting only a 5.4 on IMDb and a 32% / 35% on Rotten Tomatoes ). It’s an average sci-fi action movie which remains nevertheless fun to watch. stars-2-5

To learn more about this title you can consult the following web sites:

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Major Fatal

MajorFatal-covMajor Fatal est trop beau pour être vrai. On est jamais sûr d’entrer dedans. Et pourtant on ne parvient plus à en sortir. Un cercle vicieux. Une drogue! Eh quoi : nous avons lu ensemble dans Métal Hurlant, trois années de suite les aventures du Major Grubert. Pourquoi attendre trois ans pour se mettre dans des états pareils? A quoi je rétorquerai que le Major dans Métal et le Major en album sont deux choses totalement différentes. Major Fatal, c’est un poème.” (Jacques Goimard, en couverture arrière)

L’astéroïde modelé par le Major Grubert en trois mondes superposés, trois mondes avec chacun leur système, leur populace et leurs coutumes. Improvisés au rythme de la publication de Métal Hurlant, ces univers sont grouillants d’idées et de détails entremêlés. Autour de l’astéroïde, à bord du Ciguri, tournent son créateur et sa belle, Damalvina. Mais trois mondes ignorant leurs origines, dont quelques personnages en prennent peu à peu conscience, et ne sont pas tellement du genre à adorer leur créateur…” (Texte du site des Humanos)

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Ce troisième tome des “Oeuvres Complètes“ de Moebius compile les sept principales histoires où apparait le Major Grubert (dont plusieurs seront reprises dans Les vacances du major): “Une planche” (1 p.), “[Le] Major Fatal” (13 p.), “Le Major Grubert [: The Forbiden City Rides Again]” (2 p.), “Les Vacances du Major“ ( ou “La Chasse au Français en Vacances”, 6 p.), “Paradis 9” ( ou “La Flore de Paradis 9”, 2 p.), “Une aventure du Major [Grubert]” (2 p.), “Le Garage Hermétique [de Jerry Cornélius]” (98 p.). Cette dernière histoire constitue la majorité du volume, qui inclue aussi un avant-propos de Moebius, des postfaces de Jacques Goimard et d’Alexandro Jodorowsky, ainsi que “Apprends à Dessiner le Major Grubert” par Yves Chaland.

L’édition anglaise colorisée, publiée chez Epic/Marvel en 1987 sous le titre Moebius 3 (The Collected Fantasies of Jean Giraud): The Airtight Garage, n’offre quand à elle que deux histoires: “Major Fatal” et “The Airtight Garage”. À noter que pour l’édition anglaise, le nom de Jerry Cornélius (un hommage à Michael Moorcock) a été changé pour Lewis Carnelian…

La seule des histoires courtes qui mérite vraiment mention, car elle prépare la venue de l’oeuvre majeure, c’est “Le Major Fatal.” Houm Jakin et l’assassin Boaz recherche le Major car lui seul peut traiter avec le Bakalite. Ils tombent dans un piège mais Grubert intervient… Ce thème sera plus ou moins repris pour la fin du “Garage Hermétique”. Les autres histoires servent surtout à établir le décor de l’univers science-fictionnel créé par Moebius et dans lequel le Major évolue.

“Le Garage Hermétique” est la première histoire de SF d’importance que produit Moebius. Due à son procédé d’écriture épisodique et aléatoire, l’histoire est un peu complexe, mais l’essentiel tient au fait que le Major Grubert a construit un astéroïde, Fleur, constitué de trois niveaux de réalité dont plusieurs forces (Jerry Cornélius, le Bakalite, le Nagual, Sper Gossi) conspirent soit pour en prendre le contrôle, se libérer de son créateur ou simplement se venger du Major. Ce dernier quitte donc le Ciguri, son vaisseau spatial, pour descendre sur l’astéroïde et affronter ses adversaires…

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Page 87

Il y aurait beaucoup à dire sur “Major Fatal”… Jean Giraud a commencé à dessiner des histoires de science-fiction humoristiques, d’abord sous le preudonyme de Gyr puis de Moebius, pour se distraire et se détendre de son travail principal sur Blueberry. Il les a publié ici et là (surtout dans Pilote, et même dans France-Soir, puis régulièrement dans Métal Hurlant). Le Major Grubert a subrepticement fait son apparition dans ces histoires courtes. Lorsqu’il a commencé à écrire “Le Garage Hermétique”, il n’avait pas de scénario préétabli et il improvisait au gré de ses humeurs, en essayant de créer de nombreux rebondissements (parfois ne se souvenant même pas ce qu’il avait fait dans l’épisode précédent). Le Major y est éventuellement apparu comme un anti-héros insouciant, presque absent, qui réalise tranquillement ses responsabilités envers le dénouement du récit. Le résultat est une histoire riche et surprenamment cohérente, pleine de symbolismes (tant religieux, politique, que philosophique).

