Le Monde d’Edena 5: Sra

Edena-5-Sra-covStel et Atana ont été séparés, mais, écrit Moebius en ouverture de Sra, « la force du désir qui pousse Stel vers Atana est telle que rien ne semble pouvoir stopper notre héros dans sa quête. » Ainsi ses pas le portent-ils au monastère de Sra, étrange village « olofène » – ce que signifie, comme chacun sait : « Réservé aux hommes déliés ». Mais déliés de quoi, au juste ?

Travaillé dans une forme onirique et souvent poétique qui fait fréquemment penser à l’écriture automatique des surréalistes, Sra marque le point final de la vaste fresque du Monde d’Edena entreprise par Moebius à partir du milieu des années 80 – Les Réparateurs, publié postérieurement, ne constituant qu’une sorte d’épilogue à l’ensemble de la série. À la manière d’un moderne Gulliver, Stel traverse une succession de mondes étranges ou enchanteurs, avant la confrontation finale avec son ennemi irréductible et malveillant, La Paterne, déterminé à prendre pour toujours le contrôle d’Edena… Tour à tour drôle ou inquiétante, mais toujours brillante et inspirée, l’oeuvre attachante d’un artiste en liberté.

[Texte du site de l’éditeur]

➡︎ (Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs) ⬅︎

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Ayant entendu dire qu’une nouvelle papesse est arrivée au monastère de Sra, Stel traverse le désert (sous l’oeil vigilant des agents de la Paterne) pour s’y rendre en espérant que celle-ci soit Atana. Au monastère, il mange un repas puis on lui offre une chambre. Il rêve qu’il se retrouve dans un monde lilliputien, toujours à la recherche d’Atana. En fait, depuis le début, il est dans un rêve créé par la Paterne afin de piéger Maître Burg… avec succès! Stel s’éveille et tente de sauver la papesse des mains de pif-pafs ninja mais les deux sont tués. Burg est sauvé par une Édelfe. Stel se réveille dans un hôpital psychiatrique. Il se nomme Stélékian, un pilote atteint d’un virus qui “crée un écart (…) entre la réalité de base et le labyrinthe onirique de son moi inconscient”. Guéris, le docteur Burglow le laisse sortir et le capitaine Pattern doit le raccompagner sur Terre. Mais il réussi à faire décoller le vaisseau seul, car rien ne peut l’arrêter dans sa quête pour retrouver Atana… 

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Jusqu’à maintenant, le Monde d’Edena nous offrait une superbe histoire, intéressante et même captivante. Toutefois, dès que le combat entre le bien et le mal se poursuit dans les rêves des héros captifs et/ou endormis, on ne sait plus ce qui est le rêve, ce qui est la réalité et, surtout, qui rêve qui. Avec cette conclusion, Moebius renoue avec la science-fiction délirante et déjantée de ses débuts. Le résultat est un “mindf*ck” très dickien qui proclame que la réalité n’est pas ce que l’on pense et que le monde n’est qu’une illusion. Stel est-il fou ou est-il encore dans le rêve? En fait, il serait dans un rêve, qui est dans un rêve, qui est dans un rêve, etc., un peu comme le film Inception.

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Moebius introduit ici et là dans le récit des éléments qui rappel ses autres histoires (Arzach, Major Fatal) afin de les réunir toutes dans un méga-univers. On retrouve donc une fin en parallèle avec celle du Garage Hermétique où le Major passe une porte pour se retrouver dans le métro de Paris, notre propre réalité. Finalement, en bout du compte, la bande (dessinée) de Moebius se retournerait-elle sur elle-même ???

La fin est un peu décevante car il n’y a pas de véritable conclusion — cela finit en queue de poisson comme disait Horace. Bien conclure une série est notoirement difficile. Toutefois, le récit demeure tout de même intéressant et il nous reste toujours le superbe dessin de Moebius… À lire malgré tout.

Le Monde d’Edena 5. Sra, par Moebius. [Tournai] : Casterman, septembre 2001. 64 pages (62 planches), 24 x 32 cm, ISBN 2-203-34524-1. Pour lectorat jeune adulte (16+). Voir la couverture arrière. stars-3-0

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© Casterman 2001

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents: Sur l’Étoile, Les jardins d’Édena, La Déesse et Stel. 

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Le Monde d’Edena 4: Stel

Edena-4-Stell-covPerdu dans le désert d’Edena, Stel n’a qu’une idée en tête : retrouver Atana. Sur sa route, il ne cesse de croiser Burg. Ce dernier l’encourage dans sa quête tout en lui parlant par énigmes. Ce qui irrite Stel au plus haut point. Il finit par tomber sur un groupe de ces drôles de types masqués, la même engeance que les kidnappeurs d’Atana (voir : La Déesse). Ils sont en panne de radio, leur vaisseau ne marche plus… Stel décide de les aider, dans l’idée de se rapprocher du nid de la “Paterne“, donc d’Atana. Bien lui en prend : piégé par la “Paterne“, le héros sera, dans des conditions effrayantes, envoyé vers une destination inconnue. Comment retrouver Atana ? Où est-elle ? Personne ne peut rien dire à Stel, égaré dans sa course éperdue et solitaire à la recherche de celle qu’il aime. Son seul guide est le message de l’Edelfe, “Ochandaï Swanii Atana“: La Déesse Atana va mourir si personne ne fait rien. 

Quatrième tome de la saga du Monde d’Edena, l’histoire de Stel est terrible et oppressante. Serait-ce, cette fois-ci, une volonté de l’auteur de disserter sur la soif de pouvoir et les folies qu’elle engendre ? Dans un univers truffé de surprises, comme toujours chez Moebius, une description sans merci du machiavélisme et de la manipulation.

[Texte du site de l’éditeur]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Avec ce quatrième volume, l’attention du récit revient sur Stel qui est toujours à la recherche d’Atana. Burg lui apparait à nouveau pour l’avertir d’une part que Atana, après avoir remis de l’ordre dans la cité-Nid, s’est perdu dans des dédales oniriques et que, d’autre part, la Paterne en a certes été délogé mais qu’il en subsiste des traces résiduelles qui continuent de hanter Édéna. Ces émanations de la Paterne demeurent un danger car elles peuvent prendre une forme dense — comme un dinosaure à tête de perroquet! Il lui confie avoir créé cette planète spécialement pour lui et Atana… (tout comme Gruber avait créé Flore, l’astéroïde à trois niveaux!)

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Page 7

Stel tombe sur une patrouille de la Cité-Nid dont le flybus est en panne. Il se propose de les aider mais leur chef, tombé sous le contrôle de la Paterne, le fait prisonnier et l’amène à un nouveau Nid, d’où il espère mener une guerre sainte contre les usurpateurs et reconquérir la cité-nid originelle. Là, Stel retrouve son ami Trollopen (voir le premier volume) qui lui raconte ce qu’il s’est passé depuis qu’ils ont embarqué sur la pyramide: survie difficile sur la planète, découverte du nid, les deux seuls survivants de l’équipage originel — Trollopen et Oran Silverberg — crées des clones, Oran rendu fou par les cauchemars de Burg a écrit le Livre de la Pyramide et fuit le nid, pour échapper à l’influence de Burg Trollopen se fait mettre dans une stase onirique d’où il peut continuer à controller le nid. Trollopen EST la Paterne! Il a créé un capteur subonirique qui plonge son antenne dans les entrailles bouillonnantes d’Édéna afin de piéger Burg mais maintenant il veut plutôt se servir de Stel comme appât pour capturer Atana. Tout ça pour ultimement vaincre Burg, “notre geôlier… Le seul obstacle à notre retour au monde réel” ! 

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Page 31

Stel nous offre un autre récit d’action passionnant et plein de révélations — un récit qui nous rappel beaucoup Le Garage Hermétique (une planète créé par Gruber/Burg avec plusieurs niveaux de réalités, dont le habitants se rebellent contre leur créateur)… Et c’est tout aussi superbement dessiné par Moebius que le volume précédent (et même plus). Un crescendo de convergence thématique et stylistique dans l’oeuvre du maître! Une très bonne bande-dessinée à lire absolument!

 

Le Monde d’Edena 4. Stel, par Moebius. [Tournai] : Casterman, avril 1994. 78 pages (74 planches), 22 x 29 cm, ISBN 2-203-34504-7. Pour lectorat jeune adulte (16+). Voir la couverture arrière. stars-3-5

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© Casterman 1994

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents: Sur l’ÉtoileLes jardins d’Édena et La Déesse.

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Le Monde d’Edena 3: La déesse

Edena-03-LaDeesse-covAtan est devenu Atana : son séjour prolongé sur Edena, sans hormonode, lui a rendu un corps de femme. Elle erre, traversant une forêt infinie. Elle cherche sans savoir exactement ce qu’elle cherche. Mais elle pressent un danger. Soudain elle est cernée par une bande d’êtres étranges, tous affublés d’horribles masques aux longs nez, qui la capturent. Atana est emmenée dans leur monde, un monde souterrain, sinistre, hyper régulé, gouverné par une entité invisible nommée “La Paterne”. C’est dans cet univers effrayant et grâce aux dons médiumniques d’un enfant aveugle, qu’Atana pourra commencer à découvrir sa véritable identité. Que lui veut “La Paterne“ ? Pourquoi l’enfant aveugle l’emmène-t-il dans ses rêves ? Peut-être parce que, comme beaucoup d’autres, il attend d’être délivré des prisons de l’ignorance…  [ texte du site de l’éditeur ] 

— Vous êtes un cas embarrassant, Monsieur. Aucune marque d’identification, aucun tatouage matricule. Aucune trace de vous dans les archives. Alors qui êtes-vous, d’où venez-vous?
— Mon nom est Atana ! Atana Merigold, je suis née en 27 sur Lazlan dans l’ère de gaïne. Mais je suis membre de la guilde spatiale. Je proteste contre mon arrestation arbitraire, ma détention injustifiée. Et je demande qu’on me délivre im-mé-dia-te-ment de cet horrible masque affublé de ce nez grotesque !” [Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 6

Ce troisième tome du Monde d’Edena est beaucoup plus volumineux que les précédents (quatre-vingt planches!). Ce récit est consacré à Atan, devenue maintenant Atana — une superbe guerrière avec une longue chevelure blonde, qui parcours seule l’interminable forêt édénique. En songe, elle rencontre l’ombre du rêve. Elle aperçoit une explosion à l’horizon et prends cette direction pour investiguer. Elle n’y trouve qu’un trou et une tête sur un pieu. Elle est capturée par des soldats habillés d’un long manteau et d’une sorte de masque à gaz avec un long nez ridicule (qui leur donne un air de soldat de la première guerre mondiale). Elle a la vision éveillé de  l’ombre du rêve qui la saisie et l’écrase, puis elle perds connaissance.

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Page 7

Elle se réveille dans le Nid, une cité moderne et sousterraine habitée de clones, où tout le monde s’appelle poliment l’un l’autre “Monsieur” et porte un masque au long nez pour se protéger des germes. C’est une société aseptisée, asexuée, autocratique, dirigée par la “Paterne”. Comme Atana constitue une menace pour l’ordre, elle est exécutée. Elle est toutefois ressuscitée par un groupe de rebels qui suivent la prophétie du Livre de la Pyramide, prédisant que la déesse Atana viendrait les sauver des prisons mortelles de l’ignorance. Ils fuient dans les fins fonds du Nid, là où se terrent les cafardos, des clones défectueux. C’est là qu’elle rencontre l’enfant aveugle qui ressemble à un moine bouddhiste. Il amène Atana dans son rêve et lui explique que les habitants du Nid sont les “descendants” (clonés à partir d’une source unique, la Paterne) des passagers de la Pyramide (voir le tome 1) arrivés sur Edena il y a mille ans! Atana et Stell auraient donc été en animation suspendue durant tout ce temps… Atana part dans son propre rêve et l’enfant est attaqué par l’Ombre. La révolte atteint le siège de la Paterne, qui est le corps momifié d’un des passagers original de la Pyramide et nul autre que l’Ombre du rêve! Dans le combat, la Paterne est tuée. Les habitants du nid sont donc libres et jettent leurs masques.

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Comme nous le font remarquer Jean-Marc & Randy Lofficier dans la préface de l’édition anglaise (voir plus bas), le premier tome nous offrait la recherche de la promesse de l’utopie, le second était un manifeste sur la voie spirituelle pour réconcilier l’Homme et l’utopie au travers d’une transformation alimentaire, et ce tome-ci nous fait découvrir que la révolution est peut-être la seule route de l’utopie. Écrit et dessiné à Paris et Los Angeles entre l’automne 1988 et le printemps 1989 (mais publié seulement en septembre 1990 après la sérialisation dans À Suivre), La Déesse serait possiblement une allusion allégorique à tous ces opprimés de l’époque (en Roumanie, en Europe de l’Est, en Chine, etc.) qui tentaient de secouer le joug de la dictature. Les habitants du Nid porte leur “visage” pour se protéger des germes extérieurs (le libéralisme bourgeois?) alors que le mal qui les atteint est en fait causé par la décadence même de leur institutions (la dégradation du clonage)!

La Déesse nous offre un intéressant récit d’aventure, plein d’action et de rêves, et qui est exceptionnellement linéaire et cohérent. L’attrait principal demeure toujours le superbe dessin de Moebius, où les plats de couleurs vives sont de plus en plus brouillés par les détails de l’encrage. Je trouve fascinant l’inconfort généré par le fait que presque tout les personnages portent un masque similaire et doivent donc être distingués par la couleur ou les détails de leur costume. Une très bonne BD à lire absolument.

Le Monde d’Edena 3. La Déesse, par Moebius. [Tournai] : Casterman, septembre 2001. 88 pages (80 planches), 24 x 32 cm, ISBN 2-203-34522-5. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-3-5

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© Casterman 2001

TheGoddess-covL’édition anglaise, The Goddess, est assez fidèle à l’original (quoique la qualité de l’impression laisse un peu à désirer). Faute de place, l’édition française ne contenait aucun dossier explicatif, ce qui fait que la préface de Jean-Marc & Randy Lofficier ainsi que la postface de Moebius nous offrent d’autant plus d’éclairage sur le récit. Ainsi, Moebius nous explique qu’il avait d’abord eut l’intention de terminer le troisième tome sur la disparition d’Atana mais que, sur le conseil de son entourage, il ajouta une vingtaine de pages pour expliquer l’identité de la Paterne. Il ajoute que le masque des personnages et les formes de politesse utilisées symbolisent qu’ils sont coupés de leur environnement non seulement physiquement mais aussi spirituellement. Finalement, il nous apprend que le moindre détail (le changement d’une plume, le fait que la couleur a été appliqué non sur des lignes bleues mais sur l’encrage) peut affecter la qualité du dessin.

Ce volume 7 des Collected Fantasies of Jean Giraud, ne comporte qu’une seule histoire courte additionnelle: “Black Thursday” (2 pages). Le messager Jerman Closer est dégoûté par les jeux des dieux et jure de tout faire pour y mettre fin mais, bien sûr, sans le moindre effet! C’est une de ses histoires de SF absurde du début de Métal Hurlant (1977). Moebius cite l’influence de ses auteurs favoris (Zelazny, Dick) mais il est difficile de donner un sens à une histoire aussi courte.

Comme pour l’édition française, The Goddess est une très bonne BD à lire absolument.

