Revue de ‘zines

Ces titres sont arrivé trop tard pour être inclus dans ma plus récente chronique. Je m’efforce de me maintenir à jour avec ce flot continue de périodiques et autres ‘zines pertinents dans mon champs d’intérêt… Pour vous éviter ce soucis, j’en épluche donc le contenu pour vous. C’est plein de bonnes suggestions de lectures…

dBD #155 (Juillet-Août 2021)

dBD-155Dans le cahier actualités, on nous apprend d’abord le décès de Benoît Sokal. On nous fait aussi découvrir un ouvrage sur L’Art du manga par Jean-Samuel Kriegk aux éditions Palette, ainsi qu’une demi-douzaine de nouveautés mangas: Elfen Lied t.1 par Lynn Okamoto chez Delcourt/Tonkam, No Control! Perfect Edition par Lynn Okamoto & Mengo Yokoyari chez Delcourt/Tonkam, Survivor’s Club par Anajiro chez Delcourt/Tonkam, Insomniaques t.1 par Makoto Ojiro chez Soleil Manga, Comet Girl t.1 & t.2 par Yuriko Akase chez Casterman et Angel of Death t.1 par Kudan Naduka & Makoto Sanada chez Éditions Mana.

À la une de ce numéro on retrouve les coups de coeur de la rentrée du magazine qui nous offre des entrevues avec les auteurs et cinq pages d’extraits de leurs ouvrages: Oriol (sur L’Or du temps t.1, en collaboration avec Rodolphe, chez Daniel Maghen), Appollo (sur La Désolation, en collaboration avec Gaultier chez Dargaud), Grégory Panaccione (sur Quelqu’un à qui parler chez Le Lombard), Olivier Jouvray (sur Bob Denard, le dernier mercenaire, en collaboration avec Lilas Cognet, chez Glénat), Vincent Mallié (sur Ténébreuse t.1, en collaboration avec Hubert, chez Dupuis/Aire Libre), Sylvain Bauduret (sur Voltaire & Newton t.1, en collaboration avec Mitch, chez Delcourt), Philippe Pelaez (sur Pinard de guerre t. 1, en collaboration avec Francis Porcel, chez Grand Angle), et Frantz Duchazeau (sur Debout les morts, Fantaisie Macabre, chez Sarbacane). On retrouve également des entrevues avec Nicolas Debon (sur Marathon, chez Dargaud), Laurent Bonneau (sur L’Étreinte, en collaboration avec Jim, chez Grand Angle), Théa Rojzman (sur Grand Silence, en collaboration avec Sandrine Revel, chez Glénat) ainsi qu’avec Alex Fuentes & Damian (sur Perdus dans le futur t.1 chez Dupuis).

Dans le Cahier Critique je note Terrarium t.1 de Yuna Hirasawa chez Glénat (Super; “un très beau récit de science-fiction, servi par un dessin sublime”), Le songe du corbeau par Sentô et Alberto chez Delcourt (Super; “Graphiquement, c’est superbe (…). Un thriller dont on ne sort pas indemne”), Un été à Tsurumaki par Shin’ya Komatsu chez Imho (Top!; “beau (…) mignon (…) rigolo (…) original et surprenant (…) le genre de lecture qui ravit l’oeil et ce qui se cache derrière”), Rock of destruction par Norihiko Kurazono chez Omaké (Super; “À réserver toutefois aux amateurs de séries B”), L’Envol par Kuniko Tsurita chez Atrabile (Top!; collection d’une trentaine d’histoires datant entre 1965 et 1981), Bucket list of the dead t.2 par Haro Aso & Kotaro Takata chez Kana (Top!; “histoire de zombie complètement déjantée (…) à la fois récit de genre et satire sociale”) et Fukuneko t.1 par Mari Matsuzawa chez Nobi-Nobi (Super; “conte sympathique”).

Ce numéro double de l’été (132 pages) nous offre une lecture indispensable pour se tenir au courant des nouveautés en BD. stars-4-0

Capsules

Solaris #219 (Été 2021)

Solaris219_Couvert-255x400Comme toujours, Solaris nous offre une fenêtre sur la littérature de genre au Québec et ailleurs. Celle-ci  s’ouvre à nous en trois volets: Le volet fiction comprend cette fois sept nouvelles qui nous permettent d’échantillonner les différentes saveurs de la littérature de genre actuelle. Le volet documentaire n’offre encore une fois qu’un seul article, un autre épisode captivant des “Carnets du Futurible” par Mario Tessier. Finalement, le volet critique (36 p.) se divise en deux parties: “Les littéranautes” qui commentent les parutions locales et les “Lectures” qui commentent le reste — pour la liste des titres commentés voir la table des matières en ligne.

