Furari

“Furari pourrait se traduire par «au hasard», document.write(“”); «au gré du vent»…
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”Tout comme dans L’Homme qui marche, mais avec pour cadre un Japon ancien aujourd’hui disparu, Jirô Taniguchi entraîne son lecteur dans les longues et tranquilles déambulations d’un cinquantenaire dont le nom n’est pas donné mais que tout Japonais devine être Tadataka Inô, célèbre géomètre et cartographe qui, au début du XIXe siècle, établit la première carte du Japon en utilisant des techniques et instruments de mesure modernes. Au hasard de ses intuitions et de son inextinguible curiosité, cet attachant et pittoresque personnage nous initie à la découverte des différents quartiers d’Edo, l’ancien Tôkyô, et de ses mille petits plaisirs. Retiré du monde des affaires mais fidèle à ses réflexes, il arpente, mesure, prend des notes, dessine, tout en laissant libre cours à son goût pour la poésie et à son inépuisable capacité d’émerveillement.

“Jirô Taniguchi, comme il l’a fait dans Au temps de Botchan avec le célèbre écrivain Sôseki, se glisse dans la tête et le coeur d’un personnage historique, nous faisant ainsi appréhender un regard japonais sur le monde qui touche à l’universel.” [ Texte du site de l’éditeur ]

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Furari (????) a été sérialisé au Japon dans le magazine Morning de Kôdansha, puis publié en un volume en 2011 avant d’être traduit en français par Casterman en février 2012. Jir? Taniguchi nous avait déjà introduit à ses récits déambulatoires avec les promenades scéniques de L’Homme qui marche (1995), Le Promeneur (2006) ou Les Années douces (2010-2011), les promenades gastronomiques du Gourmet solitaire (2005), les promenades alpines dans K (2006) et Le Sommet des dieux (2004) ou même encore les promenades dans les tréfonds de la mémoire dans Le Journal de mon père (1999) et Quartier lointain (2002). Cette fois, avec une maîtrise sans pareil du récit et du dessin, il nous entraine dans la pittoresque Édo, la Tokyo du XIXe siècle. Le personnage principal en arpente (littéralement puisqu’il mesure les distances en comptant ses pas) les rues et la campagne environnante, et, au hasard des rencontres, il s’émerveille de la nature qui l’entoure et des gens avec qui il converse. On voit ici deux autres thèmes chers à Taniguchi que sont la nature et les animaux ainsi que les relations avec les personnes (dans ce cas-ci tout particulièrement la relation avec Eï, sa compagne). Ce personnage anonyme (mais que l’on sait fortement inspiré de Tadataka In?, géomètre et cartographe qui fut le premier à établir une carte moderne du Japon) déambule ainsi de façon insouciante alors qu’il observe, mesure, annote et dessine. Sa riche imagination l’amène même parfois à visualiser ce que serait le paysage du point de vue d’un oiseau ou d’un insecte!

Ce manga seinen n’offre pas de véritable récit mais plutôt quinze petites tranches (de dix à seize pages chacune) dans la vie de ce géomètre retraité [attention: si vous n’avez jamais lu ce livre la présentation de chaque épisode pourrait dans certains cas vous gâcher la surprise!]:

Dans “Le Milan” le hasard de ses pas l’amène au pont Yanagi et sur sa route il commente la venue prochaine des fleurs de cerisiers, les risques d’incendies dans Edo, observe un dessinateur au sable et un milan qui vole la prise d’un pêcheur, puis se demande de quoi Edo aurait l’air vue du ciel.

Dans “Les Cerisiers” il va admirer les cerisiers sur la colline de Ueno avec Eï, sa compagne, commente sur la foule, boit du saké, fait de la poésie et tente de se mettre “dans la peau” d’un cerisier!

Dans “La Tortue” ses pas l’amènent dans le sanctuaire Hachiman, très animé, où il achète une tortue pour la relâcher dans la rivière (une bonne action) et, s’imaginant à la place de la tortue, observe des femmes aux champs.

Dans “Le Chat” il découvre un chat errant sur la galerie de sa demeure et s’imagine la vie insouciante du chat parcourant la ville par les toits, observant l’animation de la rue ou une femme nue prenant son bain.

Dans “Les Étoiles” il se promène dans Edo la nuit, observe les étoiles et fait la rencontre du poète Issa Kobayashi.

Dans “La Baleine” il se rend à Shinagawa avec sa compagne pour ramasser des palourdes sur la plage mais y trouve une poulpe et un pêcheur lui raconte que, deux ans plus tôt, une baleine s’échoua sur la plage.

Dans “La Pluie” il sort prendre ses mesures sous la pluie, observe des enfants jouer dans l’eau, commente sur le fait que le quartier Motomachi est construit sur un terrain gagné sur la mer (et donc mal drainé) et sur une épidémie de béribéri qui sévit alors à Edo, puis est inspiré par la chaise roulante d’un handicapé pour créer un nouvel instrument de mesure plus précis.

