La nuit des temps

LaNuitDesTemps-cov“L’Antarctique. À la tête d’une mission scientifique française, le professeur Simon fore la glace depuis ce qui semble une éternité. Dans le grand désert blanc, il n’y a rien, juste le froid, le vent, le silence. Jusqu’à ce son, très faible. À plus de 900 mètres sous la glace, quelque chose appelle. Dans l’euphorie générale, une expédition vers le centre de la Terre se met en place.

Un roman universel devenu un classique de la littérature mêlant aventure, histoire d’amour et chronique scientifique.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Une expédition scientifique en Antarctique qui découvre sous la glace des ruines et un artefact remontant à la nuit des temps — ce qui semble une impossibilité (une civilisation humaine avancée datant de 900,000 ans!) —pourrait constituer les prémices d’une nouvelle de H.P. Lovecraft. Et pourtant, Barjavel en a fait une double histoire d’amour au-delà du temps. Une sorte de drame shakespearien, à la Roméo et Juliette, ou similaire au mythe médiéval de Tristan et Iseut. Une histoire d’amour qui ultimement exprime un esprit de révolte bien de son époque, puisque le livre a été écrit en 1968 — mais bien avant que les manifestations étudiantes ne commencent, ce qui en fait un peu un ouvrage prophétique…

>> Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs <<

Le roman fait le récit d’une mission de relevé géologique française en Antarctique qui sonde le sol sous-glacière à l’aide de radar et qui découvre une anomalie qui s’apparente à des ruines. Sous 980 mètres de glace, il y avait là quelques choses qui dormait depuis 900,000 ans et qui émettait un signal en ultra-son! L’histoire nous est racontée du point de vue de Simon, le docteur et le chef de mission. Il se rend à Paris pour faire son rapport au chef des Expéditions Polaires Françaises. On décide de révéler la découverte et l’UNESCO organise une Expéditions Polaire Internationale qui construit une base sur le site (doté d’un ordinateur qui traduit toutes les conversations en dix-sept langues) et entreprend de forer un puit dans la glace vers le sol antarctique d’où provenait le signal. 

À dix-sept mètres sous-terre, on découvre une sphère en or de presque trente mètres de diamètre! Celle-ci s’avère creuse et contient une construction ovoïde où l’on découvre, allongé sur deux socles d’or, les corps nus d’un homme et d’une femme, congelés dans le zéro absolu. La femme est d’une extraordinaire beauté. On décide de tenter de la réanimer en premier. Avec succès. Il faut cependant beaucoup de temps avant que la machine-traductrice réussisse à percer le mystère de la langue de la jeune femme et que l’on puisse finalement communiquer avec elle. Son nom est Eléa. Elle leur raconte et leur montre (à l’aide d’un appareil qui lui permet de projeter ses pensées et souvenirs) son histoire. Elle vient d’un monde très avancé technologiquement mais déchiré par la guerre. Une guerre sans merci qui oppose le peuple de Gondawa (l’Antarctique) et de Enisoraï (les deux Amériques incluant un vaste continent disparu qui occupait la majorité de l’océan Atlantique). La sphère contient le secret de toute la science et la technologie Gondawa: de quoi créer de l’énergie à l’infini, de la nourriture à partir de rien (de simple atomes), de quoi mettre fin à la pauvreté, à la famine, à toute les iniquités sur la planète…

Eléa leur décrit sa société, son amour pour son conjoint Païkan, et le fait qu’elle a été choisi pour accompagner le savant Coban dans l’Abris, la sphère, conçu pour résister à tout, même à la fin du monde, dans le cas où Gondawa utiliserait en dernier recourt l’Arme Solaire, une sorte de bombe à fusion… Apparement ce fut le cas: Enisoraï a été anéanti dans un choc si violent que la planète entière a été secoué et a pivoté sur son axe, détruisant les deux civilisations, et presque toute vie sur terre. Et Eléa se réveille, presqu’un million d’années plus tard, alors que tout ce qu’elle a connu — et aimé — n’est plus… Mais Simon l’aime. Toutefois ce n’est pas assez pour empêcher la tragédie…

>> Fin de l’avertissement <<

J’ai lu ce roman pour la première fois quand j’étais adolescent ou jeune adulte (je ne me souviens plus). Je l’avais dans ma bibliothèque mais ne le trouve plus (j’ai dû le prêter à quelqu’un et en perdre la trace) alors il a fallut l’emprunter à la bibliothèque pour le relire. J’ai longtemps considéré que c’était le meilleurs roman de science-fiction française que j’ai lu. Évidemment, avec le recul des années, je me rends compte de ce n’est pas si génial que cela mais c’est tout de même une très bonne lecture. Ce roman nous offre une belle histoire, pas trop compliquée — mais tout de même avec ses surprises et rebondissements — et une narration plutôt simple, qui fait que le roman se lit très bien.