Le sept récits du volet fiction se déclinent tous autour de la thématique du temps et de sa finalité que représente la mort:

  • Dans Le Théorème des quatre douleurs” (21 p.), par Josée Bérubé (lauréate du Prix Solaris 2020), la concierge Ginette raconte à la police ce qu’elle a vu dans le laboratoire de Juliette pour tenter d’élucider la disparition de la scientifique… Amusante histoire, bine construite. stars-3-5
  • Dans Le Vieil Homme et le trou noir” (5 p., texte lauréat du Prix d’écriture sur place de Boréal 2021, catégorie pro), par Hugues Morin, un homme à l’identité fluide tombe dans un trou noir… ou est-ce plutôt dans l’abîme de sa mémoire? stars-3-0
  • Dans L’Offrande sur la pierre tombale“ (2 p., texte lauréat du Prix d’écriture sur place de Boréal 2021, catégorie de la relève), par Martine Bourque, une femme accomplie un rituel pour ressusciter son maître et amant… stars-2-5
  • Dans Ulann” (9 p.), par Andréa Renaud-Simard, les Azanis veillent sur repos des Utes à l’aide de leur pouvoir psychique mais rêvent de quitter le monastère et de retrouver de grands arbres… Bon texte, avec une excellent idée de base mais un peu difficile à suivre… stars-3-0
  • Dans “La Femme, le pilote et le corbeau” (20 p., publié originalement dans Fantasy & Science Fiction [August 1991] et traduit par Pierre-Alexandre Sicart), par Dean Whitlock, un homme vit une expérience carthatique lorsqu’il doit aller répandre les cendres de son ex sur le sommet du Cannon Mountain (White Mountains, New Hampshire) et qu’il a un accident. Très beau récit. stars-4-0
  • Dans “L’Archiviste” (11 p.), par Isabelle Piette, nous rencontrons l’entité que nous percevons comme la mort ou la grande faucheuse (mais qui se voit plutôt comme un archiviste) qui existe depuis toujours pour faciliter le passage de l’énergie psychique des Humains, non pas vers le Paradis ou l’Enfer, mais simplement la retourner à l’univers, de la même façon que la pourriture retourne l’énergie physique à la terre. Mais une rivale plus efficace fait son apparition… Serait-ce à son tour de retourner à l’Univers? Bien écrit et intéressant concept qui me rappel beaucoup les “dieux de la mort” dans Death Note. stars-3-0
  • Dans “Le Passager éternel” (17 p.), par Jean Carlo Lavoie, Arthur Grimshaw (philologue victorien) rencontre un vieil homme dans le train qui lui fait le récit de ses voyages bien extraordinaires… Un étrange appareil lui permet de projeter sa conscience dans le corps d’une personne récemment décédée et cela à n’importe quelle époque de l’Histoire humaine (et peut être même sur d’autres planètes)! Le vieil homme est fatigué de tous ces voyages dans le temps et offre à Grimshaw l’opportunité de prendre la relève… Beau récit qui aurait mérité un peu plus de développement… stars-3-5

Cette fois-ci le Futurible s’attarde sur Le Mouvement perpétuel, en science et en fiction (30 p.). Il nous raconte comment l’obsession des savants pour le Perpetuum mobile et l’énergie éternelle “a permis de développer la science de la thermodynamique et de mieux comprendre différents aspects du magnétisme, de la mécanique et de l’hydraulique.” Il entreprend ensuite de démontrer comment ce concept a influencé et a été utilisé dans les littératures de l’imaginaire, les arts et le cinéma. C’est, comme toujours, un article fascinant et très bien documenté.stars-4-0