Cette édition n’est plus disponible mais The World of Edena a été réédité en anglais par Dark Horse en 2016 (dans sa série Moebius Library) sous la forme d’un intégral deluxe cartonné qui rassemble les principaux récits du cycle (360 pages, $49.99). [WorldCat]

Moebius 7, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Goddess, by Moebius. New York: Epic/Marvel, October 1990. 88 p., 8.5 x 11 in., $US 12.95 / $C 15.95. ISBN 0-87135-714-3. Pour lectorat jeune adulte (16+). (Voir la couverture arrière) stars-3-5

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Voir mes commentaires sur le tome 1: Sur l’Étoile, et sur le tome 2: Les jardins d’Édena.

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Le Monde d’Edena 2: Les jardins d’Edena

Jardin-d-Edena-covStell et Atan sont à bord de “la Pyramide“, un étrange vaisseau spatial qui les dépose sur la planète Edena. Les deux héros commencent à explorer ce monde nouveau. Ils ne peuvent qu’avancer, sans savoir où leur marche les mènera. Petit à petit, ils s’adaptent à leur nouvel environnement, découvrant le goût des pommes, la chaleur du soleil. La nuit leurs rêves se peuplent de fées et de créatures fantastiques. Leurs corps physiques, privés de leur dose quotidienne d’hormonode, se transforment. Une dispute éclate, Atan assomme Stell et disparaît. Commence alors pour l’un et l’autre, une longue quête, quelque part entre l’envers et l’endroit du réel… Quelles sont les intentions de “La Pyramide“? Pourquoi a-t-elle laissé Stell et Atan débarquer dans ce monde étrange, qui leur évoque l’ancienne “Terra“ ? Comment feront-ils pour survivre, s’alimenter ? Jusqu’où devront-ils marcher ? Les réponses se trouvent peut-être dans la vraie vision, loin de l’ombre du rêve… 

Avec la série du Monde d’Edena, Moebius a créé une œuvre presque philosophique. Dans Les Jardins, il pose, entre autres, la question du conditionnement de l’être humain en matière d’alimentation. L’auteur lui-même raconte comment sa rencontre avec l’instinctothérapie lui a inspiré une bonne partie du récit. Un monde inquiétant et onirique, magnifiquement illustré.

[ texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière ]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 5

Atan et Stell se réveille à bord de la pyramide mais il n’y a aucune trace des autres passagers rencontrés dans le tome précédent. En touchant des contrôles, ils révèlent deux sièges qui les téléportent sur une planète qui semble vierge, voir paradisiaque. Mais comment pourront-ils y survivre sans équipements, sans armes, ni synthétiseur d’aliments, bio-implants ou transplantation d’organes par les rob-médics (à trente-deux ans Stell a déjà reçu plus de soixante transplants dont dix-huit cardiaques !). Toutefois ils trouvent un cours d’eau et se souviennent qu’il y a quatre-mille ans leurs ancêtres terriens se nourrissaient de fruits poussant biologiquement, alors ils s’essaient à manger des pommes… Cela leur donne mal au ventre mais calme la faim. Ils font des rêves bizarres…

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Avec le temps, Atan et Stell s’adaptent à leur environnement. Et avec une nouvelle alimentation et l’épuisement de leurs bio-implants, leurs corps changent: les poils repoussent et des caractéristiques sexuelles (jusqu’alors supprimées par les hormonodes) font leur apparition, révélant que Atan est une femelle et Stell un mâle! Ce dernier d’ailleurs réalise soudain qu’il est irrésistiblement attiré par sa compagne mais celle-ci, dégoûtée, repousse ses avances, l’assomme avec une pierre et disparaît dans la nature… Stell la cherche pendant six jours, puis décide de suivre le fleuve jusqu’à la mer. En rêve, il rencontre le Maître Burg, qui le guide jusqu’à Atan/Atana mais celle-ci est enlevée par un monstre, l’ombre du rêve. Grâce à l’enseignement de Maître Burg, Stell s’éveille à l’intérieur du rêve et ouvre son coté lumière pour vaincre le monstre…

Avec ce deuxième volume du cycle d’Edena, Moebius nous offre un récit similaire à l’Incal qui entame la convergence des différents éléments narratifs et thématiques de l’ensemble de son oeuvre. En effet, Maître Burg n’est nul autre que le [Major] Gruber à l’envers! La convergence est aussi stylistique puisque Moebius commence aussi ici a abandonner le style dépouillé et épuré de L’Incal et utilise de plus en plus de traits pour donner du détail comme il le fait avec Blueberry.

Après avoir vécu à Tahiti et travaillé à Los Angeles, Moebius se retrouve en 1984-85 à Tokyo pour travailler pour TMS sur le film Little Nemo. Ayant beaucoup de temps libre et réalisant que Sur l’étoile (qui venait d’être réédité chez Aedena) avait laissé beaucoup trop de questions en suspend, c’est là qu’il conçoit et dessine la première moitié des Jardins d’Edena. Il complète l’album après être rentré à Los Angeles et avoir dessiné le vingt-deuxième Blueberry, Le bout de la piste (1986). Le récit est sérialisé dans le périodique (À Suivre) avant de paraître en album chez Casterman en septembre 1988.

Mis à part une allusion à un thème biblique (sur Edena, Atan et Stell découvrent leur sexualité après avoir mangé des pommes!), la thématique dominante de cet album est nutritionnelle: le changement d’une alimentation artificielle à une alimentation naturelle transforme leurs corps! Ceci reflète simplement le fait que Moebius a changé de gourou et le récit exprime les idées de l’instinctothérapie (l’instinct alimentaire) développée par Guy-Claude Burger (Maître Burg?). Déjà végétarien depuis plusieurs années, Moebius pousse l’expérience encore plus loin avec une diète au confluent du régime paléo et du crudivorisme (alimentation vivante ou “rawism”). Il s’agit ici de suivre ses instincts préhistoriques (à l’odorat et au goût) et de ne consommer que des aliments naturels n’ayant subit aucunes transformation ou dénaturation mécanique (mélange, assaisonnement, superposition, broyage, mixage, etc), thermique (cuisson, congélation, surgélation, irradiation), bio-chimique (fermentation, engrais, pesticides, etc.) ou toutes autres modifications humaines (sélection d’espèces, OGM, techniques de culture et d’élevage, etc). Cela exclut aussi les produits laitiers et certaines céréales, qui sont considérés comme des développement “trop récents” !

Les jardins d’Edena est un excellent album, sans doute le meilleurs de la série. J’adore cet aspect du récit où les personnages se découvrent eux-même, entrent en conflits, et aussi l’aspect onirique (qui évoque les différents niveaux de réalités du Garage Hermétique). Et, bien sûr, il a le superbe style graphique de Moebius qui rend la lecture encore plus agréable… À lire absolument!

Le Monde d’Edena 2. Les jardins d’Edena, par Moebius. [Tournai] : Casterman, septembre 2001. 64 pages (52 planches), 24 x 32 cm, ISBN 2-203-34521-7. Pour lectorat jeune adulte (16+). Contient un cahier explicatif par Jean Annestay (“Les jardins : Pendant, Avant et Après”) agrémenté de six illustrations par Moebius. stars-4-0

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© Casterman 2012

GardensOfEadena-covÉtrangement, Les jardins d’Édena est paru en version anglaise chez Epic/Marvel avant même de paraître en français chez Casterman. L’édition anglaise comporte les habituelles (et fort utiles) préface et postface explicatives par le couple Lofficier (Jean-Marc & Randy) et Moebius. Elle inclus également deux courts récits additionnels: “Journey to the Center of an Unfaithful Body” (2 pages) et “Hit Man” (12 pages).

Dans “Unfaithful Body”, écrit en 1986, le Major (accompagné du Professeur et de son Second) explore (à la Fantastic Voyage) l’intérieur du corps de sa bien-aimée Malvina pour y découvrir… une lettre où elle le quitte, car l’ayant attendu trop longtemps elle est tombée amoureuse du lieutenant B (Blueberry?). On y retrouve des thèmes précurseurs au Cycle d’Edena, liés à la relation entre la maladie et le corps humain.

“Hit Man” est un récit déjanté (un humour absurde et un peu incohérent) qui rend un hommage stylistique à Tardi. Encore une fois, on y retrouve un thème précurseur à Edena: deux personnages prisonniers par le conditionnement de leur rôles (le voleur et le policier) finissent, au travers d’une expérience initiatique, par y échapper grâce à l’amour et à la liberté! J’avais déjà lu cette histoire en noir et blanc dans Les Vacances du Major

J’aime bien le format en couverture souple de cette édition, quoique bon, c’est la même histoire mais en anglais… Toujours aussi agréable à lire (ou relire).

Moebius 5, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Gardens of Aedena, by Moebius. New York: Epic/Marvel, January 1988. 66 p., 8.5 x 11 in., $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-282-6. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-4-0

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Le Monde d’Edena 1: Sur l’Étoile

Sur-l-etoile-covUn classique de la SF selon Moebius.

Mécanicien vagabonds de l’espace, Stel et Atan ne se contentent pas de réparer les machines : ils apprennent à renaître pour réenchanter le monde.

Conte écologique et fable spirituelle, Le Monde d’Edena est le récit le plus personnel et autobiographique de Mœbius. Chef-d’oeuvre de la SF mondiale, Le Monde d’Edena est un cristal étincelant dans la bibliographie du créateur de L’Incal et du Garage hermétique.

[ texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

Cet album nous offre deux récits. Dans “… Sur l’étoile… Une croisière Citroën” (37 planches) on découvre deux voyageurs (astronautes, forains de l’espace, amateurs de voitures et réparateurs) qui font escale sur une station spatiale à la recherche de carburant. Étrangement, celle-ci est complètement désertée. Alors qu’ils détectent un signal sur la planète géante autour de laquelle la station est en orbite, l’astéroïde qui abrite la station est mystérieusement attiré vers la surface. À l’aide de rétro-fusées, ils réussissent un écrasement controlé mais leur vaisseau, qui était dans le hangar de la station, est détruit. La nuit venue, ils aperçoivent une lumière très brillante à l’horizon, en direction du lieu où le signal avait été détecté. À l’aide d’un véhicule antique (un “engin de démonstration”) qu’ils transportaient dans leur vaisseau (une Citroën traction-avant modèle 15-six de 1938), ils décident d’aller y voir de plus près…

Sur-l-etoile-p017Tout au long du récit, nous découvrons peu à peu les deux personnages plutôt androgynes: Atan et Stel. Ce dernier est un pilote et mécanicien de génie. Au bout de leur périple, ils découvrent une pyramide bleue géantes, entourée de milliers de vaisseaux de tout genres et d’un campement où l’un retrouve un échantillonnage de toutes les races de la galaxie — certains étant là depuis des milliers d’années et n’ayant étrangement jamais vieilli — tous (incluant l’équipage disparue de la station) mystérieusement attiré par la pyramide. Mais personne n’a jamais réussi à pénétrer à l’intérieur, sauf Stel ! Le vaisseau-étoile attendait un pilote. Il peut maintenant embarquer tout le monde à destination d’Edena, la légendaire planète-paradis…

Sur-l-etoile-p007Le récit principal est précédée d’une histoire courte, “Réparations” (6 pl.), où Atan et Stel doivent réparer un “maître des voies” tombé en panne, son coeur étant au bord de la rupture faute d’entretien psychique. La clé du problème est une mémoire d’enfance du pilote… L’album est complété par un dossier explicatif (dans un style un peu confu) de quatre pages par Jean Annestay et cinq illustrations.

Chose surprenante, “Sur l’étoile” est une commande de Citroën qui désirait un portfolio à tirage limité (publié par Gentiane) “destiné à être offert aux concessionnaires comme cadeau de fin d’année.” Le directeur du Département Promotion de l’entreprise, Christian Baily, était de toute évidence un grand amateur de Moebius… Quelques mois plus tard, l’album a été republié aux Humanoïdes Associés (édition limitée, décembre 1983), puis chez Aedena en 1985 et finalement chez Casterman en 1990 et 2012. À noter que cette dernière édition omet le récit “La Planète Encore” (23 pl.) qui était présente dans la première édition. Aussi, ce premier tome de la série n’est plus en circulation mais peut quand même être lu dans l’édition intégrale publiée par Casterman en 2016.

L’histoire courte “Réparations” a été conçu à la demande de Jean Annestay (son partenaire chez l’éphémère Aedena) pour être incluse dans l’édition grand-publique de 1985. Cet épisode se déroule avant “Sur l’étoile” et en le relisant, Moebius se rend compte que la fin ouverte laisse beaucoup trop de questions en suspend… C’est en réfléchissant à cela qu’il a conçu toute la série du Monde d’Edena (qui sera publiée en feuilletons dans la magazine À Suivre entre 1988 et 1997), en se basant sur la remise en question personnelle (de son mode de vie, de sa spiritualité) qu’il éprouvait à cette époque. En effet, introduit à la métaphysique par Jodorowsky et ayant fait la rencontre du gourou nouvel-âge Jean-Paul Appel-Guery, il se met en quête d’un nouvel idéal de pureté. 

On retrouve dans cet album le style épuré du Moebius de l’Incal (qu’il venait à peine de commencer, en 1981, alors que Sur l’étoile a été publié en 1983). Il est caractérisé par un dessin simple — très propre, léché, avec juste ce qu’il faut de détails — et des couleurs vives, très planes (les dégradés sont assez subtils). Moebius explique dans la postface qu’il avait recherché “un style aussi dépouillé et pur que possible” afin d’éviter de se perdre dans la “luxuriance de détails” et de se forcer à donner à chaque trait toute son importance car dans “toute véritable représentation de l’anatomie, la matière et la forme ne peuvent s’exprimer qu’à travers des lignes simples.”

Comme toute les oeuvres de science-fiction de Moebius, ce premier tome de la série du Monde d’Edena nous offre un récit captivant, intriguant, empreint d’une touche d’onirisme et même mystique. C’est non seulement beau et agréable à lire, mais nous pose un certain questionnement philosophique… 

Le Monde d’Edena 1. Sur l’Étoile, par Moebius. [Tournai] : Casterman, Octobre 2012. 62 pages (43 pl.), 24 x 32 cm, ISBN 978-2-203-06317-4. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-3-5

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© Casterman 2012

Upon-A-Star-covL’édition anglaise de Sur L’étoile, publié chez Epic/Marvel, inclus (en plus du récit principal “Upon a star” et du prequel “The repairmen”) deux autres histoires courtes. “Aedena” (6 planches, scénarisé par le gourou Appel-Guery lui-même et Paula Salomon, réalisé pour le magazine économique français L’Expension) raconte l’histoire de six chefs d’états terriens kidnappés par des êtres supérieurs. Ils sont amenés sur la Cité de Cristal  de la planète Aedena, formé de trois cercles concentriques: sur le premier, dédié aux activités matériel et physique, ils sont régénérés et reçoivent un nouveau corps sain, beau et jeune (qui ne sont pas sans me faire penser à l’apparence qu’avait le Major Grubert et Jerry Cornelius étant plus jeune); sur le second, dédié aux activités artistique et psychique, ils reçoivent un cristal qui leur permet de revivre l’âme de l’enfant qu’ils étaient; sur le troisième, dédié à la vie spirituelle, Ils rencontrent l’un des douze sages d’Aedena. Ce dernier leur donne un longue explication sur l’évolution qu’ils ont subite, que la suite devra venir de leur propres efforts et il les renvoie sur Terre pour qu’ils servent de guides au reste de l’Humanité vers une paix intérieure et une véritable spiritualité… Une histoire somme toute assez similaire à “Sur l’étoile” et qui véhicule sans honte les préceptes de Appel-Guery.