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Les épisodes sont au début plus grossier, plutôt inégaux en qualité (tant graphiquement que narrativement), puis prennent de plus en plus d’assurance jusqu’à ce que vers la fin on réalise que Moebius maîtrise bien le genre, que son art a mûrit et qu’à partir de maintenant ce n’est plus de l’humour mais de la SF sérieuse et profonde qui laisse bien paraître ce que seront Les Aventures de John Difool, a.k.a. L’Incal

C’est une histoire de SF mythique qui vient nous chercher au tréfonds de notre être, comme si elle réveillait en nous quelque chose qui dort—ce genre d’impression mystique que l’on perçoit du coin de l’oeil ou dont on a vaguement le souvenir sans être capable de mettre le doigt dessus. C’est une oeuvre qui est loin d’être parfaite mais qui reste fascinante, intriguante et captivante! C’est donc à lire absolument si la BD et la SF vous intéresse moindrement!

“Le Garage Hermétique” a connu de nombreuses rééditions mais aussi des suites… (eh oui, après près de quarante ans, je réalise, “Quoi, il y a une suite!!!?”). Le flambeau a aussi été repris par d’autres artistes… À suivre, donc…

Moebius, Oeuvres Complètes tome 3: Major Fatal, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés, avril 1981. 156 p. ISBN 2-7316-0100-0. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-4-0

Moebius3-covMoebius 3, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Airtight Garage, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1987. 120 p. $US 12.95 / $C 16.95. ISBN 0-87135-280-X.

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© Les Humanoïdes Associés 1980.

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Le bandard fou

BandardFou-cov“Sur Souldaï du Cygne, les érections, ce n’est pas avant l’automne. Quand un vendeur de pousse-boulettes se réveille avec une trique d’enfer, impossible de cacher l’évidence : il est devenu un bandard fou, traqué par la police anti-foutre et une dame Kowalsky qui peine à assouvir ses désirs. Son crime prenant jusqu’à des dimensions diplomatiques, le bandard peine à trouver le repos.” (Texte du site des Humanos, voir couverture arrière)

Originellement publié en janvier 1974 aux Éditions du Fromage (Écho des Savannes), Le Bandard Fou a connu de nombreuse rééditions. Cette bande-dessinée nous offre deux histoires. La première, sans dialogue et sans titre, se déroule en vingt-quatre planches d’une seule grande case chacune qui occupe le côté gauche du livre et qui nous montre un homme qui se métamorphose en un oeuf alienesque, qui se fracture pour révéler… un petit homme. 

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Page 3 (Planche 2)

La deuxième histoire, qui occupe les pages de droite, est un récit de science-fiction humoristique en vingt-quatre planches. Le personnage principal se réveille un bon matin souffrant de priapisme hors-saison, ce qui est une déviance interdite car, en ce monde, la reproduction se fait uniquement en automne et passe par la Pondeuse. Poursuivit par les autorités génétiques (la P.A.F.), il fuit à l’aide d’un agent de dame Kowalsky, une aristo nymphomane. Il rejoint celle-ci sur son vaisseau où ils batifolent quelques mois mais quand ils arrivent sur Fleur, l’astéroïde paradisiaque de dame Kowalsky, c’est la débandade. Évidemment, la fuite du bandard a de lourdes implications commerciales et politiques qui mènent à la guerre entre la Fédération Terrienne et les Exotiques. La Pondeuse tente donc de récupérer le bandard à l’aide d’une faille spatio-temporelle mais le bon Zague intervient et la dure situation reprend son cours…

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Page 9 (Planche 5)