En général, je ne lis Solaris que pour ses articles et ses suggestions de lectures, car je trouve que lire des histoires courtes est un peu fastidieux. Toutefois, une fois n’est pas coutume, et je me suis laissé tenté à lire les fictions de ce numéro. Je ne l’ai pas regretté et j’ai passé quelques bons moments de lecture. Encore une fois “l’Anthologie Permanente des Littératures de l’Imaginaire” nous offre un numéro très riche qui demeure un incontournable pour tout amateur de littératures spéculatives qui cherche à se divertir et à en apprendre plus sur le sujet… stars-3-5

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Revue de ‘zines [002.021.215]

Les tétrarchies (1)

Avec Diocletianus, j’entre dans un territoire qui ne m’est guère familier: le Bas-Empire romain. J’y ai donc beaucoup à apprendre, ce qui rend l’étude des monnaies de cette époque un peu plus complexe mais aussi très stimulante. C’est une période caractérisée par le fait que le Principat (où l’Empereur est le “prince du Sénat”) est remplacé par le Dominat, un régime autocratique où le (ou les) empereur(s) possède(nt) un pouvoir absolu de droit divin qui serait pratiquement royal s’il n’était collégial (il est d’ailleurs inspiré par les monarchies orientales). L’Empire Romain est très vaste et la crise du IIIe siècle a démontré qu’il faisait face à de nombreux périls (révoltes, invasions, épidémies, dévaluation monétaire, instabilité politique, etc.) et que pour maintenir une administration efficace dans de telles conditions il était nécessaire de diviser le pouvoir, comme Valerianus et Gallienus avaient déjà tenté de le faire. La solution romaine à cette difficulté sera la tétrarchie (qui dédouble l’idée du duumvirat, où le pouvoir est divisé entre un Auguste et un César, en établissant un partage de responsabilités territoriales entre deux Augustes et deux Césars).

Diocletianus (284-305 EC)

Caius Aurelius Valerius Diocletianus est né dans une famille modeste à Salona en Dalmatie le 22 décembre 243/5 sous le nom de Diocles (Διοκλῆς). Il fait une carrière militaire et devient commandant de cavalerie sous l’empereur Carus. Il épouse Prisca c. 284. Après la mort de Carus et de son fils cadet, Numerianus, lors d’une campagne contre les Perses, Diocles est acclamé empereur par ses troupes le 20 novembre 284. Il prend alors le nom de Diocletianus et le titre d’Auguste. Toutefois il doit disputer le pouvoir au fils aîné de Carus, Carinus, qu’il vainc à la bataille du Margus en mars ou en juillet 285. Il doit rapidement repousser des invasions de Quades, Marcomans et de Sarmates. Il réalise que la vie d’un empereur tient à peu de chose (il peut mourir au combat ou être assassiné à tout moment) et la mort d’un empereur peut grandement déstabiliser l’Empire. Un duumvirat (ou dyarchie) — qui n’a rien d’exceptionnel puisque dès le IIe siècle Marcus Aurelius et Lucius Verus avaient co-régné — pourrait mettre fin à l’anarchie militaire. Il nomme donc César (puis Auguste l’année suivante) l’un de ses meilleurs officiers, Maximianus, avec qui il partage la gestion du territoire: Diocletianus commande l’armée d’Orient et Maximianus celle de l’Occident. Leur pouvoir, qui n’était initialement qu’une nomination militaire (et à la rigueur politique si elle était entériné par le sénat), est alors légitimé et ancré dans la religion en devenant sacré (un peu comme dans le cas des monarchies de droit divin): Diocletianus prends le titre de Iovius (représentant et protégé de Jupiter) et Maximianus celui de Herculius (représentant et protégé d’Hercule).

Pour définitivement mettre fin à la crise, Diocletianus entreprend une série de réformes militaires, administratives et économiques. Pour pacifier l’Empire il renforce les frontières en multipliant les forts et les remparts (limes), il fragmente les légions pour créer des unités plus petites mais plus nombreuses et mieux entraînées, puis augmente les effectifs en étendant la conscription aux provinces et en y ajoutant des barbares fédérés. De la même façon, comme le démontre la Notitia dignitatum, il décentralise l’administration, ajoute plus de fonctionnaires en favorisant la classe équestre, subdivise les provinces  en plus petits territoires plus facile à gérer et les regroupe en douze diocèses (l’Italie et l’Égypte perdent alors leurs privilèges). Finalement, il réforme le système monétaire (à partir de la fin de 294, il diminue la valeur de l’aureus, puis crée l’argenteus et une nouvelle monnaie de bronze appelé nummus ou follis; l’ancien antoninianus / aurelianus en billon perdure sous une nouvelle forme que l’on qualifie de “radiate post-réforme”), instaure un nouveau régime fiscal (dès 297 l’impôt foncier est étendu à tout l’Empire et il ajoute un impôt per capita), et fixe tant les salaires que le prix des denrées par l’Édit du Maximum (301).