 

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Celestial Venice, pl. 5

Dans “Celestial Venice“ (9 pl.), une esquif Palloséenne accoste sur une île. La vierge Mana amène à Tridion, le gardien de la Venise, l’Âme Cristal qui devra faire revivre l’Île Cité, tel que prédit par les philosophes. Le Cristal est amené au Palais de la Mère Cosmique et déposé sur un réceptacle, entre les mains de la déesse. Alors que Mana et son pilote (qui ressemble un peu à Arzach) quittent l’île, celle-ci s’envole dans le ciel…

Les récits sont accompagnés de préfaces et postfaces (par Moebius et Jean-Marc & Randy L’Officier) qui sont beaucoup plus claires et explicatives que celle de Jean Annestay (quoi que certains paragraphes semblent être simplement la traduction de passages de l’album original). 

Upon a star est une très bonne lecture car cet album offre des récits captivants, superbement dessinés, qui sont un régal tant pour les yeux que pour l’esprit. 

Cette édition n’est plus disponible mais The World of Edena a été réédité en anglais par Dark Horse en 2016 (dans sa série Moebius Library) sous la forme d’un intégral deluxe cartonné qui rassemble les principaux récits du cycle (360 pages, $49.99). [WorldCat]

Moebius 1, The Collected Fantasies of Jean Giraud: Upon a star, by Moebius. New York: Epic/Marvel, September 1987. 72 p., 8.5 x 11 in.,  $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-278-8. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-3-5

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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© Starwatcher Graphics

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Arzak: L’arpenteur

Arzak-cov“L’histoire s’ouvre sur deux actions apparemment sans aucun lien entre elles. La première nous emmène dans l’espace profond où un vaisseau de la confédération Dessmez est attaqué par Kimorg Barbax, le redoutable pirate. La deuxième se déroule sur Tassili, la planète d’origine des Wergs. L’ancienne race dominante a été vaincue par l’avancée irrésistible de la confédération Dessmez dans sa conquête humaine de la galaxie. Tassili, ruinée, désertique et abandonnée de tous, peuplée d’une maigre colonie humaine, se meurt doucement. La mission d’Arzak consiste à arpenter sans fin ce territoire chaotique pour y traquer l’anomalie et assurer l’ordre humain. C’est dans l’accomplissement de cette mission qu’il découvre un odieux trafic perpétré à l’encontre des survivants Wergs. Arzak entame son enquête ; il traversera épreuves et dangers, découvrira les secrets de Tassili et plongera dans les abîmes des passions de l’âme humaine…”

[Texte sur Amazon; voir aussi la couverture arrière]

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Page 3

Le personnage d’Arzach a d’abord été créé par Moebius dans une série d’histoires courtes sans dialogues publiées dans Métal Hurlant dans les années 1975-76 avant d’être compilées en album en 1976 chez Les Humanoïdes Associés. C’est un album fascinant qui aura une grande influence et sera maintes fois réédité (dont dans le volume 2 de ses Oeuvres Complètes et en version anglaise). C’est un héros énigmatique, avec son chapeau haut et sa monture ptéroïde, qui parcours un univers désertique, peuplé d’étranges créatures et de vestiges de civilisations disparues.

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Page 4

Le mystère qu’était Arzach demandait à ’être développé, étoffé. En 2002, à la demande des Japonais, il ravive donc le personnage pour une série de dessin animé en quatorze courtes capsules: Arzach Rhapsody. Malgré un récit très décevant, il a finalement donné la parole à Arzach et le génie ne peut plus retourner dans la bouteille… Il fait donc une nouvelle apparition dans Inside Moebius (publié en français chez Stardom de 2004 à 2010 et en anglais chez Dark Horse en 2018) où Moebius se dessine lui-même rencontrant ses personnages préférés (Blueberry, Arzach, le major Grubert, etc.) afin de discuter de son processus artistique ainsi que des diverses problématiques qui le préoccupent.

En 2009, à l’occasion d’une d’exposition d’illustrations (aquarelles, peintures et fusains) intitulée “Arzach au Belvédère”, Moebius publie enfin une histoire qui reprend le personnage d’Arzach. Destination Tassili est un album grand format de 124 pages sans dialogues mais avec un texte en opposition. Sous le titre Arzak: L’Arpenteur l’album est aussi publié en collaboration avec Glénat, cette fois en couleurs et avec les textes intégrés dans des bulles. Arzach avait enfin une suite! Le récit devait comporter trois albums, mais malheureusement une seul fut publié avant le décès de l’auteur…

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Arzak nous offre une excellente histoire. Un récit captivant, intriguant qui nous fait découvrir enfin l’univers dans lequel le héros évolue. Le voile est aussi partiellement levé sur le mystère du personnage. On découvre son histoire, son rôle, mais pas trop. Avec Moebius on a toujours l’impression qu’il reste quelque chose d’inconnu derrière le décor, quelque chose de mystérieux, de mystique même, et, avec la construction d’un univers solide, c’est ce qui rend ses récits toujours aussi délicieux à lire.

Arzak-p013Toutefois, le plus extraordinaire de cet album c’est le trait précis, les dessins détaillés et les couleurs vives qui sont les caractéristiques du style de Moebius. Ici on le découvre au sommet de son art — qui reste encore parfois inégal mais néanmoins superbe — et le grand format des planches (24 x 35 cm) nous permet de l’apprécier encore plus. Étrangement le style de Moebius a changé au cours des ans et ici on ne retrouve ni les couleurs vives et uniformes du Moebius de l’Incal et ni les dessins détaillés avec beaucoup de textures du Blueberry de Giraud mais un style  qui fait la synthèse des deux. Arzak se termine sur quinze pages de bonus décrivant la génèse de l’album et reproduisant certains des dessins de l’exposition “Arzak au Belvédère”.

Arzak est donc un très bel album qu’il faut absolument lire mais malheureusement il se termine sur un suspense, un “À suivre” qui n’aura jamais de dénouement…

Arzak: L’Arpenteur, par Moebius. Paris: Moebius Production / Glénat, Septembre 2010. 80 p., 25 x 35.5 cm, 18.00€, ISBN 978-2-7234-6505-2 / 978-2-908766-58-5. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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© Moebius.

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Capsules

Moebius: Oeuvres Complètes 2

moebiusoeuvrescompletes02couvIl n’y a aucune raison pour qu’une histoire soit comme une maison, avec une porte pour entrer, les fenêtres pour regarder les arbres et une cheminée pour la fumée… On peut très bine imaginer une histoire en forme d’éléphant, de champ de blé ou de flamme d’allumette souffrée.” — Moebius 1976

[ Texte de la couverture arrière ]

Cette compilation de 45 planches regroupe deux différents albums de Moebius.

Le premier album est Arzach qui nous offre quatre histoires sans dialogues et un peu plus d’une douzaine de planches (dont une avec dialogues, certaines en couleurs, d’autres en noir et blanc, certaines sur deux pages) qui semblent plus être des illustrations que des histoires et qui n’ont pas de lien apparent entre elles. Les titres sont des variations orthographiques de Arzach: Harzack, Harzak, Arzak, Harzakc, Harzach, Arrzak. 

Arzach-p023Dans une première histoire qui précède la préface (deux planches, en N&B), Harzack pisse derrière un building et se fait prendre, mais la flaque d’urine prends des allures tentaculaires et saisie le policier. (Parue dans Métal Hurlant #3 (2e trim. 1975): 6-7)

Dans une deuxième histoire (huit planches couleurs), Arzach espionne une femme nue qui s’habille mais est surprit le mari de celle-ci. Il capture celui-ci et le suspend à un squelette géant mais tout ça pour rien car, finalement, la beauté de la femme laisse à désirer… (Parue dans Métal Hurlant #1 (1er trimestre 1975): 19-26)

Arzach-p032Dans une troisième histoire (huit planches couleurs), Harzak vole au-dessus de la plaine carnivore sur son fidèle Ptéroïde, son bagage étant sur le dos d’un deuxième ptérosaure bio-mécanique. Mais après un long vol, ce dernier fatigue et s’abime dans les herbes tueuses. Harzak doit reposer sa monture mais le seul havre possible est une sorte d’arche occupé par un primate géant, rouge et féroce. Plein de nonchalance, le héros triomphe. Celle-ci est mon histoire préférée grâce au superbe graphisme de Moebius. Dans ma jeunesse, j’avais fait un poster avec l’une de ces planches. (Parue dans Métal Hurlant #2 (2e trim. 1975): 19-26)

Dans la quatrième histoire (huit planches couleurs), un homme arrive en voiture près d’une sorte de temple en pierre. Il y entre, traverse une foule d’hommes verts passifs/agressifs, puis entre dans une pièce où il répare un équipement. Au loin, un Ptéroïde inanimé se réveille. Sa tâche accomplie, l’homme repart avec sa voiture… (Parue dans Métal Hurlant #4 (4e trim. 1975): 19-26)

Le deuxième album, L’Homme est-il bon?, nous offre onze histoires courtes: “Les clans de la lune alphane” (1 p.), “Le jeudi noir” (2 p.), “L’Homme est-il bon?” (10 p.), “Quelques books” (1 p.), “Le cerveau du Major (The Long Tomorrow, 16 p.)”, “Le café” (1 p.), “Science Fiction Chronicle” (1 p.), “Babel 17” (1 p.), “Une famille de nageur” (1 p.), “L’univers est bien petit” (8 p.) , et “Ballade” (9 p.). La plupart de ces histoires sont très courtes et souvent constituent une sorte de commentaires de lecture illustrés de romans de SF. Seulement quatre histoires méritent vraiment notre attention.

HommeEstIlBon--p078Dans l’histoire titre, un soldat est poursuivi par une troupe de créatures féroces et vertes. Ils le rattrapent, lui arrachent ses vêtements, puis leur chef lui arrache l’oreille gauche à l’aide d’un tentacule et la goûte. Il fait une grimace, et la recrache! La troupe poursuit son chemin laissant l’homme penaud et nue. On en déduit donc que la réponse à la question du titre est, non, l’homme n’est pas bon!

TheLongTomorrow-p094Dans de “The Long Tomorrow”, un détective privé est engagé par une riche dame pour récupérer un colis dans les bas fonds de la cité (dans un casier à bagage de la station de sub du 199e niveau). Il récupère la malle sans trop de mal, mais lorsqu’il revient au 12e niveau pour la remettre à la dame, le conapt de celle-ci est occupé par la police. La fille a été tué et torturé abominablement. On lui apprend qu’un espion arcturien rôde dans la ville à la recherche du cerveau du Major. Sur le chemin du retour, un assassin tente de le tuer mais il réussit à l’éliminer près de l’astroport. Chez lui, il ouvre la malle qui contient, bien sûr, le cerveau du Major. La fille lui rend visite inopinément, expliquant que la morte était un double androïde. Alors qu’il baise la fille, le lieutenant Fy l’appelle pour l’avertir que l’espion est en fait la fille. Le camouflage télépathique de celle-ci étant tombé, elle lui apparait comme une masse tentaculaire, qu’il élimine malgré ses suppliques. Le cerveau retrouve son propriétaire… affaire classée! Cette superbe histoire, ma favorite de l’album, créée sur un scénario de Dan O’Bannon, est en quelques sorte la genèse de l’Incal. 

Dans “L’univers est bien petit”, un couple en voyage interstellaire atterrit sur une planète et y découvre un naufragé qui s’avère être un vieil ennemi. Toute le monde s’entretue…

Ballade-p114Dans “Ballade”, un jeune explorateur traverse la bio-forêt en récitant du Rimbaud. Il rencontre une faunesse, qui le sauve de l’attaque d’un Euchinus et décide de se joindre à lui pour découvrir des villes humaines lointaines et pleines de merveilles. Mais dès leur première rencontre avec une troupe de ces citadins, ils sont massacrés sans questions. Moebius aime bien ces fins absurdes, subites et tragiques… Cette histoire nous montre un bel univers original et intriguant.

Cette compilation nous offre quelques uns des meilleurs exemples d’histoires de science fiction par Moebius. Très intéressant (et divertissant); à lire. 

Cette édition compilant les deux albums n’est plus disponible mais ils sont sans doute encore disponible séparément (comme dans l’édition couleur USA: Arzach [ AmazonBiblio ], L’Homme est-il bon? [ AmazonBiblio ])…

Moebius, Oeuvres Complètes tome 2: l’Homme est il bon ? / Arzach, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés, février 1981. 124 p. ISBN 2-7316-0098-5. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-0

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© Les Humanoïdes Associés 1981.

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Gilgamesh (Jens Harder)

Gilgamesh-Harder-covL’Épopée de Gilgamesh est le plus ancien récit de l’histoire de l’humanité. Il nous est parvenu sous la forme de tablettes d’argile lacunaires, rédigées en sumérien, datées de la fin du IIIe millénaire avant JC.

Personnage hors du commun de la Mésopotamie antique, roi de la cité d’Uruk, Gilgamesh est un tyran mais il accomplit, avec l’aide de son ami Enkidu, des exploits qui permettent aussi de voir en lui le premier super-héros.

Avec le sens de la démesure qu’on lui connaît, Jens Harder a pris ce texte mythique à bras-le-corps. Tout en restant fidèle à l’esthétique des bas-reliefs témoins de ce lointain passé, il en fait une vraie bande dessinée, avec des décors grandioses, des monstres, des combats, des rêves, des dieux, de l’amour aussi.

Avec Jens Harder pour guide, suivez Gilgamesh et Enkidu dans la forêt de cèdres d’Humbahba, sur les rives de la Mer morte et jusqu’aux enfers. Une expérience de lecture unique, et une formidable porte d’entrée pour découvrir la civilisation mésopotamienne.

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

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Page 9

C’est tout un accomplissement que d’adapter en bande dessinée l’Épopée de Gilgamesh, la plus vieille histoire d’aventure à nous être parvenue — plus vieux que Le dit du Genji [premier roman datant du XIe siècle de notre ère] ou que Les Mille et Une Nuits [contes aux source indo-persanes datant des IIIe-VIIe siècles mais compilés dans le monde musulman du IXe siècle], plus vieux que la Bible [l’Ancien Testament aurait été écrit entre le VIIIe et le IIe siècle avant notre ère (AEC)], au moins 1,500 ans plus vieux que les récits Homériques [une tradition orale du XIIe siècle mais écrite au VIIIe siècle AEC], ou possiblement même plus vieux que les épopées sanskrites indo-européennes qui auraient inspiré ces derniers (Mahabharata et Ramayana — tradition orale du XXIe siècle AEC mais transcrite au IVe siècle AEC). L’Épopée aurait été composé en sumérien vers la fin du IIIe millénaire (XXIIe-XXIe siècle AEC) mais n’a eut une forme écrite que vers les XVIIIe-XVIIe siècle AEC. La version définitive et la plus complète de l’Épopée a été retrouvé à Ninive et est écrite sur douze tablettes d’argile en akkadien cunéiforme et date du VIIe siècle AEC.