Le Bandard Fou est la toute première histoire de SF de Moebius (avant Arzach, Le Garage hermétique et même avant la création de Métal Hurlant). Elle introduit et annonce fort bien ce que sera son style drôle et très imaginatif (déjanté comme ils disent). Son dessin noir et blanc utilise un trait simple mais qui offre tout de même des illustrations détaillées et très texturées — qui sont toutefois d’une qualité variable d’une planche à l’autre. On y retrouve des caméo de l’éléphant Dumbo, des pirates de Astérix, des citations célèbres comme “Merde alors, mon conditionnement fout le camp!”, les premières apparitions de dame Kowalsky et de Fleur (le premier niveau du Garage Hermétique — avec la mention des “générateurs à effet Gruber”). C’est donc une oeuvre séminale de Moebius car on y voit déjà la genèse du Garage Hermétique et même des Aventures de John Difool (L’Incal). Une très bonne lecture, surtout pour les amateurs de Moebius.

Le bandard fou, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés (Coll. Jackpot, #5), juillet 1984. 48 p. ISBN 2-7316-0308-9. Pour lectorat jeune adulte (16+). [une édition récente se vend €18,99 mais en occasion on peut le trouvé à €15,00; je l’ai payé $C 6.95 dans les années ’90] stars-3-5

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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© Les Humanoïdes Associés 1984 Moebius

HornyGoofL’édition anglaise du Bandard Fou, parue chez Dark Horse en 1990 (imitant le style des compilations de Epic/Marvel), est colorisée et inclue une préface de Jean-Marc et Randy Lofficier, une postface de Moebius, une illustration, une page titre, ainsi que (en plus des deux histoires principales, “The Horny Goof” et “Metamorphosis”) quatre histoires courtes: “Deima” (3 pages, compilée en français dans Cauchemard Blanc), “You’re the object of this and that” (4 pages), “Harzack” (2 pages en noir et blanc, où Harzack se fait prendre à pisser derrière un bâtiment) et “The Invaders” (1 page, compilée en français dans Les Vacances du Major).

Moebius 0, The Forbidden Work of Jean Giraud: The Horny Goof & Other Underground Stories, by Moebius. Milwaukie: Dark Horse, June 1990. 72 p. ISBN 1-878574-16-7. US$ 12.95 / C$ 15.55. Story & art © 1972, 1974, 1975 Moebius • Translation & text © 1990 Starwatcher Graphics.

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M.S. Gundam Unicorn (UC)

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Overview

I have not watch any Japanese animation in a while and I must admit that it feels great. I have never been a big fan of Gundam, but I have always admired the complexity of its plots, particularly its political and philosophical aspects and the variety of its character and mechanical designs. The fact that this is an Original Video Animation (OVA) mini-series — streaming on Netflix — makes it easier to reacquaint myself with the genre and the story. It is also a good way to introduce a novice to the phenomenon. Therefore, as in the good old days of P.A., here is an “Anime Story” (although a little shorter and with links — it’s fun, I should do this more often!).

GundamUnicornPosterMobile Suit Gundam Unicorn (UC) (機動戦士ガンダムUC(ユニコーン) / Kidō Senshi Gandamu Yunikōn) is a sequel to the Mobile Suit Gundam story created by Yoshiyuki Tomino (made famous by its plentiful line of plastic models known as Gunpla). It takes place in the main timeline of the series, known as Universal Century (宇宙世紀 / Uchū Seiki). Earth is colonizing space by putting colonies (big space stations known as “Side”) in stable orbits around the planet (A.K.A. Lagrange Points).

Story

The story begins as the Earth Federation Prime Minister is about to unveil a new era of space exploration as well as a new Federation charter. The current era (A.D.) ends as the Universal Century begins. However, the Laplace space station—where the calendar change ceremony is taking place—is destroyed in a terrorist attack. The young Syam Vist discover a secret in the station wreckage: the Laplace’s Box, which contains a truth so terrible that it must never be revealed as it could destabilize the Federation — it also becomes a source of political power upon which he will build the Vist Foundation.

The story unfolds ninety-five years later, in UC 0096 (sixteen years after the One Year War), as the young orphan Banagher Links is going to school on the Industrial 7 space station. He will encounter a girl named Audrey Burne and get caught up in the struggle to locate and possess the Laplace’s Box…

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