Les Empereurs Thraces (2)

Anastasius I (491-518)

Flavius Anastasius (Φλάβιος Ἀναστάσιος en grec et généralement appelé Anastase 1er en français) est né à Dyrrachium vers 430 dans une famille noble romaine. Il obtient une place dans l’administration du Grand Palais de Constantinople jusqu’à être promu silentiarius (une sorte de gardien de sécurité qui fait respecter l’ordre et le silence), une position certes dans l’entourage proche de l’empereur mais en tant qu’officier subalterne (décurion) sous les ordres du magister officiorum. À la mort de Zeno, le 9 avril 491, aucun successeur n’a été désigné et le sénat et les officiers militaires ne s’entendent pas sur un candidat — les uns favorisant un romain et les autres un isaurien. La veuve de l’empereur, l’impératrice Ariadnè, exerce donc son influence pour faire nommer Anastasius, qui était perçu comme un vieillard inoffensif (âgé de soixante ans), sans influence, et donc parfait pour une règne de transition. Il est couronné empereur le 11 avril et le 20 mai, pour consolider sa position au sein de la dynastie Leonide, il épouse Ariadnè. Le fait qu’il ait les yeux vairons (l’un bleu, l’autre noir) lui vaut le surnom de dicorus (Δίκορος, “deux-pupilles” en grec). 

Son règne est troublé par de nombreux conflits. D’une part, les Isauriens — qui avaient acquis une influence considérable dans l’armée et supportait la candidature de Longinus, le frère de Zeno, comme empereur — se révoltent et Anastasius doit mener un longue campagne (492-497) pour rétablir l’ordre. Il doit également mener un guerre défensive pour contenir les invasions tant à l’est, par les Perses sassanides (502-506), qu’au nord dans les Balkans, par les Bulgares et les Slaves. Pour protéger Constantinople contre ces derniers, il fait construire un long mur qui s’étend de la mer de Marmara à la mer Noire. De plus, les conflits sociaux dues à une importante croissance démographique urbaine, ses politiques économiques et religieuses (officiellement orthodoxe il favorisait néanmoins les monophysites) ont souvent été la source de révoltes, dont le conflit entre les factions des bleus et des verts (en 501, 507 et 512) et la rébellion de Vitalianus en Thrace (513-515). Malgré ces troubles, on retient d’Anastasius qu’il a été un excellent administrateur qui, grâce à des réformes monétaires (498) et administratives ainsi qu’une politique fiscale très économe, a réussi à rétablir les finances de l’Empire laissant à ses successeurs un important surplus budgétaire. 

Il meurt (sans doute d’un malaise cardiaque) à Constantinople le 9 juillet 518, à l’âge vénérable de quatre-vingt huit ans, sans laisser de descendance. Son règne aura duré vingt-sept ans! Après de difficiles délibérations, on choisit comme successeur le général Justinus, commandant de la garde impériale, qui est d’origine paysanne, peu éduqué et déjà âgé de soixante-cinq ans. Avec l’aide de son neveu Justinianus (qu’il nomme co-empereur en 527) il réussi durant son règne de neuf ans à maintenir les frontières de l’Empire contre la pression du royaume Ostrogoth et des Perses sassanides. Il rétablit également les relations avec l’Église de Rome mettant ainsi fin au schisme d’Acace. C’est le début de la brillante dynastie justinienne

IMG_1565-1571Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie d’Anastasius et c’est un assez beau follis / nummus (G [Good], AE [Bronze], 40 Nummi, 30 x 31 mm [1.18 x 1.22 inches], 18.477 g [277.2 gr], payé environ $6 le 1985/04/14, caractérisé par une patine cuivré avec quelques dépôts de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur avec diadème, sans barbe, drapé (d’un paludamentum) et cuirassé à droite, avec l’inscription latine D[ominvs] N[oster] ANASTA-SIVS P[er]P[etvvs] AV[gvstvs] (“Notre Seigneur Anastasius, Perpétuel Auguste”). Le revers illustre un grand “M” (marque de valeur = 40 nummi) encadré par deux étoiles à six branches (✱, quoiqu’initialement j’ai cru qu’il s’agissait de ☧ [chi-rho] — comme marques de séquence?), avec une croix (✝︎) au-dessus et un “B” en dessous (marque d’officine, Bêta = 2), ainsi qu’un CON en exergue (marque d’atelier pour CONstantinople).

Cette pièce a donc été frappé par la deuxième officine de l’atelier de Constantinople mais il n’est malheureusement pas possible de la dater avec beaucoup plus de précision que la durée du règne d’Anastasius (du 1er avril 491 au 1er juillet 518 EC). Toutefois, comme c’est une pièce qui date d’après la réforme monétaire de 498 EC, nous pouvons donc la dater de 498 à juillet 518 EC.

Sources: Wikipedia (Anastasius [FR/EN], monnaie byzantine), FAC (Anastasius, Byzantine Denominations), ERIC (Anastasius); IBC: 20-22; S-BCV: 19. Réf. online: Google, acsearch, CoinArchives (Γ), CoinArchives (B), CoinTalk, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie: 

Nous entrons maintenant véritablement dans l’Empire Byzantin. À partir de ce moment les pièces de monnaie sont assez différentes de ce qu’elles étaient dans l’Empire Romain d’Occident, souvent en moins bon état de conservation et donc plus difficile à identifier et à dater. Les références numismatiques changent aussi (les principales sources sont les deux titres mentionnés en bibliographie).

Cette pièce est un bon exemple de la réforme monétaire établit par Anastasius en 498 qui affecta surtout la monnaie de bronze. Il crée de nouvelles dénominations dont la valeur est clairement affichée sur les pièces aux dimensions plus large: la pièce de quarante nummi (ou follis, marquée par le numéral grec “M”), la pièce de vingt nummi (semifollis, marquée par un “K”), la pièce de dix nummi (decanummium, marqué par un “I”) et la pièce de cinq nummi (pentanummium, marquée d’un “ε”). Un solidus d’or valait donc environ 360 folles et un follis équivalait à peu près au prix d’une miche de pain. Évidemment, l’abandon des illustrations allégoriques sur le revers pour une simple représentation de la valeur de la pièce nous donne des pièces à l’apparence plus sobre et d’un intérêt artistique moindre. Aussi, étrangement et sans raison apparente, ces dénominations se retrouvent parfois en deux formats: par exemple on retrouve une série de follis au module large (de 30 à 39 mm) et une série de follis au module plus petit (23 à 27 mm) qui pèse presque la moitié du poids. 

La semaine prochaine nous abordons la dynastie justinienne avec l’important empereur byzantin Justinianus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 77

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