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Page 12

Le récit se présente comme suit. Tablette I: Gilgamesh est le roi de la cité d’Uruk. C’est un despote arrogant qui oppresse son peuple, à un tel point que les dieux décident de lui créer un rival, Enkidu, l’homme sauvage. Tablette II: Gilgamesh lui envoie une courtisane pour le civiliser. Leur duel se solde par un respect mutuel, et c’est le début d’une longue “bromance” (amitié virile). Tablettes III-V: Ensemble, ils vont terrasser le géant Humbaba, dans la Forêt de Cèdre (Liban?). Tablette VI: La déesse Ishtar (Inanna) tente de séduire Gilgamesh mais celui-ci l’éconduit. Elle se plaint à son père, Anu, qui envoie le Taureau céleste pour dévaster Uruk, mais Gilgamesh et Enkidu le tue, redoublant l’affront. Tablettes VII-VIII: Pour se venger, les dieux font mourir Enkidu de maladie. Tablette IX-X: Inconsolable, Gilgamesh erre dans le désert à la recherche de son ancêtre Uta-napishti pour l’interroger sur le sens de la mort et de la vie. Après avoir rencontré les hommes-scorpions, la tavernière Siduri, et finalement le batelier Ur-Shanabi, qui l’emporte au-delà de l’océan de la mort, il arrive au bout du monde. Tablette XI: Uta-napishti lui raconte comment il a survécut au déluge et est devenu immortel. Il avertit Gilgamesh qu’il n’aura jamais l’immortalité mais lui indique néanmoins comment obtenir une plante qui redonne la jeunesse — toutefois Gilgamesh se la fait voler par un serpent. Il revient à Uruk bredouille mais plus sage. Tablette XII (fragment probablement ajouté ultérieurement): Gilgamesh échappe ses instruments de pouvoir dans les Enfers et Enkidu décide de les lui rapporter mais s’y retrouve prisonnier. Gilgamesh obtient de revoir brièvement son compagnon qui lui raconte son expérience aux Enfers.

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Page 57

Gilgamesh a été adapté et illustré par Jens Harder, un artiste allemand qui a entreprit déjà plusieurs récit historiques ou journalistiques (Leviathan, La Cité de dieu, Alpha… directions, Beta… civilisations vol. 1, Cités: Lieux vides, rues passantes — presque tous primés et publiés en français chez Actes Sud – L’An 2). Comme il nous le fait remarquer dans sa postface, c’est une histoire qui a beaucoup influencé les mythes (Herakles) et les récits épiques subséquents (la Bible, le cycle troyen, les Milles et Une Nuits, etc.) et qui a encore des échos même aujourd’hui. Il souligne d’ailleurs les dimensions politiques de l’Épopée, qui est d’abord ancrée dans des faits géo-économiques réels (la nécessité d’abattre des cèdres pour répondre à la pénurie de bois en Mésopotamie et de se protéger du risque constant d’inondations (déluges), puisque le territoire est situé entre deux grands fleuves: le Tigre et l’Euphrate). Puis il y a un aspect socio-politique, où le peuple oppressé par un tyran implore les dieux, qui l’envoient dans une quête de gloire qui finira par l’assagir (étrangement, le fait que celui-ci soit arrogant, vaniteux, débauché — il invoque le droit de cuissage — braillard et reconnu pour avoir construit un mur de protection autour de la ville évoque une similitude amusante avec le quarante-cinquième président américain, l’héroïsme en moins!).

Le concept de cette BD est superbe. Elle nous offre un intéressant récit qui est très fidèle au texte original de l’Épopée. Toutefois, comme tout texte ancien, c’est plutôt formel et donc un peu laborieux à lire. Et l’auteur a du faire certains choix, narratifs d’abord (comme de ne pas inclure dans son adaptation la mort de Gilgamesh, qui n’apparait que dans la version Sumérienne de l’Épopée) et aussi visuels. En effet, l’adaptation est aussi un peu difficile à lire du point de vue graphique, car Harder ne suit pas la forme traditionnelle de la bande dessinée mais s’inspire plutôt de l’art mésopotamien. Il représente l’action en bichromie et aussi comme si c’était une fresque bidimentionnelle (les personnages étant vus exclusivement de face ou de profil!), faisant toutefois quelques concessions à la perspective afin de rendre le sujet visuellement compréhensible. C’est tout de même beau (dans son genre) et visuellement fascinant.

Somme toute c’est très intéressant si vous êtes curieux de connaître l’Épopée de Gilgamesh et surtout si vous êtes amateur d’Histoire. 

Gilgamesh, par Jens Harder (traduit de l’allemand par Stéphanie Lux). Mouthiers-sur-Boëme: Actes Sud – L’An 2, janvier 2018. 144 pages, cartonné, 19,5 x 30,5 cm, 19,80 € / $C 43.95, ISBN 978-2-330-09248-1. Pour lectorat adolescent (14+). stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Jens Harder, 2018 pour le texte et les dessins. © Actes Sud 2018 pour la traduction française.

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Revue de zines [02.19.203]

dBD #135 (juillet-août 2019)

dBD-135Enfin un numéro avec d’excellentes nouvelles! Ce numéro double — un peu plus volumineux (132 pages pour 10,00 € !) — nous offre à la une un interview avec le bédéiste gaspésien François Miville-Deschênes sur Zaroff qu’il dessine avec le scénariste Sylvain Runberg chez Lombard. On retrouve également des interviews avec François Schuiten (qui explique qu’il prends sa retraite de la BD parce qu’il en a marre des conditions difficiles que les éditeurs imposent aux créateurs), avec Gaétan Nocq sur Le Rapport W: Infiltré à Auschwitz aux Éditions Daniel Maghen, avec José Roosevelt sur CE T.13: Acrostiche aux Éditions du Canard, avec les québécois Émile Gauthier et Sébastien Lévesque sur Distorsion: 13 histoires étranges de l’ère numérique aux Éditions de l’Homme (des récits fantastiques tirés de leur podcast et illustrés par RUN), et avec KIM sur Un rêve d’ailleurs aux Éditions du Long Bec.

Dans les actualités, on retrouve notamment un article sur le 30e anniversaire du manga Akira par Katsuhiro Otomo, sur Les compagnons de la libération: Pierre Messmer  par Catherine Valenti & Philippe Tarral aux Éditions Grand Angle, et on mentionne la publication du manga Hi Score Girl par Rensuke Oshikiri chez Mana Books.

dBD nous propose également un dossier sur leur “7 coups de coeur de la rentrée” (avec extraits): Le roi des bourdons par David de Thuin chez Glénat, Les Deux Vies de Pénélope par Judith Vanistendael chez Le Lombard, La Boîte de petits pois par GiedRé & Holly R chez Delcourt, Le Boiseleur T.1 par Hubert & Hersent aux Éditions Soleil, Kebek T.1: Le puits du temps par Philippe Gauckler aux Éditions Daniel Maghen, Louisiana T.1 par Léa & Toussaint chez Dargaud, et Dans la forêt par Lomig d’après Hegland aux Éditions Sarbacane.

Dans le cahier critiques je remarque des commentaires sur Quenotte et le monde fantastique T.1 par Ryô Hirano chez Casterman (“Bien; On s’étonne de moins en moins de la surenchère surréaliste, on rit moins aussi. On est perdu, (…) dans ce qui semble (…) se limiter à une expérience narrative et graphique.”), Humanitas par Aki Yamamoto chez Glénat (“Super: trois belle réflexions sur l’humanité, servies par un graphisme incisif et efficace. À découvrir”), Mes voisins les esprits T.1 par Ushio Shirotori chez Doki-Doki (“Bien: bien fichue (…) dessin efficace, malgré un petit goût de déjà-vu”), Mermaid Prince par Kaori Ozaki chez Delcourt/Tonkam (“Bien; À découvrir”), BL Métamorphose T.1 par Kaori Tsurutani chez Ki-oon (“Super”), et Time Shadows T.1 par Tanaka Yasunori chez Kana (“Super: un premier tome très dense, qui ouvre beaucoup de piste, et qui rend cette série particulièrement prometteuse”).

kebek-t1-le-puit-du-tempsPour moi la meilleure nouvelle c’est l’annonce d’un nouveau Gauckler (voir ci-haut dans les coups de coeur de la rentrée). J’avais vu sur Facebook qu’il travaillait sur un nouvel album (j’espérais une suite à Koralovski mais cette révélation est encore mieux!). Il en parlait depuis longtemps mais là, c’est fait, il nous offre finalement son adaptation libre de La nuit des Temps, le chef-d’oeuvre de René Barjavel (il s’inspire également un peu du roman La sphère d’or de Erle Cox qui avait aussi probablement influencé Barjavel). Cette série d’au moins deux albums, dessinée en couleurs directes sur papier, prend cette fois pour décor (au lieu de l’Antarctique) le nord du Québec (et l’avocat qui apparait dans les premières pages est inspiré par un ami commun!). C’est très prometteur: un de mes romans préférés adapté par un artiste que j’admire beaucoup! J’ai bien hâte de lire ça!

Kebek T.1: Le puits du temps par Philippe Gauckler aux Éditions Daniel Maghen, 88 pages, 19€, ISBN 978-2-35674-074-8, disponible (en Europe) dès le 22 août. dBD nous présente un extrait de cinq pages!

Donc, un numéro plein de découvertes et de bonnes nouvelles. Une excellente lecture! stars-4-0

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Capsules

Bug 2

Bug-2-covLe deuxième volet de la série évènement d’Enki Bilal

BUG définition :
En français : se dit d’un défaut affectant un programme informatique.
En anglais : se dit d’un insecte, d’une bestiole, d’un virus…

En 2041, la Terre est brutalement et simultanément confrontée aux deux. Un homme taché de bleu, et au corps squatté par un alien, se retrouve dans la tourmente, convoité par le reste du monde.

[ Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière ]

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Page 8

Le récit, entamé dans le premier volume, se poursuit… Seul survivant d’une expédition vers Mars, Kameron Obb revient sur terre contaminé par un organisme extra-terrestre et une tâche bleue qui semble contagieuse. Au même moment, toute la technologie humaine cesse de fonctionner et toutes les données informatiques disparaissent. Les deux événements semblent liés d’autant plus que Obb se retrouve être le détenteur, dans sa mémoire, des données disparues. Il devient donc un homme très convoité. Alors que tout les gouvernements de la planète tentent de se réorganiser dans ce chaos, Obb n’a pour objectif que de sauver sa fille, Gemma, qui a été kidnappé par un groupe mafieux vénitien qui se sert d’elle comme appât. Toutes les factions politiques de la planète tentent de lui mettre la main dessus: les Néo-Marxistes Progressifs, son ex-employeur, la mafia italienne, l’armée française, des agents chinois, la CIA, des agents du Califat de Gibraltar, les Yakusa Concept, les Israéliens, les Russes, les Groupes Islamistes Unifiés, etc. Gemma est sauve, mais une faction réussie à le capturer. Le monde, lui, peut-il encore être sauvé?

Bug-2-p09

Page 9

Les histoires post-apocalyptiques de Bilal me semblent un peu répétitives. Mais qu’importe. Il nous offre ici un scénario catastrophe tout à fait plausible avec un crash technologique qui a des conséquences affectant en cascade la géo-politique de la planète: un total chaos politique, économique, social et même médical. C’est une réflection intéressante. Dans une telle situation, que pourrait-on faire pour s’en sortir? Toutefois, c’est sur le plan artistique que Bilal se distingue, avec son superbe style graphique mélangeant crayonné et peinture, tons sombres et vifs, détails et flous. Bilal demeure encore et toujours un incontournable. J’ai bien hâte de lire la suite…

 

 

Bug, livre 2, par Enki Bilal. Paris: Casterman, avril 2019. 80 pages, 19.2 x 26.9 cm, 18,00 € (ePub/PDF: 12,99 €) / $34.60 Can. ISBN 978-2-203-16361-4. Pour lectorat jeune adulte (14+). Extraits disponible sur le site de l’éditeur. stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Casterman 2019

Bilal sur la couleur Bleu dans son oeuvre:

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Capsules

Revue de zines (02.19.167)

Encore une fois, je passe en revue quelques récents périodiques consacrés à la bande dessinée et au manga…

AnimeLand #226 (mars-mai 2019)

AL226Un autre superbe numéro de AnimeLand très riche en information. Comme le note l’éditorial, si l’on se fit aux récents titres, l’air est à la nostalgie. Ce numéro nous présente donc la couverture des films de Dragon Ball Super: Broly et de City Hunter: Shinjuku Private Eyes, de la nouvelle série de Saint Seiya: Saintia Shô, et souligne la consécration de Rumiko Takahashi à Angoulème avec un article qui analyse une scène de Maison Ikkuku! Tout cela ravive des souvenirs vieux de plusieurs décennies…

Ce qui rend ce numéro particulièrement intéressant c’est surtout l’interview avec Akemi Takada (character design de Urusei Yatsura et Kimagure Orange Road) et les articles sur le genre shôjo (“la vie quotidienne d’une héroïne de shôjo: du premier amour à la survie de l’humanité” un article de huit pages [rare dans AL] tout à fait fascinant!), sur “Comment éditer un manga part. 2: Édito, traduction et maquette” et sur le film “live” de Lady Oscar (pour souligner son quarantième anniversaire!).

Ce numéro m’a également permis de découvrir la série télé Révisions (12 eps, sur Netflix) ainsi que les mangas Félin Pour l’autre! (un shônen nekketsu par Wataru Nadatani chez Doki Doki où un garçon tente de sauver des chats errants) et Magus of the Library (par Mitsu Izumi chez Ki-oon où Shino est passionné par les livres et échappe à la réalité en se réfugiant dans leur pages!). stars-4-0

dBD #133 (mai 2019)

dBD-133En couverture, dBD nous offre un interview avec Olivier Dupont qui s’est associé au scénariste Régis Loisel pour Un putain de salopard (Rue de Sèvres), l’histoire d’un jeune homme qui part à la recherche de son père en Amazonie. On retrouve également des interviews avec Jean-Marc Rochette (Le loup, chez Casterman), François Boucq (Jérôme Moucherot t.6, chez Lombard), Philippe Richelle (Algérie, une guerre française t.1 chez Glénat), Oscar Martin & Alvaro Iglesias (Solo t.4 chez Delcourt, une histoire anthropomorphique qui met en scène des tribus de rats, chats, chiens, hyènes, etc.), et Julien Lambert (VilleVermine t.2 chez Sarbacane).

Côté manga, dans le cahier critiques, on y parle de The red rat in Hollywood t.1 (Osamu Yamamoto, chez Vega), Les liens du sang t.1 (Shuzo Oshimi chez Ki-oon), Buchimaru chaos t.1 (Tsutomu Ohno chez Doki Doki), Genocidal organ t.2 (Gatô Asô chez Pika), Le bateau de Thésée t.1 (Higashimoto Toshiya chez Vega, qui offre une sorte de Quartier lointain en thriller avec “un scénario solide à rebondissements multiples”), et Contamination t.3 (Ao Acato chez Kana, un seinen catastrophe qui “maintient le lecteur en haleine”). Intéressant mais rien de bien excitant… stars-3-0

dBD #134 (juin 2019)

dBD-134À la une, dBD nous offre une interview avec François Schuiten, Laurent Durieux, Jaco van Dormael & Thomas Gunzig qui proposent une aventure avec des Blake & Mortimer “vieillis, séparés par le temps et mis en péril” (Le dernier Pharaon, aux Éd. Blake & Mortimer). On en profite pour parler de l’exposition consacré à cette BD au musée des Arts et Métiers. On retrouve également des interviews avec Jean-Luc Istin (Mages t.1, avec K. Duarte chez Soleil), Tillie Walden (Spinning, Dans un rayon de soleil et J’adore ce passage, chez Gallimard), Inès Léraud (Algues vertes: l’histoire interdite, chez La revue dessinée/Delcourt), Gani Jakupi (Enquête sur El Comandante Yankee, chez La table ronde/Aire Libre). 