Le système du duumvirat fonctionne bien mais reste néanmoins encore insuffisant pour bien contrôler la vaste étendue de l’Empire. Diocletianus instaure donc la tétrarchie en 293, où chacun des deux co-empereurs se choisit un César parmi ses meilleurs officiers: Diocletianus prends comme second son gendre Galerius (époux de sa fille Valeria) et Maximianus sélectionne Constantius. La gestion du territoire est répartie entre les tétrarques: Diocletianus (basé à Nicomédie) contrôle l’Asie et l’Égypte, Maximianus (de Mediolanum) contrôle l’Italie, l’Afrique et l’Hispanie, Galère (de Sirmium) est responsable de l’Illyrie et de la frontière danubienne, alors que Constantius (à partir de Augusta Treverorum) est chargé de maintenir l’ordre en Bretagne et en Gaule. Pendant vingt ans ce système offre à l’Empire Romain une stabilité qu’il n’avait pas connu depuis longtemps (ombragé peut-être seulement par d’importantes persécutions contre les chrétiens), au point où, le 1er mai 305, les deux Empereurs se permettent d’abdiquer en faveur de leur césars et de prendre une retraite bien méritée. Maximianus s’installe bien malgré lui en Lucanie et Diocletianus se retire dans un vaste palais (maintenant devenu la ville de Split) près de sa ville natale, où il meurt le 3 décembre 311/12.

Toutefois la tétrarchie, un sytème qui privilégie le mérite des candidats au pouvoir et non l’hérédité, rencontre des difficultés dès la première succession: à la mort de Constantius, le 25 juillet 306, le choix des nouveaux césars (Maximinus Daza et Severus) est contesté par les fils respectifs de Maximianus et Constantius (Maxentius et Constantinus). Le 11 novembre 308, Diocletianus est forcé de sortir de sa retraite pour la conférence de Carnuntum afin d’arbitrer la querelle de succession. Il y est décidé que Maxentius, considéré comme usurpateur et qui avait tué Severus au printemps 307, serait remplacé par un général de Galerius, Licinius. Malheureusement ces luttes de pouvoir entre Galerius, Maximinus, Licinius et Constantinus continuent jusqu’en 324 alors que seul Constantinus en sort vainqueur.

J’ai quatre pièces de monnaie de Diocletianus. Je vous les présente, non pas par ordre chronologique, mais par ordre de qualité… 

IMG_0321-0324La première pièce est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [Bronze argenturé / Billon], 21 mm, 4.188 g, payé environ $6 le 1986/06/16, patine brunâtre/verdâtre, avec trace d’argenture et d’oxydation; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié, cuirassé (et drapé sur l’épaule) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] DIOCLETIANVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre deux Concordiae, drapées, debout face à face, se serrant la main droite et tenant des cornes d’abondance dans la main gauche, avec l’inscription latine CONCORDIA AVGG[VSTORUM] (“la concorde/harmonie des deux Empereurs”) et la marque d’officine I I en exergue.

J’ai eu beaucoup de difficulté à retracer mon identification initiale de cette pièce et je n’ai trouvé qu’une seule référence en ligne qui la mentionne, ce qui est probablement signe que c’est une pièce rare. Selon le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, Vol. V, Part II, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 223), cette pièce aurait été frappée à Lugdunum (Lyon) en 294 EC — donc avant la réforme. Toutefois, ma pièce semble être une variante puisque le RIC donne comme titulature “IMP DIOCLETIANVS P AVG” alors que ma pièce ne comporte pas de “P”.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN], Concordia [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, Concordia, Concordia Augg, edict on price), ERIC (Diocletianus); RIC v. 5, pt. 2: 17; Numismatics. Voir aussi ma fiche.