Quand on s’arrête pour y penser, La nuit des temps a de nombreux défauts. Le narrateur (et par extension, j’imagine, l’auteur) a une attitude très sexiste (les femmes sont belles et les hommes intelligents) et raciste (les savants asiatiques sont des “jaunes” et les gens à la peau noire sont les descendants des martiens!). Et même si le roman est maintenant considéré comme un classique de la littérature d’anticipation, il faut avouer que plusieurs éléments de l’histoire nous apparaissent comme plutôt cliché. Pire que cela, Barjavel a été accusé de plagiat car son roman comporte des similitudes embarrassantes avec celui de l’Australien Erle Cox, Out of the Silence (tr. La Sphère d’or), qui a été publié en feuilletons en 1919, puis éditer en 1925. (J’ai l’intension de faire moi-même la comparaison entre les deux romans éventuellement).

Malgré ses défauts, La nuit des temps reste un très bon roman qui m’a fortement marqué et que je recommande chaudement à tous.

La nuit des temps, par René Barjavel. Paris: Presse de la Cité (Coll. Pocket, #812), avril 2018. 416 pages, 10.8 x 17.7 cm, 7.50 € / $C 13.95. ISBN 978-2-266-23091-9. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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© Presse de la Cité, 1968.

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Entrevue capsule: Jonathan Reynolds

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Voici la seconde des trois entrevues-capsules que j’ai réalisé avec des auteurs de SFFQ au Salon du Livre de Montréal en novembre 2019. 

Les entrevues-capsules sont de mini-entrevues avec des auteurs (surtout de science-fiction) de chez nous. Le principe de ces entrevue est de s’en tenir à deux ou trois questions de base (qui êtes-vous, que faites-vous, etc.) et que l’entrevue ne dure pas plus que deux à cinq minutes. Cela doit être compacte et bien se digérer!

Jonathan Reynolds est un prolifique jeune auteur qui se spécialise surtout dans la littérature d’horreur québécoise. Il a co-fondé la maison d’édition Les Six Brumes en 2001, a publié de nombreux livres (particulièrement aux Éditions Z’ailées) et est coordonateur de la revue Solaris depuis le numéro 195 en 2015 (j’ai déjà commenté par le passé sur ce magazine fondamental de la SFFQ). Les Éditions Alire publierons son roman fantastique Abîmes au printemps 2020. Vous pouvez en apprendre plus sur lui en consultant son blogue ou son site d’auteur

( video aussi disponible sur Vimeo )

Entrevues à venir: avec Yves Meynard (Chrysanthe 2. Le Prince rebelle).

Autres entrevues-capsules disponibles: Catherine Sylvestre/Francine Pelletier et Sébastien Chartrand.

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Capsules

Kébek t.1: L’Éternité

Kebek-t1-lEternite-covUn récit de science-fiction situé dans la province [sic] de Eeyou Istchee Baie-James, région des Monts Otish, au Québec.

Mine de diamant de « La grande Ourse ». Fin d’été. Une secousse fait trembler la terre, suivie d’un effondrement de terrain dans un secteur proche de l’exploitation. Roy Koks, le responsable de la prospection et la géologue Natane se précipitent pour examiner la nature des dégâts. Une grande partie de la colline s’est effondrée dans un glissement de terrain sans doute dû aux pluies incessantes qui se sont abattues sur la région depuis des semaines. En recherchant les causes de l’accident, les prospecteurs vont découvrir une faille qui donne accès à une cavité souterraine. Au centre de cette cavité, un gigantesque bloc de rocher parfaitement sphérique…

[Texte du site de l’éditeur; voir la couverture arrière]

J’ai souvent parlé de Philippe Gauckler, qui est un auteur que je lis depuis pas mal de temps. J’ai d’abord fait un topo sur le début de sa carrière et commenté sa série Karen Springwell (Convoi). J’ai plus récemment renoué avec son oeuvre en lisant les quatre tomes de Prince Lao et les trois tomes de Koralovski. J’avais lu sur Facebook qu’il travaillait à un nouvel album et j’espérais une suite à Koralovski mais j’ai découvert en juillet, dans le #135 de dBD, qu’il avait plutôt choisi de s’attaquer à son vieux projet d’adaptation en bande dessinée du roman de René Barjavel, La nuit des temps. 

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Page 3

Je me souviens d’avoir lu dans l’introduction de Blue (Métal Hurlant #107 (jan. 1985): p. 42) que la première fois qu’il aborda Moebius et Jean-Pierre Dionnet, il leur avait montré quatorze planches de son adaptation du roman de Barjavel. “Trop long”, s’était exclamé Dionnet, “travaille sur une histoire courte, et passe me voir à Paris.” Assez rapidement par la suite, MH le mis en contact avec Charles Imbert (avec lequel Gauckler produira Suicide Commando [1983] et Duel [1984]) puis avec Joël Houssin (pour Blue [1985] et Phantom [1987], que je commenterai d’ailleurs prochainement). Il collaborera une fois encore avec un scénariste, Thierry Smolderen (pour Convoi en 1990-95), avant de se mettre à écrire ses propres histoires (Prince Lao en 2006-09 et Koralovski en 2015-16). Tout ce temps-là, l’idée d’adapter La nuit des temps est resté dans un tiroir. Je suis fort heureux qu’il ait finalement trouvé un éditeur intéressé au projet, car j’ai toujours beaucoup aimé ce roman de Barjavel que j’avais lu adolescent. 