Dans les actualités, on mentionne brièvement le décès de Kazuo Koike en avril, l’adaptation cinématographique de La Quête de l’oiseau du temps (Le Tendre & Loisel) par le réalisateur Danois Anders Walter, et la tenu du 20e Japan Expo au Parc d’exposition Paris-Nord Villepinte du 4 au 7 juillet.

Côté manga, dans le cahier critiques, on y parle de Jusqu’à ce que nos os pourrissent t.7 (Yae Utsumi, chez Pika), Versailles of the dead t.1 (Rumiko Suekane, chez Kana — Marie-Antoinette contre les zombies, “tant d’incohérences et d’absurdités”), Echoes t.1 (Kei Sanbe, chez Ki-oon — “thriller plus sombre (…) l’horreur de la folie humaine”). Ce numéro m’offre peu de découvertes intéressantes mais demeure tout même assez informatif… stars-3-0

Étrangement, aucun de ces deux récents numéros de dBD ne mentionne le deuxième tome de Bug par Enki Bilal, paru chez Casterman en avril et que j’attendais avec impatience! dBD en a probablement parlé dans une numéro que je n’ai pas lu…

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Capsules

Crapule 2

Crapule2-covCrapule est un chat, un vrai. Le genre qui porte bien son nom. Une catastrophe sur pattes, mais tellement mignon qu’on lui pardonne tout. Il a d’ailleurs un succès fou, au point que Jean-Luc Deglin lui a consacré un nouveau tome pour ses péripéties félines : câlins griffus, accidents de litière, bêtises en pagaille… Mais comment Crapule réagira-t-il face au nouveau compagnon de sa maîtresse ?

Du “100 % vécu” par tous les propriétaires de machines à ronrons, dont on raffole !

(Texte du site de l’éditeur)

Crapule c’est une bande dessinée toute simple qui offre des histoires en 4 cases et en bichromie (noir et bleu), ce qui n’est pas sans rappeler les yonkoma japonais ou les comic strips américains à la différence que les premiers sont présentés verticalement et que les seconds sont généralement horizontaux, alors que Crapule lui est dans un format carré (2 / 2). 

Crapule2-p003Ce second volume nous présente la suite de la relation parfois difficile entre le juste nommé Crapule et sa maîtresse. Si la présence d’un chaton aidait à adoucir sa solitude, celle-ci recherche maintenant un compagnon humain ce qui fait qu’elle “semble moins pressée de remplir sa gamelle et de changer sa litière” et cela mènera à “de précieux moment d’incompréhension et de jalousie” ! (Voir couverture arrière)

Tout ceux qui ont (ou ont déjà eut) un chat trouveront ces situations plutôt familières et hilarantes. Toutefois c’est pas mal la même chose que le premier volume (que j’ai déjà commenté) et la pléthore de récits anecdotiques sur les chats en bande dessinée en font un sujet surexploité au point que c’est difficile d’y trouver de l’originalité. Crapule s’avère donc un peu répétitif mais cela reste fascinant et amusant tout à la fois. C’est cent-vingt-quatre charmantes petites histoires qui offrent une lecture rapide et agréable. À lire, surtout pour les amateurs de chats.

Crapule 2, par Jean-Luc Deglin. Marcinelle: Dupuis, novembre 2018. 128 pages (en bichromie), 20.8 x 16.7 cm, 14,50 €  / $25.95 Can (ePub / PDF $19.99 Can). ISBN 979-1-0347-3357-6. Pour lectorat jeune (6+). Extraits disponible sur le site de l’éditeur. stars-3-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Dupuis 2017. Touts droits réservés.

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Capsules

Mai, mois de la BD

Mai, c’est le mois le plus beau mais, au Québec, c’est aussi le mois de la BD. Celui-ci s’exprime au travers de deux événements distincts.

1754D’une part, les bibliothèques de Montréal organisent de nombreuses activités (conférences, rencontres, ateliers, etc.), expositions et concours autour du thème de la bande dessinée. La programmation de cette soixantaine d’activités est disponible en ligne. 

Cette année la BD se décline au féminin dans les bibliothèques. En effet, avec la participation de son personnel et de treize personnalités publiques féminines, les bibliothèques ont produit une brochure qui offre un peu plus d’une cinquantaine de suggestions de lecture BD (une infime partie des 400 000 BD de ses collections) créées par des femmes. La brochure est disponible dans les bibliothèques mais aussi en ligne.

Malheureusement, on y retrouve que deux manga: Nana par Ai Yazawa chez Declourt/Akata et Isabella Bird, femme exploratrice par Taiga Sassa chez Ki-oon — que j’ai lu et recommande moi-même très chaudement. C’est avec honte que j’avoue n’avoir lu qu’un seul autre des titres recommandés: Persepolis de Marjane SATRAPI (que j’ai également très apprécié). Un autre titre se trouve cependant sur ma liste de lecture: Cet été-là par Mariko et Jillian TAMAKI chez Rue de Sèvres.

FBDM-bandeau-710x399L’autre événement de ce mois de la BD, c’est le FBDM. La 8e édition du Festival BD de Montréal sera orientée sur l’international. Avec des volets francophone et anglophone, le festival se veut un carrefour entre l’Europe et l’Amérique, en y faisant la promotion des talents tant québécois que canadiens. L’événement, qui est tout public, bilingue, et gratuit, se tiendra du vendredi 24 au dimanche 26 mai 2019, à L’Espace La Fontaine (Parc Lafontaine).

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Revue de ‘zines

Je prends un peu le temps de faire le tour des périodiques consacrés à la bande dessinée (principalement dBD et Animeland) pour voir si je ne peux pas y faire quelques découvertes intéressantes…

dBD132dBD #132 (Avril) nous offre principalement un entretien avec Peeters & Schuiten (sur la quatrième et dernière intégrale des Cités obscures) et un article sur la BD Turque (un pays où il ne fait pas bon être caricaturiste). Dans les actualités, je note que le 46e grand prix d’Angoulême a été décerné à Rumiko Takahashi (Urusei Yatsura, Maison Ikkoku et Ranma 1/2) pour la diversité de son oeuvre. Ce n’est que la deuxième femme à recevoir cet honneur (après Florence Cestac en 2000). Je note également le livre de cuisine graphique L’Art du sushi, par Franckie Alarcon chez Delcourt. Dans le cahier critique, on retrouve The empire of corpses t. 3 par Toh & Tomoyuki chez Pika (une suite cyberpunk décevante au roman de Frankenstein) et Akû t. 1 par Kaneshiro & Fujimura chez Ki-oon [erreur de dBD, c’est en fait chez Pika!] (un manga préhistorique plaisant à lire). Rien de bien significatif. C’est donc une récolte décevante ce mois-ci… stars-3-0

AL225J’ai eu beaucoup de peine à mettre la main sur Animeland #225 (Décembre 2018-Février 2019) car ma bibliothèque ne semble plus le tenir (ou un retard de livraison? Et je n’ai reçu aucune réponse à mes demandes de service de presse!). Le magazine est maintenant trimestriel mais offre un format plus grand (22.5 x 29.7 cm) et volumineux (148 pages). On remarque dans ce numéro à double couverture des articles sur Macross, Mirai ma petite soeur, Le château de Cagliostro, sur la postproduction d’anime, sur Gunnm (Alita: Battle Angel), Vinland Saga, et sur “Comment éditer un manga, part 1.” Dans la sélection anime (animathèque) je note la deuxième saison de Golden Kamui (chez Crunchyroll). Dans la mangathèque, je note MW d’Osamu Tezuka chez Delcourt/Tonkam. Encore une fois, un numéro plein d’information… stars-3-5

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Capsules

Major Fatal

MajorFatal-covMajor Fatal est trop beau pour être vrai. On est jamais sûr d’entrer dedans. Et pourtant on ne parvient plus à en sortir. Un cercle vicieux. Une drogue! Eh quoi : nous avons lu ensemble dans Métal Hurlant, trois années de suite les aventures du Major Grubert. Pourquoi attendre trois ans pour se mettre dans des états pareils? A quoi je rétorquerai que le Major dans Métal et le Major en album sont deux choses totalement différentes. Major Fatal, c’est un poème.” (Jacques Goimard, en couverture arrière)

L’astéroïde modelé par le Major Grubert en trois mondes superposés, trois mondes avec chacun leur système, leur populace et leurs coutumes. Improvisés au rythme de la publication de Métal Hurlant, ces univers sont grouillants d’idées et de détails entremêlés. Autour de l’astéroïde, à bord du Ciguri, tournent son créateur et sa belle, Damalvina. Mais trois mondes ignorant leurs origines, dont quelques personnages en prennent peu à peu conscience, et ne sont pas tellement du genre à adorer leur créateur…” (Texte du site des Humanos)

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Page 6

Ce troisième tome des “Oeuvres Complètes“ de Moebius compile les sept principales histoires où apparait le Major Grubert (dont plusieurs seront reprises dans Les vacances du major): “Une planche” (1 p.), “[Le] Major Fatal” (13 p.), “Le Major Grubert [: The Forbiden City Rides Again]” (2 p.), “Les Vacances du Major“ ( ou “La Chasse au Français en Vacances”, 6 p.), “Paradis 9” ( ou “La Flore de Paradis 9”, 2 p.), “Une aventure du Major [Grubert]” (2 p.), “Le Garage Hermétique [de Jerry Cornélius]” (98 p.). Cette dernière histoire constitue la majorité du volume, qui inclue aussi un avant-propos de Moebius, des postfaces de Jacques Goimard et d’Alexandro Jodorowsky, ainsi que “Apprends à Dessiner le Major Grubert” par Yves Chaland.

L’édition anglaise colorisée, publiée chez Epic/Marvel en 1987 sous le titre Moebius 3 (The Collected Fantasies of Jean Giraud): The Airtight Garage, n’offre quand à elle que deux histoires: “Major Fatal” et “The Airtight Garage”. À noter que pour l’édition anglaise, le nom de Jerry Cornélius (un hommage à Michael Moorcock) a été changé pour Lewis Carnelian…

La seule des histoires courtes qui mérite vraiment mention, car elle prépare la venue de l’oeuvre majeure, c’est “Le Major Fatal.” Houm Jakin et l’assassin Boaz recherche le Major car lui seul peut traiter avec le Bakalite. Ils tombent dans un piège mais Grubert intervient… Ce thème sera plus ou moins repris pour la fin du “Garage Hermétique”. Les autres histoires servent surtout à établir le décor de l’univers science-fictionnel créé par Moebius et dans lequel le Major évolue.

“Le Garage Hermétique” est la première histoire de SF d’importance que produit Moebius. Due à son procédé d’écriture épisodique et aléatoire, l’histoire est un peu complexe, mais l’essentiel tient au fait que le Major Grubert a construit un astéroïde, Fleur, constitué de trois niveaux de réalité dont plusieurs forces (Jerry Cornélius, le Bakalite, le Nagual, Sper Gossi) conspirent soit pour en prendre le contrôle, se libérer de son créateur ou simplement se venger du Major. Ce dernier quitte donc le Ciguri, son vaisseau spatial, pour descendre sur l’astéroïde et affronter ses adversaires…

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Page 87

Il y aurait beaucoup à dire sur “Major Fatal”… Jean Giraud a commencé à dessiner des histoires de science-fiction humoristiques, d’abord sous le preudonyme de Gyr puis de Moebius, pour se distraire et se détendre de son travail principal sur Blueberry. Il les a publié ici et là (surtout dans Pilote, et même dans France-Soir, puis régulièrement dans Métal Hurlant). Le Major Grubert a subrepticement fait son apparition dans ces histoires courtes. Lorsqu’il a commencé à écrire “Le Garage Hermétique”, il n’avait pas de scénario préétabli et il improvisait au gré de ses humeurs, en essayant de créer de nombreux rebondissements (parfois ne se souvenant même pas ce qu’il avait fait dans l’épisode précédent). Le Major y est éventuellement apparu comme un anti-héros insouciant, presque absent, qui réalise tranquillement ses responsabilités envers le dénouement du récit. Le résultat est une histoire riche et surprenamment cohérente, pleine de symbolismes (tant religieux, politique, que philosophique).

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Page 63

Les épisodes sont au début plus grossier, plutôt inégaux en qualité (tant graphiquement que narrativement), puis prennent de plus en plus d’assurance jusqu’à ce que vers la fin on réalise que Moebius maîtrise bien le genre, que son art a mûrit et qu’à partir de maintenant ce n’est plus de l’humour mais de la SF sérieuse et profonde qui laisse bien paraître ce que seront Les Aventures de John Difool, a.k.a. L’Incal

C’est une histoire de SF mythique qui vient nous chercher au tréfonds de notre être, comme si elle réveillait en nous quelque chose qui dort—ce genre d’impression mystique que l’on perçoit du coin de l’oeil ou dont on a vaguement le souvenir sans être capable de mettre le doigt dessus. C’est une oeuvre qui est loin d’être parfaite mais qui reste fascinante, intriguante et captivante! C’est donc à lire absolument si la BD et la SF vous intéresse moindrement!

“Le Garage Hermétique” a connu de nombreuses rééditions mais aussi des suites… (eh oui, après près de quarante ans, je réalise, “Quoi, il y a une suite!!!?”). Le flambeau a aussi été repris par d’autres artistes… À suivre, donc…

Moebius, Oeuvres Complètes tome 3: Major Fatal, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés, avril 1981. 156 p. ISBN 2-7316-0100-0. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-4-0

Moebius3-covMoebius 3, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Airtight Garage, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1987. 120 p. $US 12.95 / $C 16.95. ISBN 0-87135-280-X.

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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© Les Humanoïdes Associés 1980.

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Cauchemar Blanc

Giraud_Cauchemarblanc_01Cauchemar Blanc est une compilation de neuf histoires courtes parues dans différents magazines entre 1972 et 1976: “Cauchemar Blanc” (dans L’Echo des Savanes #8, 1974, 12 p., publié en anglais dans Moebius 6: Pharagonesia), “Calque A” (planche sans titre ni dialogue, 1976), “Approche de Centauri” (dans Métal Hurlant, 1975, 6 p., scénario de Philippe Druillet, publié en anglais dans Moebius 4: The Long Tomorrow), “Il y a un Prince-Charmant sur Phenixon” (dans Pilote, 1973, 4 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4), “L’Artefact” (dans Pilote annuel, 1971, 4 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4), “Interview” (dans Schtroumph, 1974, 9 p.), “Calque B” (1 planche sans titre ni dialogue et une planche qui décrit le gommeux, une créature extra-terrestre (type encyclopédie galactique, noté “Essais, Vol. IV)”, 1976), “Deima” (inédit, 1975, 3 p., publié en anglais dans Moebius 0: The Horny Goof), et “Barbe Rouge et le cerveau Pirate” (dans Pilote annuel, 1972, 5 p., signé Gyr, publié en anglais dans Moebius 4). Seulement cinq de ces histoires sont vraiment significatives.