IMG_0298-0305La deuxième pièce est un beau aurelianus (VG/F [Very Good/Fine], AE/BI [Bronze argenturé/Billon], 21 x 22 mm, 2.906 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brune avec traces verdâtre et rougeâtre; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] C[AIVS] VAL[ERIVS] DIOCLETIANVS P[IVS] AVG[VSTVS]. Le revers illustre les deux empereurs (Diocletianus debout à droite et Maximianus debout à gauche, tenant une lance transversale pointée vers le bas à gauche) face à face, tenant de la main droite un globe surmonté d’une Victoire, avec l’inscription latine VICTORIA AVGG[VSTORVM] (“la victoire des deux empereurs”), et un •XX•I• en exergue (marque de titrage de la réforme d’Aurelianus) ainsi qu’un 𝝘 (gamma, marque de la 3e officine) dans le champs entre les empereurs.

Cette pièce aurait été frappé à l’atelier de Siscia et daterait de 292 EC.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price, Victory), ERIC (Diocletianus); RIC v. V, pt. 2: 278; Sear RCV (1983): 3424; AugustusCoins, CoinProject (01, 02), FAC, Numismatics, WildWinds (text, image), WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0308-0315La troisième pièce est un beau antoninianus (F/VG [Fine/Very Good], AE/BI, 21 mm, 3.677 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine verdâtre avec de fort dépôts de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] C[AIVS] VAL[ERIVS] DIOCLETIANVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre Jupiter debout à gauche, tenant un foudre (fulmen) de la main droite et un long sceptre dans la gauche, un aigle à ses pieds, avec l’inscription latine IOVI CONSER[VATORI] AVGG[VSTORVM] (“À Jupiter, protecteur des empereurs”), ainsi qu’un SML en exergue (marque l’atelier de Lugdunum) et un A dans le champs droit (marque de la première officine).

Cette pièce aurait été frappé à l’atelier de Lugdunum et daterait de 287-88.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN], Édit du Maximum [FR/EN], Réforme de Dioclétien [FR/EN], Argenteus [FR/EN], Follis [FR/EN], Post-reform radiate [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price, fulmen, Jupiter, sceptre), ERIC (Diocletianus); RIC v. 5, pt. 2: 35; CoinArchives, CoinProject, CoinTalk (Diocletian reform, pre- & post-reform radiate), Numisbids, Numismatics, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0333-0339La quatrième et dernière pièce est un assez beau tétradrachme d’Alexandrie (G [Good], Billon (Cu+Zn+Ag) / Potin (Cu+Sn+Pb), 17 x 19 mm, 8.192 g, flan épais, patine brun pâle, payé environ $5 le 1985/01/06; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription grecque (illisible) A K ΓOY A ΔIOKΛHTIANOC CЄB (Autocrator Kaisaros ? ?? Aurelios DIOKLETIANOS SEBastos = Imperator Caesar Caius? ?? Aurelius Diocletianus Augustus). Le revers illustre une Athena debout à gauche, tenant une nike et s’appuyant sur un bouclier, avec la datation L Δ (4e année de règne, i.e. 287-288) dans le champs gauche.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price), ERIC (Diocletianus); BMCG v. 15: 2484. acsearch, acsearch, acsearch, CoinArchive, FAC. Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Ces pièces de monnaie représentent bien la première tétrarchie (son aspect collégial avec le type de la Concordia et la convergence du pouvoir militaire et religieux avec le type du Iovi Conservatori Augustorum) et sa volonté de réorganiser et de pacifier l’Empire (le type de la Victoria) — quoi que la plupart d’entre elles ont été frappé durant le duumvirat et avant la réforme monétaire de Diocletianus. Cette dernière (en créant de nouvelles dénominations et valeurs) rend d’ailleurs la tâche du numismate un peu plus complexe mais toujours aussi intéressante…

Mais ce n’est pas tout, car la semaine prochaine nous nous intéressons au co-empereur de Diocletianus, Maximianus Herculius.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 49

Cichorium intybus 

[ iPhone 11 Pro, Parc Frédric-Back, 2021/07/02 ]

La Chicorée amère (ou chicorée sauvage, aussi appelée “Common chicory” en anglais) est une espèce de plante herbacée vivace qui appartient à la division des Magnoliophyta (Angiospermae ou plante à fleurs), à la classe des Magnoliopsida (Dicotyledonae, i.e. “qui germe en deux feuilles”), à la sous-classe des Asteridae, à l’ordre des Asterales, à la famille des Asteraceae (ou Compositae, “fleurs composées”, qui comprend mille-six-cent genres divisés en plus de vingt milles espèces comme le pissenlit, la marguerite et le tournesol), et au genre Cichorium (qui inclut non seulement une dizaine d’espèces, dont la Cichorium endivia [var. crispum et var. latifolium], mais également plusieurs sous-espèces et cultivars).