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Page 6

C’est donc un Philippe Gauckler beaucoup plus expérimenté et maître de son art qui se remet sur l’adaptation. J’imagine que le scénario actuel est probablement assez différent du concept que Gauckler avait développé dans sa jeunesse. Dans une interview avec le magazine dBD (dans le #135), il admet volontiers que c’est une adaptation libre (et non textuelle) du roman de Barjavel. Il s’est même aussi inspiré du roman La sphère d’or de Erle Cox (qui avait lui-même probablement influencé Barjavel). De plus, il adopte une nouvelle technique en dessinant en couleurs directes sur papier (par opposition à travailler d’abord à l’encre et de mettre en couleurs dans un second temps) — ce qui fait sans doute de plus belles planches à exposer et vendre à la galerie Daniel Maghen…). Il semble que le récit ne sera constitué que de deux tomes, dont le second paraîtra en 2020. Le bon côté de cette nouvelle est que les lecteurs n’auront pas trop à attendre avant de lire la suite de cet album. Par contre, comme le récit jusqu’à maintenant n’a fait qu’introduire l’histoire (le premier tier du roman), je me demande bien comment Gauckler réussira à nous raconter la suite en seulement un autre tome (même de quatre-vingt pages)…

> Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs <<

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Page 7

Roy Koks, ex-hockeyeur professionnel autrefois surnommé “Kébek” et maintenant responsable de la prospection à la mine de diamant “La Grande Ourse” dans la région Eeyou Istchee Baie-James dans le Nord-du-Québec, fait sa déposition à son avocat alors que leur véhicule se dirige avec empressement vers l’aéroport. Il relate les événements qui entourent la découverte. Un tremblement de terre dans le “claim” des Trois Castors a causé un effondrement et une crevasse qui mena les prospecteurs à l’artefact: une sphère parfaite en carbonado (diamant noir). Les études préliminaires démontrent que ce type de matériau ne peut s’être formé que dans l’espace et que la sphère est creuse, contenant une autre sphère, séparée de la première par un liquide ou un gaz. La compagnie minière décide donc de rendre la découverte publique. Un comité scientifique international est alors créé pour étudier et analyser la sphère. 

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Page 8

Roy s’inquiète de la réaction de la communauté autochtone, membre de la Première Nation des Cris, qui considère que la terre (tant le sol que le sous-sol) est un bien commun qui doit être préservé. Sa copine, la géologue Natane (elle même une Crie), découvre dans une caverne adjacentes des pétroglyphes anciens représentant la sphère et qui dateraient de 400,000 ans! Roy fait des rêves étranges: une femme sans visage qui flotte dans l’eau. Un premier forage permet de confirmer que l’espace intercalaire de la sphère contient de l’eau — mais qui a des propriétés physiques bizarres. Quatre mois plus tard, on termine la découpe d’une ouverture sur le dessus de la sphère et Roy peut tenter d’y descendre en scaphandre. Un incident met sa vie en danger mais il réussi tout de même à apercevoir une sorte de sas et deux cocons. Il devient évident que la sphère tente de communiquer. Puis, subitement, la sphère expulse l’eau et les cocons. L’un d’eux semble endommagé et l’on tente de l’ouvrir, révélant un secret qui remet en question toute notre vision du Monde… 

Tout au long de l’album, Roy continue son récit à l’avocat. Toutefois la mauvaise météo les oblige à rediriger leur convoi de l’aéroport vers la prison de Bordeaux. La ville semble être la proie de violentes confrontations. “Des gangs” auraient pris le contrôle mais la nature du conflit reste (pour le lecteur) mystérieuse: il y a des snipers et des protestants lancent des cocktails molotov qui font du feu bleu! Un des véhicules du convoi saute sur une mine et Roy, alors qu’il tente de sauver les occupants, est gravement brûlé par les étranges flammes…

>> Fin de l’avertissement <<

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Page 9

Une expédition scientifique qui découvre un artefact remontant à la nuit des temps et qui semble une impossibilité pourrait constituer les prémices d’une nouvelle de Lovecraft. Et pourtant, Barjavel en a fait une double histoire d’amour au-delà du temps. Dans les grandes lignes, Gauckler respecte assez bien le récit de Barjavel: les deux ouvrages débutent même de façon très similaire, avec une lettre d’amour. Il y a quelques différences mineures: Simon est médecin et Roy est prospecteur; Simon est célibataire alors que Roy a une relation avec Natane, etc. Par contre, on retrouve deux différences importantes: d’une part, la sphère n’est pas en or mais en diamant; d’autre part, Gauckler déplace le cadre du récit de l’Antarctique vers le nord du Québec. Cela fait beaucoup de sens puisque l’Antarctique est un milieu un peu stérile pour développer un récit moderne, riche en intrigues socio-politiques (quoi que le récit de Barjavel se tramait tout de même sur un fond de guerre froide et de conflit nord/sud). L’idée d’y inclure les revendications autochtones est fort intéressante. Finalement, il n’y a pas tant de différences que cela et celles qu’on y retrouve étaient attendues (comme des éléments scientifiques plus à jour) ou nécessaires pour la fluidité du récit dans le cadre d’un medium graphique. Ce sont là, après tout, les prérogatives d’une adaptation… qui est somme toute assez bien réussie.