Étrangement, “Cauchemar Blanc” n’est pas de la SF mais plutôt une histoire réaliste et malheureusement d’actualité… Moebius y parle de préjudice et de racisme. Le souhait de tout activiste de la tolérance est le cauchemar du bigot… Quatre bonhommes en voitures (Barjout, Jean-Pierre, René et Berthon) tentent d’écraser un arabe en mobylette mais celui-ci fait une embardée et la voiture se plante plutôt dans un camion stationné. Lorsqu’ils tentent de tabasser l’arabe, des passants interviennent, puis Barjout sort un revolver et tire Jean-Pierre dans la jambe par accident alors que celui-ci tente de l’arrêter… Soudainement Barjout se réveille dans son lit: ce n’était qu’un mauvais rêve. Il sort en voiture avec ses amis pour une expédition nocturne où, cette fois, ils frappent et tabassent vraiment un arabe sous le regard des voisins qui observent de leur fenêtres sans intervenir… Cette histoire a été adapté en un film court-métrage par Mathieu Kassovitz.

Dans “Approche de Centauri” un pilote d’astronef se prépare à sauter dans l’hyper-espace mais le générateur ripe et le projecte plutôt hors du continuum, dans une sorte d’enfer druillesque, peuplé de démons cornus. De retour dans son propre espace-temps, il essuie le vomis de sa bouche et nie avoir vu quoi que ce soit… Superbe histoire courte de SF sur un scénario de… Druillet!

Dans “Il y a un Prince-Charmant sur Phenixon”, un couple (dont la femme est du type mégère) fait escale sur Phenixon pour y faire commerce. Alors que monsieur examine les peaux de Toc-Toc, madame fait une balade en colimassophant (une sorte de limace) qui se révèle être un pavacheux en pleine crise. Mais au lieu de la déchiqueter et de l’entraîner dans les abimes, c’est l’amour entre Janine et le pavacheux! Mais, bon, celui-ci le regrettera sûrement…

Dans “L’Artefact” deux voyageurs interstellaires découvrent une gigantesque planète de type terrestre. Ils descendent l’explorer. Il y a une vaste mer, puis une plage, sur laquelle ils trouvent un artefact: un château qui semble inhabité. Ils entrent pour explorer les ruines. Malheureusement, un petit vandale sur la plage détruit le château de sable et se fait gronder par sa mère…

Dans “Barbe Rouge et le cerveau Pirate”, Boomy est capitaine d’un cargo spatial et son seul compagnon est un Cervelec Major V (une sorte de robot flottant) qui cafouille et se prend pour le maître d’équipage de Barbe-Rouge… Évidemment tout cela tourne mal pour Boomy… Alors que le proprio du vaisseau demande au techno-concessionaire si le Major V peut tomber en panne, celui répond “Impossible, je l’ai règlé moi-même!” (Et derrière lui on aperçoit toute une paraphernalia d’histoire maritime du temps de la flibuste

D’une façon très similaire aux recueils comme Les vacances du Major, Cauchemar Blanc nous offre une collection d’histoires courtes de science-fiction humoristique qui reposent souvent sur un seul gag, mais qui restent très imaginatives. Le style est plutôt simple mais varie beaucoup d’une histoire à l’autre, allant du trait dépouillé au dessin très détaillé et texturé. C’est agréable à lire et très drôle. À lire surtout si vous êtes un amateur de Moebius.

L’édition que je possède n’est malheureusement plus disponible, mais toutes ces histoires ont été republiées en 2012 par Les Humanoïdes Associés dans la collection Moebius USA, qui reprend les versions colorisées des histoires courtes de Moebius telle que publiée chez Epic/Marvel et Dark Horse: Escale sur Pharagonescia, La Citadelle aveugle, et The Long Tomorrow.

Cauchemar Blanc, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés (Coll. Mirage), janvier 1977. 64 p. ISBN 2-902123-08-6. Pour lectorat jeune adulte (14+). [Merde ! La reliure fout le camp!] stars-3-0

Moebius4Moebius 4, The Collected Fantasies of Jean Giraud: The Long Tomorrow & Other Science-Fiction Stories, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1987. 72 p. $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-281-8.

Moebius6Moebius 6, The Collected Fantasies of Jean Giraud: Pharagonesia & Other Strange Stories, by Moebius. New York: Epic/Marvel, 1988. 72 p. $US 9.95 / $C 13.95. ISBN 0-87135-283-4.

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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© Les Humanoïdes Associés 1977.

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Capsules

Le bandard fou

BandardFou-cov“Sur Souldaï du Cygne, les érections, ce n’est pas avant l’automne. Quand un vendeur de pousse-boulettes se réveille avec une trique d’enfer, impossible de cacher l’évidence : il est devenu un bandard fou, traqué par la police anti-foutre et une dame Kowalsky qui peine à assouvir ses désirs. Son crime prenant jusqu’à des dimensions diplomatiques, le bandard peine à trouver le repos.” (Texte du site des Humanos, voir couverture arrière)

Originellement publié en janvier 1974 aux Éditions du Fromage (Écho des Savannes), Le Bandard Fou a connu de nombreuse rééditions. Cette bande-dessinée nous offre deux histoires. La première, sans dialogue et sans titre, se déroule en vingt-quatre planches d’une seule grande case chacune qui occupe le côté gauche du livre et qui nous montre un homme qui se métamorphose en un oeuf alienesque, qui se fracture pour révéler… un petit homme. 

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Page 3 (Planche 2)

La deuxième histoire, qui occupe les pages de droite, est un récit de science-fiction humoristique en vingt-quatre planches. Le personnage principal se réveille un bon matin souffrant de priapisme hors-saison, ce qui est une déviance interdite car, en ce monde, la reproduction se fait uniquement en automne et passe par la Pondeuse. Poursuivit par les autorités génétiques (la P.A.F.), il fuit à l’aide d’un agent de dame Kowalsky, une aristo nymphomane. Il rejoint celle-ci sur son vaisseau où ils batifolent quelques mois mais quand ils arrivent sur Fleur, l’astéroïde paradisiaque de dame Kowalsky, c’est la débandade. Évidemment, la fuite du bandard a de lourdes implications commerciales et politiques qui mènent à la guerre entre la Fédération Terrienne et les Exotiques. La Pondeuse tente donc de récupérer le bandard à l’aide d’une faille spatio-temporelle mais le bon Zague intervient et la dure situation reprend son cours…

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Page 9 (Planche 5)

Le Bandard Fou est la toute première histoire de SF de Moebius (avant Arzach, Le Garage hermétique et même avant la création de Métal Hurlant). Elle introduit et annonce fort bien ce que sera son style drôle et très imaginatif (déjanté comme ils disent). Son dessin noir et blanc utilise un trait simple mais qui offre tout de même des illustrations détaillées et très texturées — qui sont toutefois d’une qualité variable d’une planche à l’autre. On y retrouve des caméo de l’éléphant Dumbo, des pirates de Astérix, des citations célèbres comme “Merde alors, mon conditionnement fout le camp!”, les premières apparitions de dame Kowalsky et de Fleur (le premier niveau du Garage Hermétique — avec la mention des “générateurs à effet Gruber”). C’est donc une oeuvre séminale de Moebius car on y voit déjà la genèse du Garage Hermétique et même des Aventures de John Difool (L’Incal). Une très bonne lecture, surtout pour les amateurs de Moebius.

Le bandard fou, par Moebius. Paris: Les Humanoïdes Associés (Coll. Jackpot, #5), juillet 1984. 48 p. ISBN 2-7316-0308-9. Pour lectorat jeune adulte (16+). [une édition récente se vend €18,99 mais en occasion on peut le trouvé à €15,00; je l’ai payé $C 6.95 dans les années ’90] stars-3-5

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© Les Humanoïdes Associés 1984 Moebius

HornyGoofL’édition anglaise du Bandard Fou, parue chez Dark Horse en 1990 (imitant le style des compilations de Epic/Marvel), est colorisée et inclue une préface de Jean-Marc et Randy Lofficier, une postface de Moebius, une illustration, une page titre, ainsi que (en plus des deux histoires principales, “The Horny Goof” et “Metamorphosis”) quatre histoires courtes: “Deima” (3 pages, compilée en français dans Cauchemard Blanc), “You’re the object of this and that” (4 pages), “Harzack” (2 pages en noir et blanc, où Harzack se fait prendre à pisser derrière un bâtiment) et “The Invaders” (1 page, compilée en français dans Les Vacances du Major).

Moebius 0, The Forbidden Work of Jean Giraud: The Horny Goof & Other Underground Stories, by Moebius. Milwaukie: Dark Horse, June 1990. 72 p. ISBN 1-878574-16-7. US$ 12.95 / C$ 15.55. Story & art © 1972, 1974, 1975 Moebius • Translation & text © 1990 Starwatcher Graphics.

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Les Vacances du Major

VacancesDuMajorEn feuilletant le catalogue de la bibliothèque, je tombe sur une BD de Moebius que je n’ai pas lu, alors je me la réserve. À la lecture, je me rend compte qu’en fait toutes ces histoires me sont familières. Je les ai déjà lu soit dans Métal Hurlant, soit dans la compilation Oeuvres Complètes 3: Major Fatal Mais, bon, c’était tout de même très agréable à relire.

Ce recueil rassemble seize histoires courtes de science-fiction: “Escale sur Pharagonesia” (26 pages), “Le Major Grubert: The Forbiden City Rides Again” (2 pages), “La Flore de Paradis 9” (1 page), “Une Aventure du Major Grubert” (2 pages), “Paradise Nine’s Strange Flowers – Continuation” (1 page), “Sans Titre” (1 page), “Une Planche” (1 page), “Deima” (3 pages), “Tueur à Gages” (12 pages en trois épisodes), “Grand Hôtel B” (2 pages), “Split le petit pionnier de l’espace” (2 pages), “Fable-Vite no 317” (1 page), “Y’a pas moyens” (2 pages), “La Chasse au Français en vacances” (6 pages en six épisodes), “L’Envahisseur” (1 page) et “Une aventure de John Watercolor le justicier anti-pique poquett’, avec sa fameuse redingote qui tue” (1 page).

Split le petit pionnier de l’espace

La majorité de ces histoires ne font qu’une page ou deux et certaines seront reprises dans le recueil Oeuvres Complète 3: Major Fatal. Les récits les plus significatifs sont “Escale sur Pharagonesia” (où des touristes découvrent que lorsque vous faites escale sur un monde étranger, il peut vous arriver des choses plutôt étranges!), “Tueur à Gages” (le tueur à gages Edouardo est pris au piège par l’inspecteur Briggs, mais il s’échappe pour commettre un hold-up cinq ans plus tard; il rencontre par hasard l’inspecteur qui lui raconte l’histoire de la vieille mine…) et “La Chasse au Français en vacances” (qui donne d’ailleurs sont titre à l’album: suite à une chasse infructueuse le Major décide de prendre des vacances et tel est pris qui croyait prendre!).

Escale sur Pharagonesia (extraits)

Quelques unes de ces histoires seront traduites en anglais chez Epic/Marvel (et malheureusement mises en couleurs — car les amerloques ça n’aiment pas le noir et blanc) dans les recueils de la série “The Collected Fantasies of Jean Giraud”: Moebius 4: The Long Tomorrow (“Split the little space pioneer”) et Moebius 6: Pharagonesia (“Shore leave on Pharagonesia”, “The hunt for the vacationing frenchman”).

Jean Giraud (Gir) est surtout connu pour avoir dessiné la série western Blueberry (créée par Jean-Michel Charlier  et publiée dans Pilote entre 1963-1974, puis compilée en albums chez Dargaud jusqu’en 2005). Toutefois, lorsqu’il voulait écrire des histoires de science-fiction, il le faisait sous le pseudonyme de Moebius. Ce dernier est maintenant probablement beaucoup plus célèbre.

Ce sont surtout des histoires humoristiques et insouciantes qui reposent parfois sur un seul gag, avec un récit plutôt absurdes ou, comme disent les français, complètement déjantées (i.e. cinglées). C’est aussi parfois de l’excellente science-fiction, songée, avec des concepts plutôt innovateurs pour l’époque. Le dessin est toujours en noir et blanc, avec un niveau de complexité qui varie beaucoup d’une histoire à l’autre (ou même parfois d’un planche à l’autre!), allant du trait très simple aux arrière-plans très riches et texturés. On retrouve ici et là une petit influence de Blueberry, avec des paysages désertiques et ou des chevaux. Ce que j’ai surtout trouvé très intéressant, c’est la préface de Moebius où il explique que ces histoires sont nées d’un besoin de se faire son propre cinéma, de se laisser aller au délire créatif et libérateur afin de se détendre entre ses périodes d’activités professionnelles intenses (notamment lorsqu’il travaillait sur Blueberry). Il a adopté un style rapide offrant “un juste équilibre entre l’énergie consacrée au dessin et celle qui doit demeurer disponible pour la narration” sans “perdre le fil du récit”. Cela lui a permis d’expérimenter et de sortir du cadre traditionnel des genres. Et nous lui en sommes infiniment reconnaissant.

C’est donc une bande-dessinée amusante et intéressante dans le sens qu’elle nous permet de voir l’évolution de l’auteur et de comprendre la genèse de son oeuvre. Ça se lit vite et bien et on se marre. Que demander de plus? stars-3-0

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© 2011 Les Humanoïdes Associés

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dBD #130

dBD130-covJe feuillette le plus récent numéro de dBD (février 2019) dans l’espoir de découvrir de nouveau titres intéressants. Malheureusement, je suis déçu car je n’y trouve rien de bien passionnant pour moi. Toutefois, ce numéro nous offre un hommage à Stan Lee par une interview avec Jean-Marc Lainé (biographe de l’artiste américain) et une interview avec Didier Tarquin (Lanfeust de Troy) qui revient avec U.C.C. Dolores, une BD de SF très prometteuse où une nonne hérite d’un croiseur de guerre et se lance vers la Frontière spatiale (voir le sommaire de ce numéro pour plus de détails sur le contenu). 

Dans le cahier critique on retrouve notamment Nymphéas Noirs de Cassegrain, Duval & Bussi chez Dupuis (adaptation d’un thriller de Bussi qui se déroule à Giverny, “quoi de plus naturel que d’adapter un roman policier aux airs impressionnistes en BD”), Journal d’une vie tranquille par Tetsuya Chiba (Ashita no Joe) chez Vega (autobiographie de son enfance en Mandchourie, “extrêmement séduisant”), Avant de partir par Jung & Koo chez Sarbacane (manhwa coréen “merveilleusement étrange”), ABCD de la typographie chez Gallimard (ce collectif, scénarisé par David Rault, ambitionne de tracer “l’histoire de la typographie latine, intimement liés à celle de la BD”), Ragna Crimson par Daiki Kobayashi chez Kana (dark fantasy, histoire de chasseurs de dragons avec des personnages attachants, qui “tient pour l’instant ses promesses”), et Talentless t. 3 de Looseboy & Furuya chez Doki-Doki (“un peu la rencontre entre Battle Royale et les X-Men). Un magazine riche en information pour les amateurs de BD.

dBD #130 — Février 2019. [collectif dirigé par Frédéric Bosser] Boulogne-Billancourt: dBD sarl, février 2019. 100 p., 23 x 30 cm, 8.90 €. ISSN 1951-4050. Lectorat adolescent (12+). stars-2-5

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Capsules

dBD #121

dBD-121dBD c’est toute l’actualité de la bande dessinée.

dBD, c’est chaque mois de longues et courtes interviews, des dossiers, des analyses, des portraits d’auteurs, un portfolio qui revient sur les images et les planches marquantes d’un créateur, des visites d’ateliers, des retours sur le passé et sur des albums majeurs dans l’histoire de la bande dessinée, des coups de gueules et de cœur mais également un important cahier critiques et un tableau des étoiles établi par des journalistes spécialisés.

dBD n’est pas un magazine que je lis régulièrement, même si je suis un grand amateur de BD et qu’il couvre aussi un peu le manga — que j’adore encore plus que la BD en générale. Et je n’en ai parlé qu’une seule fois jusqu’à maintenant lorsque j’ai commenté le numéro 215, qui mettait Valérian en couverture.