Dans “Les Lucioles”, la foule nuisant à ses mesures, il fait quelques détours et rencontre un peintre (qui n’est pas nommé mais qu’un Japonais cultivé pourrait peut-être reconnaître) avec lequel il échange quelques vers et observe des lucioles la nuit venue.

Dans “L’Éléphant” Eï se plaint qu’il part souvent sans prévenir, comme un chat, alors il l’invite à aller manger des sobas; sur la route ils rencontrent les traces d’un éléphant et il s’imagine voyageant sur le dos de cet énorme animal.

Dans “L’Orage”, après une visite à l’observatoire de Kuramaé où il est décidé qu’afin d’établir la mesure d’un degré il faudrait calculer la distance entre Edo et Ezochi (Hokkaido), il se fait prendre par l’orage sur le chemin du retour et est presque frappé par la foudre; alors qu’il récupère dans un izakaya, il rencontre un conteur (qui n’est encore une fois pas nommé mais un érudit saurait sans doute de qui il s’agit) qui lui raconte une histoire de chien.

Dans “La Libellule” le hasard de ses pas l’amène près de la résidences des Matsudaira à Unemegahara, passé le pont de Kyôbashi; il observe des libellules rouges, puis se repose dans un restaurant pour un peu de saké et un repas (ce qui rappelle beaucoup Le Gourmet solitaire!) où il réaffirme sa détermination à obtenir les autorisations officielles pour voyager à Ezochi; finalement, s’imaginant être une libellule, il aperçoit le plan d’Edo vu des airs.

Dans “La Lune” il voyage en barque sur la rivière avec Eï par une nuit de pleine lune. Ils admirent Edo la nuit, la beauté du paysage, observe le passage d’oies sauvages et il raconte la légende du lapin dans la lune. Quelle sérénité: “Se laisser ainsi aller, sentir le vent, regarder la lune… Je suis vraiment comblé” dit-il. Puis ils croisent le poète Issa.

Dans “Le Cheval” il remarque que le calcul de ses pas est devenu plus précis et commence à planifier son voyage à Ezochi. La vue d’un cheval lui rappel qu’une cariole permettrait de transporter plus de matériels. Il apprend que le bakufu a autorisé l’expédition et accordé un budget de vingt ryô (il devra défrayer le reste, dont les frais d’appareillage).

Dans “Les Fourmis” le promeneur et Eï vont sur le mont Hachiman pour observer le Mont Fuji au loin. Il annonce à Eï son prochain départ pour Ezochi et observe une colonne de fourmis dans l’herbe (bien sûr, il s’imagines minuscule à leur côté!). Eï décides de l’accompagné dans son expédition.

Dans “La Neige” le promeneur et Eï marchent sous la neige, admirent le paysage et discutent de l’expédition. Ils s’arrête dans un restaurant. Il avoue: “Ces doux paysages Japonais… Cette topographie naturelle, je veux l’enregistrer minutieusement sur des cartes pour les générations à venir.” Il ajoute: “Pas d’impatience. Prendre le temps qu’il faut. Et avancer, toujours avancer. Si on marche, on arrive toujours…”

J’ai déjà amplement traité de la qualité des récits intimistes et du style claire et précis de Taniguchi et il me semble inutile d’en rajouter. Par contre cette thématique de la déambulation, si chère à Taniguchi, pourrait sembler redondante et répétitive à la longue, mais pourtant chaque ouvrage m’apparait unique dans ses caractéristiques. Ils n’ont en commun que le fait que chacun est presqu’une méditation contemplative sur la beauté poétique et le calme de notre environnement, qu’il soit urbain ou rural. Et ici, dans son plus récent opus, Taniguchi excelle tout particulièrement. Je trouve toutefois ennuyeux que certaines pages qui semblent avoir été en couleur dans l’édition originale japonaise (comme c’est souvent le cas au Japon pour les début de chapitre par exemple) n’aient été publié qu’en noir et blanc dans l’édition française de Casterman.

Furari est un ouvrage très enrichissant qui offre une réflexion philosophique sur notre rythme de vie, ainsi que de nombreuses anecdotes (parfois expliqués par des notes en bas de page) sur l’histoire et la culture du Japon. À lire absolument!

Furari, par Jiro TANIGUCHI. Paris, Casterman (Coll. Écritures), 2012. 17.4 x 24.1 x 1.8 cm, 212 pg., 16,00 € / $28.95 Can. Sens de lecture occidental. ISBN: 978-2-203-04891-1. Recommandé pour jeune adulte (14+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Furari © Jiro TANIGUCHI, 2011; © CASTERMAN, 2012 pour la traduction française.

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