On devine derrière le travail de Gauckler beaucoup de recherches et de repérages, ce qui donne au récit un aspect véridique ou tout au moins vraisemblable: le décor montréalais, la géographie et le patois local, les moeurs autochtones, la rigueur scientifique, etc. Si la région de Eeyou Istchee est surtout connue pour ses gisements d’uranium, on retrouve en effet des mines de diamants dans le nord du Québec (dont la Mine Renard (Stornoway Diamonds) dans les monts Otish près du lac Kaakus Kaanipaahaapisk, 250 km au nord de la communauté crie de Mistissini; d’autre cheminées [dykes] de kimberlite ont également été découvertes au complexe Lynx-Hibou — malheureusement ces projets sont pour l’instant déficitaires). Le nom de la mine “La Grande Ourse” est sans doute inspiré par la rivière La Grande (et possiblement aussi la constellation) mais ne peut manquer d’évoquer pour moi le nom de la série télévisée du même nom ! Le seul élément qui m’embête et que je trouve peu vraisemblable est le fait que les protestations aient dégénéré au point que les rue de Montréal ressemble à la Syrie de Bachar el-Assad ou à Beyrouth pendant la guerre civile ! L’armement nécessaire pour créer ce type de dégâts n’y est simplement pas disponible — mais, bon, la suite du récit offrira peut-être des explications satisfaisantes…

Je n’ai vraiment pas trop à me plaindre puisque cette bande dessinée offre un de mes romans préférés adapté par un artiste que j’admire beaucoup! Le récit est complexe, captivant et bien rythmé alors que la qualité du dessin est tout simplement superbe (on a même droit à trois illustrations double-page!). Le style réaliste de Gauckler a définitivement mûri — l’utilisation de la couleur bleue pour inspirer une atmosphère froide et mystérieuse est bien réussie. Toutefois, si je voulais être tatillon, je dirais que le lettrage script adopté pour la narration de Roy est un peu difficile à lire, mais c’est un détail insignifiant. Pour le reste, c’est beau, c’est très bon et intelligent tout en restant divertissant, alors que demander de plus sinon que de pouvoir lire la suite très bientôt! Kébek t.1: L’Éternité est donc un très bon thriller d’anticipation (et j’oserais peut-être même dire excellent — mais je réserve mon jugement final tant que je n’ai pas lu la conclusion). Néanmoins, à lire absolument ! 

Kebek T.1: L’Éternité par Philippe Gauckler. Paris: Éditions Daniel Maghen, août 2019. 96 pages couleurs (84 planches), 24.5  x 32.5 cm, 19€ / $C 37.95, ISBN 978-2-35674-074-8.  Inclus huit pages de croquis et dessins préparatoires. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5 ou stars-4-0

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© 2019 DM.

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Dans l’abîme du temps

PdF5-juin76“Les quatre récits qui composent ce recueil sont moins des nouvelles au sens du terme que de nouvelles vues sur le monde extraordinaire et terrifiant créé par Lovecraft. L’Humanité y est aux prises avec les êtres surnaturels, maîtres de la terre avant l’arrivée des hommes, qui tendent de recouvrer leur suprématie perdue. Faisant appel aux images, aux mythes, aux récits de toutes les traditions, Lovecraft compose des philtres qui n’ont pas cessé depuis trente-cinq ans de bouleverser les esprits.”

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

En quatre nouvelles, ce recueil nous offre la quintessence du mythe des Grands Anciens de H.P. Lovecraft.

Dans l’abîme du temps” (The shadow out of time, 66 pages, publié en juin 1936 dans Astounding Stories) raconte l’étrange expérience d’un professeur d’économie politique à l’université Miskatonic, Nathaniel Peaslee, qui après un malaise lors d’un cours se réveille cinq ans plus tard avec aucun souvenirs de ce qu’il a fait durant cette période. Pendant près de quinze ans il tente de retracer ce qui lui est arrivé en interrogeant ses proches sur son comportement. Il apprend qu’il a voyagé autour du monde et fait de nombreuses recherches dans des bibliothèques et des universités. Aussi, toutes les nuits, il fait des rêves étranges qui semble être des bribes de mémoires qui lui permettent avec le temps de reconstituer ce qui lui est arrivé. Son esprit aurait été substitué avec celui d’un être venu d’un passé pré-humain. La Grande Race des Yith utilise ainsi ce subterfuge pour voyager dans le temps et collecter de l’information sur toutes les civilisations tant du passé que du futur. Pendant qu’un Yith était dans son corps à collecter de l’information sur notre civilisation, Peaslee était dans le corps du Yith à leur enseigner ce qu’il savait et à apprendre sur les civilisations ayant habitées ou envahis la Terre à un moment ou l’autre (les fameux Grands Anciens). 