Dans ce cas-ci, dBD #121 a attiré mon attention à cause de sa couverture sur Naoki Urasawa (pour les détails sur le contenu, je vous renvoi au sommaire du numéro sur le site du magazine). Apparemment, c’est la première fois que dBD consacre sa couverture à un artiste japonais — et ce à l’occasion d’une exposition à l’Hôtel de Ville de Paris des planches d’Urasawa, qui avait déjà été mis à l’honneur à Angoulème. L’article de cinq pages passe en revue la carrière du mangaka qui est très connu en France pour ses nombreux succès: Monster, 20th Century Boys, Pluto, Billy Bat. Mais il ne faut pas oublié Master Keaton, Happy!, Yawara!, ou Pineapple Army. Je l’ignorais mais Kana a même publie une anthologie intitulé Histoires courtes de Naoki Urasawa. 

J’ai feuilleté le reste du magazine avec intérêt. Il faut dire que, dans le cas de dBD, c’est surtout les actualités et les critiques qui sont intéressantes. Je connais très peu les auteurs de BD qui publie de nos jours. La scène BD est très différente de l’époque de mon enfance où elle se limitait surtout aux auteurs et artistes orbitant autour des périodiques Pilote et Tintin. La quantité de titres publiés annuellement de nos jours est tout simplement époustouflante! Ah, si j’avais des centaines d’heures pour lire chaque semaine!

Quelques titres ont attiré mon regard: la revue L’Histoire consacre un numéro Hors-Série à la série de BD Alix de Jacques Martin; San Antonio de Frédéric Dard fait un retour en BD avec San-Antonio chez les Gones par Michaël Sanlaville chez Casterman; Delcourt/Tonkam réédite Fruits Basket par Natsumi Takaya en douze volumes doubles (Perfect) et en rajoute avec la publication du spin-off Fruits Basket Another; critique de Le coeur des amazones par Bindi & Rossi chez Casterman (“une relecture féministe du mythe” troyen); critique de Le goût d’Emma par Takahama, Maisonneuve & Pavlowitch chez Les Arènes (les aventures d’une critique culinaire); critique de Osamu Tezuka, Une vie en manga chez Pika (“biographie colossale”); critique de Souvenirs d’Emanon par Kajio & Tsuruta chez Ki-oon (histoire décevante mais “graphisme enchanteur (…), trait d’une élégance rare”); et une critique de L’Atelier des sorciers par Kamome Shirahama chez Pika (“une belle découverte”). Un magazine riche en information pour les amateurs de BD.

dBD #121 — mars 2018. [collectif dirigé par Frédéric Bosser] Boulogne-Billancourt: dBD sarl, mars 2018. 100 p., 23 x 29.7 cm, 8.90 €. ISSN 1951-4050. Lectorat adolescent (12+). stars-3-0

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Capsules

Prince Lao

PrinceLao-01-covDans la haute montagne, Lao passe ses journées à courir après les animaux. Il ne sait pas encore que ces derniers vont devenir ses meilleurs amis après qu’une avalanche ait enseveli son village et sa famille. Recueilli par Chabala, un immense yéti blanc, Lao découvre alors qu’il peut parler le langage des animaux. Un nouveau monde s’offre à lui : de nouveaux amis, des paysages où nul de ses semblables n’a jamais posé le pied… mais aussi une lutte incessante contre la cupidité et la cruauté des humains ! 

Un magnifique conte initiatique en haut des cimes himalayennes.

ATTENTION: Peut contenir des traces de “divulgâcheur” [spoilers]! Les personnes allergiques à toutes discussions d’une intrigue avant d’en avoir eux-même pris connaissance sont vivement conseillées de prendre les précautions nécessaires pour leur sécurité et devraient éviter de lire plus loin! 

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T. 1, page 3

Entre Convoi et Koralovski, Philippe Gauckler a produit une bande-dessinée d’aventure pour enfants. Prince Lao est le récit des aventures d’un jeune garçon de sept ou huit ans, fils de bergers nomades qui vivent dans les pâturages himalayens de ce qui apparait être le Tibet. Lorsqu’une avalanche détruit leur campement, Lao se retrouve seul en plein blizzard. Il est recueillit par un gentil yéti blanc nommé Chabala. Ils retournent tous deux sur les lieux du campement ensevelit mais ne trouvent traces de personnes, seulement le coller de jade de Mamidahy, sa grand-mère. Lorsque les amis de Chabala, le léopard des neiges Sheyen et le gypaète géant Mirro, sont capturé par des chasseurs (vraisemblablement chinois car, selon Sheyen, ils “font de plus en plus d’incursions sur notre territoire”), Chabala et Lao partent à leur recherche, se lançant ainsi dans un long périple initiatique qui ultimement permettra à Lao de se découvrir. 

La présence de Chabala confère à Lao une partie de ses pouvoirs et il peut ainsi parler aux animaux. Avec l’aide de plusieurs compagnons d’infortune (les chats siamois Yin et Yan, le panda Zazen, la belette Shépa, la petite humaine Amala et le dompteur Pok), ils retrouvent finalement leurs amis dans le repère des chasseurs, l’île aux Loups. Après quelques péripéties et un combat contre le loup-ours Himal, ils rendent leur liberté à tous les animaux capturés par l’infâme colonel Kayen.

Gauckler nous offre ici un beau conte sous la forme d’une BD dans un format plus traditionnel que Convoi. Le trait est simple et les couleurs à plat sont plus claires et sobres. C’est très agréable à l’oeil. Le récit est fluide et assez dynamique, alors que chaque page se termine sur une sorte de suspense qui nous appel à poursuivre la lecture.  Cela en fait une excellente BD pour enfants (et aussi pour grands).

Prince Lao T. 1: L’Île aux Loups, par Philippe Gauckler. Bruxelles: Éditions Le Lombard, juin 2006. 48 pages, 22.5 x 29.7 cm, 10.60 € / C$17.95. ISBN 9782803621682. Pour lectorat jeune (3+). stars-4-0

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Le Chat du Rabbin 8. Petit Panier aux amandes

ChatDuRabbin08-cov“Ils s’aiment. Lui est juif, elle est catholique. Ils vivent à Alger, et un jour, le Rabbin voit arriver cette jeune femme qui, pour mieux s’intégrer et faire plaisir à son futur époux, veut se convertir au judaïsme. La stupeur le dispute à l’incompréhension : pourquoi vouloir embrasser une foi si compliquée, si irrationnelle, si pénible ? Le Chat et Zlabya sont tous d’accord pour la dissuader, et vont trouver en Knidelette une alliée inattendue…”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

ChatDuRabbin08p05Roger est fiancé à Aline, qui désir se convertir au judaïsme pour adopter le mode de vie de celui qu’elle aime et pour préserver l’harmonie de sa famille. Ils demandent au jeune rabbin de la convertir, mais celui-ci refuse! Lui, il est né juif et n’a donc pas le choix: tout son imaginaire baigne dedans, mais il conçoit mal qu’un être équilibré ait spontanément envie de s’infliger une religion aussi contraignante. Alors Roger va voir le vieux rabbin, qui propose que sa fille Zlabya (la femme du jeune rabbin et maîtresse du chat!) enseigne les coutumes juives à Aline. “Le plus important“, dit-il, “le centre de la vie juive, ce n’est pas la synagogue, c’est la table familiale.”

Étrangement, Aline semble prendre plus à coeur tout ces commandements et rituels que Roger, aussi absurdes qu’ils soient. Ce dernier a d’ailleurs un doute et, peut-être qu’il ne veut pas trop se faire rappeler sa propre religion, alors il regarde du côté de Knidelette… Et Aline, pendant qu’elle se préoccupe de tout ces rituels, elle ne pense à rien d’autre…

Je n’aime vraiment pas le style “ondulé” et brouillon de Sfar. Cette fois-ci, on dirait même que le lettrage des bulles a été fait au stylo à bille par la main de l’auteur! Toutefois, il faut aller au-delà de cette première impression et se laisser emporter par la profondeur de son récit qui, à travers son humour et ses planches à six cases, nous fait se questionner sur la nature de la religion et tout particulièrement le judaïsme (évidemment). Ici le chat qui parle n’est plus l’instigateur du récit mais plutôt un simple observateur… Une histoire qui nous faire rire ou sourire, réfléchir et apprécier la différence d’une culture complexe et millénaire.

Vous trouverez cela génial si, comme moi, vous aimez à la fois les chats et la métaphysique! Je recommande chaudement.

Le chat du rabbin, 8: Petit panier aux amandes par Joann Sfar. Paris: Dargaud (Coll. Poisson Pilote), septembre 2018. 60 pages. 22.5 x 29.8 cm, 14,00 € / $24.95 Can, ISBN 978-2205-07835-0. Pour lectorat adolescent (12 ans et plus). stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Dargaud 2018.

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents:

chat-rabbin-tome-1-bar-mitsva  chat-rabbin-2-malka-lions  chat-rabbin-3-exode  chat-rabbin-4-paradis-terrestre  chat-rabbin-5-jerusalem-d-afrique  chat_du_rabbin_6-cov chat_du_rabbin-v7-cov.jpg

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Capsules

Koralovski

Koralovski-v01-cov“Et si la fin du pétrole n’était qu’un mythe… ?

Viktor Koralovski était le roi du pétrole russe. Une position qui lui a valu les foudres du président Khanine et dix ans d’emprisonnement.

À présent évadé malgré lui, Viktor va rapidement comprendre qu’en son absence, amis et ennemis sont devenus difficiles à distinguer. Et que son nom est au coeur d’une vaste conspiration, qui pourrait impliquer toute l’industrie pétrolière! Mais dans quel but… ?”

[Texte de la couverture arrière] 

ATTENTION: Peut contenir des traces de “divulgâcheur” [spoilers]! Les personnes allergiques à toutes discussions d’une intrigue avant d’en avoir eux-même pris connaissance sont vivement conseillées de prendre les précautions nécessaires pour leur sécurité et devraient éviter de lire plus loin! 

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Page 3

Dans le premier tome, Viktor Borissovitch Koralovski est un oligarque russe qui s’est enrichi dans le pétrole mais lorsqu’il est devenu trop riche et a montré des ambitions politiques, le président russe Vladimir Vladimirovitch Khanine le fait arrêter. Il est incarcéré depuis dix ans quand une mystérieuse attaque militaire contre la prison lui permet de s’évader. Il réussi à passer la frontière en Finlande et à obtenir l’aide d’un autre oligarque du pétrole, Aleksandr Orlov, qui le fait venir sur son yacht en mer Baltique.

Pendant ce temps, à Berlin, la journaliste Anika Keller travaille sur un article consacré à Koralovski. Son taxi frappe un SDF poursuivi par deux hommes. Ce simple incident va la propulsé au sein d’un complot d’envergure international. À l’hôpital, pendant que les médecins examinent le SDF, un commando masqué kidnappe le patient encore inconscient. Les médecins ont remarqué qu’il avait un implant RFID. En allant investiguer le lieu où les deux hommes avaient trouvé le SDF, ils découvrent une bombe dans un tunnel ferroviaire. Composé d’ogives nucléaires baignant dans l’essence, la bombe avait apparemment pour cible le président russe Khanine, qui est en visite à Berlin!

 

Koralovski 1: L’Oligarque, par Philippe Gauckler (couleurs par Scarlett Smulkowski). Bruxelles: Le Lombard (Coll. Troisième Vague), février 2015. 48 pages, 12.45€ / $21.95. ISBN 978-2-8036-3530-6. Pour public adolescent (15+). stars-3-0

Koralovski-v02-cov“À bord du yacht qui les a secourus, Koralovski et ses compagnons se mettent en route pour un laboratoire off-shore appartenant à sa société. Il s’agit du laboratoire qui a mis au point un procédé révolutionnaire permettant d’extraire la totalité d’un gisement de pétrole soi-disant épuisé. Mais à leur arrivée, le lieu est désert…”

[Texte du site de l’éditeur]

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Page 3

Dans le second tome, on apprend que le SDF est en fait un espion américain nommé Blasko. Un commando l’a exfiltré pour le ramener à Washington afin qu’il fasse son rapport sur un complot mondial. Anika et ses deux compagnons sont amené dans le bundesbunker du gouvernement allemand pour y être interrogé par les services secrets. Mais le bunker est attaqué par un commando et ils sont fait prisonniers. Les deux compagnons d’Anika se révèlent être des agents spéciaux du BND. Ils réussissent néanmoins à s’échapper et à libérer d’autres prisonniers: la chancelière allemande Andrea Kermel et le président russe Khanine. 

Le complot prends de l’ampleur, car une bombe similaire est trouvé à bord d’un tanker de gaz naturel liquéfié. À bord du yacht de Orlov, Koralovski se rend sur une plateforme de forage où il avait installé un laboratoire pour développer un procédé nouveau d’extraction du pétrole. Il n’y trouve qu’une autre bombe. Plusieurs autres bombes sont aussi découvertes dans des terminaux pétroliers au Moyen-Orient. La situation est grave et Orlov décide d’organiser un meeting pour trouver une solution…

Koralovski 2: Dans L’ombre du Monde, par Philippe Gauckler (couleurs par Scarlett Smulkowski). Bruxelles: Le Lombard (Coll. Troisième Vague), août 2015. 48 pages, 12.45€ / $21.95. ISBN 978-2-8036-3598-6. Pour public adolescent (15+). stars-3-0

Koralovski-v03-cov“La confrontation tant attendue par Koralovski avec le président Khanine est de courte durée : une menace d’attaque nucléaire au Kazakhstan éclate, visant l’un des gisements de pétrole les plus importants au monde. Ne connaissant pas l’ampleur de l’infiltration ennemie dans leurs services de sécurités, Koralovski et son équipe n’ont d’autre choix que de se rendre eux-mêmes sur place, pour tenter d’empêcher le pire de se produire…”

[Texte du site de l’éditeur]

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Page 6

Dans le troisième tome, Blasko s’embarque sur un avion bimoteurs pour se rendre à Washington, où il doit témoigner devant une commission d’enquête des forces armées au sujet du complot mondiale qui vise à déstabiliser la production de pétrole au Moyen-Orient à l’aide de terrorisme nucléaire. La conspiration rassemble des éléments du complexe militaro-industriel et de Wall Street, ainsi qu’une organisation terroriste russe. La mémoire de Blasko lui revient peu à peu il se souviens qu’une véritable attaque nucléaire est prévu pour bientôt sur le site pétrolier de Kashagan en mer Caspienne. Comme pour démontrer que les organisations militaires des touts les pays semblent vraiment infiltrés par des éléments du complots, l’avion de Blasko est intercepté par les forces canadienne à la demande du DIA et sous de fausses accusations. Mais Blasko réussi à sauter en parachute…

Le petit groupe dont fait partie la journaliste Anika Keller se réfugie dans une safe-house où ils sont rejoint par Koralovski et Orlov. On y discute de révéler l’existence du complot par une émission de télé. La rencontre entre Koralovski et Khanine fait des étincelles. Les discussions sont cependant interrompues par la nouvelle de l’attaque nucléaire imminente au Kazakhstan. Le groupe s’embarque à bord d’un hydravion en direction la mer Baltique pour intercepter l’ekranoplane (un hydravion à effet de sol volant au raz de l’eau) qui transporte les ogives nucléaires. 