C’est une plante robuste caractérisée par une racine charnue, une tige unique qui forme de nombreux rameaux rigides et minces, des feuilles basales découpées en lobes (comme celles du pissenlit) et des feuilles intermédiaires lancéolées, mais surtout par de belles petites fleurs bleues ligulées qui forment des capitules et poussent directement sur la tige. Les fleurs se distinguent par leur photonastie (i.e. elles s’ouvrent à l’aube et se referme dès midi lorsque le soleil décline ou par temps nuageux). Toutes les parties de la plante ont un goût amère (à cause des lactucine et intybine qu’elle contient) et produisent un latex blanc.

La chicorée sauvage est surtout utilisée comme plante fourragère (car elle protège contre la météorisation et certains parasites) mais elle a aussi des propriétés médicinales (cholagogue, détoxiquante, légèrement laxative et même possiblement anaphrodisiaque). Cette variété n’est pas vraiment comestible (quoique, comme les feuilles de pissenlits, on peut utiliser les jeunes feuilles crues ou cuites en salades) mais au fil des siècles sa culture a développé de nombreuses sous-espèces et cultigroupes qui ont pris une place importante dans l’alimentation humaine: la chicorée à café (var. sativum, dont la racine séchée et torréfiée constitue un succédané de café), la chicorée de Catalogne (cultivars de la var. foliosum), la chicorée pain de sucre (var. foliosum Hegi f. cylindricum dite ‘Pan di Zucchero’), l’endive (var. foliosum), et le radicchio (de Trévise et de Chioggia, cultivars de la var. foliosum).

Le nom provient du grec kikhorion (κιχώριον, possiblement dérivé de l’égyptien keksher) et signifie en latin “plante de janvier” ou “salade d’hiver”. Elle est mentionnée par le naturaliste romain Plinius (Naturalis Historia, liber XX, cap. 29 et 30), le poète Horatius (Odes 31, ver 15), le gastronome Apicius (De re coquinera), ainsi que par les médecins Celsus (De Medicina) et Galênós (De alimentorum facultatibus, 41; De Simplicium Medicamentorum Temperamentis et Facultatibus; De subtiliante diaeta), et sa culture est même recommandée dans le Capitulare de Villis vel curtis imperii. (Sources: Wikipedia [FR/EN])

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Images du mer-fleuri [002.021.209]

Les empereurs Illyriens (6)

Carinus (283-285 EC)

Marcus Aurelius Carinus est né vers 250 (249 selon certains, 252-53 selon Malalas, Chronographia, XII, 306 seq.) et était le fils aîné de Carus. Sa famille était originaire soit de Narona en Illyricum (Dalmatia), soit de Narbo Martius (Narbonne) dans la province de Gallia narbonensis. Les monnaies et l’épigraphie lui attestent une épouse, Magnia Urbica (qui reçoit les titres d’Augusta et de Mater castrorum [“Mère des camps”]) et un fils, Nigrinianus, mort en bas âge. Son père devient empereur en septembre/décembre 282 alors que Probus est assassiné par des soldats mutins. Peu de temps après, il associe son fils aîné au pouvoir en le nommant caesar et Prince de la jeunesse. En janvier 283, il le fait co-consul et Augustus, et nomme son fils cadet, Numerianus, caesar et princeps juventutis. Les deux fils reçoivent également le titre d’imperator. Carus part alors faire campagne contre les Perses avec Numerianus et confit l’armée d’Occident à Carinus. Toutefois, tout de suite après avoir pris la ville de Ctésiphon en novembre 283, il meurt dans des circonstances étranges (possiblement frappé par la foudre!) et ses deux fils deviennent donc co-empereurs. Pendant que Carinus mène une vie dissolue à Rome (à moins que ce ne soit de la propagande négative créée par ses opposants?), Numerianus ramène vers Rome son armée réticente à continuer les combats contre les Perses. Il meurt (soit à Émese en Syrie, soit à Chalcédoine en Bithynie) dans des circonstances obscures (possiblement assassiné par son beau-père, Arrius Aper) en novembre 284 et l’armée acclame Dioclès, le commandant de la garde impériale, comme nouvel empereur.