Cette explication est toutefois trop extraordinaire pour être vraisemblable. En étudiant la psychologie, il se convainc que les mythes qu’il a étudié durant son amnésie refont surface au travers de ses rêves alors que son cerveau tente de colmater les lacunes de sa mémoire. Quelques années plus tard, un prospecteur Australien qui a entendu parlé de ses recherches, lui fait part d’une découverte dans le désert. Une expédition est rapidement organisé pour fouiller un site qui semble être la cité où il a vécu dans ses rêves. Il y fait une découverte qui le terrifie et tente de convaincre les membres de l’expédition d’arrêter les fouilles car il ne faut pas réveiller l’horreur qui dors dans les profondeurs… 

Un récit fort intéressant qui a été adapté en bande dessinée par I.N.J. Culbard chez Akileos (voir mon commentaire) et en manga par Gou Tanabe chez Ki-oon (commentaire à venir imminament). stars-3-0

La maison de la sorcière” (The dreams of the witch-house, 36 pages, publié en juin 1933 dans Weird Tales) nous raconte le sort tragique de Walter Gilman, de l’université d’Arkham, qui étudie le lien possible entre les mathématiques et le folklore, particulièrement en relation avec une sorcière de Salem, Keziah Mason. Elle aurait eut l’habilité de se déplacer à travers les dimensions (le phénomène décrit s’apparente étrangement à un “wormhole”). Il s’installe donc dans la maison multi-centenaire de la sorcière à la recherche d’indices et d’inspiration. Chaque nuit il fait des rêves étranges, où il aperçoit la sorcière et son familier, et il lui semble qu’il se rapproche peu à peu de son objectif. Il réalisera trop tard qu’il s’est impliqué dans un culte démoniaque voué à Nyarlathotep. Avec ce récit, Lovecraft crée un lien intéressant entre les cultes sataniques et sa propre mythologie. Cette nouvelle a été adapté pour la télévision dans un épisode (S01E02) de la série Master of Horror. stars-2-5

L’appel de Cthulhu” (The call of Cthulhu, 32 pages, publié en février 1928 dans Weird Tales) retrace l’enquête menée par l’anthropologue Francis Wayland Thurston après avoir découvert dans les affaires de son grand-oncle George Gammell Angell, un professeur de langues sémitiques, un étrange bas-relief et un manuscrit relatant différents événements étranges s’étant tous déroulés entre le 28 février et le 2 avril 1925. Dans un premier cas, un jeune sculpteur de Providence nommé Henry Wilcox fut épris d’une fièvre et d’un délire durant lequel il créa un bas-relief représentant des hiéroglyphes mystérieux et une figure humanoïde dont “la tête pulpeuse entourée de tentacules surmontait un corps écailleux et grotesque muni d’ailes rudimentaires.” Wilcox vint voir Angell dans l’espoir qu’il puisse identifier l’origine de sa vision mais sans succès. 

Toutefois le récit du sculpteur rappela à Angell un événement similaire dont il prit connaissance lorsqu’un inspecteur de police de la Nouvelle-Orléans, John Legrasse, se présenta en 1908 à une réunion de la Société américaine d’archéologie tenue à Saint-Louis (MO) afin de faire identifier une idole mystérieuse. Elle représentait un monstre anthropoïde accroupie sur un piédestal, sa tête était couverte de tentacules, le corps évoquait celui d’un phoque, les quatre membres étaient pourvues de griffes formidables et il possédait de longues ailes minces sur le dos. L’idole avait été confisqué à une secte vaudou pratiquant des rituels sacrificiels dans des marécages au sud de la Nouvelle-Orléans. Le professeur Webb se rappela avoir entendu parlé d’un culte similaire au Groenland. Ce culte adorait Cthulhu et les Grands Anciens, venus des étoiles, qui ne mourraient jamais mais dormaient dans la cité engloutie de R’lyeh. Ils communiquaient avec les hommes dans leurs rêves en attendant le jour où, lorsque les étoiles seraient propices, ils s’éveilleraient de leur tombeau de pierre et règneraient à nouveau sur la terre.

Alors qu’il tente de confirmer les recherches de son grand-oncle, Thurston tombe sur un article de journal australien mentionnant une idole bizarre découverte sur l’épave d’un yacht en Nouvelle-Zélande en avril 1925! Thurston se rends à Auckland, puis à Sydney et finalement Oslo pour retracer le marin norvégien, Johanson, seul survivant. Il apprends que celui-ci est décédé mais réussi à prendre possession du manuscrit où Johanson relate son aventure et qui s’avère la clé de tout le mystère. Un tremblement de terre avait fait ressurgir la cité de R’lyeh, permettant à Cthulhu d’envahir les rêves à nouveau. Les matelots abordèrent l’île et libérèrent l’abomination. Toutefois, heureusement, la vivacité d’esprit de Johanson avait permis de le replonger dans son sommeil. Mais pour combien de temps encore?