L’histoire se termine sur un air festif dans la villa de Orlov à Bakou. Khanine a amnistié Koralovski et Blasko a finalement témoigné à la commission d’enquête ouvrant la porte à un grand nettoyage dans l’administration gouvernementale… La dernière scène ressemble étrangement aux scènes de banquets dans les Astérix (hommage?)!

Koralovski 3: Des Horizons de Feu, par Philippe Gauckler (couleurs par Scarlett Smulkowski). Bruxelles: Le Lombard (Coll. Troisième Vague), août 2016. 48 pages, 12.45€ / $21.95. ISBN 978-2-8036-3518-4. Pour public adolescent (15+). stars-3-5

J’ai précédemment introduit l’oeuvre de Philippe Gauckler et je vous présente ici sa plus récente série. Dans cette trilogie, Gauckler nous offre un style réaliste, qui démontre qu’il a maintenant acquit une grande maîtrise de son art. Toutefois, comme c’est parfois le cas dans les BD franco-belge, les cases sont plutôt statique. Cependant la fluidité de l’action reste très bonne malgré tout. Le récit est, quant à lui, excellent. L’histoire est de toute évidence inspirée de la réalité (bien sûr Khanine représente Vladimir Vladimirovich Putine et Koralovski est Mikhaïl Borissovitch Khodorkovski) mais cet affaire de complot pétrolier demeure peu vraisemblable. Toutefois, somme toute, c’est un bon thriller. C’est une lecture agréable et divertissante que je recommande sans peine. Je me demande bien ce que nous réserve Gauckler pour sa prochaine série…

Pour en apprendre plus sur ce titre vous pouvez consulter les sites suivants:

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© Gauckler / Éditions du Lombard 2015

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Gauckler Blues

[ Note: une version de cet article a préalablement été publié dans Samizdat #23 (novembre 1992): 14-18; je l’ai retravaillé et complété pour la présente publication ]

Gauckler-DedicaceConvoi01À l’été 1992, j’ai reçu par la poste deux bande-dessinées: les deux premiers volumes de Convoi, publiés aux Humanoïdes Associés, que m’envoyait l’auteur, Philippe Gauckler. Il a entendu parlé de moi par un ami commun, un collègue d’université partis travaillé sur le vieux continent. Sachant que je suis amateur de BD, admirateur du travail fait aux Humanos et que je suis éditeur, Gauckler m’a sans doute envoyé une copie de sa dernière oeuvre dans l’espoir que je l’aide à le faire connaître sur le marché nord-américain. Si malheureusement je ne peux pas faire grand chose pour lui il me fait tout de même plaisir de parler de son travail.

J’ai été très surpris par Convoi. D’abord par le fait que ce genre de de BD avait un très petit tirage (autour de cinq-mille, je crois), car j’ai toujours cru que le marché Européen était plus vaste que ça, pouvant théoriquement se permettre de plus gros tirage (bien sûr, pour un petit éditeur la prudence est de mise pour le tirage initial; mieux vaut réimprimer que piloner!). J’ai été surtout surpris par la qualité et l’intérêt que présente Convoi: c’est beau, c’est attrayant et l’histoire a beaucoup de coffre. J’ai été finalement surpris par ce nom, Gauckler, qui me rappelait vaguement quelque chose: je l’avais lu maintes fois, jadis, dans le magazine Métal Hurlant, avant que j’en abandonne la lecture (le magazine dérapait alors dans un style d’histoires qui ne me plaisait plus du tout). Si j’en avais retenu le nom, c’est que l’artiste devait être bon, mais je ne souvenais pas d’aucun titre d’histoire en particulier. Alors, j’ai ressorti ma collection de Métal Hurlant (les 110 premiers numéros) et j’ai relu l’oeuvre de Gauckler…

 

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Découvertes littéraires du moment

SDL2018

Screen Shot 2018-10-08 at 17.31.18D’abord, ne pas oublier que le Salon du Livre de Montréal se tiendra la Place Bonaventure du 14 au 19 novembre 2018. L’entrée sera gratuite le mercredi pour les détenteurs d’une carte de bibliothèque de Montréal ou de la BAnQ. J’y serai sans faute soit le mercredi ou le vendredi (journée des professionnels), pour faire mon survol annuel du marché du livre (et tenter de faire quelques contacts utiles pour le blog, comme glaner des services de presse ou rencontrer des collègues blogeurs), et sûrement le samedi (pour rencontrer mes amis d’Alire et de Solaris, dont ce sera le lancement du #208).

Au hasard des livres qui me tombent entre les mains au travail ou du bouquinage chez des libraires locaux, il m’arrive de faire des découvertes intéressantes qui vaillent la peine d’être ajoutées à ma (déjà longue) liste de lecture. Voici donc une quinzaine de titres (Eh oui! À une exception près, ce n’est que de la BD ou du manga…) que j’ai découvert récemment et que j’espère lire dans un futur proche (ha!):

 

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Le Guide du Mauvais Père (4)

Guide_du_mauvais_pere_4-covToujours aussi parentalement incorrect, Guy Delisle retrouve son rôle préféré : meilleur (mauvais) papa du monde ! Sa recette : une bonne dose de mauvaise foi, des colères importunes, un tas de gamineries et surtout BEAUCOUP d’humour !

Défier son fils aux jeux vidéo quand il travaille, oublier sa fille dans un magasin et lui faire croire le contraire, parler à ses enfants de sa vie merveilleuse d’étudiant… quand ils n’existaient pas… Guy Delisle, un mauvais père ? Non, un auteur de bande dessinée qui sait puiser l’imagination là où elle se trouve, avec un sens aigu de l’observation et une bonne dose d’autodérision.

[ Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière ]

Guy Delisle nous fait encore rigoler avec son alter-égo qui représente le summum du mauvais parent: distrait, égocentrique et enfantin. Il s’agit de quatorze petites histoires d’en moyenne un douzaine de pages chacune (entre dix et dix-huit pages): Coup de blues, La dent III, La signature, Au magasin, Compétition, Sortie scolaire, Le jeu, Une histoire, Les invités, Savoir résister, Le test, Un petit film, Le placard, Tunnel of life.

Somme toute c’est quand même très similaire aux trois premier volumes. Je suppose qu’il y a une limite à étirer la sauce avec toujours le même genre d’histoires inspirées de son quotidien. C’est pourquoi ce quatrième volume sera sans doute le dernier. Dans la dernière histoire, Tunnel of Life, le père s’amuse bien avec les enfants dans un parc d’attraction mais se rend compte soudainement que ceux-ci ont grandit (Alice a maintenant 11 ans et Louis 14 ans) et n’ont plus autant le goût du jeu…

À travers cette série (et la plupart de son oeuvre) Delisle réussit le tour de force de raconter des histoires complexe et riches en émotions de façon très succincte et avec un trait de crayon très simple. C’est un livre amusant (et terrifiant à la fois) mais, avec en moyenne deux dessins par page, cela se lit plutôt vite. C’est tout de même une bonne lecture, légère, pour le transport en commun ou la salle d’attente.

Le Guide du Mauvais Père 4, par Guy Delisle. Paris, Éditions Delcourt (Coll. Shampooing), juin 2018. 18 x 13 x 1.75 cm, 192 pg., 9,95 € / $15.95 Can. ISBN: 978-2-413-00280-2. Recommandé pour public adolescent (12+). stars-3-0

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Voir aussi mes commentaires sur les trois premiers volumes:

Le Guide du Mauvais Père © Éditions Delcourt, 2018.

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Capsules

Crapule

Crapule-cov“Crapule est un petit chat noir, maigre, aux yeux jaunes et globuleux. Dans son appartement vit aussi une jeune humaine célibataire et citadine. Ensemble, ils vont vivre de merveilleux moments insignifiants.”

[ Texte de la couverture arrière; voir aussi le site de l’éditeur ]

J’ai une collègue qui me recommande souvent des histoires de chats. Voici l’une de ses suggestions…

Crapule-p007Crapule est une bande-dessinée européenne de petit format (6 1/2 x 8 po) en deux couleurs (noir et bleu pâle) qui nous offre cent-vint-cinq petites histoires en quatre cases mettant en scène un chaton timide et malicieux. S’étant fait donner par sa mère le chaton de sa voisine décédée, une jeune citadine célibataire doit donc prendre soins dudit chaton pertinemment nommé Crapule. Il est capricieux dans sa nourriture, fait de nombreux dégâts, il est blessant, empêche sa nouvelle propriétaire de bien dormir, etc., mais il peut être aussi rigolo et, à l’occasion, adorable. Alors qu’il court partout dans l’appartement, elle s’exclame “J’appelle qui? Un vétérinaire ou un exorciste?” Enfin, si vous avez un chat, vous comprendrez.

Les BDs avec des anecdotes de chats sont plutôt nombreuses (le manga Chi, le web comic Simon’s Cat, ou la BD québécoise L’ostie d’chat pour ne nommer que ceux là) et celle-ci ne se distingue pas vraiment par son originalité. Par contre, si le dessin est relativement simple, il est très expressif et le récit est tout de même amusant et parfois attendrissant. À lire pour les amateurs de chats.

Crapule, par Jean-Luc Deglin. Paris: Dupuis, novembre 2017. 128 pages, 20.8 x 16.7 cm, 14,50 €  / $25.95 Can (ePub / PDF $19.99 Can). ISBN 978-2-8001-7400-6. Pour lectorat jeune (6+). Extraits disponible sur le site de l’éditeur. stars-3-0

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© Dupuis 2017. Touts droits réservés.

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Bug

Bug-cov“Le nouveau récit d’anticipation d’Enki Bilal.

Dans un avenir proche, en une fraction de seconde, le monde numérique disparaît, comme aspiré par une force indicible. Un homme, seul, malgré lui, se retrouve dans une tourmente planétaire.

Après avoir traité de sujets politiques, géopolitiques (Les Phalanges de l’Ordre Noir, Partie de chasse, avec Pierre Christin), de destins dictatoriaux et de rêves d’immortalité (La trilogie Nikopol), de cauchemars obscurantistes prémonitoires (Le cycle du Monstre), de planète recadrant les humains (La trilogie du Coup de Sang), Enki Bilal nous prive de notre addiction digitale en nous plongeant, non sans une certaine dérision, dans un monde de désarroi et d’enjeux multipolaires…”

(Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière)

J’ai découvert cette récente BD de Enki Bilal peu après le Salon du Livre de Montréal en novembre dernier et il m’a fallut un peu de temps avant de mettre la main dessus…

Bug-p28Sur Terre, un phénomène inconnu et soudain terrace tout ce qui est numérique. Les réseaux sont toujours en place, mais vide. Toutes les données ont disparu. Dans l’espace, une expédition revient de Mars. Tout les occupants du vaisseau sont mort, sauf un: Kameron Obb. On l’examine sur la station spatiale international pour découvrir qu’il est infecté par un corps étranger et qu’il semble  être au courant d’un tas d’information qu’il ne devrait pas connaître. Serait-il devenu le récipiendaire de toutes les données disparues sur Terre, la mémoire de l’humanité? Cela fait de lui une personne très désirée. Recherché par son employeur, Lifedust, et poursuivi par tous les gouvernements et les mafias de la planète, il réussi à regagner la Terre avec Junia Perth, une des docteurs de l’ISS. Il échappe aux griffes du Califat de Gibraltar et, malgré le chaos qui enveloppe la planète, tente de rejoindre son ex-femme à Paris et surtout de retrouver sa fille, Gemma, qui est poursuivie par un psychopathe et a été kidnappé par la mafia vénitienne, pour le forcer à se rendre…

“Bug” fait ici référence tant à la bestiole qui a infecté Obb (i.e insecte ou pathogène) qu’au problème informatique qui a anéanti les réseaux mondiaux. Le récit de ce premier tome est un peu lent — mise en place de l’intrigue et des personnages oblige — mais tout de même riche en action.

Bilal est toujours égal à lui-même dans son superbe style de crayonné couleur, aux tons à la fois sombre et vifs, parfois un peu flou ou brouillon, qui est tellement approprié pour illustrer ses futurs dystopiques où l’humanité se plante tantôt par la dictature, tantôt par l’abus de son environnement et, ici, par une sur-dépendance à la technologie numérique. Au coeur de ses mondes violents, secoués par des cataclysmes aux sources inconnues ou mystiques, il y a toujours quelques révoltés pour brandir le flambeau de l’espoir et du renouveau…

Bug nous offre une thématique qui n’est pas très nouvelle mais qui est traitée tout de même de façon originale: Une société devenue amnésique ou Alzheimer… 

Cela fait réfléchir mais c’est aussi une menace réelle qui n’a pas besoin de venir d’une origine extra-terrestre. Cela pourrait bien se produire de façon tout à fait naturelle avec une impulsion électro-magnétique — par une attaque nucléaire ou même accidentelle, par exemple, avec une éruption solaire intense qui frapperait la Terre de plein fouet ou une inversion des polarités du champ magnétique terrestre, etc. Serait-on prêt à affronter une telle catastrophe si elle survenait?

Bilal présente avec Bug à la fois une intéressante critique sociale et un bon récit de science-fiction. Il est encore un peu tôt pour vraiment juger de l’histoire mais le récit est bien mené, captivant, et laisse entrevoir beaucoup de potentiel. Du grand Bilal. À lire (et à suivre)!

Bug, livre 1, par Enki Bilal. Paris: Casterman, novembre 2017. 88 pages, 19.2 x 27.1 cm, 18,00 € (ePub/PDF: 12,99 €) / $32.95 Can. ISBN 978-2-203-10578-2. Pour lectorat jeune adulte (14+). Extraits disponible sur le site de l’éditeurstars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Casterman 2017

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Le chat du rabbin, vol. 7: La Tour de Bab-El-Oued

Chat_du_Rabbin-v7-cov“Ce nouvel épisode nous ramène à Alger. Le rabbin Sfar et son cousin l’imam Sfar devisent sur leurs différences qu’ils pensent inconciliables. Pourtant, lorsque la mosquée est inondée, le rabbin et l’imam s’entendent pour que les musulmans puissent, le temps des travaux, prier à la synagogue. Pendant ce temps, le chat du rabbin traverse des moments difficiles: non seulement Zlabya a mis au monde un adorable bébé, ce qui le plonge dans une profonde jalousie, mais, pour ne rien arranger, des chatons se sont réfugiés dans la synagogue… Comment de petits chats étrangers peuvent-ils avoir l’audace de boire son lait ?”

[ Texte du site de l’éditeur — voir aussi la couverture arrière ]

ATTENTION: Peut contenir des traces de “divulgâcheur” [spoilers]! Les personnes allergiques à toutes discussions d’une intrigue avant d’en avoir eux-même pris connaissance sont vivement conseillées de prendre les précautions nécessaires pour leur sécurité et devraient éviter de lire plus loin.

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Pilote Spécial Valérian

Pilote-Special_Valerian-cov“Issus de l’imagination débordante de Pierre Christin et de Jean-Claude Mézières, les personnages de Valérian et de Laureline sont apparus pour la première fois dans les pages du magazine Pilote en 1967. Par son inventivité et son audace, cette série est très rapidement devenue la référence absolue pour les lecteurs de bande dessinée de science-fiction.

Cinquante ans plus tard, à la veille de la sortie du film Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson, ce numéro hors-série rend hommage à la saga et à ses auteurs.”

[ Texte de la couverture arrière; voir aussi le site de l’éditeur ]

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