Comme Julianus (le corrector de Vénétie) tente d’usurper le pouvoir, Carinus passe d’abord par l’Italie pour écraser cette révolte à Vérone en mai ou juin 285. Ce n’est que par la suite qu’il marche à la rencontre de Diocles (qui a prit le nom de Diocletianus) en Illyrie. Les deux armées s’affrontent à la mi-juillet (ou au printemps?) 285 près de Viminacium en Mésie, lors de la bataille du Margus. Malgré que son armée tienne bien tête à l’usurpateur, Carinus meurt (soit durant la bataille, soit trahit, soit assassiné par un ou des tribun(s) jaloux de l’attention qu’il portait à son/leurs épouse(s)). Il n’aura régné que deux ans et demi et est considéré par les historiens romains comme l’un des pires empereurs. Son armé se rallie alors à Diocletianus qui devient le seul empereur. Son long règne sera le début d’une nouvelle ère pour l’Empire Romain, celle du dominat et des tétrarchies.

IMG_0174-0180Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Carinus mais c’est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [bronze argenturé / Billon], 21 x 22 mm, 4.115 g, payé environ $6 le 1985/06/16, quelques traces d’argenture et de corrosion; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et cuirassé (possiblement drapé sur l’épaule) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] CARINVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Équité (Aequitas) debout à gauche, tenant une balance (libra) et une corne d’abondance (cornucopiae), avec l’inscription latine AEQVITAS AVGG[VSTORVM — le double “G” dénotant un pluriel [Duorum Augustorum], soit “l’équité des deux Augustes”] et un “A” (marque de la première officine) dans le champs droit.

Cette pièce représente bien la propagande impériale qui exulte les vertus des empereurs alors que l’Aequitas exprime une idée d’égalité, de justice et de prospérité (par le commerce rendu possible par la stabilité de l’état). Selon le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, Vol. V, Part II, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 166) et les diverses sources en ligne, ce type avec une Aequitas et la marque d’officine “A” n’a été frappé qu’à Lugdunum (Lyon) — le type frappé à Rome [RIC 5.2: 238] comportait “KAZ” comme marque d’officine. Le RIC n’offre pas de datation mais les sources en ligne proposent tantôt avril 283, tantôt janvier 284 mais plus fréquemment surtout 283-284, ce qui fait du sens puisque l’inscription “Aequitas Augg” implique le co-principat de Carinus et Numerianus qui s’étend de la mort de Carus en novembre 283 à la mort de Numerianus en novembre 284.

Sources: Encycl. Brit. (1911), Wikipedia ( [FR/EN], Aequitas [FR/EN]), Google, FAC (Carinus, Aequitas, AVGG, cornucopiae), ERIC (Carinus); RIC v. 5, pt. 2: 212; Sear RCV (1983): 3362; acsearch, ARC, CoinArchives (01, 02), CoinProject (01, 02, 03, 04, 05), FAC, Numismatics, Numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Le troisième siècle est très mal documenté par les auteurs de l’époque qui se contredisent souvent et les sources plus riches, comme l’Historia Augusta, sont malheureusement peu fiables. La causes des événements et leur datation est plutôt flou ce qui ne laisse parfois aux historiens modernes que des hypothèses (qui évoluent et changent au cours des époques et avec les nouvelles découvertes archéologiques). Ce qui fait que, dépendant des sources consultées, les motivations des acteurs et les dates varient grandement. Le pire exemple est la divergence que l’on rencontre entre les versions française et anglaise de Wikipedia! Heureusement l’épigraphie et la numismatique fournissent des ancrages solides qui permettent d’établir une datation plus précise et fiable. Cela explique aussi la grande différence rencontré entre les datations d’ouvrages comme le British Museum Catalogues of Coins ou le Roman Imperial Coinage (écrits à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle) et les sources plus récentes que je consulte en ligne.

La semaine prochaine nous nous intéresserons au règne charnière de Diocletianus dont j’ai quatre pièces de monnaie.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 48