Ce récit court, est plutôt intéressant mais est surtout très emblématique du mythe de Cthulhu. stars-3-5

Les montagnes hallucinées” (At the mountains of madness, 79 pages, a été publié dans les numéros de février, mars et avril  1936 de Astounding Stories) relate une expédition scientifique en Antarctique. Dans une caverne on découvre les restes de créatures incomparables — qui leur rappel un peu la description que le Necronomicon faisait des Grands Anciens! Mais pendant une tempête, un des camps est anéanti, les échantillons de créatures ont disparu et toutes l’équipe est massacré, sauf un membre, qui semble avoir fuit en traineau à chien. Le reste de l’expédition organise un groupe pour partir à sa recherche, avec espoir d’élucider le mystère. Loin à l’intérieur du continent, au-delà d’une chaine de montagne noire, ils découvrent et explorent une cité fantastique et antédiluvienne. C’est la cité des Grands Anciens, bâtie puis détruite par leurs esclaves révoltés, les “Shoggoths”. Rendue presque fou par l’horreur qui dors dans l’obscurité, ils décident de garder leur découverte secrète afin que l’humanité ne remette plus jamais les pieds dans ces lieux maudits. 

C’est sans aucun doute le plus captivant et le plus marquant des quatre récits. Il a lui aussi été adapté en bande dessiné par Culbard chez Akileos (voir mon commentaire) et en manga par Gou Tanabe chez Ki-oon (voir le commentaire des tomes premier et second). stars-4-0

Comme la plupart, j’ai lu Lovecraft quand j’étais adolescent ou jeune adulte. En général, ses textes constituent d’excellents examples du fantastique selon Todorov, où les événements peuvent avoir une explication tant rationnelle que surnaturelle… Si les récits de Lovecraft sont considérés comme des chef-d’oeuvres de la littérature je me rend compte, en les relisant maintenant, que ce n’est pas si bien écrit que ça. Lovecraft est le maître de la description vague, son point culminant étant le qualificatif “indicible”! Toutefois le texte véhicule un imaginaire si puissant qu’il a laissé sa marque indélébile dans les esprits de tout ses lecteurs et a eut une influence considérable sur les genres du fantastique et de l’horreur. C’est certes une lecture indispensable pour sa culture générale mais, si vous manquez de temps, je recommande plutôt de lire les excellentes adaptations en bande dessinées ou en manga dont j’ai déjà parlé.

Dans l’abîme du temps, par H.P. Lovecraft (Traduction de Jacques PAPY). Paris: Denoël (Coll. Présence du Futur, #5), juin 1976. 224 pages. [pas de ISBN] Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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© Denoël & Agence APIA, Paris, 1954 • Arkham House.

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Entrevue capsule: Sébastien Chartrand

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Tel que promis, voici la première des trois entrevues-capsules que j’ai réalisé avec des auteurs de SFFQ au Salon du Livre de Montréal en novembre 2019. 

Sébastien Chartrand est un jeune auteur à surveiller. Après sa trilogie du “Crépuscule des Arcanes” (L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy, La Voyante des Trois-Rivières, et Le Sorcier de l’île d’Orléans), il passe de la fantasy historique à de la SF (une SF qui fait dans l’uchronie et le steampunk — ou plutôt de l’électropunk!) avec Geist: Les héritiers de Nikola Tesla, une des parutions de l’automne chez les Éditions Alire. (Sur son blogue vous pouvez faire une visite virtuelle de son bureau / cabinet de curiosité !)

( cette video est aussi disponible sur Vimeo )

Entrevues à venir: avec Jonathan Reynolds (auteur et coordonateur de la revue Solaris) et Yves Meynard (Chrysanthe 2. Le Prince rebelle).

Autres entrevues-capsules disponibles: Catherine Sylvestre / Francine Pelletier

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Capsules

Yoko Tsuno #29: Anges et faucons

YokoTsuno29-AngesEtFaucons-cov“Nous sommes à l’ombre de l’église de Cornstone, près d’Édimbourg, où Émilia et Bonnie viennent fleurir la tombe de la tante Gloria. Le Pasteur Macduff leur raconte la triste histoire de ces deux jeunes orphelins tués dans un accident de train alors que la voiture qui les transportait était immobilisée sur un passage à niveaux. Ils reposent dans “l’enclos des anges”, un lieu à l’écart et à l’abandon, où un ange veille sur eux. 

Étrangement, la statue, don d’un bienfaiteur anonyme, date de 1934, un an avant l’accident funeste. Bouleversée par cette tragédie, Émilia décide de demander à son arrière-grand-père (qui était vivant en 1935) de sauver la vie des deux enfants. Pour ce faire, une solution : utiliser la machine temporelle qui dort dans l’annexe. C’est ainsi qu’Émilia part pour 1935, laissant Bonnie désemparée. Cette dernière alerte Yoko qui part sur les traces de l’adolescente et qui tentera d’éviter la catastrophe ferroviaire…”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Ce vingt-neuvième album de la série Yoko Tsuno a d’abord été prépublié dans le magazine hebdomadaire Spirou (du no 4239 [10 juillet 2019] au no 4246  [28 août 2019]) à raison de huit planches par numéro. Cet album nous offre deux récits distincts. Roger Leloup raconte dans son introduction à la prépublication (Spirou #4239: p. 4) qu’à quatre-vingt-six ans il n’est pas à l’abris de problème de santé et c’est pourquoi il a décider de “faire une histoire courte de façon que, s’il m’arrivait quelque chose, je puisse peut-être au moins finir le scénario…”

Dans le premier récit (de vingt-sept planches), Bonnie et Émilia vont au cimetière pour fleurir la tombe de leur tante Gloria. Le pasteur McDuff leur parle alors de l’enclos des anges, où deux jeunes enfants sont enterrés. L’histoire de ce jeune garçon et d’une fillette qui sont mort happé par un train à un passage à niveau en 1935 les intrigue. Grâce à la machine temporelle de Sir Archibald (l’arrière-grand-père d’Émilia), et avec l’aide de Yoko, ils vont tenter de sauver les enfants en remontant dans le temps!

Le deuxième récit (de trente-cinq planches) s’enchaîne sans heurt. Leloup raconte que “Yoko, à peine sortie du cimetière, reçoit un message du chef des services secrets britanniques pour lui proposer de raccompagner une princesse égyptienne dans sa tombe qui avait été pillée.” Évidemment tout cela cache un mystère plus tragique qui se décline comme une aventure “à la Agatha Christie.” Yoko et son équipe arrive à la Scottish Aircraft Company (SAC) où elle fait la rencontre de Sir Harold (mécène et propriétaire des lieux) et de sa pupille, Miss Dinah, pour qui elle effectuera la mission de rapatriement des momies (la princesse et sa servante) à bord du H.P. 42 Horus. Yoko et son entourage devront survivre à la mission tout en dénouant le mystère du meurtre de l’épouse de Sir Harold (dont le cadavre, selon Dinah, serait l’une des deux momies) et le complot d’une secte fantôme!

Dans son introduction, Roger Leloup révèle que si il a choisi d’installer le quartier général de Yoko au château de son amie Cécilia en Écosse, c’est que le lieu est très isolé ce qui permet à Yoko d’opérer en secret ses engins à la technologie très avancée. Il annonce également qu’il travaille déjà à la prochaine aventure de Yoko, qui devra faire face à un dilemme alors qu’elle se retrouve devant des humains robotisés!

Pour une fois, le récit est assez fluide (alors que souvent les aventures de Yoko me semblent un peu précipitées car Leloup tente de raconter son récit en trop peu de pages — on note que cet album est d’ailleurs plus long avec soixante-deux pages au lieu des quarante-six habituelles). Le fait qu’il y ait deux récit dans l’album est une bonne idée et nous offre une lecture plus satisfaisante. Toutefois, je note quelques maladresses ici et là: des tournures de phrases un peu bizarres et le fait que le dessin des personnages secondaires me semble parfois un peu bâclé (toutefois les arrière-plan — décors et équipements mécaniques — sont toujours impeccablement dessinés). Le style de Leloup a, bien sûr, beaucoup évolué depuis les premières aventures de Yoko, et il demeure très beau (pour un album jeunesse — et surtout pour l’oeuvre d’un artiste de quatre-vingt-six ans !).

Dans l’ensemble, Anges et Faucons, nous offre donc une bonne lecture, agréable et divertissante.

Yoko Tsuno 29: Anges et Faucons, scénario et dessin par Roger Leloup (mise en couleur par Studio Léonardo). Paris: Dupuis, septembre 2019. 64 pages (62 planches), 21.8 x 30 cm, 10.95 € / C$17.95 , ISBN: 979-1-0347-3803-8. Recommandé pour public jeune (9+). Un extrait peut être consulté sur le site de l’éditeur. stars-3-0

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Anges et Faucons © Dupuis, 2019.

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents:

YokoTsuno-Integrales2-AventuresAllemandes-cov yoko26fr Yoko_Tsuno_27-Le_secret_de_Khâny-cov YokoTsuno-28_temple_des_immortels-cov

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Capsules

Le Monde d’Edena 6: Les réparateurs

Edena-6-LesReparateurs-covL’ultime volume de la grande saga du Monde d’Edena : quatre histoires en forme d’épilogue.

Après Sur l’Étoile, Les Jardins d’Edena, La Déesse, Stel et Sra, Les Réparateurs fait figure d’épilogue ou de points de suspension dans la vaste saga du Monde d’Edena. L’album rassemble en effet quatre récits courts, de formats variables, faisant tous écho, parfois explicitement parfois de façon plus elliptique, à l’univers de Stel et Atan. Les Réparateurs, l’histoire qui donne son titre à l’album, a été conçu pour l’ultime numéro de la revue (À Suivre) de décembre 1997, à la manière d’une boucle temporelle qui n’est pas sans rappeler l’anneau de Möbius auquel Jean Giraud avait emprunté son pseudonyme. La Planète Encore est la pièce de choix de l’album. Créée en 1990, elle renoue avec le principe de l’histoire muette qu’avait développé Moebius dans les années 70 avec Arzach. Les deux derniers récits, Voir Naples et Mourir et voir Naples, conçus autour du même sujet à treize années de distance, se renvoient la balle l’un l’autre, avec beaucoup de poésie.

Quatre échappées belles pour se convaincre, s’il le fallait encore, que Moebius restera pour toujours l’une des très grandes signatures du 9e Art. [Texte du site de l’éditeur]

Les réparateurs nous permet de retrouver Stel et Atan, les deux mécaniciens de l’espace, mais aussi les fameux Pif-Pafs et, en guest star, le Major Grubert. Les quatre récits courts réunis ici nous montrent une fois encore la diversité et la richesse du talent de Moebius. Un nuage de dépaysement, un zeste d’écologie, un soupçon de nostalgie et une très grande dose de poésie, le nouveau cocktail de Moebius ravira tous les fans du Monde d’Edena comme les nouveaux lecteurs. [Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Il n’y a pas grand chose que l’on peu rajouter au texte d’introduction de l’éditeur. Les réparateurs nous offre quatre histoires courtes superbement illustrées mais qui n’apportent toutefois pas beaucoup au récit de la série, sinon un peu de nostalgie. Bof. Elle demeurent tout de même intrigantes à lire. Et ce qui rend l’ouvrage un peu plus intéressant c’est que chaque histoire est accompagnée d’un texte explicatif. 

Edena-6-LesReparateurs-p003Dans “Les réparateurs” (8 pages), un duo de réparateurs traverse des ruines sur une planète désertique et parvient dans une vaste caverne. Au centre, un tube où l’on distingue l’image d’un dessinateur penché sur sa planche à dessin. Ils activent un mécanisme et l’image disparait. Sur Terre, le dessinateur a un air satisfait. Stel et Atan auraient-ils redonné l’inspiration à leur créateur? Créée pour le dernier numéro de (À suivre) en décembre 1997, ce récit muet fait écho à “Réparations”, la toute première histoire du Monde d’Edena. La boucle est bouclée…

Edena-6-Voir Naples-p012Dans “Voir Naples” (4 pages), on découvre un univers froid et aseptisé où un personnage affublé d’un manteau et d’un masque au long nez ridicule (la première apparition des pif-pafs!) entâmes un voyage. La destination n’offre que des sortes de cactus délavés. “Ce n’est pas du tout comme les dépliants” pense-t-il. Comme il étouffe, il enlève son vêtement et son masque pour se retrouver devant une superbe vue de la baie de Naples! Réalisé en 1987 dans le cadre de la manifestation “Futuro Remoto” consacré à la diffusion de la culture scientifique, organisée à Naples par la Città della Scienza.

Edena-6-PlaneteEncore-p025Dans ”La planète encore” (23 pages), deux réparateurs voyagent sur une planète désertique. Parfois, dans le ciel on aperçoit le vol d’un ptéroïde… Ils arrivent à un grand temple surmontée d’une statue, traversent une cour occupée par des humanoïdes catatoniques, puis pénètrent le temple par un grand escalier. Ils traversent des corridors, puis effectuent une réparation qui ouvre une porte sur un grand hall avec des statues alignées de chaque côtés sur des socles de pierre. Au bout du hall, un socle vide. En regardant ce dernier, l’un des réparateurs se retrouve dans un monde de rêve habité d’étranges créatures humanoïdes qui chantent et dansent. La statue d’un jeune garçon en position de méditation (le jeune aveugle du Nid dans La Déesse?) apparait sur le socle vide. Dès lors, la végétation se met à pousser rapidement, envahissant toute la planète. Les réparateurs rejoignent leur vaisseau et quittent la planète. Cette histoire muette, nous offre une fable écologique dessinée en 1990 pour un comic book américain célébrant la “journée de la Terre”. Ce récit fait cette fois écho à une histoire de Arzak parue dans Métal Hurlant #4 (4e trimestre 1975): 19-26.

Edena-6-MourirEtVoir Naples-p043dDans “Mourir et voir Naples” (14 pages), le Major voyage dans le désert sur une sorte de cheval à longues oreilles. Il rencontre d’abord une table perdue au milieu du désert, sur laquelle il trouve le dépliant “Moebius à Naples” qui contient “Mourir et voir Naples”. Puis, il fait escale à un petit temple. Trois Pif-pafs géants le capturent, le mettent dans une boite qu’ils jettent dans un volcan. Lorsque le volcan fait éruption, la boite est rejetée à la mer pour finir sur une plage. La Major sort de la boite et saute de joie: c’est la baie de Naples! Une autre histoire muette et absurde qui reprend le thème de “Voir Naples”, créée cette fois en 2000 pour le portfolio d’une exposition sur Moebius à la Città della Scienza de Naples.

Un bel ouvrage d’intérêt plutôt moyen. À lire surtout pour les amateurs de Moebius et du Monde d’Édena

Le Monde d’Edena 6. Les réparateurs, par Moebius. [Tournai] : Casterman, septembre 2001. 54 pages (52 planches), 24 x 32 cm, ISBN 2-203-38038-1. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-2-5

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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© Casterman 2001

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents: Sur l’Étoile, Les jardins d’Édena, La Déesse, Stel et Sra.

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